De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (13)

chiquita-bananaL’amérique de G.W.Bush a bassiné le monde entier avec sa notion de guerre au terrorisme, si pratique pour imposer en miroir un terrorisme d’Etat évident. C’était l’aboutissement d’une longue pratique, celle de la formation, sur le territoire même des USA, des terroristes eux-mêmes. Une formation tenue dans une école particulière, la SOA, devenue la Western Hemisphere Institute for Security Cooperation (WHISC) implantée à Fort Benning. Des documents révèlent aujourd’hui l’ampleur des dégâts causés, spécialement en Amérique du Sud, ravagée par les méthodes de la CIA depuis de cinquante ans. Retour sur l’un des fiefs de la CIA et de ses pires exactions.


Les Etats-Unis, par haine viscérale des communistes ont soutenu tous les mouvements d’extrême droite sud-américains, et tous les projets totalitaires, et continuent à le faire, comme nous le verrons dans quelques jours. Retour donc sur l’école de l’horreur, ouverte au Panama en 1946 dans un premier lieu. Parmi les plus tenaces à obtenir la fermeture de cette école infâme, il faut signaler la présence du sénateur McGovern, encore lui, l’homme qui, s’il avait été élu président des Etats-Unis, à la place de Nixon qui l’avait défait à plate couture, aurait rendu sa dignité à ce pays rongé par la tentation du fascisme. Plus le temps avance et plus il démontre que l’un des rares à avoir été visionnaire, c’était bien lui, et non pas les autres qui ont accédé au pouvoir. McGovern avait en 2004 soutenu le général Wesley Clark, resté célèbre pour sa lettre à W.Bush contre la décision d’envahir l’Irak. Et aujourd’hui demeure ferme opposant à toute intervention en Iran. Il faut visionner impérativement son réquisitoire !

Tout provient de la divulgation le 21 septembre 1996 d’un manuel de tortures rédigé en espagnol révélé à la presse et présenté comme celui de Fort Benning : étrangement, 13 ans après ce document pourrait aisément passer pour celui de Guantanamo ou celui des autres prisons délocalisées où ont été interrogés les prisonniers d’Al Quaida (*1)

Avec ce document, les américains découvrent en quelque sorte, voici treize ans, l’horreur d’Abou Ghraib, sans les photos, et constatent surtout que ça a duré pendant des années (*2) A Fort Benning, ont été invités tous ceux qui représentent la crème de la dictature en Amérique du Sud (*3). Tous ceux qui ont eu recours il a bien longtemps aux mêmes assassinats ciblés décrits dans cet ouvrage (*4). Le manuel avait pour nom « Terrorisme et Guérilla Urbaine » et semblait donc bien prémonitoire, en parlant de certains responsables d’Etat comme étant des « cibles » potentielles. On repense obligatoirement à Savador Allende ou à Patrice Lumumba (*5). En 2003, un documentaire plutôt étonnant de John Smihula, « Hidden In Plain Sight », montrait dans le détail l’inventaire des exactions commises à partir des entraînements de Fort Benning. Un document dont je vous recommande fortement le visionnage. Attérant. Au milieu du reportage, apparaît l’image de John LeMoyne, commandant de la Première Brigade durant la guerre du golfe de 1991 et rendu responsable par une enquête externe de la mort de 382 prisonniers irakiens. « A good soldier » dirons certains…. à son départ en 2003 : or il avait couvert manifestement les actions de son collègue Barry Richard McCaffrey, insructeur à Fort Benning lui aussi, et qui finira à la tête du Southcom, la direction des armées en Amérique du Sud. Puis fondra une société de conseil, BR McCaffrey Associates, qui se chargera de venir hanter les plateaux de télévision pour venir soutenir tous les soirs l’action américaine en Irak : à la tête d’une cohorte d’anciens généraux en retraite, tous grassement payés comme consultants chez Fox News par… la CIA. Un journaliste David Barstow, y gagnera un Pulitzer a décrire dans « Message Machine » cette véritable mafia propagandiste de la Fox ayant autant de sang sur les mains (*6). McCaffrey, qui a aussi été l’assistant de Colin Powell, a d’autres badges sur son uniforme : ceux de Veritas Capital et de deux autres compagnies Veritas, Raytheon Aerospace et Integrated Defense Technologies. Ce qui lui a valu comme par hasard en 2003 de toucher des millions de dollars de contrats pour avoir encensé les chars Abrams que sa propre compagnie conduisait en Irak !!! (7).

Car il est intéressant de noter que l’administration américaine, qui a tant dénoncé et soi-disant poursuivi le terrorisme, a hébergé pendant des années la plus grande fabrique de terroristes existant au monde (*8). Parmi les pays visés par cet entraînement figure la Colombie, qui a reçu en 2001 pas moins d’1,3 milliard de dollars d’aide pour combattre les « insurgés », plus 250 « assistants » américains : or en Colombie, la définition « d’opposants » incluait des enseignants, des paysans, des syndicalistes ou des prêtres, tous leaders de mouvements d’opposition (*9), la plupart assassinés par des escadrons de la mort paramilitaires . En Colombie, le paravent de la CIA était la United Fruit nous avait-on confirmé en mars 2007. Tout le monde s’en était toujours douté. Les agents de la CIA émargeaient à la Chiquita Brands International, qui arrosait aussi bien les groupes paramilitaires (*10) que… les Farcs (*11) ! United Fruit, en Amérique du Sud, a bien joué le rôle de « créateur de républiques bananières » comme on a pu justement le dire. En alimentant la corruption de l’Etat, avant tout. Son patron au Honduras avait eu un jour en effet cette phrase catégorique : « au Honduras, une mule coûte plus qu’un membre du parlement.  » Pour contrecarrer l’enquête du Département de la Justice sur ces paiements illicites lancée en 2005, Chiquita lâchera en 2007 près de 25 millions de dollars, mais peine perdue, la firme sera cette année la première compagnie dans l’histoire des Etats-Unis à être condamnée pour avoir financé une ou des organisations terroristes. Or, lors de ce long procès, l’avocat de United Fruit s’appelait… Eric Holder, le Procureur Général américain, soit l’équivalent du ministre de la justice de Barack Obama. Il travaillait alors pour le cabinet Convington (Covington & Burling LLP), où l’on trouvait aussi John Bolton et… John Negroponte, tous deux partisans de la manière forte en Amérique du Sud, via les milices d’extrême droite, abondamment aidées sur place par la CIA. Negroponte est abondamment cité dans « Hidden In Plain Sight ». Voilà qui augure plutôt mal de l’action future des Etats-Unis en Amérique du Sud, il semble…

En 1993 déjà on avait eu vent des activités de l’école de la torture à la suite d’un rapport des Nations-Unies sur le Salvador, où un des officiers avaient commis des exactions et des tortures d’opposants, des officiers dont les 2/3 provenaient du centre de formation de Fort Benning. Parmi eux, le terrible Roberto D’Aubuisson, le grand ami de l’évangéliste extrémiste Pat Robertson. D’Aubuisson, le leader des escadrons de la mort qui avaient ensanglanté le pays pendant des mois. L’auteur du meurtre de l’archevêque Ronero, et chef de 19 des 29 soldats qui avaient massacré des prêtres jésuites en 1989. Au Guatemala, c’est le Colonel Byron Lima Estrada, ancien locataire de Fort Benning lui aussi qui avait assassiné en 1998 le prêtre Juan Gerardi, qui venait de rendre compte des meurtres perpétrés par le commando D-2, les services spéciaux conduits par Estrada. 448 villages avaient été rasés en représailles, et plusieurs milliers de vilageois tués dans ce qui représente un des plus grands massacre oublié du XXme siècle. Près de 40% de ceux qui entouraient les cabinets de Lucas Garcia, Rios Montt et Mejia Victores, au Guatemala, sortaient de Benning. Ils sont à ce jour toujours impunis : « En lieu et place de la justice, les victimes se sont heurtées à un mur d’impunité, quand elles n’ont pas été l’objet de multiples menaces et violations des droits de l’Homme. Le 6 octobre 2005, la justice espagnole s’est déclarée compétente pour instruire les crimes universels commis par les hauts responsables des gouvernements de Roméo Lucas Garcia, Efraín Ríos Montt, et Humberto Mejía Victores. Le 19 juin 2006, une commission rogatoire dirigée par le juge Pedraz a été reçue au Guatemala. Des mandats d’arrêt internationaux ont été émis à l’encontre de Angel Anibal Guevara, Germán Chupina, Humberto Mejía Victores, Pedro García Arredondo, Donaldo Alvarez, Benedicto Lucas García et Efraín Ríos Montt. » Rien de cela n’a eu lieu, augmentant dans les pays incriminés les tensions et les rancunes. La haine contre Daubuisson et ses exactions et toujours tenace dans le pays et remontera loin, son propre fils étant victime d’un attentat en février 2007. Son père était décédé d’un cancer en 1990. Mais comme nous allons le voir plus loin, il n’y a pas que le Chili, le Guatemala, le Honduras, le Salvador ou la Colombie qui ont eu à subir les assauts des envoyés de Fort Benning… d’autres pays dAmérique du Sud on fait partie de leurs objectifs… pratiquement tous, en réalité.

(1) « U.S. Army intelligence manuals used to train Latin American military officers at an Army school from 1982 to 1991 advocated executions, torture, blackmail and other forms of coercion against insurgents, Pentagon documents released yesterday show. Used in courses at the U.S. Army’s School of the Americas, the manual says that to recruit and control informants, counterintelligence agents could use « fear, payment of bounties for enemy dead, beatings, false imprisonment, executions and the use of truth serum, » according to a secret Defense Department summary of the manuals compiled during a 1992 investigation of the instructional material and also released yesterday. »


(2) « The Army School of the Americas, long located in Panama but moved in 1984 to Fort Benning, Ga., has trained nearly 60,000 military and police officers from Latin America and the United States since 1946 »


(3) « Its graduates have included some of the region’s most notorious human rights abusers, among them Roberto D’Aubuisson, the leader of El Salvador’s right-wing death squads ; 19 Salvadoran soldiers linked to the 1989 assassination of six Jesuit priests ; Gen. Manuel Antonio Noriega, the deposed Panamanian strongman ; six Peruvian officers linked to killings of students and a professor ; and Col. Julio Roberto Alpirez, a Guatemalan officer implicated in the death of an American innkeeper living in ».


(4) « On several occasions it uses the words « neutralization » or « neutralizing, » which were commonly used at the time as euphemisms for execution or destruction, a Pentagon official said.


(5) « The manual on « Terrorism and the Urban Guerrilla » says that « another function of the CI agents is recommending CI targets for neutralizing. The CI targets can include personalities, installations, organizations, documents and materials . . . the personality targets prove to be valuable sources of intelligence. Some examples of these targets are governmental officials, political leaders, and members of the infrastructure.« 

(6) David Barstow won the 2009 Pulitzer Prize for Investigative Reporting for exposing how dozens of retired generals working as radio and television analysts had been co-opted by the Pentagon to make its case for the war in Iraq and how many of them also had undisclosed ties to military contractors that benefited from policies they defended.


(7) « Shortly after the March 2003 U.S. invasion of Iraq, McCaffrey exclaimed on MSNBC : « Thank God for the Abrams tank and… the Bradley fighting vehicle. » The « war isn’t over until we’ve got a tank sitting on top of Saddam’s bunker, » he added. The Nation noted, « in March [2003] alone, [Integrated Defense Technologies] received more than $14 million worth of contracts relating to Abrams and Bradley machinery parts and support hardware. »


(8) « Insisting that global terrorism can only be stopped by « destroying it where it grows, » George W. Bush has conveniently forgotten the US military’s own terrorist training facility : the infamous Western Hemisphere Institute for Security Cooperation (WHISC). Located in Fort Benning, Georgia, WHISC has trained over 60,000 Latin American soldiers in the most heinous of counter-insurgency warfare techniques, and its graduates have gone on to comprise a bloody who’s who of coups, chaos and destruction. « 


(9) «  Case in point : Colombia has received military equipment and a $1.3 billion aid package- not to mention over 250 US military personnel on the ground – to help the government fight against what it calls counter-insurgents (frequently peasants or community leaders such as educators, union organizers and religious workers). Add to that a full 10,000 Colombian WHISC/SOA graduates and plans to set up WHISC-oriented training locally, and it’s clear the US is not only inviting mission creep, but more importantly entering a bloody and unethical quagmire. « 


(10) « In court documents filed Wednesday, federal prosecutors said the Cincinnati-based company and several unnamed high-ranking corporate officers paid about $1.7 million between 1997 and 2004 to the United Self-Defense Forces of Colombia, known as AUC for its Spanish initials ».


(11) « Prosecutors said the company made the payments in exchange for protection for its workers. In addition to paying the AUC, prosecutors said, Chiquita made payments to the National Liberation Army, or ELN, and the leftist Revolutionary Armed Forces of Colombia, or FARC, as control of the company’s banana-growing area shifted ».

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Classé dans Stéphane Bouleaux

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