Archives quotidiennes : 30 septembre 2008

Nicolas Sarkozy quittera le Sommet de la Francophonie de Québec au milieu de la réunion !

Le président du Réseau international des chaires Senghor de la Francophonie, l’universitaire Michel Guillou, rappelait, dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy, que dès 2010, le chinois sera enseigné dans plus de 1000 instituts Confucius répartis dans le monde entier.

Comme l’écrivait dans Le Devoir, Jean-Louis Roy, secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie de 1990 à 1998 et actuel président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques : « La bataille des langues est aujourd’hui une donnée immédiate de la vie internationale. Elle mobilise gouvernements, institutions, associations de toute nature et draine des ressources considérables ». Le maire de Chicago déclarait récemment au New York Times : « Je crois qu’il y aura deux langues mondiales, la langue chinoise et la langue anglaise ».

Le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, a dit souhaiter que tous les diplômés des lycées soient bilingues. Le même ministre décrète une généralisation des stages intensifs d’anglais dans les établissements d’enseignement. La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, déclarait récemment vouloir « rompre le tabou de l’anglais » en s’exprimant en anglais aux réunions de l’Union européenne.

Selon Le Devoir, s’il dit « rester attentif à la tentation d’un usage croissant de l’anglais dans la société française », Nicolas Sarkozy considère qu’il ne faut pas « dramatiser » le débat. « La France […] n’est pas dans la situation de nos amis du Québec en Amérique du Nord. La France a la chance de vivre la diversité à ses frontières. Il faut ramener les choses à leurs justes dimensions ». En Europe, Nicolas Sarkozy dit vouloir faire la promotion du trilinguisme et non pas du bilinguisme. « Le trilinguisme est une nécessité en Europe. Il est très important de ne pas se laisser enfermer dans le bilinguisme ».

Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy déclarait : « En France, il faut en finir avec la vision jacobine d’une francophonie qui écrase et qui assène : il n’y a pas lieu d’opposer le français aux « langues de France ». Comment revendiquer, face à l’anglais, l’exception culturelle et ne pas l’admettre pour nos propres cultures régionales menacées de disparition ? Les langues locales, y compris, outre-mer, le créole, doivent pouvoir être proposées aux écoliers dans les territoires où un nombre suffisant de parents le souhaite ».

Nicolas Sarkozy prendra la parole à l’assemblée législative du Québec juste avant le sommet de la Francophonie, une première pour un président français. Pour permettre cette intervention, la Chambre sera appelée pour une séance extraordinaire, puisque selon le règlement, les députés ne rentraient au travail que le troisième mardi d’octobre, le 21.

Cette année, hasard et conjoncture font que le « Sommet de la Francophonie » se tiendra au lendemain d’une élection fédérale. En effet, le 14 octobre sera jour d’élections au Canada. La XIIe Conférence des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage, plus connue sous le nom de « Sommet de la Francophonie », se réunira du 17 au 19 octobre 2008 à Québec.

Auparavant, un sommet Union européenne-Canada doit réunir le président français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne, et le Premier ministre canadien Stephen Harper (s’il est réélu), le 17 octobre à Montréal, juste avant le sommet de la Francophonie. Cette rencontre sera l’occasion pour lancer des négociations sur un vaste accord de partenariat entre le Canada et l’Union européenne.

La Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelé Sommet de la francophonie, se tient tous les deux ans et elle est l’instance suprême de la Francophonie. En novembre 2004, à l’occasion du Xe Sommet de Ouagadougou, au Burkina Faso, l’Organisation se dotait d’une feuille de route qui fixait pour les dix prochaines années les axes stratégiques de son intervention et de ses actions : promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique ; promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ; appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité.

Reconnaissons à la francophonie d’avoir obtenu des gains importants dans le monde : son rôle décisif à l’Unesco pour l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle, en octobre 2005 et à New York, pour promouvoir une Organisation des Nations unies pour l’environnement (ONUE) ou créer le Conseil des droits de l’homme.

En mars dernier, lors de la Journée internationale de la Francophonie, Nicolas Sarkozy avait semblé donner le ton à ce qu’il entrevoyait pour le Sommet d’octobre à Québec : « La Francophonie, ce n’est pas simplement la défense du français. Je voudrais qu’on y mette un contenu politique au vrai sens du terme. Est-ce qu’on ne pourrait pas mettre les États francophones à la tête du combat universel pour préserver les équilibres environnementaux de la planète? » Bref, Nicolas Sarkozy souhaite que le Sommet en soit un politique où on discutera des grandes questions de l’heure, et tout particulièrement d’environnement. Nicolas Sarkozy veut aussi que la Francophonie joue un rôle accru dans le maintien de la paix, même « si elle n’est pas une ONU bis » (Le Devoir).

Brisant quelques tabous, le président, avait ouvertement souhaité l’adhésion de l’Algérie et d’Israël dans la Francophonie. « Ça serait une très bonne nouvelle si le président Bouteflika acceptait de prendre part au sommet de Québec cette année ».

Sans toutefois avoir remis les pendules à l’heure avec le Québec. Le président se présentera au Québec pour l’informer qu’il entend privilégier ses liens avec le Canada. Ce discours de réorientation stratégique sera prononcé à l’Assemblée nationale du Québec. En mars dernier, Nicolas Sarkozy avait émis le vœu de redéfinir la politique étrangère française envers le Canada et le Québec, selon ce que rapportait Jean-Pierre Raffarin. Ce dernier avait prévenu les autorités que le président annoncerait, lors de son séjour à Québec, une réforme importante de la position française dans le dossier des relations Québec-Canada.

Le Québec devrait assister, lors du discours de Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale, à l’enterrement de première classe de la célèbre formule, lancée par le ministre gaulliste Alain Peyrefitte, de « non-ingérence, non-indifférence ». Il s’en trouve plusieurs pour dire que si tel devait être le cas, le président français renierait 40 ans d’histoire montrerait une grave méconnaissance de la réalité canadienne et québécoise en matière de diplomatie.

Le fait marquant de cette douzième Conférence des chefs d’État et de gouvernement sera l’occasion pour Nicolas Sarkozy d’apporter des précisions sur les relations entre la France et le Québec. Dans une tradition de rupture qu’il affectionne, Nicolas Sarkozy avait déclaré le 8 mai dernier que la France était très proche du Québec mais aussi qu’elle aimait « beaucoup le Canada ».

Selon une rumeur persistante, le président Sarkozy quittera le Sommet de la Francophonie des 17, 18 et 19 octobre au milieu de la réunion, soit le samedi 18 octobre. Le dimanche matin, les 55 chefs d’État et de gouvernements examineront, sans Nicolas Sarkozy, la place de la langue française dans le monde. L’Élysée refuse toujours de confirmer la nouvelle. Nicolas Sarkozy doit participer plus tard à un autre sommet, celui avec les pays asiatiques à Pékin qui ne commencera toutefois que le 24 octobre.

Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, avait rappelé, non sans une grande lucidité, que « la Francophonie sait tout ce qu’elle doit à la France, même si la France ne sait pas toujours tout ce qu’elle doit à la Francophonie et ce qu’elle pourrait lui donner en retour ».

L’exemple vient de haut.

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Classé dans Actualité, Pierre R Chantelois