SIDA de civilisation – les arts (6 de 6)

Yan Barcelo – 10 juillet 2009

Pour le dire succinctement, l’art qui ne cherche pas la beauté et la vérité, plus encore la beauté de la vérité, n’est que simagrées, grimaces et gesticulations dérisoires.

Or, l’hyper-subjectivité dans laquelle s’est enlisée tout la mouvance de l’art contemporain au cours des 100 dernières années, constitue une destruction culturelle majeure pour notre civilisation. Elle est un symptôme de plus de notre SIDA de civilisation.

On en est venu à comprendre l’art uniquement comme expression de la subjectivité, en évacuant toute la part inter-subjective (ou objective) de beauté et de vérité qui doivent l’informer. On en est venu à croire que l’art n’est qu’une forme de défoulement, une éructation plus ou moins formalisée de fantasmes subjectifs. Et plus les artistes s’enfonçaient dans cette hyper-subjectivité maniaque, en coupant tous les liens avec les outils du langage commun, plus ils se drapaient dans un mépris hautain et autistique du « populaire », du « petit-bourgeois », bref de tout le monde et de tout public. On en est arrivé à une situation parfaitement cocasse où le formulateur d’un langage parfaitement hermétique et exclusif, que ce soit en peinture, en musique ou en littérature, en est venu à traiter de con le public qui n’entend rien à ce langage de l’incommunication et qui refuse d’applaudir à la merde que déverse sur lui ledit artiste.

Il résulte de tout cela une faille devenue insurmontable dans nos cultures. D’un côté, on trouve un art savant et sur-sophistiqué qui s’est coupé de ses sources métaphysiques de beauté et de vérité; de l’autre, un art populaire qui se complaît trop souvent dans la facilité, la sentimentalité, même la vulgarité. Dans toutes les sociétés traditionnelles, le supérieur veillait à communiquer avec l’inférieur et à l’instruire. Dans notre situation contemporaine, nos élites artistiques méprisent le populaire et ont coupé tous les ponts avec lui. Ce dernier le leur rend bien en les ignorant complètement. Le seul endroit où un certain courant passe encore entre les mondes transcendants de la beauté/vérité et les couches plus populaires est dans la salle de concert ou dans le musée où on donne à entendre ou à voir des œuvres d’artistes le plus souvent mort depuis plus de cent ans.

Or, tout le milieu de l’art sérieux est verrouillé par le terrorisme intellectuel qu’exerce la faction contemporaine. En musique, par exemple, les valeurs artistiques sont pensées selon les équations de Schoenberg, Boulez et Stockhausen, non pas celles de Gershwin, Copland et Orff. Et cette façon de penser s’est étendue dans toutes les institutions artistiques de la société, depuis les orchestres symphoniques (quand ils réservent une partie de concert à un compositeur vivant, c’est presque inévitablement un atonaliste) et les sociétés de diffusion (ceux qui ont du temps d’antenne parmi les compositeurs vivants sont les mêmes atonalistes), jusqu’au organismes subventionnaires (les jurys de pairs favorisent en premier lieu les copains atonalistes de la clique).

Il en résulte que tout le paysage est occupé par le même groupuscule contemporain. Les créateurs qui se réclament des langages communs des arts, que ce soit en musique, en peinture ou dans les autres disciplines, n’ont pas voix au chapitre et vivotent dans une sorte de no man’s land artistique. En musique, par exemple, c’est le cas de compositeurs de très grand calibre comme Antoine Ouellet et Rachelle Laurin. Pas pour eux la production de leurs œuvres dans les concerts symphoniques, pas pour eux non plus le temps d’antenne ni les subventions.

Si l’espace idéologique qu’occupe le cénacle de l’art contemporain était à l’image de son minuscule poids démographique, il n’y aurait pas lieu de faire une levée de boucliers comme l’a fait cette série de chroniques. En effet, le cénacle ésotérique contemporain retient l’attention d’à peine 5% des amateurs d’art qui, eux-mêmes, ne représentent pas même 5% de la population générale. C’est dire qu’au Québec, ils ne rassemblent pas même 25 000 adeptes, praticiens et amateurs. Il n’y a pas lieu d’empêcher ces gens de pratiquer leurs arts particuliers. Mais que ce groupuscule exerce l’influence démesurée qu’on lui connaît, cela n’a aucun sens. Et le plus dérisoire, c’est que cet impérialisme est en réalité un « académisme de la révolution perpétuelle », un académisme intolérant et empesé, entretenu par une toute petite coterie d’artistes petit-bourgeois, le plus souvent professeurs d’université, fort bien entretenus.

Comment briser cet impérialisme? Il y a un élément de solution fort simple, qui est mis de l’avant par Pierre JC Allard. Il suffit de ne plus subventionner les praticiens de l’art, mais les auditoires. Le niveau de subvention pourrait être établi selon une formule qui tiendrait compte des coûts de production d’un spectacle ou d’une exposition et du nombre de spectateurs que l’événement attire. Par ce simple déplacement du principe subventionnaire, on ferait en sorte que les artistes contemporains soient obligés comme tous les autres artistes populaires de gagner la faveur de leur public. Il serait intéressant de voir combien de temps durerait leur mépris snobinard de toute concession aux goûts du public.

Un tel principe abolirait la situation stupide, qui a prévalu tout au long du XXe siècle, d’organismes subventionnaires peuplés de juges sans oreilles et sans yeux. Autrefois, à l’époque des cours aristocratiques, les artistes étaient entretenus par des princes et des ducs qui avaient des oreilles et des yeux et qui faisaient valoir leurs goûts – pour le meilleur et pour le pire. L’intervention de « gouvernemaman » au cours du dernier siècle a court-circuité toute la relation entre les créateurs et leurs publics, leur donnant le privilège exorbitant de se financer en vase-clos. Pas étonnant qu’ils aient développé les attitudes d’adolescents capricieux et turbulents qu’on leur connaît.

En remettant une partie du pouvoir monétaire entre les mains du public des amateurs d’art, on redonnerait au monde de l’art sérieux les yeux et les oreilles qui lui manquent cruellement depuis plus de 100 ans. On verrait combien de temps survivraient au grand air et au soleil d’un public choisisseur les monstres de laboratoire concoctés par nos ésotéristes de l’art contemporain.

Est-ce que cela résoudrait tous les problèmes identifiés dans cette série de chroniques? Pas certain. Il resterait quand même à faire tout un travail philosophique de fond pour revoir et rétablir les fondements intellectuels du domaine des arts. Et il est très possible que le fait de remettre un plus grand pouvoir d’achat décisionnel au public pourrait simplement contribuer, dans nos sociétés hyper-mercantiles, à un abâtardissement accru du domaine des arts. Mais il reste que ce serait un vent de fraîcheur plus que bienvenu et, somme toute, compte tenu de la situation congestionnée qui prévaut, le jeu en vaudrait certainement la chandelle.

19 Commentaires

Classé dans Actualité, Yan Barcelo

19 réponses à “SIDA de civilisation – les arts (6 de 6)

  1. Un tel principe abolirait la situation stupide, qui a prévalu tout au long du XXe siècle, d’organismes subventionnaires peuplés de juges sans oreilles et sans yeux.

    À ce que je sache, les organismes subventionnaires de l’art existent au Québec depuis moins de 50 ans. Et aux États-Unis, tout au long du XXe siècle, je suis loin d’être persuadé que le « gouvernemaman » a plus financé les arts que le mécénat! Autrement dit, l’art contemporain n’est pas que l’enfant bâtard des deniers publics!

  2. @Martin,
    Mécénat? Tu veux dire les riches et les puissants?
    À ce que je comprends de ce passage, et à ce que je vois, les artistes ont toujours compté sur les subventions.
    Autrement dit, ils se seraient pas «viables» sans subventions.
    Un bon exemple: le cinéma québécois. Le coût d’un films: 7 ou 8 millions. Les revenus au bout du compte sont si faibles que si on ne comptait que sur ceux-ci.. Il n’ y aurait pas de cinéma.
    Corrige-moi si je me trompe.

  3. @Gaétan

    Oui, le mécénat, c’est de l’aide privée à des artistes qui ne pourraient pas créer s’ils devaient passer la journée à gagner leur pain, s’ils ne pouvaient avoir leur toile, leur peinture, leur marbre, etc. Je n’ai absolument rien contre le mécénat, ni contre les subventions gouvernementales, soit dit en passant. Et je suis tout à fait d’accord pour subventionner notre cinéma, qui n’existerait probablement pas sans. Même si ça veut dire financer des merdes à la « Crusin Bar 2 ».

    D’ailleurs je me demande comment peut-on être pour le mécénat, mais contre les subventions, sous prétexte de recherche du beau, quand on admet du même coup que le mécénat pouvait aussi être synonyme de mauvais goût?

    Je ne voulais que corriger l’affirmation citée. La thèse des « subventions du gouvernemaman » éclipsant le mécénat ne peut tout simplement pas s’appliquer au Québec avant les année 1960 et ne s’applique pas du tout aux États-Unis. L’aide financière aux artistes, la subjectivité de celui qui l’octroie, le snobisme, l’élitisme en art, les débats sur ce qui est beau, ont toujours existé, bien avant que le « gouvernemaman » s’en mêle. L’Art contemporain aussi!

  4. yanbarcelo

    @Martin et gaetanpelletier

  5. yanbarcelo

    @Martin et gaetanpelletier
    Vous avez raison, Martin, de signaler que les subventions au Québec n’existent que depuis une cinquantaine d’années, mais l’art musical aussi! Nos héritiers de l’avant-garde européenne des années 1950, comme Serge Garant ou Gilles Tremblay, n’ont émergé que dans les années ’60, bénéficiaires de « gouvernemaman » qui prenait de plus en plus ses aises.

    Aux États-Unis, pendant toutes les années 1930, l’art a été abondamment subventionné via les mesures du New Deal de Roosevelt. Puis après la guerre, c’est le Office of Military Government (United States) qui a pris la relève en Europe. C’est ainsi qu’on a vu OMGUS financer, par exemple, la nouvelle école de musique de Darmstadt, temple émergent de la musique contemporaine. Pourquoi le gouvernement américain était-il ainsi impliqué? Surtout pour contrer les idées recues en Allemagne et dans toute l’Europe que « grande culture » était synonyme des géants allemands du passé, notamment Beethoven et Wagner, auxquels Hitler s’est abondamment alimenté dans sa propagande. En même temps, la CIA voulait combattre le communisme — qui valorisait le réalisme populaire — en faisant valoir des formes d’art modernes et « démocratiques ». C’est dire que la CIA financait également d’autres activités musicales comme le jazz et la chanson populaire.
    Contrairement à l’Église, à l’aristocratie, à la bourgeoisie et même au public de masse, les organismes subventionnaires (qu’il s’agisse des organisme du New Deal, d’OMGUS ou du ministère québécois de la culture) n’avaient pas d’oreilles, pas d’yeux et aucun souci pour l’art. Ils poursuivaient des agendas politiques le plus souvent totalement étrangers à quel que projet artistique que ce soit. Du coup, les « artistes » ont pu se proclamer totalement libres et affranchis de tout asservissement à qui que ce soit — sauf bien sûr aux impératifs bureaucratiques des organismes subventionnaires, dénués de tout jugement artistique.

    Pour ce qui concerne le cas des mécènes privés, il faut bien se rendre compte que la plupart ont encouragé par-dessus tout les arts visuels pratiqués surtout dans un mode traditionnel. Tout près de chez nous, il suffit de penser à Bernard Lamarre, de Lavalin, ou à Stephen Jarislowsky. Lamarre a bien sûr acheté des croutes de Borduas, mais le gros de la collection Lavalin recèle des oeuvres de Suzor-Côté, Marc-Aurèle Fortin et William Morrice. Quant à Jarislowsky, il ne collectionne que des oeuvres vouées à la représentation picturale.

  6. Intéressant!

    C’est bien la première fois que j’entends dire que la CIA finançait le jazz! Pour moi qui n’ai pas étudié en histoire de l’Art, mais en histoire tout court, le reste à propos du OMGUS ne me surprend guère et me semble plausible.

    Que ces subventions aient existé aux États-Unis de façon plus importante que je l’aurais pensé ne change pas ce que je crois, à l’effet qu’elles n’ont pas été aussi importantes que l’apport du privé et que les maux des arts contemporains, si maux il y a, ne viennent pas seulement des « gouvernemamans ».

  7. @Martin,
    Si j’ai bien compris l’ensemble du texte, qu’on subventionne ou qu’on passe par des mécènes, on privilégie une sorte de musique, – snobinarde et technique ( j’abrège un peu ) qui empêchent certains compositeurs qui «n’entrent pas dans la grille» de «performer », excusez-le mot.
    Donc, on semble suggérer de laisser au peuple le choix si j’ai bien compris.
    Ce qui ne règle pas le problème…. Le choix pourrait se diriger vers un domaine plus léger et risquer de laisser de côté certains.
    ___-
    En musique populaire ( chanson), un certain Desjardins a dû se faire financer pars ses amis pour produire une première cassette… Coût, si je ne me trompe: $6000. Les compagnies de disques n’en voulaient pas.
    Comme tu vois, Martin, les maux ne viennent pas des gouvernemamans… Mais de ceux qui ont l’argent pour «décider» ce qui est bon ou non.
    Corrigez-moi si je suis dans le «chant» .. `-)

  8. M. Barcelo,
    Dans l’ensemble des texte de cette réflexion, sans aller dans les détails, j’adore. Simplement parce qu’ils mènent à maintes réflexions sur la société.
    De sorte que je vais tout relire d’un bloc à un certain moment, parce que c’est riche et dense.
    Ils soulèvent d’autres questions qui vont plus loin que le domaine des arts.
    Voilà! Merci!

  9. yanbarcelo

    @gaetanpelletier
    Ca me fait bien plaisir que mes réflexions vous intéressent, parce que crains bien qu’elles laissent bien des gens indifférents. Si vous avez d’autres réactions et commentaires, je les accueillerai bien volontiers.

  10. @Gaétan

    Vous parliez de quel texte?

    Je vais parler des deux alors.

    Oui, M. Barcelo veut laisser le libre-marché faire. Moi, je dis que le libre-marché c’est aussi les mécènes et que ça garantit rien quand à la « qualité de l’art », ni à celle des oreilles et des yeux. Surtout quand on sait qu’il y a un très grande part d’achat d’oeuvres d’art qui sert à blanchir de l’argent sale!

    Mais je ne peux en débattre du point de vue esthétique: de toutes évidences je n’ai pas le bagage de M. Barcelo, bagage que je qualifierais à première vue… d’élitiste! Je serais d’ailleurs bien curieux de savoir combien de personnes ici connaissent tous les noms cités? Ou même un? J’apprécie cependant son texte car il est bien écrit, réfléchi, documenté.

    Tout ce que je peux ajouter à ce que j’ai déjà écrit, c’est que je ne connais rien en musique contemporaine et à peu près rien en art visuel. Mais je vais parfois au Musée d’art contemporain et j’ai toujours été un consommateur de musique « alternative » qui, oui, a tendance à bouder les succès populaires. Mais bien de la musique qui était alternative quand je la découvrais est devenue populaire par la suite. Quand c’est bon, c’est bon! Ce n’est donc pas un principe, juste une quête bien personnelle de nouvelles sonorités qui ne sont pas pré-formatées par l’industrie en fonction d’un auditoire qu’on veut le plus large possible. Je ne crois donc pas au pouvoir salvateur de l’auditoire élargi. Je crois aussi que M. Barcelo et moi avons des goûts forts différents, je doute par exemple qu’il trouve la musique de Sonic Youth « belle ».

    Par ailleurs, j’ai quelques amis artistes qui ne vivent pas de leur art, mais vivent pour. Je ne partage donc pas le commun préjugé selon lequel les artistes sont des BS qui parasitent la société. J’en ai contre certaines subventions, comme celles à Céline Dion, parce qu’elle n’en a vraiment pas besoin, mais vraiment rien contre le principe de soutenir notre culture par de l’aide gouvernementale. Au Québec, même les Richard Séguin et autre artistes aux disques d’or ne vivent pas grassement. Notre marché intérieur est trop petit pour que qui ce soit en vive. Et ce sont quand même les gens -le « peuple »- qui préfèrent aller écouter les humoristes plutôt qu’aller au théâtre ou assister à un spectacle d’art moderne. Encore une fois, je ne saurais blâmer le « gouvernemaman » pour ce « SIDA de civilisation ». J’aurais plus tendance à blâmer… Québécor.

  11. L’art est l’un des derniers domaines de liberté. SVP, laissons aux artistes le soin de s’exprimer comme ils le veulent.

    Votre goût vous pousse vers l’art « classique » plutôt que « contemporain », soit. Mais laissons le gôut des autres libres d’apprécier l’art qu’ils aiment sans porter de tels jugements.

  12. yanbarcelo

    @Martin le mutant
    J’aimerais corriger une erreur de perception dans votre commentaire. Vous dites que je veux laisser opérer le libre-marché dans le financement des arts. Erreur. Il est évident — au Québec, en tous cas — que notre tout petit marché impose qu’il y ait intervention de l’État pour financer les artistes. Ce que je propose, à la suite de Pierre JC Allard, c’est qu’au lieu de subventionner directement les artistes, on subventionne plutôt les publics, en distribuant aux contribuables une « carte-loisir » qui leur donnerait droit à un certain crédit annuel, par exemple. Ainsi, une production ou une exposition verrait ses revenus augmentés ou ajustés selon le nombre de gens qui y ont assisté. Bien sûr, il y aurait une foule de mécanismes et d’ajustements à prévoir selon les secteurs (musique, art visuel, théâtre, etc.), selon la capacité du producteur d’atteindre la rentabilité, etc. Ce sont toutes des choses fort complexes que nos systèmes informatiques d’aujourd’hui sont en mesures de traiter. La beauté d’un tel système serait de faire en sorte que les subsides ne seraint plus dispensés par des comités de pairs ou des mécaniques bureaucratiques dénués d’yeux, d’oreilles et de tête, mais par le public lui-même. Or, si le public veut faire preuve de mauvais goût, ainsi soit-il. Mais au moins, la chose serait établie selon un ménanisme net et démocratique.
    Un dernier mot: non, je ne connais pas Sonic Youth. Mais s’ils appartiennent à un des secteurs de la musique populaire comme le rap, le hip-hop ou le techno-rock, alors je les ferais loger à l’enseigne du divertissement plutôt que de l’art. Vous direz que c’est élitiste. En effet, mais il s’agit d’un élitisme de l’esprit, pas de classe sociale. La musique de Beethoven s’adresse autant à l’éboueur qu’au président d’entreprise, autant au pauvre qu’au riche. Et la plupart de ceux qui l’aiment ne sont pas riches. Mais ils sont sensibles à la grandeur d’esprit qui anime Beethoven. À cela, vous répliquerez peut-être que je fais un jugement de valeur et me demanderez de quel droit je classe Beethoven au-dessus de Madonna ou de Willie Lamothe. Évidemment, le grand préjugé égalitaire de notre époque refuse toute idée de « supériorité ». Mais c’est un leurre et une erreur. Entre Madonna et Beethoven, entre Deep Purple et Mozart, la supériorité de Beethoven et de Mozart est évidente à quiconque n’est pas mû par la mauvaise foi. Or, une partie de mes récentes chroniques sur l’art est de tenter d’explorer à quoi tient cette supériorité. (Je me rends compte cependant que c’est une question à laquelle j’ai manqué de rendre justice et dont je me propose de traiter dans quelque temps).

    @ Vincent Sremed
    Je suis tout-à-fait d’accord avec vous pour qu’on laisse à tout un chacun le plein droit de s’exprimer, qu’il soit artiste ou non. Après tout, nos démocraties permettent autant au briqueleur ou au programmeur de s’exprimer. Or, comme le briqueleur et le programmeur, si l’artiste parvient à gagner sa vie par ses propres moyens, tant mieux pour lui (au Québec, il sera une heureuse exception!).
    Mais si ledit artiste demande l’aide des deniers publics, sa liberté doit nécessairement être limitée par certaines contraintes – idéalement les goûts du public. Après tout, les contribuables ne sont pas tenus de faire vivre les briqueleurs et les programmeurs, bien que je sois d’accord pour faire une exception à l’endroit des « artistes ». Par contre, tout comme il serait peu probable qu’on paye un briqueleur pour qu’il dresse l’équivalent d’une muraille de Chine dans le Nord du Québec, je ne vois pas pourquoi on payerait des compositeurs, auteurs ou peintres pour qu’ils donnent cours à n’importe quelle de leurs élucubrations et divagations, souvent concues dans le but d’insulter et de choquer le public.

    À tous deux, et à gaetanpelletier aussi, merci pour votre participation à ce blog. Vous m’avez donné l’occasion de préciser et d’élargir ma réflexion.

  13. C’est vrai, j’oubliais cette proposition. J’avoue ne pas être porté à lire Nouvelle Société.

    Alors je précise aussi: si on réussissait à mettre sur pied un tel système complexe et éminemment bureaucratique, alors là c’est sûr, je me recycle en humoriste, parce que ça va être encore plus payant!

    😉

  14. Bravo à l’auteur pour cette série de textes. Mon opinion sur cette question est tout entière dans ce petit texte.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/12-la-culture-a-la-carte/

    Mon but étant d’être vraiment accessible, je puis résumer davantage:

     » la musique concrète est une forme de bruit particulièrement désagréable, et une bonne part de ce qui est accroché aux murs du Musée d’Art Contemporain est du niveau de la Période Jaune de mes enfants, c’est à dire celle où ils mouillaient encore occasionnellement leurs couches »

    PJCA

  15. Pingback: L’art contemporain n’est pas un sida de civilisation | Réflexions et recherches de Simon Dor

  16. yanbarcelo

    @Simon Dor
    Avant de commenter un texte, vous devriez vous occuper de le lire avec un minimum de bonne foi.
    Vous me faites dire, par exemple, que « l’art contemporain est un sida pour une civilisation ». Erreur. Je dis que l’art contemporain est un symptôme parmi plusieurs autres (économique, social, politique, scientifique) dont j’envisage parler ultérieurement, symptôme d’un mal général que je qualifie de SIDA de civilisation. L’art contemporain n’est qu’une manifestation parmi plusieurs autres de cette affliction. (Je vous invite à lire la suite de mes chroniques qui en traiteront).

    Vous dites : « Demande-t-on au public d’expliquer le fonctionnement d’un système informatique pour juger de l’influence qu’a eu l’ordinateur sur notre vie quotidienne? »
    Vous semblez proposer que la valeur d’une pratique artistique devrait se calculer au degré d’influence qu’elle peut avoir sur la société. Cela peut être un critère intéressant, mais très-très marginal et secondaire. À ce compte, je peux vous assurer que le langage musical auquel se rattachent Bach, Beethoven et Fauré exerce une influence bien plus déterminante sur la musique populaire que les explorations de « matérialité sonore » de Boulez ou de Stockhausen. Seriez-vous d’accord, sur la base d’un tel critère, pour dire que l’art de Beethoven est immensément supérieur à celui de Boulez? J’en doute. Et dites-moi : en quoi le fait qu’une technique exerce une influence quelconque – dans ce cas-ci la matérialité sonore – est-il un gage de sa valeur artistique? Parce que le « M » des affiches de Macdonald’s a influencé nombre d’autres commerçants dans leurs pratiques publicitaires, faut-il conclure à une valeur artistique de cet emblème qui enlaidit maintenant tous nos paysages civiques?

    Vous écrivez : « Sa conception du mot “sens” me semble limitée: le sens n’est-il que contenu dans le langage parlé? Ne pourrait-il pas y avoir d’autres manières de véhiculer du sens, ou de trouver du sens? Il n’y a pas que la figurativité en arts visuels et l’harmonie en musique qui ne soit sensée (sic). » Là encore vous n’avez évidemment pas bien lu mon texte. Il est évident que le sens n’est pas contenu uniquement dans le langage parlé. La musique, la peinture, plus encore, la simple gestuelle humaine de tous les jours, sont la preuve flagrante que le « sens » n’est la propriété d’aucun langage particulier. Le sens, en fait, précède tout langage. Une simple inclinaison imperceptible du corps nous dit qu’une personne veut fuir un échange avant même qu’elle n’ait ouvert la bouche pour nous dire qu’elle doit se rendre à un autre rendez-vous. Par contre, si cette personne ouvre la bouche pour dire qu’elle trouve « très intéressant » notre échange, elle ment. Je dirais que c’est ce type de mensonge que fait une grande partie de l’art contemporain quand il affuble d’épithètes comme « profondeur », « inventivité », voire même « beauté » ce qui ne rélève que de la cacophonie, du désordre et de la laideur, bref du non-sens. À moins, bien sûr, qu’on veuille à tout prix repérer dans la cacophonie, le désordre ou la laideur un sens quelconque, mais à ce moment-là, on souffre d’un sérieux problème philosophique.

    Vous demandez : « Qui distinguerait l’art “vrai” de l’art “faux”? » Je vous propose justement de réfléchir à cette question, car il me semble que votre texte manifeste justement un manque flagrant de réflexion fondamentale sur ce qui constitue l’art véritable.

  17. @yanbarcelo

    Cf. Ma réponse en commentaire sur mon blogue.

    Il n’y a à mon sens pas de « vrai » et de « faux » dans l’art qui ne tienne dans une société libre autrement que par le choix de cette même société (ce qui comprend celui de ses artistes). Si vous voulez imposer votre propre notion de vrai, plusieurs (dont moi) ne vous suivrons pas. La démocratie ayant tranché, les Conservateurs sont au pouvoir au fédéral et ont écouté l’opinion de la majorité, i.e. couper dans la (liberté de) culture. Opter pour ce qui nous représente vraiment?

    Comme vous avez le droit d’apprécier l’art que vous voulez, j’ai ce même droit. Ainsi, j’ai le droit de trouver beau quelque chose que vous trouvez exécrable, et même, j’ai le droit de vouloir un art qui ne soit pas beau. Et, malheureusement pour vous, il y a eu assez de ces gens qui existent – et nombre d’entre eux étaient des artistes! – pour que l’art contemporain émerge. Cela dit, l’art de représentation n’a cessé d’exister (le XXème siècle a vu l’émergence et l’institutionnalisation du cinéma, de la photographie, de la télévision, du jeu vidéo, etc.) et y circulent bien davantage de l’argent (de la part de l’État, mais pas uniquement évidemment) que dans toutes les autres formes d’art.

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