Archives quotidiennes : 10 décembre 2009

Tuerie en milieu sociétaire

Source: Revue Le Clap

La tuerie à Polytechnique a marqué l’inconscient collectif québécois. Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a assassiné 14 personnes pour la seule raison qu’elles étaient des femmes. Au fil des ans, cette date est devenue la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

«Il faut se rappeler des jeunes femmes qui sont mortes, mais aussi pourquoi elles ont été tuées. Elles ont été tuées par un homme qui leur en voulait pour leur avancement dans la société», a rappelé la présidente de la FFQ, Alexa Conradi. «Il faut également profiter de cette journée pour voir ce qu’il reste à changer. Les féministes sont encore au banc des accusés alors que les problématiques de violence faites aux femmes, la pauvreté et l’accès au pouvoir demeurent des problèmes très importants. Nous n’avons pas fini d’entendre parler d’égalité.» Cyberpresse, Daphné Cameron

Je ne pense pas me faire d’amis aujourd’hui en allant à contre courant. Oui, on s’est remémoré  les 20 ans de cette tuerie. Oui, ce fut affreux. Là où on dérape c’est dans la récupération…

Le drame de la polytechnique a sans doute été pour beaucoup dans l’instauration du registre d’armes à feu. Et on peut  comprendre que les amis ou les parents des victimes y voient là un moyen d’empêcher qu’une telle tragédie se répète. Or, je suis loin d’être convaincu que ce moyen puisse avoir un tel effet. C’est devenu une obsession que de chercher des solutions simples et soi disant logiques à des causes qui n’en sont pas.

L’été dernier, quand il y eut des noyades au Québec, on a tout de suite recouru au moyen devenu la solution des solutions : une réglementation plus sévère. Et du sévère d’hier au sévère d’aujourd’hui, rien n’y change.

Simplement, parce que nous en sommes rendus à un déni de la réalité : il y a une limite au plus ajouté au plus. Car si on ajoute encore du plus, il se produira tout de même  des noyades et encore des tragédies.

Toutes les tragédies sont récupérables pour nous lier toujours à de plus en plus de restrictions qui elles aussi ont leurs limites.

Bref, notre vision des choses nous amène à un cul-de-sac.

Vouloir réduire à zéro tout accident ou toute tragédie est une duperie de l’émotivité.

La culture des raccourcis

Étant donné que nous vivons dans une société si complexe dans la « structuration » d’une personnalité, nous ne sommes plus capables d’inventorier la multiplicité des causes. Et même si on en faisait l’inventaire, nous serions incapables de trouver une solution simple pour arranger les choses.

Comment une société peut-elle « bâtir » une personnalité à la Lépine?

Nous vivons dans un monde de fééries contemporaines alimentées par des valeurs et des rêves sans rapports à la réalité.

Pas surprenant qu’un « malade » survienne de temps à autres, frustré, et prêt à tuer.

Pendant longtemps, on a cru que ces actes de barbaries étaient liés à la pauvreté, à la misère, jusqu’au moment où un médecin tua ses enfants et tenta de s’enlever la vie.

À partir de là, on ne comprenait plus rien. Car nos perceptions et nos certitudes étaient bien ancrées dans une vision de cause à effet. Tout simple! La pauvreté, la misère, engendrent des drames. Et… Les « fous » sont pauvres…

Dans le cas de Lépine, on a vite oublié que ses racines provenaient d’un père algérien qui détestait les femmes. Il abusa de sa femme et de son enfant, Marc.

Comment a-t-on lié les armes à un « fou », un dérangé, qui se serait procuré des armes de toute manière?

C’est là le raccourci et la simplification d’un contexte psychologique singulier et d’un contexte social nébuleux.

Le Canada, en plus, n’a pas une culture comme celle des États-Unis concernant les armes.

Le féminisme outragé

«Il faut se rappeler des jeunes femmes qui sont mortes, mais aussi pourquoi elles ont été tuées. Elles ont été tuées par un homme qui leur en voulait pour leur avancement dans la société».

D’un acte isolé, on en a fait quasiment une cause de toutes les victimes dans un vieux tracé historique.

On parle d’égalité…

Qu’un homme déteste cette égalité ne mène pas à tous les hommes. De s’emparer d’un tel acte pour le récupérer dans un mouvement féministe est un raisonnement plutôt tendancieux et étriqué. Voir dans le drame de la Polytechnique un événement qui est preuve d’un mouvement généraliste et le lier en plus à une violence envers les femmes (généralisée toujours) est plutôt un raccourci, faux et aberrant.

Certes, on peut blinder sa petite piscine de trois ou quatre couches de clôtures, il surviendra toujours des accidents.

Les sources des causes de ce drame sont multiples. Du facteur concernant la personnalité étrange du tueur jusqu’à ceux difficiles à cerner qui font partie de la grande eau troublée d’une société aux membres dessoudés avec une « culture » barbouillée sur leur  âme.

C’est un prix à payer pour un monde souffrant d’une légèreté entretenue et empoisonnante.

Un monde dans lequel tout est permis, un monde qui a perdu maints rapports avec la réalité de la condition humaine.

La vie est une série d’accidents. On peut plastronner ça et là, brimer toutes les libertés par des lois et règlementations.

C’est là le danger : la vie est un risque, et tout l’argent du monde investi dans les règlementations n’enlèvera que peu à ces risques.

Et pour refaire la « truc » du raccourci : la société est malade. Plus que malade : elle est moribonde.

Qu’on l’euthanasie au plus vite.

Nous aurions une chance d’en sortir vivant… En acceptant les risques de la vie et la création d’un monde qui, on dirait, est doué pour fabriquer des monstres et des Trojans infiltrés partout, terrés et satisfaits.

Quand un membre d’un parti politique vole l’argent de son propre parti, il nous tue peu à peu. On ne « fêtera » pas ce mourir lentement dans 20 ans.

Pourtant, c’est bien un drame.

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P.S : Il y en a eu au moins une trentaine au siècle dernier de ce que l’on nomme Tuerie en milieu scolaire. Chacune a ses causes.

La première recensée(1927)  est celle de Bath Consilated School au Michigan. Moyen : dizaines de kilos de dynamite.  Victimes : 45 morts, 58 blessés.

Cause : l’endettement.

Je ne sais trop si on a délaissé la cause… On ne se tue plus pour endettement, on laisse les dirigeants des pays le faire à notre place.

Gaëtan Pelletier

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