Un mauvais moment…

J’ai dit souvent récemment, sur mon blogue et ailleurs, que je suis bien satisfait de la façon dont l’Éstablishment américain est à réaliser sa conversion, d’un système capitaliste générateur de trop d’inégalités, vers un système plus paternaliste dont c’est la mission d’Obama de réaliser la mise en place sans effusion de sang.

Quand je dis satisfait, cependant, comprenons bien, que c’est la satisfaction d’un malade en phase terminale qui approuve les arrangements qu’on a fait pour ses obsèques. J’aime la créativité, l’initiative dans l’effort, la liberté d’expression et j’ai passé la plus grande partie de ma vie à fraterniser avec d’autres cultures. Pour ceux qui ont ces idéaux, il y aura un mauvais moment à passer.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je constate que le monde DOIT aller vers un forme de collectivisation, de normalisation, d’enrégimentement, accompagné d’un repli sur nos valeurs et nos frontières. Cette orientation m’attriste, mais je l’accepte, car je la vois absolument nécessaire : il n’y a pas d’autre moyen de corriger le mauvais virage que notre civilisation a pris il y a 60 ans.

On aurait pu, il y a 60 ans, prendre un autre virage. Au lieu de la Guerre Froide avec l’URSS, on aurait pu accepter, à la dimension de tout l’Occident, une lente évolution vers un plus grande présence de l’État dans la société, jointe à un respect des droits acquis et d’un nécessaire esprit d’entreprise. On aurait pu choisir de permettre de raisonnables inégalités, tout en faisant barrage à la misère.

Barrage à la misère que nous avions laissée s’installer chez-nous et aussi à celle que nous avions contribué à créer chez les autres. Au lieu de cette décolonisation sauvage qui a transformé les esclaves en serfs, libres surtout de se cannibaliser sous peine mourir de faim, l’Occident aurait pu assumer la responsabilité de conduire à l’autosuffisance et à une autogouvernance efficace les peuples dont nos prédations avaient interrompu le développement. Si, au lieu d’un Rideau de fer on avait bâti des ponts entre l’Est et l’Ouest, on aurait pu aussi en créer entre le Nord et le Sud.

Mais on ne l’a pas fait. On a choisi l’antagonisme. On a suivi, dans le monde dit « libre », l’attachement à courte vue à un néoliberalisme en forme de martingale pyramidale, ne pouvant survivre que par une création de richesse fictive dont l’irréalité serait tôt tard découverte. Dans le monde des république dites « démocratiques », on a suivi l’attachement doctrinal à des recettes que l’avènement de l’abondance rendait désuètes et à des politiques coercitives fatales à la liberté et à a la créativité.

Est et Ouest se sont enlacés comme les scorpions dans la bouteille, dans un conflit qui a perduré jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Lorsqu’il est tombé, on s’est aperçu qu’étaient morts non seulement le «socialisme», qui aurait pu donner un idéal à l’humanité – pour dérisoire qu’on ait pu le juger – mais aussi le « capitalisme », déshonoré par le mal qu’il avait causé et qu’on n’attendait pour enterrer que la découverte de la supercherie de cette richesse factice dont il avait voulu faire une raison de vivre.

Le voile est tombé en octobre dernier, quand l’argent a perdu toute valeur. Nous sommes désormais dans un monde où il n’y a plus d’idéal politique crédible, ni de symboles financiers auxquels on puisse accorder confiance. Nous sommes dans une situation où il faudra rebâtir la société, tout en réglant au jour le jour des questions de survie. Il va falloir mettre en mouvement concerté une population désabusée.

On ne pourra le faire que si des directives cohérente sont données et suivies, ce qui ne sera possible que si la population est dirigée avec fermeté et qu’on ne lui laisse que bien peu de discrétion pour s’en écarter. Des gouvernement autoritaires vont donc se mettre en place, refermés sans doute sur des zones identitaires culturelles que leur homogénéité rendra plus faciles à gérer.

J’ai bien peur que la démocratie, déjà bien malade, ne parte en vacance pour la durée des travaux. Elle reviendra, car la liberté est le système par défaut, dans le monde d’interdépendance qui est à se créer et qui ne pourra vraiment fonctionner que par consensus. Elle reviendra, et ceux qui l’accueilleront à son retour vivront une vie meilleure dans un monde meilleur.

Il n’y en aura pas moins un moment à passer où les choses et les idées que nous aimons ne seront peut-être pas là… Un mauvais moment à passer, mais il sera moins long si nous gardons la volonté inchangée d’œuvrer pour l’avenir auquel nous croyons.

Pierre JC Allard

5 Commentaires

Classé dans Actualité, Pierre JC Allard

5 réponses à “Un mauvais moment…

  1. claude landry

    En 30 tours de soleil (j ai 30 ans), je n’ai constaté que de la politique élitiste, mais aucune démocratie. Alors pour ma perception la democratie ferais son apparition et non un retour.
    vorte texte me parait bien naif. j aprécis enormément lire ce blogue, qui est beaucoup plus
    constructif que les foglia, fessou et autres.
    merci

  2. PJCA

    Article très positif mais il nous est demandé de renoncer à tous les idéaux qui nous ont été inculqués, le temps que les mêmes personnes qui nous ont manipulé depuis 60 ans puissent organiser leur insolvabilité ? (responsables mais pas coupables ?)

    Pour le passage sur la guerre froide, dès le départ on nous a pris pour des imbéciles :
    2ème guerre mondiale 21 millions de morts Soviétiques (13,6 millions de militaires et 6,5 millions de civils)

    Les Soviétiques étaient aux portes de Berlin bien avant les soldats Américains (300 000 Américains morts pour la libération)

    Il est certain que l’insulte faite aux Russes ne se lavera pas du jour au lendemain, depuis 60 ans on commémore les soldats des USA en oubliant les soldats Russes …

    Idem pour les Musulmans, le couplet « on s’embrasse on oublie tout » c’est juste dans les films …(Il suffit de regarder comme netanyahu viens de se moquer publiquement d’Obama …)
    http://suntzu.vox.com/library/post/isra%C3%ABl-le-pays-qui-dirige-les-usa.html

    Pour le moment nous ne prenons pas du tout une direction bien louable, au contraire nous continuons à privatiser à tour de bras pour laisser les bandits se refaire une santé !

    L’écologie très à la mode en ce moment est unilatéralement axée sur le carbone .
    C’est juste pour relancer la consommation à la sauce « écologique » car pour ce qui est de l’écologie bon nombre de périls immédiats sont passés sous silence, c’est maintenant que ces dangers tuent, pas des dangers climatiques qui tueront dans 50 ans !

    La tournure prise par l’écologie actuelle est une monstrueuse arnaque !
    La seule véritable écologie reposerai sur la décroissance et la durée de vie de nos produits, actuellement nous faisons de plus en plus de produits jetables (arnaque vous dis-je )

    Rien n’indique que nous prenions la bonne direction, bien au contraire…
    Avant de prendre la bonne direction nous allons devoir affronter un grand choc inévitable tant la corruption est devenue la valeur suprême !

    Pour ma part je croirais en un avenir lorsque les malades cyniques ne seront plus nos « élites » .
    Ces types se moquent éperdument de l’avenir car leur avenir est derrière eux !

  3. Redge

    @ Sun Tzu :

    Rien n’indique que nous prenions la bonne direction, bien au contraire…
    Avant de prendre la bonne direction nous allons devoir affronter un grand choc inévitable tant la corruption est devenue la valeur suprême !

    Nous devrons inévitablement changer de système un jour ou l’autre.

    À ce propos, l’ÉcoSociétalisme est une alternative intéressante:

    La monnaie devient totalement virtuelle et temporaire et il n’y a donc plus aucune possibilité d’accumulation de capital productif (les outils de production) ou financier, aux mains de quelque personne physique ou morale que ce soit (en dehors de l’épargne individuelle) ni de valises de billets de banque, générateurs « d’argent noir ».

    Chacun reste totalement libre du choix de son activité, et le travail, à toute étape d’une production, est rémunéré au prorata de son effet direct sur le bien être collectif. Au plus l’activité est sociétale, au plus élevée sera la rémunération de celui qui produit (dans des limites prédéterminées au choix – politique et démocratique – de la société)

    L’ÉCOSOCIÉTALISME, nouveau moteur de développement, permet d’obtenir:
    – plus de confort pour tous
    – plus de services
    – moins de consommation d’énergie
    – moins d’utilisation de matières premières
    – moins de production de déchets

    L’ÉCOSOCIÉTALISME, outil de gestion équilibrée des ressources, instaure:
    – l’impossibilité d’accumulation individuelle de capital productif ou financier (accumulation toujours effectuée au détriment des autres)
    – des revenus fonctions de l’apport sociétal de chaque acteur (avec un seuil permettant la satisfaction des besoins fondamentaux)
    – des comptabilités nationales basées sur des indices de « Satisfaction Individuelle et Collective » (et non plus sur un « Produit Intérieur »)

    http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Resume

  4. Pour moi, c’est un constat… Un constat d’échec. Même si on rêve à un système nouveau, reste qu’il faut tuer un peu de ceux-là qui perpétuent le cauchemar.
    Viendra un temps où la recette aura tellement fait vomir les gens, qu’ils se décideront à chercher une autre cuisine moins «brûlante».
    Ce 60 ans a été la plus grand ère de banditisme…
    Car c’est pour la première fois dans l’Histoire qu’un bandit n’est pas un bandit… Mais un petit roi héros.
    Et sa «descendance» est une pandémie… En fait, un modèle, sorte de clone avec des armoiries falsifiées.
    Comme dirait ma fille: Pathétique.
    Nous sommes une race de pathétiqués.
    Oui, on aurait tellement faire autrement… Mais qui les a vu venir?
    Un gros party d’un demi siècle. On a perdu la tête…
    Ne reste que la vigilance à venir…
    On arrête des gens qui défoncent des vitrines et qui saccagent, volent…
    Il faudra «rafistoler» notre système judiciaire pour les «haut-gradés» qui font une «shoah» intérieure des individus.
    Beau progrès!
    Gros poste, grosse cachette…

  5. Un mot sur mon optimisme. Le monde devient plus complexe et l’on n’optimise la production de richesse qu’en devenant complémentaires. De plus en plus de gens deviennent donc quasi-essentiels aux autres et ils ont alors le pouvoir de leur indispensabilité. Donc, plus de concertation et, à la limite, nécessité d’un consensus. On donc un monde plus équitable, pas parce que l’égoisme disparait, mais parce qu’on a besoin des autres. cqfd.

    http://nouvellesociete.org/A04.html

    PJCA

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