De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (12)

serepatchIntérieurement, donc, la surveillance des individus n’a jamais cessé et s’est même renforcée. Extérieurement, la privatisation de la guerre décrétée par Donald Rumsfeld a eu des effets pervers incommensurables. Les nouveaux tortureurs de Guantanamo, d’Abu Ghraib ou de Bagram n’étaient pas des militaires, mais tout simplement des mercenaires, grassement payés pour les tentaives de noyade, les projections sur les murs ou les privations de lumière. Entre autres sévices. Les mêmes que ceux enseignés dans les centres de formation des forces spéciales, au rayon comment résister aux tortures. C’est là la particularité en effet : des civils ont appliqué sans ménagement les vieilles recette de Fort Benning, visiblement apprises sur le tas en ce qui les concerne, en leur appliquant quelques variantes de leur crû. Voyage au pays du sadisme.


En Afghanistan et en Irak, on avait espéré un mieux à l’arrivée du gouvernement d’Obama : les anciens tortionnaires avaient été en un premier temps gardés par Panetta puis ensuite « virés » pour abus manifestes. L’intérêt de la manœuvre, perçus au départ comme une bourde, c’est que c’est grâce à cela que les journalistes avaient eu confirmation des noms qu’ils soupçonnaient (*1) : Ce qu’il faut préciser en effet, c’est que les deux « psychologues » tortureurs de ce cabinet très spécial avaient vu leurs contrats reconduits tels quels deux mois auparavant par l’administration Obama ! Visiblement pas très au courant des méthodes de Mitchell, Jessen & Associates ! Et des effets très pervers de la privatisation ce la guerre à la Rumsfeld.Un article phénoménal de Katherine Eban dans Vanity Fair avait pourtant mis à mal la fine équipe de Mitchell, Jessen & Associates. Son titre fabuleux résumait tout « Rorschach and Awe », ou les tests psychologiques comme armes de terreur !


Le programme de ces tortureux bien spéciaux est pourtant connu depuis longtemps, c’est celui du SERE, un programme d’entraînement à l’endurance des pilotes US abattus, fabriqué à partir des témoignages des tortures Viet-Cong infligées à des gens tels que John McCain, ou à partir du fameux centre de formation d’Aussaresses de Fort Bragg. Les « psychologues » y ayant recours posent aujourd’hui un autre problème : les fameux « memos » sur les tortures menées par la firme Mitchell, Jessen & Associates révèlent que ces personnes n’étaient en aucun cas diplômées de médecine ! Et encore moins de psychologie ! Une enquête poussée l’a démontré (*2). Or là, cela devient crucial, car dans les explications officielles données des techniques d’interrogatoire, il avait toujours été établi que ces fameux interrogatoires musclés étaient soumis à contrôle médical. Or ce n’était en aucune façon le cas (*3). . Des tortionnaires, pas des médecins, portant le doux nom de code de « biscuits » (*4) .Des biscuits, bien plus durs que ceux de l’armée…

N’étant pas des militaires, soumis à une charte à respecter, les deux hommes et leurs nombreux confrères se sont tout permis. Ce qui explique facilement les dérives et les morts possibles, des décès répertoriés et ceux dont on ne gardera pas trace, comme ceux de la prison de Bagram, qui s’annonce aujourd’hui comme pire encore que Guantanamo (*5). Ou bien des décès comme ceux dont nous vous avons déjà parlé ici-même : « un autre cas le démontre. Celui de l’infortuné réceptionniste d’Hôtel Baha Mousa, 26 ans, en est l’exemple même. Retrouvé mort, le corps dans un état lamentable comme le montrent les photos. Tout y a passé dans son interrogatoire, la méthode utilisée à Abou Ghraib (*6). Il est retrouvé mort, le visage et le corps tuméfiés. On s’est visiblement trompé d’individu, il n’a rien d’un terroriste. Le 11 juillet 2008, la famille de Mousa recevait discrètement 3 millions de livres de dédommagement, du gouvernement anglais. Pas un journal télévisé n’en a parlé. Battu à mort, relevé avec 93 blessures, mais pas le droit à la une des journaux : un mort irakien de plus, sans plus. » L’un des autres cas pendables étant celui d’Abu Zubaydah, lieutenant de Ben Laden capturé en 2002 dans un triste état et interrogé tout de suite par le FBI (*7) Il y réussirent au FBI en un premier temps, puis l’équipe de psys de la CIA a débarqué et Zubaydah, torturé, à fini par ajouter n’importe quoi, au point de rendre ses premiers interrogatoires douteux ! Car nos deux sadiques, dans la majeure partie des cas ont fait pire que mieux. Leur sauvagerie, au nom de l’obtention de noms de préposés aux attentats, a souvent ruiné les patients efforts des interrogateurs purement militaire. A croire qu’ils n’étaient pas là pour interroger, mais pour apprendre à leurs patients des scénarii tout faits. Il y a bien eu ambiguité manifeste sur les méthodes et sur le résultat final, entre eux et les militaires sur place.

Car l’histoire révèle aussi que les deux tortureurs étaient également des Mormons affichés et que leurs collègues militaires les détestaient copieusement pour cette raison (*8) Pour beaucoup, leurs méthodes faisaient penser à un film qui avait en son temps défrayé la chronique (*9). Selon certains, nos deux duettistes avaient même ressuscité…Mengele (*10). Et tout cela pour un prix exhorbitant de 1000 dollars par jour (*11) »Et tout ça aussi pour assouvir leur réussite perso, rien de plus : une BMW pour l’un, une maison en Floride pour l’autre, tout cela aux frais du contribuable US (*12). C’est tout simplement minable comme état d’esprit : les envoyés spéciaux dotés des pleins pouvoir de tortute sont deux petits minables frimeurs : leurs actions condamnables sont bien à l’image du gouvernement qui les a envoyés !

Des gens qui n’étaient donc pas médecins, mais des mercenaires, plutôt, et qui provenaient tous d’un centre de formation très particulier, situé à Spokane, sur la côte Nord-Ouest des Etats-Unis. Exactement à partir de la base de Fairchild, ce qui nous ramène directement à la guerre du Viet-Nam : elle a été créée en 1966, spécialement pour le programme se survie SERE des pilotes faits prisonniers. Pour apprendre à résister à partir des tortures connues : autrement dit, savoir aussi infliger ces tortures à l’ennemi, obligatoirement ! Des t-shirts publicitaires en vente aujoud’hui encore au nom de l’escadron concerné rappellent son évidente origine viet-namienne. Une base qui possède d’autres particularismes saisissants.

Comme celui d’être présent dans le bottin US alors qu’officiellement l’escadron répertorié à été dissous depuis plusieurs années (*13) Un groupe des forces spéciales au logo un peu inquiétant… avec sa baïonnette, ses flèches et ses étranges « s » qui en rappellent d’autres de sinistre mémoire. Que cherche-t-on à cacher de la sorte en affirmant que le groupe a été dissous mais figure encore dans l’annuaire ? Sinon, c’est un centre d’entraînement où beaucoup semblent être passés depuis sa création (*14) On retombe sur les mêmes, ces fameux « contractants » si chers à Donald Rumsfeld, privatiseur de guerre en chef !

Or, à Spokane, on n’a jamais cessé de faire réunion sur réunion depuis 2002 sur les tortures, comment les infliger et qu’en espérer (*15) A Spokane, on a bel et bien utilisé les techniques de Fort Bragg et de Fort Benning, celles de la très connue School of America, devenue depuis Western Hemisphere Institute for Security Cooperation (WHISC or WHINSEC) : voilà qui nous relie directement à Pinochet et au formateur en chef Aussaresses ! A la « school », rappelons-le du beau linge à défilé. Notamment Carriles (*16) nous précise Wikipedia (consultez la liste des « graduates », c’est édifiant !). L’homme a toujours bénéficié de la mansuétude américaine : « Il y a tout juste quelques jours, Ricardo Alarcón, président du Parlement cubain, a présenté à la presse un document déclassifié du FBI qui indiquait que la police fédérale nord-américaine connaissait il y a 40 ans les adresses où le terroriste international vivait en Floride. Dans une déclaration assermentée qui faisait partie du document, Posada affirmait qu’il agissait toujours avec la conviction de compter sur la tolérance du gouvernement des États-Unis. » Quarante ans que ça dure !


Des faux psychlogues appliquant à la lettre les techniques du docteur Cameron (*17) Des techniques expliquées pour y être appliquées sur tous les prisonniers irakiens, à Abu Ghraib ou à Bagram comme à Guantanamo (*18)  Chez , Mitchell Jessen & Associates, on pratiquait ostensiblement le secret entretenu et les activités liées à la CIA, jusque dans les petites annonces (*19) Trop secret pour mériter la simple appellation « top secret » ??? On est en plein surréalisme là !! Que peut bien cacher ce type de travail « de mesures anti-terroristes » qui ne serait connu que d’une poignée d’individus au monde ? Le top du top du top secret ? Ou le boulot d’envoyés de quelques illuminés au pouvoir ?

Les deux lascars virés par Panetta représentent donc parfaitement l’ère Bush, celle du mensonge considéré comme moyen d’existence. Sur leur site internet, ils se vantaient ouvertement d’être membres de l’APA, la célèbre American Psychological Association. (*20) Or c’était faux, archi-faux (*21) Le mensonge, la raison d’état bushienne pendant huit années. Les faux diplomés bombardés psyscologues, simples adeptes de Cameron, et tortureurs ayant des assassinats à leur actif. Et tout cela pour pouvoir se pavaner en BMW… la CIA a toujours eu besoin de petite mains sans trop de cervelle pour ses basses œuvres. Avec ces deux larrons, elle avait semble-t-il touché le gros lot. On pense là avoir atteint le fond, mais il y a pire encore, hélas…

(1) « The New Yorker’s Jane Meyer wrote : “In April, [Obama CIA Director Leon] Panetta (above right) fired all the C.I.A.’s contract interrogators, including the former military psychologists who appear to have designed the most brutal interrogation techniques : James Mitchell and Bruce Jessen. The two men, who ran a consulting company, Mitchell, Jessen & Associates, had recommended that interrogators apply to detainees theories of “learned helplessness” that were based on experiments with abused dogs. »

(2) « you know, these were guys who have been described to me as op-docs. They were, you know, Ph.D.s who wanted to be sort of in the operational arena, which is a very seductive arena to be in. But effectively, they were teachers and overseers of a SERE program where they were just monitoring,you know, the well-being of troops. They weren’t scientists.« 

(3) « you know, in other words, it’s not torture according to doctors, and there are doctors there to monitor what’s going on, and there are doctors there to make sure that the person being interrogated doesn’t die on them. And they have data allegedly showing that, you know, SERE, this training, when we do it to soldiers, it doesn’t—you know, it doesn’t kill them, and it doesn’t make them crazy from the abuse they do during training. And so, it must be OK »

(4) « the New Yorker article was among the first to describe in detail how teams of “non-treating” psychiatrists and psychologists, called Behavioral Science Consultation Teams or “biscuits” in military language, were used at Guantanamo, the detention site established in January 2002 to hold “suspected enemy combatants” in the war on terror. »

(5)« [An] investigation of two deaths at Bagram. Both detainees were determined to have been killed by pulmonary embolism caused as a result of standing chained in place, sleep depravation and dozens of beatings by guards and possibly interrogators. (Also reveals the use of torture at Gitmo and American-Afghani prisons in Kabul) ».

(6) « using sexual jibes and degradation, along with stripping naked, is one of the methods taught on both sides of the Atlantic under the slogan « prolong the shock of capture », he said. Female guards were used to taunt male prisoners sexually and at British training sessions when female candidates were undergoing resistance training they would be subject to lesbian jibes ».

(7) « It didn’t matter that Zubaydah was unable to eat, drink, sit up, or control his bowels. They wanted him to talk. »

(8) « Mitchell and Jessen’s methods were so controversial that, among colleagues, the reaction to their names alone became a litmus test of one’s attitude toward coercion and human rights. Their critics called them the « Mormon mafia » (a reference to their shared religion) and the « poster boys » (referring to the F.B.I.’s « most wanted » posters, which are where some thought their activities would land them). »

(9) ’SERE psychologists had “implemented a regime of techniques that one well-informed former adviser to the American intelligence community described as ‘a “Clockwork Orange” kind of approach.’”

(10) « The same evil that led Dr. Josef Mengele to conduct his heinous experiments on people is the same evil that led Dr. Bruce Jessen and Dr. James Mitchell to conduct their heinous experiments on people. Because of their extraordinary efforts, I think Dr. Jessen and Dr. Mitchell have earned the right to be mentioned in the same sentence as Dr. Mengele. It’s a distinction no one should ever be able to take away from them« 

(11) « Associates say the two made good money doing it, boasting of being paid a $1,000 a day by the CIA to oversee the use of the techniques on top al Qaeda suspects at CIA secret sites. »

(12) « Mitchell has built his dream house in Florida. He also purchased a BMW through one of his companies. « Taxpayers are paying at least half a million dollars a year for these two knuckleheads to do voodoo, » says one of the people familiar with their pay arrangements. »

(13) « Why has the 12th Special Forces Group–which supposedly hasn’t existed for more than a decade–been listed for years in the DEX phone directory listing (click on thumbnail below for page 25 of the 2005 Spokane Qwest Dex phone entry and look at bottom of left column) for the U.S. Army Mann Hall Army Reserve Center in Spokane, Washington ? The specific listing is for Detachment B4 and B5 Co B 3rd BN 12th Special Forces Group. What is the non-existent 12th Special Forces Group and its personnel actually doing in Spokane ? »

(14) Fairchild AFB is home to a Survival, Evasion, Resistance and Escape (SERE) Program. SERE Programs train soldiers, seaman, airmen, CIA operatives, and others–including foreign nationals–in resistance techniques. However, they also provide military and other government torturers, trainers, foreign nationals, contractors (aka US government mercenaries employed by corporations such as Blackwater, CACI International, Titan Corp, and SAIC) and psychologists, among others, the opportunity to develop, refine, practice and polish their torture techniques ».

(15) « in their must-read June 29, 2007 Spokesman-Review article, reporters Karen Dorn Steele and Bill Morlin reveal that “the SERE program is used by the Army at Fort Bragg, where Green Berets train, and at the U.S. Air Force Survival School near Spokane, where thousands of other trainees are instructed annually. Using first-hand reporting and research as well as reporting from sources such as the New Yorker and Salon.com, Dorn Steele and Morlin reveal the role of Spokane area psychologists and businesses in the U.S. government’s reverse-engineering of torture resistance training ».

(16) « the terrorist Luis Posada Carriles was educated by the CIA in explosives and sabotage at Fort Benning (the current location of the academy) before the Bay of Pigs invasion »

(17) « the techniques include hooding and starving detainees, sleep deprivation, isolation in darkness, mocking their religious beliefs and subjecting them to other forms of extreme stress, including sexual humiliation, the report says — evoking the leaked photographic images of detainee abuse from Abu Ghraib prison in Iraq taken from October to December 2003 ».

(18) « these techniques of torture–witnessed at Abu Ghraib, Guantanamo and other U.S. facilities around the world–have been employed by the U.S. government, military, intelligence agencies, contractors and foreign agents with the express purpose of breaking human beings as part of the global U.S. “war on terror”.

(19) « As recently as April, Mitchell Jessen & Associates was advertising for a $76,000 a year instructor “in the fields of anti-terrorism measures,” according to an Internet job posting. The job, which required the successful applicant to relocate to Spokane, required a “Top Secret – Sensitive Compartmentalized Information (SCI)” security clearance. An SCI clearance is attached to a job considered so sensitive that a Top Secret classification alone isn’t sufficient. »

(20) « On the TechExpo Internet posting, the company describes its work in “high-risk programs” and says it is “additionally approved by the American Psychological Association to offer continuing professional education for psychologists.”

(21) « Informed Thursday by The Spokesman-Review of that claim, APA spokeswoman Rhea Farberman said : “Mitchell Jessen & Associates is NOT an APA-approved sponsor of continuing education for psychologists.” APA will follow up with the Web site and the company to make sure they no longer make that claim ».


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