Les pirates ne sont pas ceux auxquels on pense (4)

liberty_sun21Nous avions commencé à peine commencé à mettre en doute les rapports des médias sur la prise du MSC Maersk Alabama qu’une autre prise (ratée cette fois) de cargo américain dans le secteur ravive à nouveau nos soupçons. Le premier à peine arrivé à quai, un autre en effet fait la une de la presse. Or ce navire, encore une fois, n’est pas un navire civil ordinaire. Son armateur américain est très lié à l’armée, fournissant même des porte-containers réquisitionnés comme navires de logistique militaire. Un navire qui visite les mêmes ports et effectue les mêmes trajets, ou presque, et qui est à la fois livreur d’aide alimentaire ou d’armes « en cas de conflit » précise-t-on en haut lieu. Les pirates somaliens, sans le savoir, sont bel et bien en train de nous démontrer une chose flagrante : le trafic des containers dans le monde continue à réserver les surprises dont nous vous avions déjà parlé ici, avec de façon répétitive semble-t-il plusieurs nations en cause, et un seul destinataire final, le Soudan et la guerre meurtrière et catastrophique qu’y s’y déroule. Trois pays sont régulièrement cités depuis le début de cette enquête : l’Ukraine, Israël et les Etats-Unis. Ce n’est pas une surprise, à vrai dire, ni un hasard. Dans le rôle de disséminateurs d’armes dans le monde, ce sont les premiers en ligne de mire, si je puis me permettre.

Car l’histoire balbutie : le lendemain même de l’arrivée au port de Mombasa du Maersk MSC Alabama, juste relâché, un autre navire est arraisonné par d’autres pirates. Mais cette fois ces derniers son repoussés, sans qu’on sache vraiment comment. « Avec l’aide de la marine américaine  » dit-on. Et encore une fois avec l’aide du destroyer USS Bainbridge, arrivé six heures après les faits, pourtant. Cette fois encore c’est un navire américain qui est visé, attaqué à la roquette, et au nom presque prédestiné : le Liberty Sun, un vraquier de 64 000 tonnesd’emport de la Liberty Maritime Corporation. Et une fois encore, une firme privée employée par l’armée US, mais cette fois pas n’importe laquelle. « Liberty is one of the largest privately-held independent operators of U.S. flag dry bulk carrier vessels. Its U.S. flag fleet operates in both the preference trades of the United States and the international commercial trades ». Une firme encore plus liée que la précédente au fait militaire : ses bateaux ont de tous temps été liés étroitement à l’armée et ont effectivement délivré du matériel militaire durant l’opération Desert Storm… celle du père de W. Bush. « In 1989, Liberty created a related entity, Polaris Shipping, Inc., which managed three break bulk/liner vessels on charter to the Military Sealift Command (« MSC ») for two years. These vessels were participants in Operation Desert Storm, delivering military equipment, supplies and ammunition to U.S. forces deployed in the Persian Gulf ». Militaire ou civil, les deux mêlés, mais pour le grand public c’est toujour une seule facette qui est mise en avant. Et effectivement, après l’attaque, à l’arrivée une fois libéré, à Mombasa, on décharge ostensiblement devant les photographes, des sacs de riz estampillés USAID. Pour le reste…

Mais on n’en sait pas davantage sur ce que font réellement à cet endroit les bateaux signés LMC. Officiellement, ils font partie du programme intitulé VISA : « Liberty is one of several major shipping fleet companies that comprise the Voluntary Intermodal Sealift Agreement U.S. Agency for International Development, or VISA. VISA provides the Pentagon with private cargo vessels to call on to meet « contingency deployment » requirements. The program saves the government the cost of maintaining a large fleet that would be idle in peacetime. Liberty vessels have also carried relief supplies and food to Africa and Asia for USAID, World Vision, and Save the Children. Liberty-owned ships have transported aid cargo for USAID and non-government organizations, and military equipment in the first Persian Gulf War ». Des bateaux mis à disposition de l’armée selon la demande : « contingency deployment ». En tant de paix, des vivres, en tant de guerre des armes. On voudrait bien croire à cette belle disctinction. On comprend surtour que chez LMC on peut aussi bien transporter de la nourriture aujourd’hui que des armes hier ! Et pourquoi pas les deux en même temps ? On voit bien les sacs de riz, mais on ne sait jamais où se trouvent les armes. A noter l’insistance dans les présentations officielles à ne parler que des livraisons d’armes de la première Guerre du Golfe… les armes hier seulement, bien entendu. Le Liberty Sun provenait effectivement de Port Soudan, où il avait déchargé l’aide alimentaire (version officielle des faits), et était en route vers Mombasa. Selon certaines sources, l’attaque aurait été cette fois décidée par les pirates en représailles contre la mort de trois d’’entre eux, tués par les services spéciaux US lors de l’affaire précédente du Maersk MSC Alabama. Le 13 avril également, et c’est à signaler, un autre acte de représailles avait été tenté contre Donald Payne, un congressiste démocrate du New Jersey venu en Somalie, a Mogadiscio qui a dû essuyer et éviter des tirs de mortier sur sa personne. Les pirates avaient-ils conscience de s’en prendre à un symbole fort en s’attaquant à un bateau de LMC, très lié au gouvernement US et à ces miitaires ? Ils savent aussi utiliser le Net, comme les attaquants de Mumbaï, et ne sont pas ignares : les bateaux de LMC sont donc bien des objectifs symboliquement visés, au contraire du Faina dont tout le monde ignorait tout…

Chez LMC, le patron s’appelle Philip Shapiro, c’est un homme de la mer reconnu. « Prior to founding Liberty in 1988, Philip Shapiro served as vice president and general counsel of Apex Marine Corporation. During his eight years in the position he developed his understanding of the intricacies of ship management, fleet operations, vessel financing, and governmental regulation of US flag shipping ». LMC est un des rares à battre haut et clair pavillon américain et non de complaisance. Comme Apex, en réalité, LMC est une entreprise qui affiche clairement son patriotisme. Shapiro le fait savoir lors des campagnes électorales : mais Philip Shapiro soutient ouvertement le parti démocrate, en offrant cette année plus de 36500 dollars dans le jeu électoral, au total, dont 20 000 rien que pour la campagne du parti d’Obama. C’est déjà pas mal. Mais chez Apex, le mot patriote valait dire plus encore.

Apex était l’œuvre d’un immigré hongrois, Leo Vladimir Berger, mort en 1999, qui avait propulsé sa société au premier rang en achetant en 1967 son premier tanker pour 1,5 million de dollars au groupe Lemos pour aboutir à 24 navires dans les années 80 et plus de 100 millions de revenus par an. Abandonné par ses parents trop pauvres, il avait passé son enfance dans des orphelinats ou des centres d’accueil juifs, l’étant lui-même d’origine : il en avait gardé une reconnaissance particulière, donnant régulièrement de fortes sommes à des associations d’aide juives dont notamment le célèbre Boys Town Jerusalem. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est une association disons… engagée, qui voue une admiration certaine à ses soldats. Comme beaucoup d’émigrés qui avaient vu dans les USA une terre promise, l’homme était extrêmement patriotique, ayant fait aussi une belle carrière d’officier dans la Navy en 39-45. Deux patries, pour Berger, car les liens avec l’armée et l’état Israël d’Apex ont toujours été forts : « The company has also worked with the Agency for International Development and the Israeli Grain Mission in bulk grain movements. In addition, we have managed vessels for the United States Maritime Administration and Military Sealift Command and participated in the “Operation Desert Storm” and “Maintain Democracy” campaigns. » Il faut préciser, pour ceux que cela surprendrait, qu’historiquement parlant les juifs hongrois ont payé un très lourd tribu durant la seconde guerre mondiale. Pourchassés par des hommes parfois pires que les SS, les sinistres Croix Fléchées, les juifs hongrois ont été poursuivis et massacrés dans des proportions hallucinantes. Les croix fléchées, comme tout mouvement néo-nazi, ressurgissent régulièrement au gré des difficultés économiques du pays. Ces dirigeants, ou ses supporters, avaient fui le pays dès l’arrivée des soviétiques, perçus comme le démon : on en a retrouvé pas mal éparpillés en Europe, certains s’engageant dans la légion étrangère française en espérant faire oublier leur passé. En sachant cela, on explique facilement la véritable fascination qu’exercent les libérateurs américains sur les juifs hongrois, et le soutien inconditionnel et indéfectible d’après guerre aux Etats-Unis.

Une association véritable, donc, pour LMC ou Apex, avec la Navy américaine, qui ira jusqu’à acheter deux de ses porte-containers à la seconde. En 1998, Apex avait reçu en effet du Congrès 9 052 940 de dollars pour deux de ses bateaux, des porte-containers transformés en bateaux grues, les T-ACS 7 Diamond State et T-ACS 8 Equality StateDes bateaux qui peuvent donc se passer d’équipement portuaires et qui transportent… des Humvees, ou des containers, leur ancien « métier » dans le civil. Pour les containers, ils servent parfois à vider un autre porte-container.. suspecté de transporter une cargaison « terroriste », comme lors de cet exercice tenu dans le port de San Francisco… Ils participent à tout ce qui est logistique lourde en fait : construire un port ou un ponton d’accueil ne leur fait pas peur. Les « T-ACS Keystone State Auxiliary Crane Ships » pré-disposés à certains endroits du monde, sont devenus des auxiliaires indispensables à l’armée américaine, qui en utilise donc une dizaine qui commencent à faire leur âge : parmi les 6 derniers, le  T-ACS 5 Flickertail State, le T-ACS 6 Cornhusker State, le T-ACS 7 Diamond State, , le T-ACS 8 Equality State, le T-ACS 9 Green Mountain State, et le T-ACS 10 Beaver State.

Au final, que ce soit avec Apex ou LMC, voire avec Maersk, un fait troublant revient : les Etats-Unis, via leur aide humanitaire étatique, utilisent les moyens de leur marine civile pour acheminer leur aide ou leurs armes, laissant cours directement à toutes les suspicions sur une ingérence possible dans les pays où il interviennent. Aujourd’hui, les ONG sont des organismes privés en général. Aux Etats-Unis, la première de toutes est une entreprise d’état, fortement liée aux militaires. L’envoyé américain a toujours eu différentes casquettes. Des missionnaires religieux d’abord, tendance évangéliste, qui se muent en humanitaires, puis des mercenaires et enfin des barbouzes, le schéma est toujours le même depuis cinquante ans : « Establishing a direct link between missionaries, US AID, the CIA and other intelligence agencies like the NSA, is not a very difficult task » nous dit un site. C’est même un jeu d’enfant, surtout si on y ajoute le poids actuel de la presse et des medias. Au Soudan, on n’échappe pas à ce schéma tout tracé : et à la télévision, on ne voit que des sacs de riz descendre des bateaux.

 

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