Archives quotidiennes : 23 décembre 2009

Établir des politiques économiques sans point de repère

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et le ministre des Finances, Jim Flaherty, semblent tous les deux d’accord quant aux risques que court toujours l’économie canadienne, et pour y faire face ils exhortent les canadiens à diminuer leur endettement. Mais ils n’ont sûrement pas l’appui de tous les experts.

En effet, le ministre des Finances vient d’annoncer qu’il veut resserrer les conditions du financement hypothécaire au Canada. Sans donner un objectif précis, le ministre informe d’abord que la mise de fonds minimale d’un acheteur de maison devra être éventuellement supérieure à 5 % comme c’est le cas présentement. Puis, il dit que les termes de l’amortissement, c’est-à-dire l’échéance du prêt hypothécaire, qui peut s’étirer sur 35 ans actuellement, devra dorénavant être plus courte.

Une semaine plus tôt, le gouverneur de la Banque du Canada avait déclaré que l’endettement des ménages canadiens était trop élevé et que cela s’avérait le facteur de risque le plus important qui pesait sur la reprise de l’économie canadienne. Tout indique que Carney et Flaherty voient les mêmes risques, car les mesures proposées par le ministre des Finances visent justement à réduire cet endettement.

Pourquoi s’agit-il du risque le plus sérieux que court l’économie canadienne, alors que la majorité des économistes s’entendent à dire que la récession est terminée ? J’aurais cru que l’endettement excessif peut causer un problème lorsque l’économie ralentit, non pas quand elle s’améliore.

De plus, plusieurs économistes se sont empressés de rétorquer que le projet du ministre des Finances  risque de causer plus de tort que de bien à l’économie, car il affaiblira le marché de l’habitation, un secteur très important dans l’ensemble de l’économie. D’autres disent que la reprise économique est encore beaucoup trop fragile pour instaurer des mesures contraignantes comme celle-là.

Depuis l’automne 2008 les gouvernements et les banques centrales n’ont pas hésité à mettre à la disposition des agents économiques toutes les ressources financières nécessaires pour éviter un écroulement de la demande des biens et services qui aurait pu nous plonger dans une dépression semblable à celle des années 30.

Carney et Flaherty sentent probablement que le moment est venu de faire marche arrière et de corriger les déséquilibres, soit l’endettement des ménages, bien sûr, mais aussi les immenses déficits des gouvernements.

Si on commence par l’endettement des ménages, c’est que la Banque du Canada, qui garde toujours un œil sur l’inflation, voudra augmenter les taux d’intérêt à un moment donné l’été prochain, peut-être même dès le printemps. Une hausse de taux d’intérêt a toujours, on s’en doute, un effet malheureux sur les gens qui ont trop de dettes.

Mais aussi, si l’on réussit à réduire l’endettement des ménages, il sera d’autant plus facile de s’attaquer aux déficits des gouvernements, car qui croyez-vous devront se cotiser pour rembourser la dette du gouvernement ?

Une chose est sûre, c’est que les avis seront plus partagés que jamais quant aux politiques économiques à privilégier. La situation vécue au cours des deux dernières années n’a pas de comparable. Or, établir des politiques économiques sans point de repère est toujours une tâche particulièrement difficile. Ce sera le cas en 2010.

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