Réchauffement climatique et santé publique: où en sommes-nous?

Les évidences s’enlignent les unes derrière les autres et pourtant nous sommes lents à réagir: le réchauffement climatique est devenu un problème de santé publique. La sociologue américaine Sabrina McCormick soutient, dans un texte récent, qu’il est grand temps que toute la chaîne d’intervention en santé publique de son pays s’éveille avant qu’il ne soit trop tard. On peut se demander où nous en sommes au Québec.

Selon des données de 2003, environ 160 000 décès annuels dans le monde sont dus au réchauffement climatique. Certains meurent de chaleur, mais il y a aussi les catastrophes naturelles et des maladies induites ou renforcées par le réchauffement.

Ce chiffre ne semble pas très élevé, quand on le compare au nombre de décès prématurés dus à d’autres causes. L’Organisation mondiale de la santé estimait, en 2006, que 1,7 million de personnes mourraient prématurément à cause d’une eau insalubre, 1,3 à cause de la pollution de l’air.

Les maladies cardiovasculaires tuent 2,6 millions de personnes par année, les cancers en emportent 1,4 million, les accidents de la route, quelque 470 000.

Malgré ce poids relativement peu élevé dans le bilan des décès prématurés, l’impact du réchauffement climatique ne doit pas être pris à la légère. Plus la température globale de l’atmosphère va s’élever, plus le nombre de maladies et de décès va augmenter.

Des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avaient sonné l’alarme en février 2007, prévoyant une augmentation des décès dus au réchauffement de l’ordre de 3 % à 9 % en 2050, et de 6 % à 24 % en 2080. L’INSPQ précisait même que ses prévisions étaient conservatrices, car elles ne tenaient « pas compte du vieillissement prévu de la population tandis que les plus de 65 ans sont particulièrement sensibles à la chaleur ».

Les vagues de chaleur ne sont qu’une des conséquences du réchauffement climatique. Dans le cas des États-Unis, McCormick s’attarde sur trois cas exacerbés par le réchauffement: le virus du Nil occidental dans l’État de New York, l’accroissement des risques toxicologiques chez les populations autochtones de l’Alaska et les problèmes de santé causés par l’accroissement de la chaleur dans la région urbaine de Philapelphie

Sans entrer dans les détails de son analyse, disons qu’il est troublant de constater, à la lecture de son texte, que des obstacles institutionnels empêchent de percevoir l’urgence de la situation. Posez la question autour de vous, combien croient que leur santé ou celle de leurs proches est menacée par le réchauffement climatique?

Pour McCormick, il faut agir comme si nous étions déjà en situation de crise et s’ajuster en conséquence. À Chicago en 1995, l’isolement dans lequel vivaient plusieurs personnes âgées en a fait des victimes toutes désignées de la vague de chaleur qui s’est abattue sur la ville. Que se passerait-il en 2008?

L’article de février 2007 rapportant le cri d’alarme de l’INSPQ se concluait par une affirmation qui se voulait rassurante: les autorités d’ici prennent les choses au sérieux. L’auteur donnait comme exemple la sensibilisation des autorités municipales aux mesures à adopter en cas de canicule estivale et les interventions que prône Santé Canada en lien avec la santé et les changements climatiques.

J’ai pour ma part de sérieux doutes sur le degré de préparation relativement aux années difficiles que nous allons traverser. Dites-moi que je me trompe.

Sabrina McCormick, Hot or Not? Recognizing and Preparing for Climate-Induced Illness.

Texte d’abord paru sur ecolonovo.com

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