Archives quotidiennes : 6 novembre 2009

Quand le 8-1-1 ne répond plus…

Après avoir longtemps tergiversé, hésité, lu, analysé, soupesé, médité et pesé le pour et le contre, je me suis résigné il y a une dizaine de jours à me faire inoculer le fameux vaccin contre la grippe A (H1 N1). J’avais comme tout le monde pris connaissances des théories de la grande conspiration planétaire, mais quand le docteur Amir Khadir, médecin microbiologiste et député de Mercier de Québec Solidaire s’est rangé du côté de la science académique, je me suis dit qu’il devait connaître cela mieux que moi et je me suis fait piquer.

C’est huit jours plus tard que les problèmes ont commencé: Céphalées sévères et résistantes à tous les Tylenol de cette terre, tremblements et frissons, fièvres me conduisant aux portes du délire, maux musculaires et j’en passe. Un une journée, je n’étais plus que l’ombre de moi-même tellement j’étais affaibli.

C’est alors que j’ai décidé de m’adresser au fameux 811 où, après des heures d’attente, une infirmière, m’a posé le diagnostic suivant: Vous deviez avoir cette grippe A bien avant votre vaccin ! Ah bon ! Et moi qui me portais très bien jusqu’à ce qu’on m’inocule le poison…Bref, elle
me conseille les Tylenol, boire beaucoup de breuvages et reposez-vous-merci-bien.

Le lendemain, jeudi, neuf jours après avoir reçu ce fameux vaccin, mon état se détériore rapidement. Les poussées de fièvre se multiplient et je me rapproche dangereusement du 40 degrés Celcius. De peine et de misère, je m’accroche à mon téléphone et je signale à répétition les trois chiffres magiques 8-1-1 afin qu’on me dise si je dois continuer mon traitement sommaire, me précipiter à l’hôpital ou réviser une dernière fois mon testament…

Mais voilà qu’en ce jeudi 5 novembre de tous mes malheurs,je passe de nombreuses heures accroché à une tonalité toujours occupée tant les appels affluent à la centrale. Mais je suis patient (a-t-on le choix avec notre système de Santé dont le modèle est la chaîne de montage du fabriquant d’automobiles Toyota ?) et je persiste des heures durant à tenter de parler à autre chose qu’ à un système informatisé.

Cinq heures plus tard, je suis épuisé, je frissonne de partout, j’ai peine à me mouvoir, quand enfin mon numéro est déclaré gagnant: J’ai enfin le privilège rare de parler de mon état et de mes vives inquiétudes à une véritable infirmière. Qui me conseille, après avoir écouté le récit de mes malheureux déboires, de me rendre illico à l’hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts où je me traîne de peine et de misère car je me sens vraiment très affaibli.

J’y suis accueilli par une jeune infirmière inexpérimentée…qui me fait avaler une pilule de Motrin, après avoir constaté que ma fièvre ne cesse de monter. Puis, elle me dit d’aller m’asseoir et de revenir la voir dans une heure…

Il est alors 23hres et, malgré mes questions demeurées sans réponses, je n’ai d’autre choix que de me faire patient. Dans la salle feutrée, ultra moderne et aseptisée, j’entends certaines personnes dire qu’elles attendent depuis plusieurs heures. Y-a-t-il un médecin dans la salle ? Si oui, il se cache bien… J’observe les employés, très détendus, se promener d’un bureau à l’autre avec des piles de paperasses sous le bras. Tout est silence, sauf les gémissements d’une pauvre dame qui souffre visiblement beaucoup…et à qui on demande de pratiquer cette vertu bien québécoise qu’est la patience.

Une heure plus tard, je retourne voir l’infirmière qui m’avait demandé de retourner la consulter à minuit et- ô surprise !- elle vient de terminer son chiffre, comme par hasard ! Non, mais nous prennent-ils pour de parfaits demeurés, nous les patients impatients qui payons leur salaire et avantages sociaux tout en leur permettant de traverser la crise qui secoue le Québec dans une atmosphère de salle de yoga ?

Puis, je parviens à parler avec sa remplaçante qui m’affirme que mes symptômes sont tout à fait normaux après une vaccination, que ce sont mes anticorps qui combattent le poison qu’on m’a injecté, bref qu’il n’y a pas grand chose à faire. Je lui suggère que je suis mieux d’aller me soigner dans mon lit plutôt que de passer la nuit à attendre…et elle me donne raison, disant ne pas comprendre pourquoi l’infirmière du fameux 8-1-1 s’est dite préoccupée par mon état qu’elle qualifie de « normal »…

Dans un coin retiré de cette grande salle feutrée, j’aperçois d’interminables files de citoyens qui attendent le vaccin de leur délivrance sous la neige et sous la pluie. Et ça me rappelle les images qu’on nous montrait, quand j’étais plus jeune, des méfaits du régime soviétique où les citoyens faisaient le pied de grue, dans d’interminables files d’attente, en attendant qu’on appelle leur numéro.

Et tout ce que j’entends à longueur de journée sur RDI, c’est toujours la même phrase-mantra
des chefs de notre santé collective : « On s’ajuste à la situation »…Je suis ressorti, soulagé de regagner ma chaumière et mon lit douillet. Je préfère m’ajuster moi-même…

Car quand je constate avec effroi que le 8-1-1 ne répond plus, je me permets de questionner le »modèle Toyota » appliqué à notre système de santé et je constate que nous ne sommes que des pièces numérotées sur la chaîne de montage paralysée du système implacable et trop souvent inhumain dans lequel nous acceptons de vivre. Et je me demande pourquoi, même si j’en connais la réponse corporative, pourquoi on n’accorde pas plus de pouvoirs aux pharmaciens, ce qui pourrait certes désengorger les bouchons systémiques de notre façon de vivre en santé.

Et je me surprends à rêver de cette époque bénie où le médecin se déplaçait et se rendait dans les maisons rencontrer ses malades. Mais faut croire que c’était dans un autre millénaire…bien avant que nous l’on soit victimes des grands progrès technocratiques au sein desquels j’ai l’impression que nous sommes tous devenus des prisonniers d’un goulag virtuel.

Pierre Schneider

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