Le gros pipi

HIPPIE

«Est pauvre, non pas celui qui n’a pas de chemise,

Mais celui qui n’a personne».

Proverbe africain

Cet individualisme est pourtant passé dans les mœurs

et l’arrivée du néo libéralisme aurait pour certains

récupéré, en les dénaturant, les valeurs hippies. Hippie

–  Aux dernières nouvelles, il vivait dans un groupe hippie.

Dans un quoi ?

Un groupe hippie

Ô ! Grand Dieu ! Vivre dans l’urine, c’est affligeant…

OSS 117, Rio ne répond plus

L’avortement

Woodstock fête ses quarante ans cette année. Le 16, 17, et  18 août 1969, le spectacle, qui avait été monté pour accueillir 50,000 spectateurs, en attira 450,000. On dit que ce fut l’apogée de ce «mouvement», puisqu’en réalité il n’y eut jamais de mouvement «organisé». Le mouvement hippie se répandit dans les sociétés occidentales dans une onde tranquille et, surtout, très spontanée.

Le gros party… «Si vous vous en souvenez, c’est que vous n’y étiez pas»…

Le «party» reçut 10 fois plus de festoyeurs que ceux attendus. La préparation d’un tel tsunami n’étant pas prévue, essayez d’imaginer l’hygiène, la folie de ce rassemblement monstre sous la pluie d’énergumènes poilus, écrasés dans un champ de boue. Et pourtant, ce fut à la fois l’apogée d’un monde qui aurait dû naître mais qui jamais ne vint au monde : Woodstock est un avortement…

L’art de la désorganisation

Il y a quelques années, lors d’une visite chez ma fille, elle me montra un livre sur ce mouvement lié à la contreculture. L’idée «livresque» qu’on s’en fait après 40 ans, n’est pas tout à fait exacte  d’un phénomène sans  organisation et sans idéologie établie.

En parcourant les pages du net, on peut se rendre compte que ce mouvement bien caricaturé, un peu oublié et ridiculisé, avait une place importante dans l’Histoire : il fut le premier réflexe à l’ère du consumérisme qui allait suivre, et la première conscience d’un état de dévastation de la planète, tant du point de vue de ses habitants ( guerre du Vietnam)  que de l’habitat lui-même. Toujours dans une «approche» intuitive, le mouvement était déjà un embryon de L’hypothèse Gaïa, hypothèse biochimique,  physiologique dynamique qui inclut la biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d’années, en harmonie avec la vie ». James Lovelock.

L’ensemble des êtres vivants sur Terre serait ainsi comme un vaste organisme (appelé Gaïa, d’après le nom de la déesse grecque personnifiant la Terre), réalisant l’autorégulation de ses composants pour favoriser la vie. Un exemple cité par Lovelock à l’appui de son hypothèse est la composition de l’atmosphère qui aurait été régulée au cours du temps de manière à permettre le développement et le maintien de la vie.

Pour une «idée générale» et stéréotypée, la description du mouvement apparaît ainsi :

De manière générale, les hippies contestaient le matérialisme et le consumérisme des sociétés industrielles, et tout ce qui y était lié. Ils rejetaient en particulier les valeurs associées au travail et à la réussite professionnelle, ainsi que le primat associé aux biens technologiques au détriment des biens naturels. Ils remettaient fréquemment en cause l’idée d’autorité et tout ce qui en découlait (toute domination de l’un sur l’autre), les frontières, et surtout une violence qui leur était devenue incompréhensible. Ils recherchaient un sens à la vie dans des spiritualités plus authentiques à leurs yeux que les pratiques religieuses dont ils avaient hérité ou au sein même de ces dernières, s’aidant parfois de substances psychotropes. Ils aspiraient à une sorte de fraternité universelle pour laquelle ils espéraient trouver idées et techniques dans des sociétés traditionnelles qui étaient moribondes à leurs yeux. Ce complexe idéologique, essentiellement constitué en une praxis, n’a pas réellement été théorisé ; jamais non plus il n’a fait l’objet d’une homogénéité pratique parmi celles et ceux qui se reconnaissaient pourtant comme hippies. Qu’est ce qu’un hippie?

En fait, c’est l’avortement d’un rejeton qui aurait dû se rendre à terme. Mais la société «évolua» vers un phénomène autre : l’égosystème. La culture du «moi» détrôna celle du «nous».

Le phénomène hippie au Québec

Il y aurait énormément à dire sur le phénomène hippie au Québec. La revue Mainmise, lancée en 1970 demeura longtemps la bible des hippies. J’en ai conservé une trentaine, voire davantage, d’exemplaires en souvenir.

Mais le plus visible – pour nous, ici- fut la migration de ces jeunes vers nos régions ( Bas-du-Fleuve, Gaspésie) qui s’approprièrent des terres abandonnées par les petits cultivateurs. Bâtiments et maisons comprises… À un prix dérisoire… Pour y vivre en autosuffisance. L’agriculture et l’élevage commençaient à suivre le grand mouvement  des gros conglomérats, s’ajustant au monde industrialisé : la petite ferme à Séraphin, les petits lopins de terres n’avaient plus sa place.

J’étais dans la vingtaine quand un jour un ami m’invita à passer quelques jours chez-lui. Dans un petit village presque vide, des dizaines de groupes vinrent s’installer, se promenant à cheval, élevant des poules, des chèvres devant le regard des «vieux» qui ne comprenaient rien à ce retour vers la terre qui leur avait donné tant de misères.  Et pour l’agriculture, ils étaient davantage habiles à la culture du cannabis que de la tomate. J’étais estomaqué… Il arriva un jour une jeune femme avec ses deux enfants de 6 et de 5 ans qui s’installèrent dans un poulailler abandonné. Heureusement, les poules étaient parties depuis longtemps…  Aux jours difficiles elle allait chez «des amis».

Reste que sans le savoir, ces jeunes – peuplèrent la région, firent des enfants et devinrent peu à peu des «retombées économiques». Puis, lentement, ils s’intégrèrent à la population et certains devinrent même des dirigeants populaires.

La plupart sont dans la soixantaine aujourd’hui, les enfants étant partis en ville, certains d’entre eux vivent encore leur «rêve» d’un monde meilleur.

Voilà  que la semaine dernière, je rencontrai un jeune homme allant vers l’un de ces villages abandonné montrer à un couple comment élever des poules. Il  venait tout juste d’acheter un lopin de terre…

Les retrouvailles

Anodin ce mouvement ? Pas tant que ça… Ce fut comme une grande intuition dans ce monde cérébral et aride, où l’orgueil et le nombrilisme règnent. Chacun pour soi, disait une de mes voisines.  Ça n’existe pas un «chacun pour soi». L’Univers, les humains, et tout l’assemblage visible ou invisible est relié. Cette affirmation n’est pas une foi, c’est une réalité cosmique et  terrestre.

Dans ce fouillis de lucioles qui s’allument et s’éclairent à la chandelle de l’électricité de leur cerveau, il arrive parfois des livres qui décrivent d’une façon lumineuse cette ère de noirceur satanique, cet oubli d’une solidarité nécessaire : Des racines pour l’avenir: cultures et spiritualités dans un monde en feu :

LE GROS PIPI

Examinons-les… Je dirais aussi : examinons-nous. «La notion d’économie n’existe pas  en tant qu’entité séparée de la vie sociale».

Les sociétés  ne se bâtissent pas que sur un «cirque du soleil  du cerveau», mais sur des valeurs intégrant l’empathie, l’acceptation de l’autre, et l’intégration du domaine émotif humain.

Ridicules ces hippies ?

Moins dangereux toutefois que ces adeptes du porc de la cravate.

Il faut plus que des idées pour faire un «monde»…

***************************************************************************

Des racines pour l’avenir: cultures et spiritualités dans un monde en feu

Thierry-G. Verhelst, Annick de Souzenelle

Editions L’Harmattan, 2008

11 Commentaires

Classé dans Actualité, Gaëtan Pelletier

11 réponses à “Le gros pipi

  1. DaN

    Excellent texte !! J’envie les gens qui ont vécu cette période hippie. Je me rend compte en lisant tout ça que j’ai un fond de hippie très présent, je déteste les valeurs égocentriques, le travail comme valeur première dans une société en déroute, le chacun pour soi, la dépendance à toutes ces industries pour me fournir la nourriture dont j’ai besoin, etc..

    Le retour à la terre est quelque chose qui me parle depuis un certain temps, j’y pense de plus en plus.. Mais malheureusement nous n’avons pas la chance que les hippies des années 70 ont eue, les terrain sont loin d’être donnés..

    Un retour en forêt peut-être.. ça serait déjà plus facile.. De toute façon, une chose est sûre, je ne resterai pas toute ma vie dans ce système qui ne me ressemble en rien, surtout si ça continue comme ça, sans aucuns changements.

    En tout cas merci bien, beau texte !!

  2. Tiens, ça me rappelle le Woodstock québécois manqué. Manseau 1970. Mon oncle avait un chalet à Saint-Louis-de-Blandford, et cet évènement m’a permis de voir une femme nue pour la première fois (j’avais 9 ans) et de rigoler lorsque mon père a mangé un muffin au pot sans le savoir. Pour une rare fois, il a eu un fun fou.

    Bon texte en passant…

  3. Franc

    Excellent texte , tiens pour l’humour du moment.

  4. @Dan,
    Je connais encore des coins où il y a des maisons et des petits coins de terre à vendre
    Je touches 10% 🙂
    Lutopium,
    J’avais oublié ce Manseau. Je me souviens qu’un ami avait la mani de se faire du gâteau avec du haschisch.
    Franc,
    Merci pour la vidéo… J’ignorais que cela se retrouvait sur You Tube.
    Rigolo 🙂

  5. Vivement, l’auto-suffisance dans un éco-village, le retour au troc, le retour à la terre et le retour de la Vie quoi!

  6. Rémi (Redge)

    Je reviens du camping de la réserve faunique Mastigouche et c’est fou comme on est bien en forêt! Pas de stress, ni de tracas, que la simplicité et la nature. Pas besoin non plus d’avoir 50 000 babioles; on se contente de l’essentiel et c’est parfait comme cela.

    Je crois, comme Simon, que c’est inévitable et même vital de former des petites communautés auto-suffisantes. Les temps changeant et je crois que de plus en plus de gens constatent qu’être gouverné (dominé, contrôlé) n’est pas la solution, pas plus que l’individualisme.

  7. @Simon et Rémi,
    Sincèrement, je rêve d’un moment où les gens en auront tellement ras-le-bol qu’ils se prendront en main dans de petites communautés.
    C’est peut-être la seule manière d’échapper à cette surchauffe…
    Mais tout le monde rêve du «grandiose»… Jusqu’au moment où l’on se rend compte, comme je l’ai fait, que nous n’avons même plus le temps d’utiliser tous les gadgets qui nous entourent.
    Bonne journée!

  8. D’après moi, avec ce qui s’en vient, seulement les gens qui feront un retour à la terre et vivront avec leur propre nourriture pourront survivre…

  9. Jonathan

    Merci beaucoup pour ce texte.

    Je suis peiné, un peu attristé de réaliser dans quelle génération je suis né (1991), mais surtout de voir à quel point nous sommes rendus loins, trop loins.

    Il m’arrive souvent d’imaginer, de rêver à ce que ces années ont été, et je sais que c’est à ce moment que j’aurais dû vivre.

    Je crois que c’est à nous, notre génération, les jeunes, de faire quelque chose.

    Le monde n’aura d’autre choix que de faire un retour aux sources, aux vieilles traditions, sans quoi il s’éteindra de lui-même.

    Merci encore pour ce texte, j’ai beaucoup apprécié.
    Passe une belle journée!

    Jonathan.

  10. Brigitte

    Nostalgie, nostalgie quand tu nous tiens.

    Savez vous qu’à chaque génération le rumeur veut que tout était meilleur avant ?
    Bon texte, en effet. Merci Gaetan.

    Merci Frank pour le video. C’est là que j’ai vraiment ri !!!!

    Jonathan, je ne crois pas quant à moi qu’il faut vouloir revenir en arrière.
    S’en inspirer pour aller de l’avant oui.

    Ça oui. Connaître son histoire pour en apprendree, oui. Prendre le bon et laisser le reste , oui.

    En tous cas, moi, je ne me passerai pas d’internet, par exemple, même si j’apprécierais de revenir en petites communautées.

    D’ailleurs, depuis 8 ans que je suis dans un quartier de Montreal, je tente exactement cela ( plus dans la dernière année ):
    acheter ici, chez les petits commerces. Je boude totalement les Metro, Iga etc .

    J’ai la chance de travailler ici et mon fils va dans une école ici. Là les collègues me cassent les oreilles avec la danse du choix de secondaire que je vois plutôt comme une torture que les familles s’imposent par peur de se tromper d’école.

    Alors, ils en visitent 3-4 en moyenne en 5ème pour refaire le même exercice en début de 6ème.

    Personnellement, mon choix est clair : il faut que ce soit dans le quartier.POINT.

    Si à 15-16 ans, mojn fils veut faire un programme spécial qui est ailleurs, ben il trimmera pour y accéder et sortira du quartier , mais pas à 11 ans.

    Je crois que le monde devient trop grand trop vite pour les enfants. Je ne vois aucun inconvénients à leur développement s’ils vivent et apprennent dans un petit rayon de 50 kms ad 14 ans, du moins.

    Moi, les projets sur l’Afrique à 8 ans et les bonnes intentions soi-disant philanthropiques dans ce sens là alors qu’ils pourraient très bien faire du bénévolat dans les organismes communautaires du quartier: je passe.

    Anyway, je me suis perdue, je crois.
    Désolée du hors sujet.

    Hippie, on peut l’être dans l’âme partout m en tout temps, je crois mais
     » the answer is blowing you know where ‘ ‘ !

    Bonne soirée à tous.

  11. Bonjour Brigitte,
    Hippie, on l’est dans l’âme…. Oui, j’en connais.
    Nostalgie! Pour moi ce n’est pas de la nostalgie, car en fait, je regardais tout ça en spectateur. J’ai été invité à vivre en «communauté», plutôt à la mise en commun. Les expériences des autres ne semblaient pas trop réussies…
    Reste que plusieurs, au lieu de rêver à la BMW ou à la grande carrière, rêvaient simplement d’un monde meilleur et centré sur autre chose que les grandes accumulations d’argent. Naïfs d’un certain côté, mais très «allumés» d’un autre…
    Je vois parfois certains numéros qui sont hippies dans l’âme.
    Dave Grohl, ancien batteur de Nirvana. Il est passé un jour devant une voiture de luxe, suite à son succès inattendu, se disant «Je pourrais l’avoir… Mais après je voudrai autre chose et autre chose…» Alors, il est reparti avec son vieux van.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dave_Grohl
    Bonne journée!
    Jonathan,
    Il paraît qu’il en est passé dans l’Histoire des groupes, des prises de conscience, etc.
    Peut-être en vient-il un autre, mais plus étendu?
    Mais on vend du rêve… Et pas toujours du bon…
    Bonne journée!

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