De Victor Jara à Guantanamo, la même CIA (45)

Hier, nous avons vu que la dernière tentative d’attentat aux Etats-Unis présentait de trop importantes zones d’ombre pour n’en faire qu’une simple tentative isolée. L’embarras évident, le soir-même, du chef d’état américain face au problème posé, bien visible, prouvait par l’exemple qu’il ne s’agissait pas nécessairement d’un attentat tel qu’on voudrait bien le présenter. Obama ressemblait davantage ce soir là à un G.W.Bush en train d’errer dans le ciel de Floride à bord d’Air Force One pendant qu’on s’attaquait aux valeurs du pays qu’à autre chose, et son discours sur la collaboration des autres pays pour lutter contre ce type d’événement loin d’être convaincant. Le piège est évident : l’étrange publicité passée dans la presse sur la CIA comme trésor de l’Amérique en dit davantage : il se passe en ce moment même aux Etats-Unis une lutte interne à couteaux tirés entre un pouvoir occulte, capable des pires choses, et un pouvoir légitime, élu, qui doit faire face à une opposition interne prête à tout pour ne rien lâcher de ses prérogatives antérieures. Celles bâties ces dernières années autour du mensonge Ben Laden, que le pouvoir actuel est contraint de continuer, sur lequel je vous propose de revenir aujourd’hui sur la traque du fantôme, en particulier sur le plan de ses écoutes téléphoniques, qui n’ont jamais cessé et ont toujours été efficaces. Si bien que lorsqu’un individu va annoncer en 2002 qu’Al-Quaida utilise un autre moyen pour communiquer, beaucoup vont écarquiller les yeux en grand… Mais commençons d’abord par la téléphonie, si vous le voulez bien…

En ce qui concerne les communications supposées d’Al-Qaida en Afghanistan : tout le monde se doute en effet que les moyens mis en place par les américains, satellites espions, avions radars, mouchards électroniques disséminés partout, etc, permettent depuis longtemps de tout savoir à distance. Souvenez-vous d’Echelon, par exemple, qui n’est pourtant pas récent. On nous a bien vendu des enregistrements infaisables de téléphones portables venus d’avions volant à 650 km/h à 3 000 m d’altitude entre plusieurs faisceaux téléphoniques en plein Manhattan ou Washington, on doit bien avoir réussi à capter un jour Ben Laden, dans ce cas, non ? Car des téléphones, il en a utilisé, le bougre, lui et ses coéquipiers de cavale !

On sait, en effet, je vous l’ai déjà expliqué à maintes reprises, que Ben Laden, au début de sa carrière terroriste, utilisait un téléphone satellitaire Compact M Immarsat,, le même que celui utilisé par Reyes dans les Farcs. Un appareil connu… et donc décrypté depuis longtemps par la CIA, qui avait avant 2001 tenu un éphéméride complet de ses appels (décrit récemment ici), avec évidemment son contenu en clair. Les techniques évoluant, et les réseaux téléphoniques s’installant très rapidement en Afghanistan comme ailleurs, le téléphone satellitaire a été délaissé au profit de téléphones portables plus classiques, régulièrement changés, mais souvent utilisés. Les services secrets intercepteront ainsi les messages encore satellitaires de Ben Laden à ses troupes, en 2001 à Tora Bora, leur intimant l’ordre de décamper, notamment, des messages confirmés à plusieurs reprises par : Gary Berntsen, ancien membre de la CIA ayant déclaré à plusieurs reprises avoir été sur le point de saisir le fugitif… « dead or alive » pour en être vertement dissuadé, notamment par son supérieur Cofer Black, passé après chez Blackwater/Xe, et par Donald Rumsfeld en personne. Il l’avait même entendu au téléphone à plusieurs reprises, dira-t-il dans son livre et sur les plateaux télévisés ! Nous reviendrons ailleurs sur l’équipée de « Jawbraker« . Bernsten avait aussi affirmé que Mohammed Saddiq Odeh, l’auteur de l’attaque des ambassades US au Kenya et en Tanzanie avait été arrêté quatre heures avant les explosions… au Pakistan.

Après le téléphone satellite, le téléphone portable, donc, dont tous les membres arrêtés d’Al Quaida étaient munis, notamment les dignitaires, (tel l’insubmersible Khalid Sheikh Mohammed qui en possédait à lui seul, paraît-il, jusqu’à une quarantaine). C’est en jouant entre les modèles qu’ils espéraient déjouer leur repérage. Une théorie qui se tient à moitié à peine, jusqu’à l’arrivée tardive en Afghanistan de moyens de détection sophistiqués, reposant sur une nuée de petits appareils fonctionnant en trio, par triangulation, les RC 12N Guardrails, ou sur le même aperçu en Colombie, le fameux CrazyHawk. Ceci, ce n’est pas avant… 2004. Un article très étonnant du NYT de cette année-là, passé malheureusement inaperçu à l’époque mais retrouvé par l’intelligent site Cryptome, avait laissé entendre que toutes les conversations téléphoniques d’Al Quaida avaient été entendues par la CIA bien avant… dès 2002, et sans même les engins cités, destinés eux à localiser l’endroit exact de l’émetteur !

Sheikh Mohammed s’était effectivement fait pincer à Rawalpindi, au Pakistan… avec un ordinateur portable et 6 000 numéros de téléphone différents… l’homme n’était donc pas seulement le champion toutes catégories du waterboarding ! Pour se faire prendre, la CIA avait remonté, nous apprend le NYT, un appel téléphonique de Sheikh Mohammed ayant duré moins d’une minute… et n’ayant entamé ce jour là aucune conversation ! L’appel avait été capté… en Allemagne, chez Christian Ganczarski, soupçonné (déjà ?) de faire partie de la nébuleuse du réseau du sheikh. Le domicile du dénommé à Duisberg, fouillé, avait livré un bon nombre d’autres numéros, tous utilisant le même opérateur… suisse. Ganczarski, auteur d’un attentat contre une synagogue en Allemagne, ayant été arrêté en France, en juin 2003, à sa descente d’avion, à Roissy. On le soupçonnait fortement d’être le responsable des attentats en Tunisie. Un attentat dont on avait remonté l’origine… grâce aux téléphones portables utilisés notamment par Mounir El Motassadeq et Karim Mehdi, deux marocains extrémistes poseurs de bombe. Lors de son procès, en France on l’avait montré en vidéo accompagné de Ben Laden et de Mohammed Atta. Jolie photo de groupe, non ?

Al-Quaida ne possédait donc aucun moyen sophistiqué, que des téléphones pré-payés à carte suisse (de chez Swisscom !) pour donner des ordres à ses « soldats » ou ses kamikazes : selon certains observateurs, y compris de la CIA, c’est même parfois l’envoi d’émissaires munis de billets écrits qui aurait servi… ce qu’on ne croit pas davantage, à vrai dire. Encore un peu ils nous auraient vendu les signaux de fumée, là… Bref, on va dépenser des fortunes en équipements militaires d’écoutes téléphoniques pour courir après la même ombre… Qui ne communique plus depuis 2002 par vidéo… laissant lourdement planer l’histoire de sa disparition… faute de preuve véritable de son existence. Téléphoniquement, ils doivent donc bien le savoir, les américains, s’il est encore vivant ou pas : or Robert Gates a confirmé il y a peu qu’on n’avait plus aucune nouvelle de lui depuis longtemps : et je ne pense pas que ce soit son téléphone portable qui ait seul rendu l’âme ! Mais pendant ce temps, les contrats mirobolants du Pentagone pour de la traque et du décryptage continuent à être signés… surtout si on le maintient en vie virtuelle ! Les profiteurs de guerre n’ont d’intérêt qu’avec un Ben Laden existant : disparu, c’est une grande partie de leur matelas de billets verts qui disparaît…

Les téléphones ordinaires utilisés par le groupe Ben Laden, étaient donc bien connus : ils passaient tous par le réseau Thuraya, fonctionnant avec des cartes pré-payées, ceux-là même qu’utilisaient en Irak les mercenaires de Blackwater (Xe), comme un reportage signé National Geographic comme je vous l’avais laissé entrevoir. Les mêmes appareils, exactement, que ceux qu’utiliseront en effet en 2008 les terroristes pakistanais de Mumbai ! Ça, et les armes ou leur canot pneumatique ressemblant comme deux gouttes d’eau à celui des forces spéciales pakistanaises… mais tout ça nous le savons déjà.

A Mumbaï , même scénario en effet : on apprendra il y a quelque semaines seulement que toutes leurs conversations avaient été piratées, à ces fameux attaquants meurtriers, via un de leurs membres américain retourné par la CIA, David Headley. Un document Debka (*1) avait mis en lumière fort récemment les détails de l’investigation menée.. Les Etats-unis avaient donc tout su… avant que les massacres ne se produisent, mais n’avaient rien dit pour les en empêcher, donc. Ce qui n’est pas sans poser de questions ! Et sans rappeler la technique du jour avec notre jeune nigérian, les dégâts en moins ! A peine les attentats produits, on en avait déjà eu une vague idée, avec l’assertion comme quoi les « autorités indiennes n’avaient pas écouté les mises en garde »… En réalité, le détail complet des opérations, et donc logiquement l’ampleur de la tuerie, devait être connu bien longtemps à l’avance (à voir l’arsenal préparé et utilisé !). On imagine en ce cas de la même façon que de savoir à l’avance qu’un jeune nigérian bien extrèmisé et bien encadré se baladant dans un avion avec 80 grammes de Penthrite scotchée sur lui … n’oblige pas à l’en empêcher de commettre son attentat… car c’est selon ce qu’on souhaite faire au final. Si on s’arrange pour que sa technique ne marche pas… c’est tout bénéfice, on n’est pas obligé d’avoir plus de 278 passagers-victimes, mais on gagne largement sur le tableau de l’assentiment contre un mouvement ou un pays, en l’occurrence le Yemen et… un Al Quaida local, dont les représentants sortent tous ou presque de Guantanamo… et ont été libérés juste avant l’élection de Barack Obama…

Car personne n’avait empêché les extrémistes pakistanais d’agir à Mumbaï : dans la théorie de la fameuse guerre au terrorisme, il faut d’abord que terrorisme se fasse, ou se montre, visiblement, pour mettre en place après un régime autoritaire pour le réprimer sévèrement… de là à lui donner parfois un coup de main… l’homme, selon Debka, avait été arrêté en 1977 pour trafic de drogue avec le Pakistan… et était devenu informateur après le 11 septembre 2001…. Headley connaissait le groupe islamiste du LeT et était en contact étroit avec lui (*2) ! Sidérante et très inquiétante révélation, qui met à mal aujourd’hui en miroir la théorie du jeune kamikaze nigérian perdu !

Or, et c’est ce que nous allons voir demain, si vous le voulez bien, alors qu’en réalité la CIA épluchait depuis des années consciencieusement les appels téléphoniques de tous les terroristes qu’elle surveillait via leurs cartes sim prépayées (*3) , un homme va apparaître sur scène, affirmant qu’il vient de découvrir une chose extraordinaire : selon lui, Al Quaida utiliserait un autre moyen, beaucoup plus sophistiqué, pour communiquer les objectifs de ses attentats à commettre. Il est le seul, bien sûr, à pouvoir lire ce genre de message, clame-t-il alors. On va l’écouter, et mieux encore, lui offrir un pont d’or pour qu’il délivre sa méthode de décryptage fort particulière. On n’en est pas à une surprise près, en effet, dans cette vaste opération d’enfumage débutée avec le célèbre discours de Colin Powell à l’ONU…

(1)« DEBKA file’s counter-terror sources report that New Delhi suspects the CIA knew in advance about the Mumbai attack, in which 177 people died and 500 were injured, and were aware of Headley’s links with its LeT perpetrators, al Qaeda’s operational arm in Pakistan, but omitted to forewarn Indian authorities for fear of touching off a military showdown between India and Pakistan. »

(2) « DEBKAfile’s sources add : The court records show that the Chicago-based Headley was pressed into service by the US Drug Enforcement Agency in 1977 after he was caught smuggling heroin from Pakistan to America. They also show that he became an FBI informant after al Qaeda’s 9/11 attacks in New York and Washington. After that outrage, the FBI and CIA were directed to coordinate their counter-terror work. The Indians assume that the CIA must have been aware of the Chicagoan’s existence, and certainly picked up on his frequent trips to India with side trips to Pakistan to meet his Lashkar e-Taibe associates. »

(3) « For two years, investigators now say, they were able to track the conversations and movements of several Qaeda leaders and dozens of operatives after determining that the suspects favored a particular brand of cellphone chip. The chips carry prepaid minutes and allow phone use around the world. « They thought these phones protected their anonymity, but they didn’t, » said a senior intelligence official based in Europe. Even without personal information, the authorities were able to conduct routine monitoring of phone conversations. »This was one of the most effective tools we had to locate Al Qaeda, » said a senior counterterrorism official in Europe. « The perception of anonymity may have lulled them into a false sense of security. We now believe that Al Qaeda has figured out that we were monitoring them through these phones. »

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Classé dans Six de l'Hexagone, Stéphane Bouleaux

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