Un million pour Sarkozy

Bonjour, les cousins français

Coucou ! C’est moi qui m’était plaint de la façon dont le Nouvel Obs avait traité Carla … Je récidive. Français, Françaises, en vérité je vous le dis : il est malsain que vous soyez si mesquins avec vos dirigeants. Il n’est pas normal que vous ne donniez pas, bon an mal an, un million d’euros à votre président.

De quoi j’me mêle ? Si je viens vous parler finance, c’est que que j’ai comme vous l’héritage mixte de Jacques Cœur et de Surcouf, mais aussi parce que vous saurez, Mossieu, que je suis Canadien. Moi qui vous parle, j’ai marché à Montréal sur le bout de trottoir de la Place Victoria que traverse souvent, par beau temps, pour aller de sa limousine à son bureau, l’homme qui s’est précipité à la cuisine pour régler l’ardoise, le soir du 6 mai au Fouquet’s.

J’ai même déjà vu, derrière les rideaux, la silhouette de Paul Desmarais. Ce n’est pas rien. Combien de vous avez frôlé de si près un Grand-Croix de la Légion d’honneur ? Et pas n’importe lequel, celui qui s’y connait en fric. Donc, si je vous parle finance et politique, vous saurez que je sais de quoi je parle. Je veux vous parler finance et politique, plus précisément, de corruption.

On jase de démocratie et des détails de son fonctionnement, en oubliant qu’une conséquence de la démocratie est de donner le pouvoir politique a des gens qui ne sont pas toujours riches, dans un monde où la richesse achète presque tout. De là à penser que le pouvoir politique est à vendre, il y a un pas à franchir que je ne franchirai pas, car ce trottoir est bien achalandé. Je dirai simplement, comme Surcouf, qu’on ne devient pirate que pour avoir ce qui nous manque et que je trouve gênant que les oints du Seigneur Peuple soient si imprudemment induits en tentation.

Ils sont aiguillonnés vers le péché avec d’autant plus de perversité, qu’on les prive du minimum dont doit jouir un homme de pouvoir. Parce que vraiment, là, les cousins, côté rémunération, vous êtes d’un minable… Vous n’écoutez pas CNN, comme tout le monde ? Tous ces financiers qu’on désigne aujourd’hui à la télévision à la vindicte populaire, pour le dérapage de l’économie, touchaient chacun en salaires et primes 10, 50, 100 millions de dollars par année. Comment osez-vous parler en milliers d’euros de la rémunération du Président de la République ?

Et si on traite ainsi le chef, imaginez l’indigence des ministres, la misère des hauts fonctionnaires ! Il faut combler les décideurs publics. Le salaire des décideurs publics, nommés ou élus, doit être doublé ou triplé ! Être un mandataire du peuple et décider en son nom doit être le plus prestigieux des emplois et il doit s’y rattacher un salaire exceptionnel.

Si on veut que leur enrichissement se fasse ailleurs que dans des comptes en Suisse, il faut que la rémunération des décideurs responsables de l’État augmente de façon spectaculaire. Les sommes nécessaires pour leur consentir ces salaires décents sont insignifiantes en regard des budgets de l’État et tout avantage financier raisonnable qu’on pourrait leur consentir est négligeable, si on le compare au coût d’une seule mauvaise décision de l’État.

Pourquoi cette aberration d’un salaire parcimonieux à ceux qui devraient être le mieux rémunérés ? Et le plus bête, c’est que ce n’est pas faute de moyens que les décideurs publics sont si mal payés, mais à cause d’un vieux fond de puritanisme qui voudrait laisser croire qu’ils sont parfaitement désintéressés et ne veulent PAS s’enrichir.

Cet angélisme naïf est délétère pour la démocratie, car c’est une corruption rampante et tolérée qui vient nous dire chaque jour que ce n’est pas vrai. Or, on ne peut imaginer crime plus néfaste dans ses conséquences sociales que de mettre à profit un mandat reçu de toute la société pour toucher un pot-de-vin et sacrifier les intérêts et les espoirs de milliers ou de millions de personnes qui vous ont fait confiance.

La corruption est le péché de Judas, le péché des « félons qui, s’étant acquis la confiance d’un autre, se servent de cette confiance pour tromper celui qui la leur a accordée et lui nuire en en tirant profit ». Dans l’Enfer de Dante, ce sont ces félons qui sont dans les bras mêmes de Satan.

La corruption est la maladie mortelle de la démocratie. Pourtant, elle est souvent accueillie aujourd’hui avec un haussement d’épaules. Pourquoi ? Parce que le citoyen sent confusément que les dirigeants ont une possibilité de s’enrichir bien au-dela de leur traitement et se dit in petto que lui-même… Bref, qui volerait un œuf est bien peu enclin à s’émouvoir de leurs indélicatesses.

Mais si le politicien ou le fonctionnaire coupable avait un traitement bœuf, à faire rêver Quidam Lambda, soyez sûr que ce dernier, envieux, ne lui pardonnerait rien. Or c’est cette réprobation universelle qui est nécessaire pour faire disparaître la corruption. Pour stopper la corruption, il faut rendre le corrompu odieux.

Comme le fait CNN aux USA. En dénonçant chaque soir, un par jour, les financiers qui se sont accaparé des centaines de millions de dollars en salaires et bonis alors qu’ils conduisaient la pays à la ruine; on cherche indubitablement à mettre fin à la complaisance du citoyen américain face à cet enrichissement éhonté… et à lui désigner des boucs émissaires.

Cessons donc de croire qu’il est condamnable qu’un ministre, qui gère 10 ou 20 milliards des fonds publics, touche une rémunération annuelle de 500 000 ou d’un million d’euros, alors que n’importe quel bon joueur de foot ou acteur a belle gueule, est encouragé à en exiger encore plus.

Il n’y a rien d’inconvenant à ce que, durant son mandat, on assume aussi pour un décideur public des frais divers qui lui feront une vie de pacha. Il mérite une vie de pacha. Il EST le pacha. Il faut que le décideur public se SENTE riche et soit satisfait. Il faut qu’il soit su de tous qu’il est riche. Ce qui est inconvenant, c’est que ceux qui gère nos milliards n’aient pas les moyens de boire les mêmes vins que le milliardaire qui veut les amadouer pour nous vendre des avions ou nous construire des autoroutes.

Donc, allez hop ! Investissons dans la gouvernance et le fonctionnariat. Prevoyez annuellement un demi-million pour Fillon et tout qu’il faut pour Rachida – ce qui est bon pour la haute-couture et bon pour la France – et tout les autres a l’avenant.

Sarkozy ? Le président devrait avoir son propre yacht, mais, faute de mieux, disons un million pour commencer. Prenons un million, prenons en deux. À la santé du Roi de France…

Pierre JC Allard

9 Commentaires

Classé dans Actualité, Pierre JC Allard

9 réponses à “Un million pour Sarkozy

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  2. Denis G.

    Aille M.Allard…

    Au secour Robespierre et la vertu. Charlottre devra poignarder deux fois Marat. Non seulement la cupidité est-elle devenue vertu avec le libéralisme, il faudra maintenant la couronner et la glorifier pour combattre la corruption au lieu de la sanctionner.

    La nature de votre propos fait sérieusement réfléchir. Entre la tolérance d’une mauvaise éthique de notre gouvernance et notre incappacité à l’assainir, la colère hésite encore.

    Les mots me manquent tellement je suis sidéré par la rectitude logique de votre billet. Le peuple doit-il bénir et absoudre la corruption des marchands en compétitionnant ces derniers par une enchère du cupide?

    Vivement le retour du cynique qui fait réfléchir le quidam, place du maché, en mordillant tel un roquet, le consomateur -contribuable que nous sommes devenus.

    C’est ainsi que le vice de la cupidité s’est transformé en vertu.
    Personne n’ose le dire haut et fort, mais c’est bien ce que pense la plupart d’entre nous et c’est ce que globalement la société de consommation propose. Le luxe, la richesse sont les nouvelles valeurs qui en sont la conséquence.

    C’est pourtant contre ces «valeurs bourgeoises» que se sont dirigées toutes les critiques pendant la période d’effervescence intellectuelle qu’a été la période des années 60-70 en occident.

    Mais elles n’ont pas empêché le panneau publicitaire de remplacer le drapeau, le « single«  d’expulser l’hymne national et le slogan d’éjecter la devise. Le consommateur a complètement rejeté le citoyen, et l’actionnaire a pris le pas sur l’électeur.

    Dans nos hôpitaux, le malade est devenu patient puis client. La notion de client introduit celle de la richesse; le client qui en aura les moyens sera proportionnellement moins patient.

    Dans les transports en communs on ne voyage plus l’humain, on le transporte, au même titre que la marchandise. Les véhicules n’ont plus de passagers ou d’utilisateurs mais des usagers; parce que collectif, on n’utilise pas, on use, on détériore, certains diront qu’on abuse. L’utilité du partage, parce que non rentable, devient subtilement abusive.

    Les médias, propriété des commerçants, sournoisement, en véhiculant une vision publicitaire de l’humain, imposent le culte de l’image de Marque et une glorification du spectaculaire, de l’immédiat, de la futile réussite ou de l‘éphémère vedette. L’information spectacle procède maintenant à l’éradication de la nouvelle objective au profit de l’opinion subjective et contribue au déracinement et à l’isolement d’un humanisme de solidarité. Pas étonnant lorsqu’on sait que dans plusieurs cas, les marchands d’armes et les marchands de propagande que sont devenus les médias, ont les mêmes actionnaires.

    La démocratie actuelle est comme un troupeau d’aveugles influencés par de cupides semi voyants. Médiocratie d’une autorité vulgaire de marchands, le modèle américain est un triomphe pour les affaires mais un lamentable échec pour l’être humain.

    Décadence d’une civilisation du commerce, illusion d’une organisation de modernité, stupide consensus de la médiocrité, le mensonge de la démocratie au service des voleurs d’humanité, est acclamé par la propagande servile des médias marchands, les médiacrates de notre époque. Esclaves dociles des opinions propagées par la médiacratie, les narrateurs d’information qui autrefois rapportaient simplement la nouvelle, donnent leur opinion (celle des actionnaires) et influencent, à hauteur du spectacle de leur popularité, le peuple illusionné qui croit s’abreuver à une source de vérité.

    La politique, astreinte à l’éducation et à la gestion d’un parc de la ressource humaine, est devenue le valet de la productivité; de l’efficace et du rentable. L’instruction contrôlée par l’Etat est désormais réduite au service de la ressource matérielle.

    Le politique organise les lois pour la société des marchands qui l’a élu et veille à la sauvegarde de la Propriété et à la Sécurité de ceux qui la possèdent. Ceux-ci d’ailleurs voudraient lui réserver les seules fonctions qui vaillent; ceux de gardien, de voyageur de commerce mondial et d’endosseur financier au développement de leur individuelle richesse.

    Certains économistes stupides et ignares font même l’éloge de la richesse comme étant la condition du mieux-être de la masse.
    Le mieux-être de la masse n’est pas la richesse mais son partage.

    Ces gourous de la finance, (devenue subitement une science qu’on glorifie depuis peu; en effet le premier pseudo-Nobel des sciences économiques a été attribué en 1969), ont été incapables de prévoir les crises de son histoire; se contentant de les analyser après coup afin de rassurer le peuple et donner l’illusion d’un certain contrôle, permettant aux exploiteurs de se faire réélire démocratiquement.

    La bourse s’effondre et on a maintenant l’audace de voler directement (scandale Enron et autres…).

    Il ne faudrait jamais perdre de vue que le marchand ne produit rien. Il transporte transige et spécule. Et maintenant il contrôle la démocratie.

    Que dire de la démocratie?

    Même élu démocratiquement, une personne sensée refuserait de se faire opérer par un membre de l’association des bouchers ou des poissonniers. Et pourtant, sous le credo de la mondialisation et en regard d’une unique valeur «l’économique», le marchand fait loi. En démocratie, « c’est la majorité qui fait norme » comme le déclarait le sophiste Protagoras, qu’elle soit dans l’erreur ou dans la vérité.

    Tout doit être refondu, tout. Vivement l’effondrement total du système actuel.

    Je lis périodiquement vos écrits sur Nouvelle Société M.Allard et j’avoue y porter un intérêt particulier.

    Cordialement. Denis Gélinas

  3. @ Denis G: Merci pour votre commentaire à cet article qui fait la navette entre un premier degré sordide et un deuxieme, évanescent a mesure qu’on monte les marches du cynisme… Merci aussi pour votre intérêt à Nouvelle Société

    Votre commentaire ici a la structure et la taille d’un article. A-t-il été publié quelque part ? Sinon, je vous engage à le faire. Nous ne serons jamais trop nombreux à le dire

    http://nouvellesociete.org/PR42.html

    PJCA

  4. alababa

    J’ai bien apprecié votre article M.Allard,et vous aussi M.Gélinas,je m’instruit avec vous.Merci

  5. Denis G.

    @M.Allard
    je ne suis pas un journaliste, encore moins un écrivain. Au fil de mon commentaire ma colère s’est peu à peu estompée.
    Heureusement car j’aurais pu en écrire le double, désolé de la longueur de ma réflection.

    Je laisse le soin aux belles plumes d’écrire au mieux les remarques que j’apporte sur différents sites de renseignements. Alors pigez ce que vous voulez, peu importe qui la rapporte et comment, pourvu que l’idée passe la rampe de la résistance naturelle de l’Homme aux changements.

    Une seule remarque; le citoyen ordinaire n’a pas un bagage de culture et de vocabulaire nécessaire à la compréhension de certains textes à propos du fonctionnement de notre Cité.
    Encore moins les informations concernant les aléas de ceux qui réellement nous gouvernent.
    Qui connait les ramifications financières des Warren Buffet, Bill Gates, des familles Rockfeller Rothschild Morgan Ben Laden, des actionnaires majoritaires des 12 FED ?
    Du fonctionnement réel du système monétaire financier et économique mondial?
    Des actionnaires des grands médias télévisés, radios et papiers (journaux, magasines et livres)?

    La France a son B.H.Levy, au Québec, encore impressionné par la diction plus que la réflection, on a des Joseph Facal et Vincent Marissal pour nous dicter comment penser la nouvelle…

    Je termine ici, la colère remonte encore.

    Bonne fin de journée.

  6. Jean-Pierre

    à l’attention de M. Gélinas,

    « (…) Il ne faudrait jamais perdre de vue que le marchand ne produit rien. Il transporte transige et spécule (…) »

    Ne fournit-il pas un espace, une vitrine, une présentation et parfois une livraison ? N’est-il pas aussi un conseiller qui a la chance d’offrir une expertise ? Cela n’entre-t-il pas dans la catégorie production de services ?

    Récemment je me suis retrouvé dans un magasin à grande surface afin de me procurer des pièces de plomberie. C’était passé l’heure de pointe. J’ai eu droit à de judicieux commentaires qui m’ont aidé à ne pas acheté de niaiserie et qui m’ont permis de faire l’économie d’un plombier. Je vais à cet endroit parce que je sais que je peux obtenir de bon conseils et … parce qu’on peut y retrouver tout ce dont un bricoleur à besoin.

    Puisque j’ignore votre condition médicale, j’espère que ma timide intervention ne fera pas monter la pression dans vos artères, ni ne soulèvera votre ire. Mon seul but ici étant que vous explicitiez l’affirmation que j’ai retranscrite ci-haut et qui, par ailleurs, est extraite d’un beau texte qu’un lectorat élargi aurait avantage et sans doute plaisir à lire.

  7. Denis G.

    @ Jean-Pierre

    Oui j’acquiesse en votre sens, vous parler de distribution des biens, ce qui est la forme logistique d’un sytème et en fait partie intégrante. Par contre il est annormal que celui qui distribue les biens fasse plus de richesse que celui qui les produit.

    Mes propos vont plus sur la possession du capital, de la richesse, et de son utilisation pour contrôler la démocratie en sa faveur au détriment des plus faibles.

    Ma santé va très bien pour mon âge, l’injustice sociale me fait souvent monter la moutarde au nez :-), de père ouvrier j’ai de mauvais souvenirs qui refont souvent surface.

  8. Denis G.

     » Il va falloir défendre tout ce qui produit contre tout ce qui spécule. » Michel Rocard, ancien premier français, au sujet de la crise mondiale. (Le Nouvel Observateur, 13 décembre 2007)

  9. Bonjour Pierre,

    Tu salues les cousins français.
    Un cousin belge te salue aussi.
    J’ai pris connaissance par ton concours de votre initiative du groupe des Sept.
    Une reprise de l’émission « Sept sur sept » d’Anne Sinclair ?
    Comme disait Cantelou dans le sketch de dimanche qui comprenait enfin ce qu’était ce titre en fonction des démêlées sentimentales de son époux DSK. Excellent comme d’habitude.
    Invité de Drucker, Kouchner et aussi … Carla qui a chanté un de ses derniers tubes.
    J’ai été tout comme toi, sur une autre antenne, mais tu sais de laquelle je parle, été très étonné des réactions fofolles du début du règne Sarkozy et du désamour à l’excès quelques mois après.
    Les politiques d’aujourd’hui ne savent plus vivre en autarcie. Sans vouloir les louer, ils ont une série de boulets et de casseroles qu’ils tirent au pied. Il faut comme disait Umberto Eco, des actions et des réactions, un parlement et des opposants, mais il faut rester concret et proactif à tous les niveaux. Quand on voit ce qui s’est passé : la crise, la prise en main de Sarko pendant ces 6 mois, il a été de tous les coups et parcours dangereux. Je ne suis pas un pro mais je sais compter les points. Je dirais qu’il n’est pas à sa place mais à une autre plus européenne. Imaginons que ce soit Madame Merkel qui ait eu son tour à la présidence de la CE ces derniers six mois. Que serait-il passé?

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