Archives quotidiennes : 21 janvier 2010

L’économie en une leçon (1ère partie)

Philippe David – Dossier Spécial: L’Économie en une leçon


Voilà que je prend le virage pédagogique. Ceci est le premier d’une série d’articles que je compte écrire dans les prochains mois qui seront basés sur le livre « Economics in One Lesson » de Henry Hazlitt. C’est un livre qui est si populaire aux États-Unis qu’il est encore en publication après plus de 60 ans. Et son message est tout aussi pertinent ici qu’à sa publication originale. Henry Hazlitt était un excellent vulgarisateur, ce qui me motive à prendre le contenu de son livre et en l’adaptant en français à ma manière. L’économie étant un sujet que beaucoup trouvent ennuyant, je vais tenter de le rendre un peu plus vivant ici.

Pourquoi? Parce que je constate que la connaissance d’économie est en grande partie déficiente au Québec et que beaucoup profitent de cette ignorance à des fins purement populistes et politiques. Si nous avions tous un peu de savoir en la matière, nous serions en bien plus grand nombres à protester contre le système actuel. Ne cherchez pas à trouver ces notions dans les médias, vous ne les trouverez pas car ils gagnent à vous traiter comme des champignons, c’est à dire de vous garder dans le noir et vous nourrir de fumier. Plusieurs contributeurs ici me donneront volontiers leur accord sur ce point.

Ceci n’est pas un cours d’économétrie. Je ne vous livrerai pas de formules savantes ni de graphiques. Ce sera beaucoup plus un exercice de logique économique qui vous fera voir certaines choses sous un angle complètement différent. Je commencerai donc par vous livrer quelle était cette seule et unique leçon que Hazlitt voulait livrer sur l’art de l’économie et ensuite comment cette leçon s’applique dans la réalité. Chaque article que je publierai dans cette série verra la leçon de Hazlitt appliquée dans une situation différente et si possible en la transposant dans le contexte québécois.

Sans plus tarder, je vous livre cette leçon:

« The art of economics consists in looking not merely at the immediate but at the longer effects of any act or policy; it consists in tracing the consequences of that policy not merely for one group but for all groups. »

« L’art de l’économie consiste non seulement à regarder les effets immédiats, mais les effets à plus long terme d’une politique; ça consiste à retracer les conséquences de cette politique non-seulement pour un groupe, mais sur tous les groupes. »

Ça pourrait sembler évident non? Pourtant non. Tous les jours on nous vend des politiques et des mesures en nous cachant les envers de médailles qui créent les effets pervers. C’est ce que nous allons constater lorsque nous allons appliquer cette leçon à des situations plus concrètes. Voici le premier exemple:

La vitre cassée.

Pour son premier exemple d’application, Hazlitt a choisi la parabole de la vitre cassée de Frédéric Bastiat. C’est un thème auquel j’ai déjà touché à plusieurs reprises mais qui vaut la peine d’être revisité de temps à autre. Ce sophisme est le pain et le beurre du complexe militaro-industriel car il est derrière la notion populaire que la guerre, les désastres et la destruction sont bons pour l’économie à cause de l’activité économique qu’ils génèrent pour la reconstruction. Comme vous pourrez le constater vous même, c’est complètement faux. Si vous êtes familiers avec l’histoire, je vous demande votre indulgence pour ceux qui ne l’auraient jamais entendue. Je vous livrerai donc une version légèrement adaptée au contexte actuel.

Un jeune voyou, subissant une initiation pour devenir membre d’un gang de rue, fracasse la vitrine de Jacques Bonhomme, patissier, ayant pignon sur rue sur le boulevard Henri-Bourassa à Montréal-Nord. (On ne rentrera pas dans les détails de la motivation du gang de rue ici.) Des passants s’attroupent devant la vitrine pour constater les dégâts. Les gens se mettent à discuter et quelqu’un en vient à conclure; « Il y a un bon côté à la chose. Au moins ça va donner du travail à unvitrier. » Tout le monde hoche de la tête pour signifier leur accord. Avec l’argent ainsi gagné, le vitrier pourra faire d’autres retombées comme s’acheter des souliers neufs ou un nouvel habit. Ainsi tourne la roue de l’économie. Alors au final, notre voyou est soudainement devenu un héro en donnant du travail à tous ces gens.

Où est l’erreur dans ce raisonnement? La réponse est qu’il s’arrête à ce qui est immédiatement apparent. Le travail donné au vitrier, c’est ce qu’on voit, mais qu’en est-il de ce qu’on ne voit pas. Si on suppose que remplacer la vitrine coûte $500, le remplacement de cette vitrine va générer pour $500 d’activité économique, mais que se serait-il produit si la vitrine n’avait pas été cassée? Jacques Bonhomme ayant économisé le $500 pour remplacer la vitrine n’aurait-il pas pu lui aussi le dépenser et générer également pour $500 d’activité économique, tout en jouissant encore de sa vitrine? Alors si on arrête notre raisonnement là, ce que Bastiat et Hazlitt ont fait; on conclue qu’en fait nous avons un effet négatif et un effet positif qui s’annulent et nous aboutissons en disant que c’est un jeu à somme nulle. Rien n’est gagné et rien n’est perdu.

Pas si vite! Qu’en est-il du vitrier si cette vitrine n’avait pas été cassée? Dans son essai, Bastiat pose cette question, mais la laisse en suspens. Alors tentons d’y répondre. Si le vitrier n’avais pas eu à réparer la vitrine, qu’aurait-il fait? Peut-être aurait-il pu être employé à installer des fenêtres dans une maison nouvellement construite, par exemple. Ou, s’il n’avait pas assez de travail pour le soutenir, peut-être aurait-il pu mettre ses autres talents au service d’une industrie qui en a plus besoin? Donc, en cassant cette vitrine, nous avons possiblement détourné notre vitrier d’un travail plus productif. Ça c’est véritablement ce qu’on ne vois pas. Non seulement la destruction ne paie pas, mais nous voyons rarement tout ce qui aurait pu être produit si elle n’avait jamais eu lieu.

Conclusion

Nous commençons à entrevoir l’importance de la leçon de Henry Hazlitt. Celle qu’il est important, pour analyser une politique ou un programme économique, de regarder plus loin que ce qui immédiatement apparent. L’histoire de la vitre cassée est une bonne illustration. Après tout, s’il était vrai que les désastres et la destruction sont bons pour l’économie et créent de la richesse, le peuple haïtien serait béni des dieux. Ce n’est visiblement pas le cas. Alors que ce soit pour justifier une guerre, ou vous vendre l’idée qu’on devrait payer les gens pour détruire leurs vieilles minounes et acheter une voiture neuve pour « sauver la planète » et relancer l’industrie automobile, il suffit simplement de gratter la surface pour s’apercevoir que ces prémisses sont sans fondement. Dans les prochains articles de dossier, j’appliquerai la leçon de Hazlitt à d’autres situations pour déboulonner d’autres mythe populaires colportés par les corporatistes de gauche ET de droite.

Philippe David

64 Commentaires

Classé dans Actualité, économie, Philippe David