Cette mocheté de démocratie !

Je suis depuis toujours un fidèle propagandiste de la démocratie. J’en demeure amoureux et je garde sa photo à mon chevet, mais, avec le début de l’Ere Obama qui va lui donner un nouveau sens, il devient nécessaire d’en parler davantage 

La démocratie n’existe pas. C’est un idéal à atteindre. Et encore, il faut préciser qu’elle n’est un idéal que si elle reste à sa place. La démocratie, dans une société, ne doit couvrir de ce que l’interdépendance qui nait de notre besoin les uns des autres, rend opportun de décider en commun.  J’en parle ailleurs, mais ici il ne s’agit pas de ce qu’elle doit couvrir, mais des contraintes qu’on rencontre à l’appliquer, même là où elle est nécessaire.

 La démocratie vient dans une société quand celle-ci grandit et se complexifie. Le pouvoir dans un groupe est toujours à qui a la force, mais, dans un groupe où l’on est assez nombreux, la grosseur des biceps devient moins significative que le nombre des individus dans chaque faction. La force brute ne perd pas toute importance, mais le pouvoir réside de fait dans les alliances.  Disons que qu’une majorité de gros biceps constitue une « majorité effective » et confère le pouvoir, « gros biceps » avec le temps, devenant gros gourdins, puis des fusils-mitrailleurs.

Chacun, pour satisfaire ses besoins et ses désirs, veut plus de liberté et donc de pouvoir; face au destin et à la nature, mais face aux autres, aussi.. En politique, « pouvoir » est le nom qu’on donne à la liberté de chacun quand elle empiète sur la liberté des autres. Chacun veut plus de pouvoir, mais, dans une société civilisée, cette quête du pouvoir est encadrée par l’ordre que fait régner la majorité effective.  L’ordre qu’exprime la loi imposée par l’État, dirigé par un gouvernement qui est l’émanation de cette majorité effective.

Plus une société est complexe, plus grande est l’interdépendance entre les sociétaires, plus grand est le pouvoir de chacun – à la mesure du besoin qu’ont les autres de lui – et plus un consensus est nécessaire. Si une majorité effective a la conviction que la loi incarne le bon droit, elle prendra toujours fait et cause pour la loi, puisque, dans une société en évolution, le rapport des forces individuelles peut changer et chacun voit qu’il gagnerait moins à s’affranchir de la loi que ce qu’il risquerait de perdre si elle cessait de s’appliquer

Quand cette opinion prévaut, on peut laisser violence et menaces en arrière plan. On peut gérer la société par des promesses dont la loi assure l’accomplissement et des récompenses dont l’État garantit la valeur. La démocratie devient la meilleure façon de réaliser le consensus. Nul, toutefois, ne perd le goût de satisfaire ses désirs, ni donc sa volonté de pouvoir ; il devient simplement  évident que la loi doit demeurer un point de repère et d’ancrage et qu’« avoir ce qu’on veut » ne passe plus par l’usage ostentatoire du fusil-mitrailleur, mais par la manipulation des lois.

En démocratie, la  rapine, pour être efficace, doit être institutionnalisée. On ne peut monter à l’assaut  de l’État chaque fois qu’on a un besoin à satisfaire et il faut donc avoir l’État avec soi. Comment ? Dans une démocratie, les lois sont faites et appliquées pour la majorité effective, par ceux dont les citoyens décident. Ces élus dont les citoyens décident, ont eux aussi des désirs à satisfaire. Ils vont chercher à se servir à leurs propres fins du pouvoir qu’ils ont. Avoir l’État avec soi n’exige donc pas de violence. Il suffit de donner, à quiconque décide, l’outil pour transformer en satisfaction le pouvoir qu’il exerce.  L’outil universel est l’argent, mais il y a mille façons de le faire.

Le pouvoir des politiciens et fonctionnaires n’est pas à eux. On le leur a confié. Quand ils le monnayent, ils l’usurpent et le volent.  C’est le plus grave des abus de confiance.  Mais qui ne le fait pas ? Qui ne le ferait pas ? Qui aurait cette intégrité « à la Robespierre » d’être totalement incorruptible ?  Et croit-on qu’on trouvera jamais assez de ces incorruptibles pour occuper tous les postes de l’État où il y a des décisions à prendre ? La corruption suit la démocratie comme son ombre. Comment la contrôler ?

Il y a un double problème de corruption à résoudre en démocratie. Celle au palier de l’exécution, d’abord, qu’on peut contrôler par la transparence et un processus efficace d’appel de toute décision rendue.  C’est possible, si on extirpe soigneusement du système tout ce qui est dilatoire.  J’en parle ailleurs. 

Il y a aussi, toutefois, une corruption au palier décisionnel qui ne peut être réglée que par une fragmentation horizontale et verticale du pouvoir, un changement structurel de fond qui prendra du temps.  Dans l’immédiat, pour contrer la corruption, il faut donc se préparer lucidement à un recul de la démocratie. 

Ce recul  peut être temporaire et marquer le passage à une démocratie plus efficace.    Il peut aussi être prévu comme permanent, et être la première étape vers un Nouvel Ordre Mondial dont mon collègue  François Marginean vous parle ailleurs sur ce site et dont on a des raisons de se méfier.  Un changement qu’Obama n’est peut-être pas venu empêcher, mais accomplir.  Je vous en reparlerai.

 

Pierre JC Allard

12 Commentaires

Classé dans Actualité, Pierre JC Allard

12 réponses à “Cette mocheté de démocratie !

  1. m@x

    Cher Pierre,

    Qu’est-ce qui pousse l’homme à se corrompre ainsi? Je suis dans une phase étrange, où je n’ai plus vraiment de but… et bien honnêtement, je ne comprends plus toute cette recherche du pouvoir par l’homme. En bout de ligne, il se nuit à lui-même… et engendre un monde conflictuel.
    L’amour sans forme se nourrit du partage, et la quête du pouvoir se dessine dans la possession… Qui me semble, ressembler à une forme très subtil de haine. Enfin…

    Bien à vous,
    Namasté
    m@x

  2. @m@x: L’égoïsme. l’homme ne se perçoit pas comme partie d’un tout, mais comme un in-dividu dont la croissance est un jeu à somme nulle avec ceux qui devraient être ses partenaires, mais qu’il traite comme ses adversaire. Ça change. l’humanité est tout jeune..et ça change plus vite dans l’abondance

    http://nouvellesociete.org/A67.html

    shanti om

    PJCA

  3. Eh! Ben! Je conseille à tous ceux qui ne connaissent pas NOUVELLE SOCIÉTÉ de cliquer sur les liens et de bien lire l’article.
    Bravo! Pierre, car il y a là un résumé – et très clair- de l’orientation.
    Je persiste à dire que la société actuelle ne fait rien de par son système d’éducation à faire comprendre à l’individu qu’il n’est pas seul. On cultive cet égoïsme. Pis encore, d’un autre côté on dévalorise quasiment ceux qui se sentent écartés, vus comme inutiles.
    Après, on dépense des fortunes et des vies à essayer de parler «d’estime de soi».
    Comment passer du Me, Myself and I à une reconnaisance de sa «valeur» et de son utilité, si le «traître social» vend des idées et des concepts qu’il n’applique même pas?
    Il n’y a pas d’inutiles dans une société.
    Mais dans les faits les cuisiniers au pouvoir vous diront que le gratin est plus important que le reste du plat. Quel gratin! Question de casting! Non pas de valeurs personnelles.
    Personne n’est assez dupe pour essayer de construire Utopia.
    Je signale un passage de l’auteur:
    «L’État de droit efficace est celui qui minimise la tricherie, sans oublier qu’elle ne demande qu’à se manifester. On va tricher, mais malgré ces anicroches, la notion de justice sera là pour rester.»
    Dans l’esprit du citoyen, la démocratie, c’est ce que nous avons devant les yeux.
    Tout l’art de la future sera de renverser le pouvoir occulte et d’empêcher que ce soit lui qui détienne … le volant. 🙂
    Et qui décide d’embarquer les décideurs qui l’ont vissé sur un trône.

  4. m@x

    Salut à tous,

    Il y a une part de l’abondance qui… Comment dire? elle me dégoutte profondément. Vivre par l’entremise d’autant de matériel, ça nous aliène et honnêtement, la « vie moderne » est un virus qui me tue.

    Aujourd’hui, je fais face à une décision qui transformera radicalement ma vie. D’un côté, j’ai l’impression de n’avoir aucun choix. Je ne sais pas pourquoi, je partage cela… Mais voilà, je le fais et c’est tout. Il y a environ 8 ans, mes yeux se sont en partie ouvert. Pour la première fois, je découvrais la simplicité du moment. Devant tout ce mouvement, cette frénésie et la violence humaine, je restais bouche bée… La vie m’apparaissait dans son essence toute simple, l’homme n’avait plus vraiment rien à craindre de la nature. Il lui suffisait de changer sa structure organisationnelle, et faire simple : serre individuelle, jardin communautaire, toit vert… faire les choses avec un rythme différent ; redécouvrir notre Terre. C’était si simple…

    Pourtant, tous me disaient… « Oui, je suis d’accord… mais maintenant, va convaincre tous le monde! » Voyant cela comme une tâche complexe, et irréalisable face à l’ampleur du monde : ma famille et mes amis se détournaient du changement. Et… tranquillement, je me suis éloigné de tous ; isolé de cette société. J’écrivais des scénarios de film où le monde était sauvé, et mon imaginaire bâtissait les Cités du troisième millénaire. Si vous saviez les idées qui me passent parfois par l’esprit.

    Alors, voilà, depuis 8 ans, j’essaie de partager un état de conscience… Ici et maintenant, je me retrouve à la croisée des chemins. Soit, je reste dans un état de confort, étant une totale illusion aliénante – ainsi, je devrai accepter d’avoir un « valeur horaire » et trouverai un passe temps payant. Soit, j’abandonne cette vie routinière dans laquelle je me sens mort… et me jette dans la rue! Question de vraiment prendre le pouls de cette société, et peut-être, changer le regard porté les itinérants… Partager cette expérience de la rue, à la radio, sur mon espace web, etc.

    D’un côté… Qui suis-je pour me donner cette responsabilité? Aller déranger les passants avec mes idées… Enfin, ça serait fait en douceur. Je passais faire des mises en scènes théâtrales et humoristiques dans les rues de Montréal. Je veux « incarner » le projet qui semble faire partie de mon ADN… Seulement, là, devant cette décision : « I’m alone. » Alors, valsant entre ce n’est pas ma responsabilité d’en faire autant, et cette « mort » en mon être… Celle qui me pousse à vouloir être dans l’action, et vivre sur le qui-vive.

    Bizarrement, c’est la p’tite phrase sur l’abondance qui fut l’élément déclencheur de ce partage… Car je veux quitter l’abondance matériel, et me relier à une autre forme d’abondance, contempler la nature ; laisser la pluie me tremper, et vivre à proximité de la communauté. Et surtout, de ceux et celles qui vivent de la générosité de tous… même si celle-ci finit dans l’alcool et augmente leur misère. Parfois, je pourrais aussi partager le toit d’êtres humains voulant échanger des idées, et bâtir un mouvement social. Je vois cela comme une grande aventure, et d’un autre côté, j’ai l’impression de m’en mettre beaucoup sur les épaules…

    Je vous remercie d’avoir partager mon dilemme.
    Namasté

    Om Mani Pamde Hum
    m@x

  5. Rémi R

    M@x, ton commentaire m’interpelle particulièrement car je pense vivre un peu la même chose. Depuis quelques années, j’ai beaucoup de difficulté à trouver ma place dans cette société dite « moderne ». Je la trouve vide, fade et pas si évolué que ça, finalement!

    Par contre, je constate qu’il y a quand même une certaine prise de conscience qui se fait graduellement chez les gens. C’est pour ça que je demeure optimiste pour l’avenir car nous avons le potentiel de changer les choses, même si en ce moment trop de monde sont encore endormis, en mode zombie. Ce qui est sûr, c’est que l’humanité va devoir atteindre le fond du baril pour pouvoir changer. Chaque chose en son temps, comme disait l’autre…

    Je considère fonder une coopérative quelconque dans un proche avenir. Je n’ai pas choisis précisément dans quel domaine, mais j’y pense. Je suis écoeuré de travailler pour des compagnies qui ne contribuent en rien au bien commun et qui s’enrichissent sur le dos des gens.

  6. m@x

    Salut Rémi,

    Comment dire? je ne suis pas pessimiste, l’humanité fleurira. La société est fade en surface, en profondeur… Il y a un coeur, celui de chaque être humain. J’ai atteint le fond de mon baril, moi, et l’humanité… elle n’est pas loin du sien. Je suis assis là, devant cet écran, et je me dis : « Eh! prends donc ce risque… »

    Je n’ai rien à perdre… Je veux sortir du cadre, de ce moule m’ayant ramolli l’esprit. Vivre de la générosité de gens, simplement – avec peu… Échanger de la monnaie papier contre des t-shirt. Je prépare ce « projet conscience » depuis quelque temps déjà : des vêtements à saveur de prise de conscience, avec dessin et texte. Vendu dans ce contexte, je me sentirai plus intègre…

    Soit je m’y perdrai… Soit je m’y retrouverai… Seulement, j’aime l’idée d’être à proximité de la Terre, et de sa nature : errer, et dormir à la belle étoile. Vivre avec un sac de couchage, une tente ou encore, une simple bêche. Ça ne sera pas facile, mais… merde! Elle m’appelle cette rue. Nous devons échanger, partager… À la ville, cet échange doit commencer par se faire entre les itinérants et tous les citoyens de celle-ci. Le mouvement d’entraide est l’unique voie du changement.

    L’idée de coopérative, c’est bien… pourquoi quelconque? ou dans l’avenir? Coopérons dès maintenant, ici… Enfin, on se comprend, non? ;o)

    Fraternité
    m@x

    PS : Dans une société où certains êtres humains sont invisibles, et bien… Je préfère me faire de moins en moins visible au sein de celle-ci. Errer dans les profondeurs, et prendre son pouls…

  7. Pingback: La délégation des clous « LA VIDURE

  8. @Max et Rémi,
    C’est justement ce qu’on a le droit de faire et qui correspond à notre nature.
    Je pourrais résumer ma vie en vos deux commentaires.
    Vous avez raison d’être comme cela. J’étais comme vous deux, un peu désespéré… Mais j’ai appris à vivre ou à revivre. Je n’ai rien d’un conformiste au sens social que l’on nous attribue actuellement.
    Sauf que la société – qui devrait être une sorte de plateforme à notre bonheur – est le contraire de ce que nous sommes.
    Rencontrer des «semblables» tels qu’il en est ici, croyez-moi, ça aide.
    Ça nous confirme que nous ne sommes pas des robots et que la Terre est un lieu où en cherchant le bonheur on le trouve un peu.
    Mais ce n’est pas le cas…
    C’est la guerre des «fous contre les fous».
    Bonne journée!

  9. m@x

    Chers amis,

    Je doutais que cette discussion prenne la tangente du désespoir… Un homme doit traverser les ténèbres au moins une fois dans sa vie. Certains le fond, intérieurement, et d’autres, comme moi – ils sont peut-être rare : veulent explorer les « bas fonds » sociaux. Pourquoi dis-je bas fonds? justement puisqu’on associe l’échec à la rue. C’est un endroit en apparence désespérant. Le véritable désespoir, ce n’est pas les êtres humains dans la rue… Mais tous ceux et celles qui les regardent comme de pauvres désespérés ; ils ne voient plus l’être, mais une image.

    Nous regardons le médecin, le vidangeur, le président… Rarement, nous « voyons » l’être humain. Il ne s’agit pas d’adhérer à ces propos, ou de les refuser, pensons-y simplement. Pourquoi ces cadres – fonctions professionnelles, sont-ils plus important que l’homme? Cette société est factice, mais elle est société… Le simple fait d’être « société » est merveilleux en soi.

    À mes yeux, en étant dans la rue… J’observerai ceux et celles qui se voient sans se voir, et pourrai écrire mon premier bouquin. Montréal est pleine de parc, de beauté naturelle, et il y a de la vie… Depuis des lunes, je m’accroche à une vie illusoire. C’est infantile. Je dois prendre ce risque, et vivre cette aventure. Évidemment, en été ça sera plus simple… Si j’y arrive, j’essayerai un hiver ; et le « bourgeois » partagera son expérience par écrit.

    Le présent texte parlait de la corruption des élus… Nous devrions aussi parler de la corruption de notre « regard » sur la vie, par l’image se faisant juge. Enfin…

    En toute humilité,

    m@x

    PS : Seul un acte de folie me sortira de cette guerre de fous… ;o)

  10. M@X,
    En passant, votre site est absolument magnifique!
    J’invite tous ceux qui passent à y jeter un oeil et une oreille.

  11. Je vous remercie. Il n’y a rien à ajouter à vos apports. Ils sont complets et ne doivent rien au texte qui leur a servi d’amorce. Je suis heureux non seulement de vous lire, mais que vous vous lisiez les uns les autres. Je crois que, comme moi, vous vous en sentirez grandis

    Pierre JC Allard

  12. m@x

    Oh! je n’avais pas l’intention d’ajouter quoique ce soit… Ah! je suis entrain de le faire… Simplement pour ajouter une virgule au point final.

    hahaha

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