Les pirates ne sont pas ceux auxquels on pense (2)

2_61_s3201Dans l’épisode précédent, nous sommes revenus sur le cas de piraterie qui semble bien avoir déclenché la vague actuelle à laquelle on assiste. Il est vrai que de tomber sur trente chars lourds à fond de cale, ça vous ravigote le moindre pirate, même le pire des maladroits dans le genre. Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur le bateau retenu par d’autres flibustiers, et qui vient tout juste lui aussi de retrouver son port de destination, à savoir Mombasa. En réalité, ce bateau est à lui seul une aventure. Sous les aspects anodins d’un banal porte-container se cache en en effet un navire qui a déjà connu quelques aventures, dont je m’étonne beaucoup de ne pas avoir entendu parler ces derniers jours. Accordons donc quelques minutes à tenter de savoir qui est exactement ce fameux Maersk Alabama qui vient juste de faire la une des journaux. Vous allez voir, c’est assez savoureux : en 13 ans de carrière, il a changé près de dix fois de nom et au moins 3 fois de pavillon. Ce n’est plus un porte-container, c’est simple, c’est un véritable caméléon des mers. Un caméléon parfois… aveugle.

Revenons-en donc à notre beau Maersk bleu du jour. Le bateau a en connu de belles, avant de se voir arraisonné par des pirates. Construit à Ulsan en Corée du Sud (au plus grand chantier naval au monde, par Samsung Shipbuilding & Heavy industries Co. Ltd), ,il date de1996 seulement et ne s’est pas toujours appelé l’Alabama, selon son numéro de registre qui est le 9123166. Avant il était… italien, était peint couleur crême et s’appelait l’APL Italy, et était muni d’un arrière différent. Ce bateau avait eu bien d’autres noms encore (en étant maintenant peint en noir) : le MM Chetumal, puis le Chetumal tout court, alors tous deux sous le drapeau grec , amis aussi également le Norasia Star, le  MSC Jasmine, et le Norasia Malta ! Ça fait déjà pas mal, ces changements de nom et de registre. Et avant de devenir l’Alabama chez Maersk, et de devenir bleu (et rouge) il s’était aussi appelé l’Alva Maersk. Décrit alors comme faisant 30 662 tonnes de déplacement pour 17 000 de charge utile (pour pas moins de 1399 containers !), et un bon 242 mètres metres de long, sur 32 de large (pour 8,3m de tirant d’eau). Ce n’est pas du tout la même chose donc que le Faina, un petit RORO (roll-on and roll-off) en fait, alors que l’Arva-Alabama est bien un véritable porte-container. De dimensions respectables.

 

En 2002, il lui était arrivé une incroyable histoire à ce bateau… en photos, c’est encore plus étonnant en effet : arrivé aux alentours des côtes grecques des îles Zakinthos (Zante en français), sur le chemin le menant de Haifa (Israël) vers Kepec, en Croatie, l’Alva s’était goinfré la côte sud-est de l’île grecque, et il avait fallu toute la dextérité d’un remorqueur de 120 tonnes, le Matsas Star pour le sortir de sa fâcheuse position inconfortable… Le bulbe de l’Alva avant écrabouillé, il était quand même reparti... direction la cale sèche et les réparations. Mais non sans s’être délesté au Pirée de sa cargaison. Tout le monde s’était interrogé sur ce qui aurait pu être une bien plus grande catastrophe. « Erreur humaine de navigation de nuit » avait conclu l’enquête… à croire que le veilleur de nuit du navire ne savait pas faire marcher un radar : il avait abordé la côte plein pot, de front, à 21 nœuds, la vitesse maximale du monstre  ! L’île a beau être celle des « naufrageurs »…. le bateau fonçait droit vers sa côte sud-est, et ne prenait pas le chemin de la Croatie, alors qu’il devait s’y rendre… C’est vrai, il fonçait vers quoi, au fait ? 

 

Pour le trouver, rappelons-vous ce que nous avions déjà dit il n’y a pas si longtemps ici-même, dans notre sujet sur les livraisons de munitions américaines à israël en pleine attaque de Gaza : « Selon des informations concordantes, les deux nouveaux trajets passeraient par la Grèce pour aboutir au port d’Ashdod en Israël : « The U.S. Navy’s Military Sealift Command (MSC) said the ship was to carry 325 standard 20-foot containers of what is listed as « ammunition » on two separate journeys from the Greek port of Astakos to the Israeli port of Ashdod in mid-to-late January « Le premier parti le 15 décembre faisant la route directe, sans passer par le petit port grec cité…. » avait-on dit alors. Or, visiblement, dès 2002, ce trajet était déjà régulier dans les deux sens, car l’Alva fonçait directement et à fond, en remontant non pas d’Haifa (mais du port d’Ashdod, le port de Tel-Aviv, à deux pas de l’enclave de Gaza) vers le terminal récent d’Astakos-Platygiali, à Aitoloakarnania exactement. En 2002, déjà, le trajet des bateaux de Maersk étaient donc les mêmes que lors des livraisons des stocks de munitions ayant servis à bombarder massivement Gaza !!!…. 

Quant aux liens entre Israêl et la Grèce, faisons confiance au site Debka pour nous en expliquer les détails et les contours. A une époque, entre les deux pays, l’achat de chars Chariot (le célèbre Merkava en réalité) était resté longtemps à l’état de discussion (près de 10 ans de négociations !) entre la Grèce et Israel. Mais aujourd’hui, l’IDF et la Grèce ont fini par aboutir sur autre chose. L’IDF a installé récemment, nous dit Debka, des moyens de surveillance dans le pays pour contrer le passage des armes légères destinées au Hezbollah : « Al Qaeda’s Saudi cell and the Lebanese Hizballah have established strongholds in Bulgaria, Macedonia, Bosnia, Kosovo and Albania. Extremist fighters find it easy to slip in and out of Greece. The two countries’ security services first began to work together when Israeli intelligence and private security firms took responsibility for safeguarding some of the installations and events of the 2004 Olympic Games. This cooperation Athens is keen on expanding. The treaty will give Israel’s strategic standing in the Mediterranean and southern Europe its biggest boost since the treaty was signed with Turkey in the 1980s. » 

Les bateaux de Maersk transportent ouvertement des armes d’Haifa en Grèce, des Etats-Unis vers Israël, mais dans l’autre sens si ce sont des armes venant de Bosnie destinées au Hezbollah, c’est du terrorisme, donc. Remarquez, avec cet avis, on a bien la reconnaissance d’une filière Bulgare, Alabanaise ou Macédonienne pour la livraison d’armes légères au Hezbollah… et aujourd’hui au Hamas (et avant… vers les troupes d’ Harafat !). Une chose que nous avions dénoncée ici-même. Les fameux Merkavas étant restés bloqués à la vente pour des tas de raisons, y compris celui d’être pris et désossés pour en connaître les failles, au final, les Grecs avaient acheté des tanks… ukrainiens T-84 Oplot sortis du Malyshev Plant.. après avoir été tentés successivement par des Abrams, des Leclerc ou des Lepoard. Les besoins grecs étaient fixés en 2001 à 246 machines., réduits à 170 au final. Mais on n’a jamais su quelle était la part prise dans la transaction par le privé, dont celle de la firme de Vadim Alperin, le même qui avait racheté une centaine de chars il y a un bon nombres d’années, lors de l’effondrement du communisme… les avait stockés en Ukraine, les avait refaits à neuf et les vendait par lots de 33 au Soudan Sud… oui, les mêmes dont on avait retrouvé 1/3 au fond du MV Faina…

Toujours est-il que notre fameux porte container a beau sillonner le monde entier, on l’a souvent trouvé engagé sur le trajet Croatie-Grèce-Israël puis direction la Corne de L’Afrique. Et attendez, ce n’est pas tout. Le jour où des pirates sont montés à bord, il battait toujours pavillon… panaméen. Mais son armateur n’avait rien d’un employeur civil. Ceci, nous le verrons bientôt en détail, si vous le voulez bien. Pour l’instant, il est vrai, à bord de l’Alabama, rien de rédhibitoire, loin de là :  « selon le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM), 232 containers à bord du cargo contiennent des vivres du PAM. La cargaison comprend « 4.097 tonnes d’un mélange de soja et de maïs, utilisé pour combattre la malnutrition des enfants et de leurs mères et destiné à la Somalie et à l’Ouganda, ainsi que 990 tonnes d’huile végétale pour des réfugiés au Kenya », avait précisé mercredi à l’AFP un porte-parole du PAM à Nairobi, Peter Smerdon ». 4 000 tonnes sur 17 000, ou un peu moins, le navire arrivant somme toute bien chargé à Monbasa.

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Classé dans Stéphane Bouleaux

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