Éducation pour tous : rêver l’inaccessible rêve

L’UNESCO sonne encore un fois l’alarme, dans son dernier rapport sur les progrès de l’éducation pour tous, à propos du faible niveau de scolarité dans de nombreux pays. Encore une fois, et sans doute encore plus en cette période de crise économique mondiale, l’alarme risque de sonner dans le vide. Certes il y a eu progrès, mais c’est le progrès d’une tortue avançant au ralenti, et tout indique qu’un recul n’est pas impossible.

Une des grandes erreurs en matière d’apprentissage est de croire que la tête est la partie du corps à laquelle il faut d’abord s’adresser. Or, la tête n’est pas disponible tant que le ventre n’a pas été contenté. Concentrez-vous sur ce que vous allez lire : un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre de malnutrition. Si vous avez lu sans difficulté, il y a de fortes chances que votre enfant ne soit pas dans ce lot des mal nourris.

La qualité de l’alimentation est une difficulté de taille dans la capacité qu’ont les enfants fréquentant l’école de faire des progrès scolaires. Mais même si on pouvait étendre partout dans le monde la très belle initiative du Club des petits déjeuners, un autre obstacle tout aussi énorme devrait encore être franchi : celui de l’équité pour tous les enfants.

L’UNESCO constate dans son rapport que l’équité est loin d’être une réalité :

Dans plusieurs pays des éléments de base comme l’électricité, les sièges et les manuels, demeurent rares.

Le nombre d’élèves par enseignant est plus élevé dans les pays pauvres et on constate même des pénuries marquées d’enseignants en Asie du Sud et de l’Ouest et en Afrique subsaharienne.

La faible qualité de l’enseignement pour de trop nombreux enfants. Les meilleurs enseignants ne sont pas dans les quartiers urbains ou les régions rure pauvres, là où on aurait besoin de leurs talents.

Les filles sont toujours les plus touchées par la non scolarité.

Ce qui précède tient en bonne partie à une très grande disparité dans les dépenses d’éducation. L’Amérique du Nord et l’Europe occidentale engagent plus de 55 % des dépenses mondiales d’éducation pour 10 % de la population âgée de 5 à 25 ans.

Même dans ces régions riches du monde il y a des écarts entre les plus pauvres et les autres élèves. Imaginez dans les régions pauvres du monde…

Certes, il y a un travail énorme à accomplir dans plusieurs pays pour améliorer la situation à la fois en amont (formation des enseignants, amélioration des manuels scolaires et de tout ce qui contribue à un meilleur enseignement, y compris l’alimentation des enfants et la qualité des lieux d’enseignement) et en aval (évaluation des impacts des mesures mises en place pour parvenir à une meilleure scolarité avec comme objectif que chaque être humain puisse aller jusqu’au bout de ses possibilités).

Tout ce travail sera cependant considérablement ralenti tant que la recommandation suivante de l’UNESCO demeurera lettre morte : que les donateurs s’engagent en faveur de l’équité dans l’aide à l’éducation.

Trop d’enfants reçoivent une éducation de qualité si médiocre qu’ils quittent l’école dépourvus des compétences de base en matière d’alphabétisme et de numératie. Enfin, des disparités profondes et persistantes fondées sur la richesse, le sexe, le lieu de résidence, l’appartenance ethnique et autres marqueurs du désavantage constituent un obstacle majeur aux progrès dans le domaine éducatif. Si les gouvernements du monde prennent au sérieux l’éducation pour tous, il faut qu’ils pensent plus sérieusement à lutter contre l’inégalité.

Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO.

Avec la santé, l’éducation est une des clés du développement des pays les plus pauvres. Le dernier rapport annuel de l’UNESCO sur les progrès de l’éducation dans le monde démontre que cette clé est encore inaccessible dans de trop nombreuses régions du monde.

Vaincre l’inégalité : l’importance de la gouvernance. Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous 2009. (Résumé du rapport en français et rapport intégral en anglais.)

11 Commentaires

Classé dans Michel Monette

11 réponses à “Éducation pour tous : rêver l’inaccessible rêve

  1. Bonjour et bonne année,

    L’éducation et l’enseignement les deux mamelles de la croissance d’un homme. Je crois qu’il y a amalgame, ici.
    L’éducation dédicacé aux parents. L’enseignement à l’école.
    Les deux sont en perte de vitesse pour des raisons différentes mais qui se rejoignent en finale.
    En effet, la malnutrition est la première source de problème pour l’éducation.
    Elle n’est pas seule. Le travailler plus pour ceux qui sont sortis du problème de la faim est aussi sur la sellette de sa chute.
    Les parents qui ne peuvent assumer l’éducation car le plus souvent absents, rentrant après des heures supplémentaires qui ont été « intimées » par le patron, l’attraction de l’extérieur, des amis qu’il faut recevoir et la pub qui pousse à consommer les plaisirs.
    Alors on laisse faire les enfants dès qu’ils sont en âge de jouer tout seul.
    L’enseignement est probablement trop guidé par des programmes trop anciens, trop mal mis à jour avec les besoins actuels. Quand on pense aux langues, et je peux en parler étant belge, on se retrouve en finale sans possibilité de s’en sortir dans la vie pratique à la sortie de l’école officielle.
    On reviens avec des connaissances de la littérature et on ne sait pas prendre un téléphone pour répondre à un interlocuteur. Les Sciences sont en perte de vitesse. Elle ne font plus rêver car la recherche fondamentale est mal payée. Les maths sont très mal agencées, imbriquées dans des formules. Trop peu mises en confrontation avec la pratique. La théorie n’est pas venue d’un esprit enfumé mais de réflexions de la vie. Oui, beaucoup de choses à dire sur le sujet.
    L’inégalité est voulue malgré les apparences.
    Mon dernier article ‘Hasard du temps et de l’espace » (URL) semble le prouver d’ailleurs.

  2. En fait, les dommages causé par la malnutrition aux enfants de moins de 5 ans sont irréversibles.

    Ceci est un sujet très complexe. L’éducation. Le problème est que ceux qui décident comment et ce qu’on nous enseigne n’ont pas nécessairement les bonnes motivations.

    Michel, je sais que votre but d’inclure l’UNESCO sert de base de départ à ton billet et le sujet est très pertinent. Mais je voudrais attirer votre attention ce qu’est réellement l’UNESCO et quels sont ses buts et motivations. J’ai tendance à m’en méfier grandement: il est clairement énoncé dans leur charte qu’ils ont un agenda de réduction de la population, d’eugénisme et de gouvernance mondiale.

    Citation du fondateur de l’UNESCO, Sir Julian Huxley, provenant d’un article publié sur Global Research:

    “Even though it is quite true that any radical eugenic policy will be for many years politically and psychologically impossible, it will be important for UNESCO to see that the eugenic problem is examined with the greatest care, and that the public mind is informed of the issues at stake so that much that now is unthinkable may at least become thinkable. »

    Sir Julian Huxley, first Director General of UNESCO, 1946-1948

    http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9477

    Et jetez un coup d’oeil sur la philosophie et les buts de cette organisation (les passages en gras sont de ma part):

    Facilitating World Government

    From UNESCO Its Purpose and Its Philosophy

    First, that the more united man’s tradition becomes, the more rapid will be the possibility of progress: several separate or competing or even mutually hostile pools of tradition cannot possibly be so efficient as a single pool common to all mankind. And secondly, that the best and only certain way of securing this will be through political unification. As history shows, unifying ideas can exert an effect across national boundaries. But, as history makes equally evident, that effect is a partial one and never wholly offsets the opportunities for conflict provided by the existence of separate sovereign political units.

    The moral for Unesco is clear. The task laid upon it of promoting peace and security can never be wholly realised through the means assigned to it – education, science and culture. It must envisage some form of world political unity, whether through a single world government or otherwise, as the only certain means for avoiding war. However, world political unity is, unfortunately, a remote ideal, and in any case does not fall within the field of Unesco’s competence. This does not mean that Unesco cannot do a great deal towards promoting peace and security. Specifically, in its educational programme it can stress the ultimate need for world political unity and familiarise all peoples with the implications of the transfer of full sovereignty from separate nations to a world organization. But, more generally, it can do a great deal to lay the foundations on which world political unity can later be built. It can help the peoples of the world to mutual understanding and to a realisation of the common humanity and common tasks which they share, as opposed to the nationalisms which too often tend to isolate and separate them. » – 13

  3. Redge

    L’éducation ou l’enseignement, appelez cela comme vous voudrez, n’est pas au service de l’humain, mais au service du système. On forme des élèves à la chaînes pour qu’ils puissent devenir de bon petits travailleurs dociles et faire « rouler » le système, qui ne demande que ça. Pas étonnant qu’il y ait autant de décrocheurs.

    Le système est primitif et pourrie jusqu’à l’os.

  4. Redge,

    Et la démission des parents dans l’éducation, vous appelez cela comment?
    Ce n’est pas primitif mais dit « moderne » et tout en surface.

  5. @L’Enfoiré:

    « Et la démission des parents dans l’éducation, vous appelez cela comment? »

    On appelle ça le résultat d’une éducation abrutissante (dumb down education) qui cherche à anéantir notre vrai potentiel en nous modelant une vision de la vie et de nous-mêmes très réductrice en nous transformant en de bonnes petites unités de production et de consommation sous le joug de nos maitres.

  6. Liberty

    Bonne année à tous !

    L’éducation est devenue un ennemi de nos politiques.
    Le savoir est une arme, les gens cultivés sont dangereux car ils peuvent démontrer la crétinisation de masse de notre société .

    Le seul besoin actuel de nos sociétés ce sont des moutons, rien de plus, tant mieux s’ils ont des qualifications mais de la culture surtout pas, ils deviendraient des emmerdeurs !

    La promotion sociale par les études ne fonctionne plus, les diplômes n’assurent plus l’emploi.

    Il est de coutume d’expliquer à un jeune que ses diplômes ne valent rien sans l’expérience.
    Une fois qu’il a l’expérience et les diplômes on trouve d’autres excuses etc…

    Au final cela donne des personnes comme moi, révoltées à souhait, prêts à tout, attendant de pouvoir rendre tous les sévices et toutes les manipulations dont ils ont fait l’objet .

    La culture, l’éducation, sont devenus des obstacles indésirables au « new world order » .

  7. Garamond

    L’instruction (donnée dans les écoles) n’est pas un besoin fondamental. À moins qu’on veuille faire de nos enfants de bons petits travailleurs-consommateurs…
    L’éducation (donnée par les parents) demeure la transmission de connaissance la plus importante ; (allez voir chez les animaux…) et la plus accessible, à moins que lesdits parents soient déjà devenus de bons petits travailleurs-consommateurs…
    Arrêtons de transmettre nos valeurs occidentales mercantiles aux autres contrées du globe…Ils n’en ont pas besoin.

  8. En parlant d’éducation, cette vidéo explique une des raison pourquoi les gens semble si abrutis de nos jours:

    Why most people may not wake up! The Sad Truth

  9. N’empêche que hausser le niveau de scolarisation d’une population est un bon moyen de réduire la pauvreté au sein de celle-ci. Pour ce qui est de ce que l’on enseigne, c’est évident que l’enseignement peut tout aussi bien abrutir que libérer.

  10. @Michel: Effectivement, l’éducation est la force d’un pays et des individus. La question est de savoir entre quelles mains elle se trouve. Je regarde les statistiques qui sortent au Canada et aux États-Unis depuis quelques années et je peux vous dire que les enfants qui sont éduqués à la maison ont les meilleurs résultats. Pour ceux qui pensent que leur habileté sociale en souffre, ceci est un mythe complètement faux démontré par plusieurs études.

    François M.

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