Archives quotidiennes : 26 janvier 2010

Haïti – Je me souviens

L’hypocrisie générale des médias et des politiciens dans le cas des tenants et des aboutissants – de l’Histoire – d’Haïti, est tout simplement répugnante. On s’émeut de la catastrophe qui s’y est produit sans jamais parler du contexte dans lequel se trouve les Haïtiens depuis le début de l’arrivée des premiers empires colonialistes. Cette mise en contexte de la condition d’Haïti est non seulement absolument nécessaire pour comprendre pourquoi ce pays et sa population sont pris dans cette misère endémique, mais aussi par respect pour eux.

Il n’y a pas plus irritant que de voir ces politiciens occidentaux et médias se demander de façon condescendante pourquoi est-ce que les Haïtiens semblent être incapables de s’autodéterminer et se sortir une bonne fois pour toute de cette misère cauchemardesque. S’ils possédaient ne serait-ce qu’une once d’honnêteté, ils se regarderaient dans le miroir et feraient un retour substantiel sur l’Histoire pour comprendre comment un pays et son peuple peut être détruit, anéanti, subjugué et dénié.

La tragédie d’Haïti

Tel se nomme le chapitre du livre de Noam Chomsky intitulé L’an 501, La conquête continue: La tragédie d’Haïti. Parce qu’il s’agit bel et bien d’une tragédie. Crée de toute pièce, par l’homme. Le dernier tremblement de terre n’a que révélé dramatiquement à la communauté internationale et mis sous les projecteurs une situation accablante qui perdure depuis des centaines d’années. Si Haïti n’avait pas déjà été dans une situation des plus tragique, ce tremblement de terre n’aurait pas eu des effets aussi dévastateurs que présentement.

La république d’Haïti fut proclamée le premier janvier 1804, après qu’une révolte d’esclaves eut chassé les dirigeants coloniaux français et leurs alliés. Les chefs révolutionnaires abandonnèrent l’appellation française de « Saint-Domingue » en faveur du nom utilisé par le peuple qui avait accueilli Colomb en 1492, au moment où il arrivait pour créer la première colonie européenne du Nouveau Monde. Les descendants des premiers habitants ne purent pas fêter la libération. En moins de 50 ans, leur nombre avait été réduit à quelques centaines, à partir d’une population précolombienne dont l’évaluation varie de quelques centaines de milliers à huit millions d’âmes, selon la source.

Il n’en restait plus un seul, d’après les savants français contemporains, lorsqu’en 1697, la France enleva à l’Espagne le tiers occidental d’Hispaniola, qui s’appelle à présent Haïti. Le chef de la révolte, Toussaint Louverture, ne put pas célébrer la victoire non plus. Il avait été capturé par fourberie et envoyé dans une prison française où il mourut « de mort lente de froid et de misère », pour reprendre les termes d’un historien français du XIXe siècle.

Heureusement, il existe encore des gens qui se souviennent:

Haïti est le pur produit du colonialisme et de l’impérialisme, de plus d’un siècle d’utilisation de ses ressources humaines aux travaux les plus durs, des interventions militaires et de la ponction de ses richesses.

Cet oubli historique ne serait pas aussi grave que le fait réel qu’Haïti constitue une honte de notre époque, dans un monde où l’immense majorité des habitants de la planète continue d’être exploitée et mise à sac. – FIDEL CASTRO
http://www.legrandsoir.info/La-lecon-d-Haiti.html

Colomb décrivit le peuple qu’il avait découvert comme étant « très sympathique, accommodant, paisible, aimable, digne » et son pays riche et accueillant. Hispaniola était un des endroits qui comptait une des plus hautes densité de population au monde de cette époque. Ils étaient décrit comme étant des gens « les plus dépourvus de fourberie, de méchanceté et de fausseté ». En 1552, soit soixante ans après leur arrivée, les Espagnols réduiront cette population indigène à environ 200 personnes par tous les moyens: en les tuant, les terrorisant, les faisant souffrir, les torturant et au final, les détruisant complètement.

Les Espagnols échouèrent dans leurs tentatives de piller les richesses de l’ile, car le peuple qu’ils avaient réduit à l’esclavage mourrait trop vite, allant même jusqu’à commettre des suicides collectifs pour échapper à cet enfer. C’est alors que dès le début du 16e siècle, un grand nombre d’esclaves africains seront expédiés alors qu’on instaura l’économie de plantation.

« Saint-Domingue était la plus riche possession coloniale européenne dans les Amériques », écrivit Hans Schmidt; en 1789, elle produisait les trois quarts du sucre du monde et elle était le plus grand producteur de café, de coton, d’indigo et de rhum. Les esclavagistes fournissaient à la France une richesse énorme, grâce au travail de 450 000 esclaves, autant que dans les colonies antillaises britanniques ».

Ainsi, la révolte des esclaves montera progressivement pour atteindre des proportions sérieuses à la fin de 1791, inquiétant bien l’Europe et ses avant-postes. En 1793, la Grande-Bretagne envahit l’ile lui assurant un monopole sur les ressources prisées s’y trouvant.

Les États-Unis, qui avaient des liens commerciaux avec la colonie française, envoyèrent aux dirigeants français 750 000 dollars d’aide militaire ainsi que des troupes pour aider à réprimer la révolte. La France expédia une armée énorme, comprenant des troupes polonaises, néerlandaises, allemandes et suisses. Son commandant écrivit finalement à Napoléon qu’il serait nécessaire d’anéantir pratiquement toute la population noire si on voulait imposer la domination française. Sa campagne fut un échec et Haïti devint le seul exemple dans l’Histoire « d’un peuple asservi qui brise ses chaines et contraint par les armes une grande puissance coloniale à battre en retraite ». (Farmer)

En dépit de tout cela, l’indépendance sera proclamée en 1804.

« L’aide humanitaire » et « l’intervention désintéressée »

Entre 1849 et 1913, des navires de guerre américains vont entrer dans les eaux territoriales haïtiennes 24 fois, au nom de protéger des vies et des propriétés américaines. On accorde bien peu d’importance à l’indépendance d’Haïti et de considération pour les droits de ses habitants. Cette mentalité interventionniste et colonialiste se poursuit sous le gouvernement de Woodrow Wilson qui adopta rapidement une politique d’invasion et d’instauration d’un gouvernement militaire américain.

En 1915, Wilson envahit de nouveau Haïti et ses troupes assassinèrent, détruisirent, rétablirent pratiquement l’esclavage et liquidèrent le système constitutionnel.

Les États-Unis resteront au pouvoir pendant 20 ans et le laisseront ensuite aux mains de la Garde nationale qu’ils avaient créée et de ses dirigeants traditionnels. Au cours des années 1950, la dictature de Duvalier prit la relève, pour mener le jeu à la manière du Guatemala, toujours avec le ferme soutient des États-Unis.

Sous le joug de la dictature de « Bébé Doc » Duvalier, les multinationales et sociétés américaines s’implantent en sol Haïtien et s’orientent souvent à l’exportation des richesses naturelles. Au cours des années 1980, c’est le FMI et la Banque Mondiale qui commencent à prendre leur tribut sous le choc des programmes d’ajustement structurels qui firent baisser la production agricole tout comme les investissements, le commerce et la consommation. La pauvreté devint encore plus terrible. On prête de l’argent en Haïti pour rembourser les intérêts et les dettes encourues (n’oublions pas que Haïti a acheté son indépendance de la France à grand frais); ayant pour seul résultat d’augmenter sans cesse les dettes du pays et asservir le pays.

Les conditions du FMI furent en sorte que pratiquement tous les employés d’État, les enseignants et autres durent être congédiés et accepter les politiques néolibérales de « libre marché ». Ces politiques auront pour conséquence d’inonder le marché haïtien de riz, de sucre ainsi que d’autres produits agricoles américains hautement subventionnés, ce qui a ruiné les fermiers haïtiens qui ne pouvaient plus faire compétition, détruisant donc la capacité de ce pauvre pays à se nourrir lui-même.

Dans les années 1990, c’est les États-Unis qui continue la conquête et le contrôle de Haïti. Washington appuie deux coups d’État et par deux fois envoie des troupes militaires en Haïti. Les deux coups d’État furent montés pour renverser Jean-Bertrand Aristide, le premier président haïtien à être démocratiquement élu par un vote populaire. Les coups d’État de 1994 et 2004 ont fait environ 13 000 victimes haïtiennes.

En 1994, suivant trois ans de règne militaire, une force d’occupation militaire de 20 000 troupes et de « forces de la paix » sont dépêchés vers Haïti. L’intervention militaire américaine de 1994 « n’a jamais eu comme but de restaurer la démocratie. Au contraire: elle a été mise en place pour prévenir une insurrection populaire contre la junte militaire et sa cohorte néolibérale ».

Durant le pouvoir militaire (1991-1994), le FRAPH passa (non officiellement) sous la juridiction des forces armées, prenant ses ordres chez le commandant en chef, le général Raoul Cedras. Selon un rapport de la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies, daté de 1996, le FRAPH avait bénéficié du soutien de la CIA.
Sous la dictature militaire, le trafic de drogue fut protégé par la junte militaire qui, de son côté, était également soutenue par la CIA. Les dirigeants du coup d’État de 1991, y compris les commandants paramilitaires du FRAPH, figuraient sur les feuilles de paie de la CIA. (Voir Paul DeRienzo, Voir également Jim Lobe, IPS, 11 oct. 1996).

A ce propos, Emmanuel Constant, alias « Toto », confirma, dans l’émission « 60 Minutes » de la CBS, en 1995, que la CIA le payait environ 700 dollars par mois et qu’il avait créé le FRAPH alors qu’il était sur les feuilles de paie de l’agence. (Voir Miami Herald, 1er août 2001). Selon Constant, le FRAPH avait été constitué « avec les encouragements et le soutien financier de la Defense Intelligence Agency [la DIA] américaine et de la CIA » (Miami New Times, 26 février 2004). Michel Chossudovsky, Haïti, un coup d’État financé et orchestré par les États-Unis

Les troupes américaines et alliées demeureront dans le pays jusqu’en 1999. Les forces armées haïtiennes seront démantelées et le Département d’État américain engage la compagnie de mercenaires privés DynCorp pour fournir des « conseils techniques » concernant la restructuration de la Police Nationale Haïtienne. (Michel Chossudovsky, The Destabilization of Haiti, Global Research, February 28, 2004)

Le coup d’État de février 2004

Durant les mois menant au coup d’État, des forces spéciales américaines, avec l’aide de la CIA, entraînaient des escadrons de la mort composés d’anciens tonton macoutes de l’ère de Duvalier. L’armée rebelle paramilitaire traversa la frontière séparant Haïti de la République Dominicaine au début de février 2004, explique Michel Chossudovsky. Il s’agissait d’une unité paramilitaire bien entraînée et équipée, intégrée par d’anciens membres du Front pour l’avancement et le progrès d’Haiti (FRAPH). Ces escadrons en habit civil ont été impliqués dans des tueries de masse de civils et d’assassinats politiques durant le coup militaire sponsorisé par la CIA de 1991, qui avait renversé le gouvernement démocratiquement élu de Bertrand Aristide.

Des troupes étrangères furent envoyées en Haïti. La force onusienne MINUSTAH a été mise en place suite au coup d’État soutenu par Washington en février 2004. Le président Bertrand Aristide sera enlevé et déporté par les forces armées américaines, à la pointe du fusil. S’il refusait, c’était une balle dans la tête. Ce coup a été organisé par les États-Unis, avec le soutient actif du Canada et de la France.

Haïti est ainsi donc sous occupation militaire étrangère depuis février 2004. Le contingent de forces américaines sous SOUTHCOM, combiné aux forces étrangères apportées par MINUSTAH, assure une présence d’environ 20 000 troupes pour ce pays de 9 millions de personnes, un taux comparable à celui des troupes étrangères présentes en Afganistan.

Janvier 2010: Invasion militaire d’Haïti déguisée en aide humanitaire d’urgence

Ce n’est plus d’une aide humanitaire gérée par la société civile dont il s’agit, mais bel et bien d’un déploiement et d’une occupation militaire d’Haïti en règle. L’armée US et le Pentagone contrôlent de facto Haïti. Et on s’y préparait: Un scénario de secours aux sinistrés d’Haïti était prévu par les militaires étasuniens un jour avant le tremblement de terre. Cela est exposé à merveille dans cet autre excellent article de Michel Chossudovsky:

La militarisation de l’aide d’urgence à Haïti : opération militaire ou invasion?

Le but n’est pas de travailler à la réhabilitation du gouvernement national, de la présidence et du Parlement, tous décimés par le tremblement de terre. Depuis la chute de la dictature de Duvalier, le dessein des États-Unis a constitué à démanteler graduellement l’État haïtien, à restaurer les tendances coloniales et à obstruer le fonctionnement d’un gouvernement démocratique. Dans le contexte actuel, l’objectif n’est pas seulement d’abolir le gouvernement, mais aussi de réorganiser le mandat de la MINUSTAH, dont le quartier général a été détruit.

« Le rôle consistant à diriger les secours et à gérer la crise est tombé rapidement aux mains des États-Unis, dans l’absence, à court terme du moins, de toute autre entité compétente. » ( US Takes Charge in Haiti _ With Troops, Rescue Aid – NYTimes.com, 14 janvier 2009)

Avant le tremblement de terre, il y avait, selon des sources militaires étasuniennes, quelque 60 personnels militaires en Haïti. D’un jour à l’autre, une escalade militaire s’est produite instantanément : 10 000 troupes, marines, forces spéciales et employés des services de renseignement, etc., sans compter les forces mercenaires privées sous contrat avec le Pentagone.

Selon toute probabilité, l’opération humanitaire sera utilisée comme prétexte et justification pour établir une présence militaire étasunienne davantage permanente en Haïti.

Il s’agit d’un déploiement massif, d’une « escalade » de personnel militaire assigné aux secours d’urgence.

La mission tacite de SOUTHCOM, avec son quartier général à Miami et des installations militaires étatsuniennes à travers l’Amérique latine, est d’assurer le maintien de régimes nationaux serviles, à savoir des gouvernements étatsuniens par procuration, dévoués au Consensus de Washington et au programme de politique néolibéral. Bien que le personnel militaire étatsunien sera au départ impliqué activement dans l’aide d’urgence et les secours aux sinistrés, cette présence militaire étatsunienne renouvelée en Haïti servira à prendre pied dans le pays ainsi qu’à poursuivre les objectifs stratégiques et géopolitiques des États-Unis dans le bassin des Caraïbes, objectifs largement dirigés contre Cuba et le Venezuela.

L’aide humanitaire d’urgence et la sécurité sont devenus le lieu d’un nouveau racket profitable pour le Pentagone et sa cohorte de mercenaires privés. Les désastres naturels et l’aide humanitaire deviennent un prétexte et un couvert pour les compagnies de la reconstruction et de mercenaires privées déguisés en forces de sécurité d’opérer dans ce marché extrêmement lucratif, mais combien inhumain. Tout cela, au détriment des haïtiens qui ne sont manifestement pas chauds à l’idée de voir une aide humanitaire être apporté par des militaires et mercenaires armés jusqu’aux dents. Cela rappelle le cas de Katrina où 70 000 soldats et mercenaires privés avaient été déployés dans les rues de la Nouvelle-Orléans, avant même de penser à apporter de la nourriture et de l’aide aux victimes.

Les États-Unis préparent une occupation à long terme à Haïti. Avec le « déferlement » des militaires US à Haïti, un officiel US a indiqué que Washington prépare une occupation de longue durée de la nation caribéenne pauvre et dévastée par le tremblement de terre.

Il se trouve donc plusieurs motifs soutenant ce déploiement militaire massif en Haïti. À ceux-ci pourraient certainement s’ajouter les ressources naturelles encore disponibles, tels que le pétrole en grande quantité, semble-t-il, d’or, d’iridium, d’uranium, sans compter la masse de travailleurs bon marché qui travaillent pour quelques dollars par année.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un se demander pourquoi Haïti a tant de misère à se relever,  se sortir de cette pauvreté cauchemardesque et de ce marasme politique éternel, vous leur pointerez ces quelques faits saillants historiques et un miroir…

Longue vie au peuple haïtien!

François Marginean

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De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (24)

Il y en a eu d’autres, de dérives, en effet, dans cette partie du monde : un belle bande de paumés complets jonchent les terrains de ces deux guerres, celles de ces mercenaires ayant ou non fait partie d’opérations secrètes et ayant ou non été recrutés un jour par la CIA. Parmi ceux-ci, un cas assez exceptionnel, proche de celui de Philip Sessarego, venu mourir piteusement en Belgique, à Anvers, après des années passées à avoir escroqué tout le monde. Celui que je vais vous décrire est plus symptomatique encore, car, visiblement, à plusieurs moments de sa vie il a été manipulé pour servir une administration qui peinait à promouvoir son « choc de civilisations » qui lui tenait tant à cœur. Les zones d’ombre de la vie de notre mercenaire du jour sont nombreuses, en particulier sa propension à réaliser des vidéos qui se retrouvent en ce moment encore diffusées paraît-il par Al-Quaida, et qui versent de plus en plus dans le grotesque achevé. Ici, notre homme agit en parfait amateur, en poseur déguisé constamment en militaire, alors qu’il ne fait plus partie de l’armée américaine depuis 18 ans, dans laquelle il s’était distingué par son goût pour la violence gratuite et son incapacité notoire à obéir aux ordres. Bienvenue dans le monde des psychopathes manipulés, des soldats ratés et des têtes brûlées si pratiques pour les basses besognes de déstabilisation. Le terrorisme a ses kamikazes, la CIA a aussi les siens avec ces hommes prêts à tout pour quelques milliers de dollars, venus sur place uniquement par l’appât du gain, L’administration Bush ayant mis la tête des dirigeants d’Al-Qaida à prix, l’Afghanistan et l’Irak se sont effectivement transformés depuis 8 ans maintenant en gigantesque western.

L’histoire de « Tora Bora Jack », de son vrai nom Jonathan Keith Idema, est là pour servir en exemple édifiant.. le jour où on l’a arrêté, dans sa maison del Kaboul, cet ancien mercenaire devenu bistrotier au Mustafa Hôtel, les militaires américains dépêchés ont eu un choc : au mur de son salon trônait en bonne place deux horloges : l’une donnant l’heure locale, l’autre celle de …. Fort Bragg ! (*1). En avait-il fait partie un jour, c’est ce qu’il clamait, en tout cas. Son cas est exemplaire : en janvier 2002, il avait tenté de vendre aux médias un reportage de sept heures d’enregistrement sur les camps d’entraînement de Ben Laden en Afghanistan au magazine « 60 minutes » (*2). Des journalistes, dont le célèbre Dan Rather, doutant de l’authenticité des documents, les feront examiner par des spécialistes qui auront des avis assez différents : pour certains ils étaient authentiques, pour d’autres pas du tout. Dan Rather lui-même se fera piéger en 2002, en croyant finalement à leur authenticité. Certaines chaînes les achetèrent, pour dit-on environ 150 000 dollars, montant minimum figurant sur un fax envoyé par l’avocat du détenteur des vidéos : « Tora Bora Jack » est devenu riche à ce moment là, et une figure respectée au sein de la ville. Il l’était déjà dans les médias américains, ayant hanté les studios de télévision après le 11 septembre comme « conseiller spécialisé », comme le montre les captures d’écrans ajoutées ici en fin de dossier.

Idema a toujours été flou sur ses sources, à propos de ces vidéos, indiquant qu’il les a avait trouvées à Mir Bacha Kot, un centre d’entraînement abandonné de Ben Laden (devenu terrain scolaire depuis, ou dispensaire, une fois déminé !) ou les ayant reçus de talibans : or le centre de Mir Bacha Kot avait été passé au peigne fin par l’armée US bien avant son arrivée. Les documents fournis participent donc très certainement à une opération d’intox de la CIA, qui a apporté son soutien pour qu’ils paraissent davantage authentiques, très certainement en puisant dans ses propres réserves cinématographiques, celles du temps où elle entraînait elle-même les troupes de Ben Laden… De vieux documents mêlés à des mises en scène assez grossières, où certains « talibans » font dans le Yamasaki parfois, façon Besson, et se promènent avec des masques de plongée comme lunettes contre les tempêtes de sable. L’important étant de bien cacher les visages, on ne sait jamais. Sur certains documents observés par Dan Rathers, les démonstrations montraient ces fameux « talibans » parler entre eux en anglais ! Selon le commentateur, un peu benêt sur ce coup-là, cela prouvait seulement « qu’ils voulaient séduire l’Ouest » !!! Le mercenaire présomptueux est en fait l’ instrument de déstabilisation de la presse, tout simplement. La presse souhaite avoir des talibans à l’entraînement, à défaut de les prendre à l’œuvre même ? On lui propose servi sur un plateau. Avec de sérieuses incohérences que relève un général américain : le maniement des armes est celui que l’on montrait en 1970 mais qui ne se fait plus depuis longtemps, les personnes montrées sont mal encadrées et parlent américain entre elles, etc. Ça sent le fake à plein nez. Idema, lui, va voir dans ce soutien médiatique un blanc seing à sa démesure fondamentale : à partir de là, il va, comme on le dit « péter les plombs » et avoir un comportement de plus en plus incontrôlable. En quelques mois, la marionnette Idema va échapper au contrôle de la CIA, obligeant même le pouvoir afghan à l’arrêter, au final. Celui qui avait aidé le pouvoir commençait à lui nuire : il fallait lu trouver une porte de sortie, la moins compromettante possible. Une arrestation, et un enfermement dans une prison bien spéciale d’où il pouvait téléphoner comme bon lui semble ou faire des interviews de plusieurs heures… au pays enchanté d’Idema, tout était faisable semble-t-il.

En quatre mois peine seulement de présence afghane, il va en effet ruiner lui-même tous ses efforts pour devenir célèbre. Non sans avoir auparavant hanté tous les studios de télévision comme « ancien béret vert » ou comme « conseiller militaire ». Il avait été invité en effet partout au lendemain du 11 septembre pour délirer en racontant en fait les thèses officielles attendues :  « oui, il y a bien un lien entre Saddam Hussein et Al-Quaida », « oui, Ben Laden s’est fourni lui aussi en armes de destruction massives quand il était au Soudan »….(*3) Tout est bon alors pour charger la barque du terrorisme et de Saddam Hussein… exactement ce que souhaite entendre le pouvoir ! C’est exactement la même chose que le cas de Philip Sessarego, avec lequel il présente bien des similitudes. On se doute bien qu’il est complètement givré, mais on le laisse occuper les écrans, car sinon on a peu de personnes pour venir tenir des propos aussi grotesques avec un tell aplomb. Idema est le jouet d’une idéologie. Incapable de s’apercevoir lui-même qu’il est manipulé : de 2002 à 2004, il va fanfaronner partout sur tous les plateaux télé, puisque qu’il a le champ libre. Quand les télévisions n’ont rien à se mettre sous la dent, elles font venir Idema sous les projecteurs et le font passer pour un « spécialiste » : en fait le spécialiste du discours officiel de W. Bush, à propos de Ben Laden « qu’il traque » ou de l’Afghanistan, « où Ben Laden se cache bien à Tora Bora ». Un Ben Laden que d’aucuns disent avoir été aidé pour s’échapper de Tora Bora : « la pêche est meilleure quand l’eau est trouble », dit pour résumer un chef de guerre afghan interviewé, qui a été empêché de capturer ce même Ben Laden… alors que le COS français l’avait « ciblé » semble-t-il, plusieurs témoignages recoupent l’idée. Mais les américains ont bel et bien décidé de le laisser filer… « Eaux troubles« , l’expression ne décrit pas le marigot dans lequel baigne cette histoire depuis le début.

La meilleure du genre des prestations télévisuelles délirantes de Jack Idema, ce sera le coup des talibans qui empoisonnent la nourriture des afghans, déversée par l’aviation américaine. Il tiendra des semaines sur les plateaux télés avec cette idée sans fondement aucun. Jusqu’au jour où Colin Powell en personne demandera une enquête officielle sur ses racontars. Une enquête où l’on découvrira que les talibans n’y étaient pour rien et que américains avaient encore une fois fait dans la dentelle dans leur « aide » aux démunis. Désireux de venir en aide l’hiver aux afghans affamés, ils leur déversaient en effet des tonnes de rations de l’armée, normalement jetées sans autre formalités, à très basse altitude normalement. La paranoïa des lance-missiles ayant fait son chemin, les colis étaient toujours jetés, mais de plus de 2000 m de hauteur parfois, les pilotes de C-17 ayant une confiance toute relative dans leurs lance-leurres. Les colis largués arrivaient au sol, explosaient et mélangeaient nourriture et… produit desséchant, mis à l’intérieur des colis, comme on peut le faire aujourd’hui pour des meubles d’origine chinoise (et dont on a vu les ravages chez les gens)… Sur les boîtes, des étiquettes en anglais, espagnol ou chinois…. indiquaient de ne pas ingurgiter le contenu des sachets desséchants. Aucune en pachtoune, évidemment. Résultat, les afghans arrosaient de ce qu’ils croyaient être du sel les plats largués, quand ceux-ci, explosés ou broyés à l’impact, n’avaient déjà pas tout mélangé eux-mêmes… Les afghans en tombaient malade, obligatoirement, surtout les enfants. Non pas d’une action talibane d’empoisonnement mais bien de l’incurie caractérisée des largages américains. Décision fut donc prise de retirer les sachets desséchants, et les envois se firent à nouveau à basse altitude avec davantage de précaution. Idema avait raconté de parfaits bobards, mais personne n’est venu expliquer après lui aux américains, à la télévision, que les méchants talibans n’étaient pas des empoisonneurs de population… ça, il l’avait fait pendant des semaines, et c’était bien ce que souhaitait le pouvoir en place ! Mentez, mentez, il en restera bien quelque chose…

En 2004, attiré par les scoops annoncés par Idema, notamment l’arrestation imminente par lui d’un caïd d’Al Qaida, CBS envisage alors de se rendre sur place, quand elle apprend que « Tora Bora Jack » vient d’être arrêté et condamné sur le champ à 10 années de prison par la police afghane pour séquestration et tortures. Dans la cave de son établissement, on vient de retrouver huit personnes vivantes, scotchées de la tête aux pieds et une chambre de torture à côté de laquelle Abou Ghraib passe pour un havre paradisiaque. Parmi les huit détenus, pas un seul membre d’Al-Quaida, mais des personnes capturées contre rançon par Idema, ses deux « assistants », un ancien militaire et un cameramen, formant avec quatre interprètes afghans un groupe d’allumés appelé « Task Force Sabre 7 ». Le gag, dans l’histoire, c’est que pour vérifier et authentifier les bandes du soi-diant entraînement de’Al-Quaida fournies par Idema, CBS avait fait appel… à la CIA. Les siennes, à l’origine, sans doute, qu’elle ne pouvait que difficilement ne pas affirmer être « authentiques  » !!! Quant à savoir comment Idema avait pu pendant des années se faire passer pour un militaire, alors qu’il n’avait fait qu’un ancien séjour dans les forces spéciales, qu’il avait quitté depuis 1986 (il avait été versé dans la réserve en 1981 avec de très mauvais rapports de ses supérieurs le concernant !) , se promener dans les ambassades et visiter un camp d’entraînement de la police en Lithuanie, mystère. Le pays est devenu un tel far-west, abandonné à tellement de contractants privés tous déguisés en militaires, qu’il est devenu impossible de savoir s’il s’agit de vrais ou pas (*4). Idema était un autre Philip Sessarego/Tom Carew, tout simplement. Et il n’est pas le seul comme nous le verrons un peu plus loin…

En fait l’armée et la CIA manquaient sérieusement d’archives le concernant. En 1992, de retour du Kosovo et de Lituanie, il avait pourtant déjà défrayé la chronique en clamant lors d’un conférence publique qu’il possédait la preuve de l’existence de bombes atomiques miniaturisées, celles qu’il aurait justement vues en Lituanie lors d’un de ses séjours de mercenaire (déjà). Evidemment, le discours étonnant à peine terminé, deux hommes étaient venus le voir en douce : un du FBI et un de la CIA en lui tenant un discours simple : « ok, bel exposé, c’est très possible, mais il nous faut maintenant les sources ». Idema s’étant refusé à les donner, avait alors été envoyé directement en prison pour fraude et trahison…. pendant trois années ! On ne rigole pas avec la fausse dissémination nucléaire, visiblement, à la CIA ou au FBI. Et pourtant : Idema avait pourtant réussi à harponner une chaîne de télévision sur le sujet, qui en avait fait plus tard une émission (*5). Intitulé « Le pire cauchemar« , il évoquait ses fameuses « bombes-valises » pakistanaises jamais vues, dans l’émission 60 minutes, diffusée le 15 octobre 2000, qui n’avait rien vérifié des dires d’Idema. Quelques années auparavant, il avait déjà fait dans le mensonge, avec une escroquerie sur de la vente de matériel militaire cette fois, sans que personne n’aille ressortir le premier… à peine sorti de prison, il avait foncé vers l’Afghanistan, pour y rejoindre le camp paraît-il de l’Alliance du Nord, où personne ne se souviendra de lui, en se faisant passer pour membre d’une ONG, et en se retrouvant ainsi à Kaboul…. via l’Inde, en train de créer un autre personnage comme durant son enfance… (*6). Un grotesque personnage.

En épilogue de se parcours désastreux, en avril 2007, sur on ne sait quelle pression, le président Hamid Karzai commue sa peine et le libère au bout de trois ans après d’emprisonnement. Pour quelles raisons, nul à ce ce jour ne le sait… à part ces liens évidents avec l’ancien ministre afghan Yunus Qanooni, (et rival de Karzaï) qui était un de ses proches semble-t-il. Le gouvernement afghan lui ayant subtilisé ses armes et ses ordinateurs lors de son arrestation, il se verra offrir 500 000 dollars en compensation (certains disent que cela a été réduit à 13 000 dollars seulement)… En quoi consistait cet équipement… c’est une bonne question, car cela ressemble assez à l’argent nécessaire à un studio de production informatisé qu’autre chose. Les jeunes afghans restés sept ans à Guantanamo sortant sans le sou…. ce qui peut paraître plus qu’inacceptable, en comparaison, pour sûr. Les bandes vidéos lui appartenant lui furent rendues, mais avec des portions effacées. Son avocat le fera logiquement et facilement remarquer (*7). Qu’avait-on cherché à masquer ce faisant ? Son implication réelle avec l’armée, qu’il embarrassait ? A qui il servait pourtant régulièrement de figurant ? Ce cow-boy mercenaire ? Un ces nombreux cow-boys d’opérette qui sévissent toujours là-bas ? Pourquoi un tel cadeau de sortie ? Quelle tâche exacte lui avait-on confiée là-bas ? En quoi consistait son suréquipement informatique ? La carrière et le comportement de Tora Bora Jack ne cessent de questionner, tant toute sa trajectoire est confuse.

Visiblement, Idema connaissait du monde dans le pays… que venait-il faire par exemple en compagnie du vice-président Khalili à Bamian ? Pour qui travaillait-il exactement, cet allumé notoire ? La réponse on s’en doute un peu : Idema, incontrôlable, a bien dû être manipulé, tout simplement, par des gens qui en avaient besoin pour fabriquer les images qu’ils n’avaient pas, où qu’ils ne pouvaient eux-mêmes fournir aux télévisions sans passer pour des manipulateurs. On songe obligatoirement… à la CIA, et à ses fameux « NOCs » (voir épisode précédent). L’homme est effectivement un affabulateur de première, se faisant passer pour un membre des troupes américaines en « mission spéciale ». Dans le civil, aux USA, une fois démobilisé, il tenait en réalité une boutique de Paint-Ball et de surplus militaires, chez qui venait parfois Robin Moore, l’auteur de « Green Berets » et de « La traque de Ben Laden« ….. A son contact, il avait appris beaucoup de choses et surtout se les avait appropriées, comme cet autre affabulateur Philip Sessarego : les deux cas sont assez similaires en défintitive. Ayant déclaré qu’il venait de découvrir tout un réseau de taxis américains prêts à poser des bombes partout, le voilà parti en Afghanistan remonter la filière, paraît-il. En réalité, ayant passé trois ans en prison pour avoir tenté de tromper le FBI il était depuis longtemps interdit de séjour dans les troupes américaines, il ne pouvait donc qu’embrasser la carrière de mercenaire et graviter autour des soldats véritables, un lot commun en Afghanistan étant donné le nombre de mercenaires sur place. Comme en prime ils ont tendance à s’habiller pareil, la confusion devient… totale.

Les liens de Jack avec l’auteur Robin Moore (décédé en 2008) étaient devenus étroits, au point que pour son éditeur le livre « La traque de Ben Laden » avait été écrit aux deux tiers sinon davantage par Idema seul : Moore, auteur âgé, était alors atteint de la maladie de Parkinson, n’écrivait plus lui-même et dictait ses aventures. Evidemment, au final, dans le livre un véritable héros émerge, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à… Jack Idema ! Il en avait profité pour s’enrichir le portrait, et fabuler, la chose qu’il sait visiblement le mieux faire. Le livre avait fait un carton, plus de 150 000 exemplaires dès sa sortie, et longtemps quatrième meilleure vente au New-York Times. Sur la couverture, au milieu, il y avait… Jack Idema.

Et surprise encore, alors qu’on le croyait sorti de prison et rangé des coups tordus, on le retrouve par hasard ses derniers temps sur Internet, et cette fois, ça commence par un une vidéo proposée par… Agoravox TV, le 25 septembre dernier, une vidéo reprise de Daily Motion. Intitulée « La CIA torture un civil afghan : info ou intox ? », elle propose une scène dite de torture qui serait celle d’un « taliban interrogé par la CIA ». C’est le Scoop assuré, parlez-donc : la vidéo a déjà été mise en ligne pourtant en septembre 2008 sur le Net, et vient juste à nouveau de figurer dans un long document fourni paraît-il par Al-Quaida a ses filières habituelles de diffusion américaines.. En fait de scène « d’info », on est bien en face d’un scène d’intox… car très vite on découvre l’évidente supercherie : jamais la CIA n’a interrogé de la sorte, il existe des directives strictes chez elle de conduites d’interrogatoires, surtout depuis le rapport Church. Mais pour cela, en dehors des détails qui « clochent », dont principalement une scène de waterboarding sans planche et sans serviette mouillée, il faut chercher un peu plus loin. Mais ce n’est pas pour autant cet épisode qui va nous monter la tromperie manifeste. Sur Daily Motion, la vidéo proposée s’intitule exactement « La CIA torture un civil Afghan en live ! – 2« , ce qui augure donc d’un épisode qui précède : bingo, il y en a bien un à visionner, où l’on a droit cette fois à une scène d’étranglement au lacet de rétention en nylon, du modèle utilisé par les sauveteurs de Bétancourt pour remplacer les chaînes… avec au premier plan notre homme, les cheveux toujours teints pour paraître plus jeune… on y distingue alors un individu proprement et simplement sadique, au comportement contraire à toutes les directives reçues par les militaires en ce qui concerne les interrogatoires de prisonniers, fortement encadrées depuis la commission Church de 1976. (Enfin, c’est ce qu’on pensait jusqu’ici, avant qu’on ne découvre l’horreur des tortures à Abou Ghraib, commises… par des mercenaires pour la plupart !).

Or, que voit-on dans cette seconde vidéo, en plus des scènes de torture, sinon un studio de montage rudimentaire, composé de deux machines PC chargées de traiter les vidéos et le son… tout le monde a alors en tête le deal passé avec les télévisions américaines : et le fort soupçon de traficotage d’images qui va avec. Les images des fameux « entraînements » avaient été soupçonnées d’être des montages d’archives… et rien d’autre. Le studio de montage de Ben Laden aurait-il été conçu dans l’arrière cour de la maison d’Idema ? C’est bien possible, les vues récentes du studio As-Sahab étant dans de cas celles d’une maison.. américaine ou européenne, avec un Idema libéré de sa prison afghane. Selon beaucoup, cependant, les studios d’As-Sahab seraient en fait situés à … Quetta, au Pakistan, le fief de Ben Laden depuis sa fuite protégée de Tora Bora.

Une fuite racontée de façon bien particulière à « 60 Minutes » par un prétendu colonel des Delta Forces, surnommé « Dalton Fury », venu expliquer en long et en large que Ben Laden avait été quasiment attrapé…. mais que les troupes « amies » de l’Alliance du Nord, à qui on avait versé des millions de dollars, indique le reportage, qui étaient aussi à sa recherche avaient empêché sa capture… en faisant défection un soir. Un joli mensonge de plus, avec d’autres « preuves » comme quoi un Ben Laden « blessé » à l’épaule par des bombardements avait réussi à s’enfuir. L’opération se serait appelée « operation Jackal » (en fait c’est une des cinq opérations « Jailbreaker » !). Une très étrange séquence d’excavation de corps « dans un cimetière dAl-Quaida » avec comme commentaire « nous avons prélevé les doigts pour la recherche de l’ADN » tenterait à appuyer l’idée comme quoi tout avait été tenté pour vérifier qu’il n’était pas mort. Une insistance que l’on trouve bien forcée, avec le recul. Pourquoi montrer le 5 octobre 2008 seulement des images des ces « recherches » ? Dans le reportage, elles sont suivies juste après de la vidéo du Ben Laden à la barbe noire, cette vidéo que beaucoup estiment entièrement trafiquée à partir de la précédente. Un ancien des forces spéciales portant la barbe longue, six ans après encore (c’est là où c’est grotesque !) pour faire plus vrai (« nous étions déguisés en talibans ») venu raconter une énième fable pour faire croire à un Ben Laden encore vivant ? Non, Tora Bora Jack ment, certainement t évidemment, mais il ne semble pas être le seul dans cette histoire !

Avant son arrestation, en tout cas, un phénomène hyper-intéressant s’était produit : les chaînes de télévision qui avaient acheté ses vidéos avaient eu un doute sur leur contenu. Et avaient pour vérifier… demandé l’aide de la CIA ! Qui s’était empressé de le faire, sans porter de verdict franc à vrai dire. Et de fabriquer on s’en doute les doubles nécessaires pour des investigations plus poussées. La CIA détient donc toujours aujourd’hui les images que vous voyons aujourd’hui sur ces deux épisodes, celle des tortures réelles ou simulées d’un fêlé notoire qui se fait passer pour un agent de la CIA. Ce qui laisse également la possibilité à cette même CIA de les réintroduire dans le circuit médiatisé de la grande peur entretenue quand bon lui semble…

Jusqu’ici, ce n’est pas le premier à faire ce genre de choses, via une société de production propre, dont les droits sont détenus par.. sa femme, me direz-vous. Certes, mais ce qui intrigue le plus, en fait, c’est le circuit par lequel ses délires de psychopathe notoire passent. Les voilà aujourd’hui sponsorisées par As-Sahab, soi-disant le studio de réalisation d’Al-Quaida, où un autre gugusse, le célèbre Adam Gadhan avait posé avec un mug ayant comme logo celui d’Al-Sahab, justement. Le tout filmé dans une maison aux confort évident, avec prises de courant aux normes européennes, aux lavabos en inox de supermarché et à la poubelle Ikea en plastique : comment croire un seul instant que ces vidéos puissent avoir été fabriquées au fond du bunker de Ben Laden ? Comme ne tient pas plus debout la version avancée de « cassettes  » de la CIA trouvées par enchantement et tombées entre des mains talibanes… en fait, les télévisions, à l’époque mordaient à n’importe quel hameçon, à Kaboul ! C’est pourquoi Idema aura ce rôle grotesque, celui du porte parole télévisé d’une équipe qui a déguisé une guerre en épisode des sept mercenaires : demain, je vous propose d’en étudier d’autres ravages, toujours signés « Tora Bora Jack ».

(1) « There was an office with two clocks, one showing the time in Kabul and the other the time in Fort Bragg, North Carolina, where the US special forces have their headquarters. A piece of paper pinned to the wall was headed “Missions to Complete”. Number two was “Karzai”. Number four was “Pick up Laundry”.

(2) « In January 2002, As U.S. Forces in Afghanistan were hunting down Al Qaeda suspects, theCBS news show 60 Minutes II got its hands on some sensational footage : seven hours’ worth of videotape showing Al Qaeda terrorists training in an Afghan camp. »

(3) « He told MSNBC that the link between Iraq and al Qaeda was « common knowledge » on the ground in Afghanistan, and claimed in an interview with WNYC radio’s Leonard Lopate that « Iraq has been involved in supporting al Qaeda and other terrorist organizations with money, with equipment, with technology, with weapons of mass destruction. He told other wide-eyed journalists that there was ample evidence linking « Iraq, Iran, and Saudi Arabia to al Qaeda and to the attacks on September 11, » and professed to have firsthand knowledge of nuclear weapons being smuggled from Russia to all three members of the « axis of evil » – Iraq, Iran, and North Korea. Few in the media questioned Idema’s claims, much to the alarm of some who knew him. « 

(4) « Of all the networks, CBS had the longest-standing relationship with Idema. It had used him as a source or consultant on two projects before his arrival in Afghanistan. The first was the 1995 nuclear-smuggling story, called « The Worst Nightmare, » which was produced by Scurka and aired on 60 Minutes. »

(5) « This is where the longer answer comes in. The war on terror has been a “Wild West” insofar as a loose—and growing—cohort of freelance military subcontractors is concerned. To this day, many veterans are in Afghanistan in the employ of private companies, as volunteer U.S. forces have been depleted or reassigned to Iraq. Even for uniformed soldiers, it can be difficult to tell who is and is not working for the government. »

(6) » In civilian life Idema ran a paint-ball/military surplus store and created the “US Counter-Terrorist Group,” which gave traveling exhibitions. He became friends with Robin Moore, the author of “The Green Berets.” During this time Idema created his “Jack” persona, a no-bullshit, terror-fighting super patriot who can’t even see red tape, perhaps because he always wears shade ».

(7) « When the men were arrested in early July, the tapes were confiscated by the FBI. Caraballo’s lawyer, Michael Skibbie, claims that he was only allowed to access a portion of the tapes weeks after he requested access. Several of the tapes were used ; however, Skibbie said several important tapes were damaged, missing or partly erased after the FBI took custody of them. Some of the footage Skibbie obtained was shown in court. The court tapes showed Idema being greeted at an airport by high level Afghan officials, Idema being thanked by Yunus Qanuni, Qanooni’s troops working with Idema, captured suspects confessing during interrogation, and ISAF forces helping Idema ».

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Classé dans Six de l'Hexagone, Stéphane Bouleaux