Archives quotidiennes : 25 novembre 2009

Le risque des taux d’intérêt à zéro

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Le moment est arrivé pour les banques canadiennes de publier leurs résultats financiers pour le dernier trimestre et pour l’ensemble de l’année qui s’est terminée le 31 octobre. La Banque de Montréal a été la première à s’exécuter hier en annonçant des bénéfices à la hausse de 16 % pour le quatrième trimestre comparativement au même trimestre de l’année dernière. Toutes les autres banques publieront leurs résultats d’ici le 8 décembre.

Elles ont probablement toutes réalisé de bons profits pour le trimestre, ce qui se traduira par une année très respectable, compte tenu du contexte économique. N’oublions pas que nous traversons la pire crise économique et financière depuis la grande dépression des années 30.

Comment les banques canadiennes peuvent-elles s’en tirer aussi bien, compte tenu que la récession leur a fait mal, comme à tout le monde ? Un grand nombre de leurs clients se sont retrouvés en difficulté financières, et n’ont pas pu rembourser leurs prêts. Les banques doivent accumuler  des provisions importantes pour absorber ces pertes sur prêts, comme elles avaient eu à le faire lors des deux trimestres précédents. Ces provisions, au moment d’être inscrites, sont l’équivalent d’une perte, et ont donc comme effet de réduire les profits du même montant.

C’est que les banques retirent actuellement des bénéfices énormes de leurs activités sur les marchés des capitaux, c’est-à-dire les achats et les ventes de valeurs mobilières, de contrats à terme de toutes sortes et de devises étrangères qu’elles effectuent pour leur propre compte. Car ne nous trompons pas, les gens les plus actifs sur les marchés des capitaux, les plus gros spéculateurs quoi, ce sont les grandes banques à travers le monde, dont les nôtres, bien sûr.

Et en cette période de crise économique, on leur a offert un terrain de jeu très propice en baissant les taux d’intérêt jusqu’à zéro, et en leur assurant que ces taux allaient demeurer là au moins jusqu’à l’été prochain.

Depuis six mois, le jeu est assez clair. On emprunte dans une devise faible, c’est-à-dire le dollar américain, et on investit dans les actifs risqués, soit les actions et les matières premières. Depuis le printemps, les spéculateurs répètent le stratagème, après après mois, et engrangent les profits mois après mois. La corrélation entre la baisse du dollar américain d’un côté, et la hausse des marchés financiers de l’autre est presque parfaite.

Les autorités gouvernementales ne semblent pas trop s’inquiéter de cette situation, car souvenons-nous qu’une des priorités lors de l’éclatement de la crise était d’éviter un écroulement du système bancaire.

Les baisses de taux devaient également permettre un plus grand accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises, ainsi que pour les particuliers, et cela afin d’aider à le relance économique. Mais là, on n’a pas eu la même efficacité que pour le sauvetage des banques. Le taux de chômage continue de monter, et les économistes semblent incapables de prédire avec certitude quant cela se terminera.

Le risque de ces taux d’intérêt à zéro est que nous sommes en train de recréer le même environnement spéculatif qui a été à l’origine de la crise.

L’inflation des actifs risqués s’arrêtera bien un jour. En fait, elle s’arrêtera dès que la Réserve fédérale américaine manifestera une intention quelconque de hausser les taux d’intérêt. Alors le dollar américain va s’envoler et les bourses s’écrouleront à nouveau. Pourquoi ? Parce que tout le monde est du même côté, banques, hedge funds, spéculateurs avisés. Lorsqu’ils voudront tous prendre la porte de sortie en même temps, on risque de revivre le même scénario que l’hiver dernier.

Et qu’est-ce que cela aura apporté à la population en général ? Pas grand chose. Les banques seront en meilleure santé, bien sûr, mais elles se refermeront à nouveau comme des huîtres ne voulant pas prêter à des emprunteurs dont le bilan financier demeurera suspect. Quant aux gouvernements, ils auront les mains liés par les déficits causés par les programmes de relance dont les effets seront, au mieux, mitigés.

La vraie reprise, ce n’est pas pour l’an prochain. Le processus de guérison sera beaucoup plus long que l’on veut bien nous le laisser croire.

 

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