Archives quotidiennes : 13 février 2010

De Victor Jara à Guantanamo : la même CIA (48)

Quand on pense CIA, on pense un peu trop opérations spéciales et armes du même acabit. C’est la vision James Bond de la chose. En réalité, l’essentiel du travail de la CIA repose au départ, historiquement, dans la recherche du renseignement…. et dans sa fabrication, au cas où le discours gouvernemental n’arriverait pas à convaincre. Or, dans le genre, le gouvernement de G.W.Bush est celui qui a fait le plus fort, en arrosant les médias de fausses informations et en faisant envahir les plateaux télévisions par certains de ses envoyés, pour la plupart recrutés chez les militaires en retraite. La plupart des fuites provenant de la CIA. Un ouvrage fondamental a exposé les divers exemples de cette emprise des esprits que n’aurait pas renié un Richard Nixon. Un journaliste, à l’époque, déjà, avait révélé que la CIA avait envahi plus de 400 publications papier pour rendre une guerre du Viet-Nam présentable à ses concitoyens. Depuis, le phénomène a tout simplement empiré, avec la création d’une chaîne de télévision comme relais direct de la parole bushienne : Fox News, bien entendu, et ses présentateurs aux propos eugénistes

L’ouvrage de référence sur les manipulations médiatiques de W.Bush est « Une arme de dissuasion massive« , de Sheldon Rampton et John Stauber, paru en France chez Le Pré aux Clercs, en février 2004 (qui ont aussi écrit le remarquable « ’Industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias « ). Un ouvrage fondamental (intitulé « Weapons of mass deception » aux USA) pour comprendre et évaluer le degré de manipulation des médias US obtenu par l’équipe de G.W.Bush. Des « experts », tous anciens militaires républicains invités à outrance par Fox News en passant par des furies d’extrême droite telle qu’Ann Coulter, (pour qui Obama est à « demi-noir » et qui ne mérite que des tartes) toutes les manigances y sont décrites. Un détournement tel qu’on ne s’étonne pas d’y voir des fêlés notoires comme Jack Idema ou Cafasso (voir épisodes précédents) venir des soirées entières tenir le micro pour y raconter mensonge sur mensonge avec un aplomb incroyable. Que ce soit pour les thèmes abordés ou la nature même des invités, la CIA s’est beaucoup activée derrière avec ses équipes spécialisées de désinformation. Les médias on été littéralement pris d’assaut par le pouvoir, notamment pendant les années 2001 et 2002, ou malgré les évidences apparues très vite, on a continué à vendre pendant des années la théorie des armes de destruction massives, sans jamais bien entendu apporter de démenti ou faire de mea culpa après.

Historiquement, les manipulations ont démarré avec l’opération Mockingbird (*1) qui a duré de 1950 à 1970, et dans laquelle la CIA a payé des journalistes du Time, du Washington Post, du New York Times, de CBS pour publier sa propagande. Une opération dénoncée tardivement par un des plombiers du Wategate, E. Howard Hunt et par des livres dont l’excellent « The Mighty Wurlitzer : How the CIA Played America » signé Hugh Wilford, sorti en 2008. La CIA vie comme un « jukebox » de l’ère Presley, délivrant ses chansonnettes à la population, excellente image ! A la même époque, la CIA va aussi permettre la réalisation du dessin animé « Animal Farm » basé sur le texte de Gerorges Orwell ! Et cette fois encore, on va l’apprendre pendant les auditions du rapport Church en 1976, très certainement le plus grand événement de l’histoire de la CIA, la première fois où les américains voient ses turpitudes exposées.

A peine le rapport Church rédigé et imprimé… elle recommence, ce qui aboutit d’une certaine manière au concept de « guerre vendue« , ou plutôt fourguée, comme on vend des savonnettes avec un « teasing » préalable à la télévision. Cette fois, ce sera un teasing anti-Saddam, savamment orchestré. Selon William Colby, ancien directeur de la CIA, c’était donc simple, car en effet : « la CIA contrôle tous ceux qui ont une importance dans les principaux médias. » Quitte à en devenir même franchement cynique : en 1981 ; William Casey dira sans même sourciller que « nous savons quand notre programme de désinformation est complet : quand tout ce que croit le public américain est faux ».’ Selon Deborah Davis encore, dans son ouvrage « Katherine The Great »(Sheridan Square Press, 1991) un agent de la CIA aurait résumé ainsi la situation il y a vingt ans environ : à l’époque, parait-il, « on trouvait des journalistes pour moins cher qu’une bonne call-girl, pour deux cents dollars par mois. » Vingt ans plus tard les tarifs ont augmenté , mais le principe est toujours le même : certains jouent effectivement les prostitués de l’information.

Pour « vendre au grand public » le renversement de Saddam Hussein, la CIA va tout d’abord s’approprier les services d’une agence de communication, le Rendon Group, l’officine des coups douteux de John Rendon, payée à prix d’or (un des employés touchera jusqu’à 22000 dollars par mois et la firme y gagnera 23 millions de dollars !), dont le rôle consistera à raconter des histoires fausses dans la presse. C’est un des fameux « storytellers ». La plus belle en 1990 déjà, lors de la guerre du Golfe, avec l’histoire larmoyante de la pauvre Nayirah, 15 ans, qui témoignera avoir vu des bébés koweitiens jetés en bas de leur couveuses dans un hôpital, lors de l’invasion irakienne : un énorme bobard, élaboré par l’agence Hill & Knowlton, employée par l’association « Citizens for a Free Kuwait » dirigée en sous-main par la CIA. La pauvre petite Nayirah, cette « inconnue », qui avait tant fait pleurer dans les chaumières, était en réalité Nayirah al-Sabah, la fille de Saud bin Nasir Al-Sabah, l’ambassadeur du Kuwait aux USA !

Ça ou présenter les choses avec emphase, comme ces petits koweitis si heureux d’être délivrés, agitant des petits drapeaux à l’arrivée des américains… lors de la première guerre du Golfe, « spontanément » et distribués par les hommes de la CIA dix minutes avant l’arrivée des caméras. Le Rendon Group financera aussi une radio anti-saddam, qui ne fera pas dans la dentelle, en se moquant de sa moustache…alors que la majorité des hommes, en irak, en portent une ! En 2004, le Rendon Group sera chargé en Afghanistan de redorer l’image de marque d’Amid Karzaï. Au vu de ses résultats, on peut dire que les 3,9 millions de dollars qui ont été investis n’ont pas servi à grand-chose, car Karzaï porte toujours un sacré bonnet de corrompu !

Pour s’apercevoir de la présence des sbires de Rendon, il faudra attendre un évènement fortuit : le décès d’un… cameraman, envoyé en Irak. Mais pas pour filmer nécessairement, nous rappellent Rampton et Stauber dans le livre cité : : »Le 23 mars 2003, Paul Moran, un cameraman travaillant pour la chaîne Australian Broadcasting Corporation (ABC), est tué dans l’explosion d’un taxi piégé au Kurdistan irakien (nord de l’Irak). Sa nécrologie, publiée dans sa ville natale d’Adélaïde, dévoila que les activités de Moran « nécessitaient aussi un travail pour une société de relations publiques américaine engagée par la CIA afin de diriger des campagnes de propagande contre la dictature en place. (…) Le fondateur de la société, John Rendon, a pris un avion en provenance des Etats‑Unis pour assister aux obsèques de M. Moran à Adélaïde, mercredi. Un ami proche, Rob Buchan, a souligné que la présence de M. Rendon ‑ un conseiller de l’US National Security Council ‑témoignait du respect dans lequel M. Moran était tenu dans les cercles politiques américains, y compris au Congres ». Les fameux journalistes « embedded » prennent une autre tournure avec cet exemple !

L’histoire va devenir un peu plus élaborée, et le rôle de Rendon s’affirmer davantage quand on va enrôler un individu qui sera vite autoproclamé futur président ou premier ministre d’un Irak « de-saddamisé ». Ahmed Chalabi, ce Le « Janos Kadar de l’Irak » (« Qui n’est pas contre nous est avec nous » avait dit un jour Kadar), l’homme qui va vendre le concept de guerre obligatoire, comme l’a si bien décrit Aram Roston dans son pamphlet « The Man Who Pushed America to War« . Chalabi, un fat intriguant manipulé par Richard Pearle, rencontré en 1985 (un autre intriguant que ce « fouteur de guerre »), Chalabi, celui qui avait volé 70 millions de dollars à sa propre banque jordanienne (la Banque Petra). Un escroc arriviste (*2), tout simplement, devenu dans la bouche des complotistes de l’équipe Bush (et de la CIA) le meilleur candidat à la succession de Saddam ! Après la Banque Pétra, on le retrouvera au sein de la non moins fameuse BCCI. C’est dire ses penchants naturels ! Protégé déjà sous l’ère Clinton par James Woolsey, directeur de la CIA à cette époque, Chalabi a bénéficié très tôt d’entrées à la Maison Blanche. Des entrées qu’il possède grâce à sa vieille amitié avec Albert Wohlstetter (le premier des néo-cons ?), l’un des grands théoriciens de la bombe atomique US, au sein de la fameuse Rand Corporation… et un ultra-conservateur comme on n’en fait plus. Lors de son échappée rocambolesque de Jordanie (dans un coffre de voiture !), Chalabi avait confié son cas à un avocat un peu spécial : c’était Casper Weinberger, conseiller à la présidence, celui qui influencera Reagan sur le concept de « guerre des étoiles »… et se mouillera jusqu’au coup dans « l’iran-contra affair ». Pour rendre sa candidature un peu plus crédible, la CIA va lui fabriquer un « Conseil National Irakien« , une réunion d’expatriés autoproclamés gouvernement en exil, qui recevra pas moins de 12 millions de dollars de la part de CIA entre 1992 et 1996.

Chalabi sera perçu comme un investissement à long terme par la CIA. Résultat, au total, on pense qu’elle a investi pas loin de 100 millions de dollars dans le personnage. Pour convaincre, il voyage beaucoup et va même vendre son rôle de futur interlocuteur à Tel -Aviv, où il effectue devant le « Jewish Institute for National Security Affairs » (JINSA), le Le 2 juin 1997 un discours fort remarqué sur « l’après saddam« … qui ne sera renversé que 6 années plus tard ! Chalabi, surtout prend vite l’habitude de mentir effrontément, en présentant le pays d’une façon particulière ou en inventant surtout le concept d’armes de destructions massives (et en proposant le premier le nom surtout !), ou encore en faisant de l’armée de Saddam la troisième du monde, juste après la Russie, ce qui est complètement faux. Il inventera aussi à partir de 2002 un terrain d’essai pour pirates de l’air, près de Bagdad où se seraient entraînés les auteur des attentats du WTC ! Ses mensonges seront tels, qu’un jour, Vincent Cannistraro, Ancien Directeur du département Intelligence du National Security Council (de 1984 à 1987) et responsable de la CIA viendra lui demander d’y mettre une sourdine. Le même finira par avouer que les fameux documents sur l’uranium nigérian de Saddam étaient des faux manifestes.

Il n’empêche, Chalabi fera bien partie des bagages de l’armée américaine en 2003, espérant toujours devenir le nouveau maître de l’Irak. A peine arrivé avec les vainqueurs, il s’emparera des fichiers de la police secrète de Saddam : l’homme est bien un calculateur avant tout, qui cherche des appuis sur place. Une rapide cabale montée contre lui par la CIA, qui en a assez de ses frasques, le verra quitter promptement le pays. On l’accusera d’être au service de l’Iran, pour l’évincer : une solution radicale ! Et on révèlera en même temps ses premières nouvelles compromissions : l’attribution sous sa pression d’un énorme contrat de surveillance de puits de pétrole à un vieil ami, Abdul Huda Farouki. En fait, la presse venait surtout de re-découvrir le dossier de la banque Petra (un « hasard » venu de la CIA sans nul doute, qui avait trouvé là l’occasion de s’en débarrasser !), son boulet personnel qui le rendait littéralement in-présidentiable : la Jordanie l’avait condamné par contumace à 22 ans de prison… ce que tout le monde avait oublié depuis !

Comme premier ministre par intérim, l’Irak se retrouva avec Iyad Allaoui, un proche … de la CIA, arrivé chez elle vai le MI6 anglais ( » Nous ne le connaissions pas jusqu’à ce que les Britanniques nous l’offrent  » dira un jour le responsable Warren Marik !) ! L’homme a bénéficié d’un budget de 40 millions de dollars par an pour préparer l’opinion contre le régime irakien, versé par le Rendon Group. Y compris en organisant… des attentats ! Pour beaucoup, si Chalabi, payé 340 000 dollars par mois par la CIA, avait fait partie du voyage d’invasion, c’était parce que ce voyage était celui d’une « bande de criminels » ! Sans aller jusque là nous dirons qu’un mensonge en appelle de plus gros ! Et le roi du mensonge irakien, ça a bien été Chalabi, le « protégé de la CIA » et l’homme tant vanté chez Fox News ! Le messie de l’Irak ! Chez Fox News, son éviction express en fait pas une ligne ou presque… en fait, Chalabi était bien lui-même un véritable manipulateur.

Le résultat de ce « décervelage » de Fox News a été démontré par une étude de fond, menée par l’University of Maryland Program on International Policy Attitudes (PIPA) Research Center. Réalisée en 2003 et intitulée « Misperceptions, The Media and The Iraq War, » auprès de 10 000 individus elle démontre comment le concept de guerre nécessaire sinon obligatoire a été fourgué par les présentateurs et présentatrices de Fox, où bizarrement ne règne que des blondes. Selon l’enquête, 68% des sondés pensaient par exemple que l’Irak y était pour quelque chose dans le 11 septembre. Plus on allait chez les téléspectateurs de Fox et plus cette part augmentait fortement. Selon l’enquête toujours, les spectateurs de Fox croyaient en un lien entre a-Al-Quaida et le 11 septembre à 80%, pour à peine 55% chez CNN. L’auteur du rapport faisant remarquer que l’intégralité des fameux « consultants » choisis par Fox étaient tous républicains ! Le petit drapeau US qui flottait à chacune de leurs interventions reliait leur propos à la notion de patriotisme. Du décervelage pur et simple ! L’enquête, géniale, démontre aussi l’usage d’un vocabulaire précis pour faire passer les idées : des reportages sur le réchauffement climatique sont présentés par exemple dans une série intitulée « junk science » !!! La façon de présenter les choses aussi, comme celle d’annoncer que statistiquement il y a moins de soldats tués que de meurtres par balles en Californie chaque mois… (faut oser !) sans oublier les « belles » histoires montées de toutes pièces par les « story tellers » du Pentagone : la célèbre soldate Jessica Lynch prisonnière sauvée des griffes des talibans à Nassiriya , le célèbre joueur de football américain véritable héros mort en combattant, etc, toutes des bobards montés de toutes pièces. Dès avril 2003, l’ancien dirigeant de la BBC Greg Dyke avait tiré à boulets rouges sur les méthodes de Fox News. Affirmant haut et clair que la façon de présenter les choses sur la chaîne américaine était « choquant ». C’est le mot, pour le moins : le « sauvetage » de Lynch, au moyen de balles à blanc avait été tourné par une caméra à vision nocturne et par un ancien assistant de Ridley Scott (celui de la « La Chute du faucon noir » de 2001). Opération de com montée de A à Z par la CIA. Le Washington Post en avait beaucoup trop fait : « mission incroyable mais vraie » dira aussi plus tard NBC… Or tout était faux : Lynch avait été soignée par des médecins irakiens, elle s’était cassée la jambe avec son camion retourné. Pour Pat Tillman, cette star tuée en 2004, il avait fallu attendre cinq années pour que l’armée reconnaisse sa mort par un tir ami : une bavure lamentable déguisée en acte de bravoure par la propagande du pouvoir et la CIA encore une fois. Qui en a trop fait, à de multiples occasions. Au point d’irriter tout le monde.

Le point culminant sera atteint le jour où les éléments les plus conservateurs de Fox iront jusqu’à dire que la CIA en faisait effectivement trop et « détruisait notre vision de la guerre »… l’invité du jour, ce jour là étant Rowan Scarborough, auteur de « Sabotage : America’s Enemies Within the CIA »... « notre » vision étant le mot qu’il ne fallait peut-être pas dire… parmi les points soulevés par Scarborough, on relevait de très intéressantes pistes en fait :

– les fuites orchestrées par la CIA visant en premier à affaiblir Bush.

– le cas Valerie Plame, agent de la CIA et épouse d’ambassadeur, et les faux dossiers nigérians.

– l’opposition forte de la CIA à la nomination de Porter Goss.

– la CIA en Irak, littéralement « sous développée » selon l’auteur.

– la fermeture de bureaux de la CIA, notamment celui d’Hambourg au temps de Clinton : là où Mohammed Atta sévira librement, comme par hasard.

– les fausses révélations au New York Times qui ont trompé les responsables du Congrès.

– la non révélation par la NSA de la découverte d’écoles au Pakistan devenus des centres d’entraînement terroristes (qui marque le lien évident entre la CIA et l’ISI).

– les cafés Internet en Iraq suivis par la CIA pour traquer Abu Musab Zarqawi.

– l’avis d’un officier de haut rang à Rumsfeld en 2004 indiquant que l’Irak « était perdue ».

– une opinion sur Karl Rove parlant de Richard Armitage comme d’un pleutre dans le cas de Plame.

– comment J.Bolton aurait été viré de son poste à l’ONU grâce à une association CIA-démocrates.

– le fait que la CIA elle-même aurait initié l’idée du complot du WTC contre G.W.Bush afin de brouiller davantage les pistes encore !

On le voit, l’étendue des nuisances a été important : la CIA s’est comportée en administration au-dessus du président à plusieurs reprises : mais de cela, on se doutait depuis longtemps. On savait le président fantôche…. c’était confirmé par son propre clan !

Manipulation des médias d’un côté, et condamnation de ceux qui font un réel travail d’information. Le point ultime sera franchi par Ralph Peters, du Journal of International Security Affairs qui demandera à tuer les journalistes rendant compte de faits de guerre en mais 2009 encore… tout en tentant de vendre encore la théorie usée de la guerre des civilisations et une islamophobie maladive part la même occasion. Les journalistes, selon lui, en ne suivant pas les notions de patriotisme devenant des « tueurs sans armes ». Bref, des traîtres à leur pays ! Les gens les plus dangereux selon lui n’étant pas les talibans… mais les journalistes ! Le degré zéro a été atteint ce jour là, je pense ! Ces derniers jours également, Fox News orientait fortement son propos vers une confrontation entre Barack Obama… et la CIA. Nul doute que l’épreuve de force a été engagée… mais pas par celui que l’on croit : la CIA, qui se sent visée, à tout intérêt à jouer aujourd’hui les martyrs persécutée par ce vilain président… pour ce qui est des liens entre la CIA et Fox News, pour ceux qui en douteraient encore, il suffit d’aller sur Wikipedia pour s’en rendre compte : les deux plus gros modificateurs se sont eux.

Car il n’y a pas que la télévision qui est en jeu désormais, et à laquelle s’intéresse de près la CIA pour favoriser l’opinion gouvernementale. Des consultants, on en trouve partout dans le monde industriel. J’avais déjà évoqué ici le problème à la mort de l’acteur Patrick McGohan, en expliquant que du renseignement à un Etat à l’espionnage industriel il y a fort peu. On s’en était rendu compte, en France, avec l’incroyable histoire de ce banquier ayant joué à la taupe pendant des années à la Société Générale. Robert A. Day, de son vrai nom Robert Addison Day « membre depuis 2001 du President’s Foreign Intelligence Advisory Board (ou Piffiab), créé en 1956 par Eisenhower, un groupe de patrons de divers horizons offrant leurs services dans le domaine de… l’espionnage et les services secrets, pas moins » vous disais-je déjà il y quelques mois. Siégeant au milieu conseil d’administration d’une des plus grandes banques françaises ! Car la CIA a changé, il est vrai.. et s’est affublé de bien d’autres déguisements que ceux qu’on lui connaissait jusqu’à la fin des années 70. La CIA, s’est d’une certaine manière fondue dans le privé via un organisme aussi incroyable qu’elle même. Une officine, connue sous le nom de Kroll-O’Gara Associates, débarquée en France en 1990.

Sous Bush père, à peine l’invasion du Koweit débutée, ce pays a sélectionné cette agence pour « expliquer » qui est Saddam Hussein et le diaboliser. « Le dimanche 24 mars au soir, dans son émission « Sixty Minutes », en « prime time », CBS dévoile les avoirs de Saddam Hussein, détaillés dans une interview exclusive de Jules Kroll, patron de la célèbre agence de renseignement. Les bandes-annonces alléchantes attirent une audience nombreuse » nous dit Guillaume Dasquié. Voilà qui marque la date de naissance d’une nouvelle version de la CIA, ou d’un nouvel avatar : le renseignement économique, pour exercer une influence politique. Ça, est les fameux NOCs, déjà évoqués aussi ici… « Selon l’article (de Mother Jones), de la plus grosse à la plus petite entreprise tout le monde a été touché et toutes ont accepté de collaborer en engageant des NOCs (un agent « non official cover ») . Le ver était dans le fruit depuis longtemps donc. La CIA new style a tout envahi : les métastases de ce cancer véritable ont été nombreuses, car dès le départ on a recruté… n’importe qui », disais-je.

A la fin de l’interview, Saddam est encore plus odieux : c’est un détourneur de dolllars, et ça, aux Etats-Unis, c’est pire que de torturer sa population ! Pour sa démonstration, le patron de Kroll ne va prendre que des exemples français d’investissements de Saddam. Une heure après, voilà un fort ressentiment anti-français de fabriqué ! La France, contre l’invasion de l’Irak en 2003, rappelons-le aussi à l’occasion… Kroll vise alors Lagardère, à savoir Matra, qui a fourni abondamment Saddam en armes, lors de la guerre Iran-Irak des années 80 : Des Mirages F1 de Dassault, équipés de missiles air-air super 530 de chez Matra, ou de bombes Martel qui détruisent les pistes de décollage de l’adversaire, des canons de 155 mm pour chars AMX-30, et fin du fin, cinq Super- Étendard munis de redoutables Exocet : la guerre contre l’Irak demandait des nouveaux engins, et la France en a vendu à la pelle. En résumé, selon Kroll, les soldats américains allaient se heurter à du matériel français ! Haro sur la France ! Ou comment manipuler une opinion, pour au bout… tuer commercialement le concurrent vendeur d’armes !

Le groupe Kroll continuera dans la foulée en tentant de discréditer Didier Pineau-Valencienne, nouveau patron de Schneider à l’époque, mais en en faisant trop (et en recrutant un des patrons du renseignement français à coups de dollars !) ce qui attirera les foudres de la DST… qui découvrira que derrière l’agence d’intelligence économique se cache bien les renseignements US ! En cherchant un peu, les limiers parisiens découvriront aussi que le groupe, qui fabriquait au départ des plaques de blindage, vivait grassement, avant tout, de contrats militaires : c’est lui qui fabriquait les Humvees ! Il travaillait aussi pour Lockheed Martin ! Et comme le note Dasquié, à la tête de l’entreprise, logique de retrouver des têtes connues : « L’examen du passé des dirigeants confirme ce sentiment. Sur les différents continents, les chefs opérationnels provien- nent majoritairement des services américains, CIA, NSA, FBI, de la justice américaine et des services britanniques, MIS et M16. Ces choix obéissent à une logique élémentaire : pour mener à bien des activités de renseignement, autant les confier à des spécialistes.  » Et cite même des noms : »Earl Norbett Garrett coiffe toutes les opérations de la zone Europe 2 et l’Amérique pour Kroll. Son passé ? Chef de station de la CIA en poste au Pakistan, en Jordanie, en Égypte, en Inde, au Koweit et aux Philippines.  » Et d’autres encore : « Hugh E. Priee, soixante et un ans, employé de la CIA de 1964 à 1995, notamment aux postes de responsable du contre-espionnage et de directeur adjoint des opérations, WilliamS. Sessions, soixante-sept ans, directeur du FBI de 1987 à 1993. »

Pour vendre la guerre dans l’opinion américaine, Fox va également inventer les « commentateurs ». Des invités de tous les plateaux évoquant la guerre, tous généraux en retraite et tous… favorables à G.W.Bush, quelle coïncidence. Une opération évidemment menée en quelques semaines de recrutement intensif par la CIA. Le New-York Times en fera le décompte en avril 2008 seulement, en titrant « Derrière les consultants de la télévision, la main cachée du Pentagone« . Tous avaient bénéficié de largesses inespérées : des séjours sur place en Irak, tous frais payés (par l’Etat et non par Fox News !), des rencontres avec des généraux en activité, et des hommes surtout sérieusement « brieffés » avant chaque prestation par Dick Cheney, Alberto R.Gonzales ou Stephen J. Hadley. Au total, plus de 75 généraux en retraite sont venus vendre la guerre de G.W.Bush sur les plateaux de Fox News, mais aussi de NBC et de CNN, les deux autres réseaux émettant sur le câble 24 H sur 24. Parmi eux, Barry R. McCaffrey et Wayne A. Downing, qui émargeaient au Committee for the Liberation of Iraq, un groupe de pression formé uniquement dans le but d’obtenir l’éviction de Saddam Hussein ! Mieux encore : parmi les plus appelés par Fox News, William V. Cowan, également PDG de wvc3 Group, fondé par lui-même, Robert L. Maginnis et Robert S. Bevelacqua (qui aussi un fameux CV (*3)), qui fournit l’armée en gilets pare-balles et en mercenaires anti-terroristes. En 2003, le journal Nation avait déjà dénoncé ce genre de conflit d’intérêts évident, cinq ans avant le New-York-Times. Mettant l’accent sur le Lieutenant General Barry McCaffrey, employé de Mitretek, Veritas Capital, Raytheon Aerospace, et Integrated Defense Technologies (IDT), ou sur le Colonel Wayne Downing, membre de la direction de Metal Storm Ltd, toutes firmes ayant de nombreux contrats avec le Pentagone. Quant au New-York Times, il a assez longtemps joué le rôle de tambour de résonance pour les thèses bushiennes pour les dénoncer après coup (*4), selon Carl Bernstein.

Les liens entre Pentagone et consultants sont en effet étroits, car ces derniers, en investissant les médias, peuvent vendre des idées aux médias qui serviront les intérêts de l’industrie militaire. Un scandale énorme, révélé ce 30 décembre 2009 par USA Today confirme ces craintes. C’est celui d’une firme, le Durango Group, fort d’une cinquantaine d’individus dont une bonne quinzaine à double casquette : militaires retraités et consultants grassement payés. La société a été créée par un ancien général de l’Air Force, Ronald Fogleman, qui a lui-même à de belles casquettes : consultant chez le fabricant de bombes ATK, à 180 000 dollars/an, conseiller chez AAR Corp, fournisseur de l’Air Force pour 127 000 dollars, membre des conseils d’administration de Projects International, et de J.F. Lehman, qui vend ou achète des usines liées à l’armement, et consultant chez les trois plus gros fournisseurs de l’Air Force : Boeing, Northrop Grumman et Raytheon, l’homme est fort représentatif de ce mélange de genre typique de ce que dénonçait Eisenhower. Les quinze généraux de sa firme nagent en plein conflit d’intérêt : ils proposent et soutiennent dans la presse des projets, dont ils ont parfois été autrefois les sélectionneurs au Pentagone ! Telle la société Tracking Innovations, fournisseur du Pentagone, qui a recruté chez Durango Robert Bishop, un ancien lieutenant de l’Air Force touchant toujours sa retraite de 220 000 dollars /an . Il est payé 1600 dollars/jour pour ses vacations chez Durango ! Un autre, le Lt. Gen. Gary McKissock qui gagne 119 000 dollars de pension depuis sa retraite en 2005 à engrangé pour 1,2 million de dollars de paiement par Durango depuis 2005. Sur les 158 gradés servant de consultant au Pentagone, 29 travaillent au conseil d’administration de compagnies d’armement : travailler plus, pour gagner plus, version américaine ! En France, remarquez, on a aussi des lobbyistes de l’atlantisme, les deux plus évidents étant Madelin et Lelouche... mais là on ne sait pas combien ça rapporte…

Après avoir envahi successivement la presse papier, la radio et la télévision, la CIA s’est intéressée depuis quelques mois aux réseaux sociaux : c’est obligatoirement en effet dans son domaine de prédilection : « Lorsque vous posterez un commentaire sur un blog, sur Twitter ou sur un forum, ne vous étonnez pas qu’il parvienne jusqu’aux grandes oreilles de la CIA. L’agence d’espionnage américaine a récemment investi, via le fonds d’investissement spécialisé In-Q-Tel, dans Visible Technologies, une start-up spécialisée dans la veille des médias sociaux publics tels que les blogs, Twitter, Flickr, Amazon ou MySpace », rapporte le site du magazine Wired. On l’a vu clairement ici, déjà, pour la Slovénie et pour l’Iran, avec le rôle trouble joué par Georges Soros, et sa « plume », Evgeny Morozov.

La technique est simple : un logiciel d’analyse sémantique balaie le net, prépare un rapport sur les thèmes réccurrents des groupes de discussion et quand un sujet important apparaît, il alerte la cellule de veille chargée d’entrer dans le réseau pour attiser les confidences. En résumé, on enlève les gens, on les interroge… mais sans les bouger de leur chaise ! Ça évite de les tuer, aussi, au cas où ils auraient vu des choses qu’ils n’auraient pas dû voir « Visible Technologies » a développé un logiciel passant au crible les discussions animant 500 000 sites Internet participatifs. Les clients de la start-up reçoivent ensuite un résumé adapté à leurs demandes de ce qui se dit sur le web. Ils peuvent ensuite participer à la discussion globale via un logiciel maison. Ce produit a déjà séduit Microsoft, notamment, qui s’en sert pour surveiller le buzz autour du lancement de Windows 7. » On retombe sur les mêmes, et le Homeland Security universel inclus dans Windows ! Tout cela je l’avais indiqué ici… pour la France, avec les retombées d’un logiciel d’analyse sémantique utilisé dans tous les réseaux sociaux : entre autre, c’est celui-là qui relie les textes proposés à des publicités, selon une analyse des contenus… que d’aucuns, ici, n’ont même pas encore perçu… faute d’être vigilants.

Vigilants, et dire comme Stephen Hawking que « le plus grand ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, mais bien l’illusion d’avoir la connaissance »… (*5)

(1) « Journalism is a perfect cover for CIA agents. People talk freely to journalists, and few think suspiciously of a journalist aggressively searching for information. Journalists also have power, influence and clout. Not surprisingly, the CIA began a mission in the late 1940s to recruit American journalists on a wide scale, a mission it dubbed Operation MOCKINGBIRD. The agency wanted these journalists not only to relay any sensitive information they discovered, but also to write anti-communist, pro-capitalist propaganda when needed. The instigators of MOCKINGBIRD were Frank Wisner, Allan Dulles, Richard Helms and Philip Graham. Graham was the husband of Katherine Graham, today’s publisher of the Washington Post. In fact, it was the Post’s ties to the CIA that allowed it to grow so quickly after the war, both in readership and influence. MOCKINGBIRD was extraordinarily successful. In no time, the agency had recruited at least 25 media organizations to disseminate CIA propaganda. At least 400 journalists would eventually join the CIA payroll, according to the CIA’s testimony before a stunned Church Committee in 1975. (The committee felt the true number was considerably higher.) The names of those recruited reads like a Who’s Who of journalism.

(*2) « Not surprisingly, evidence has begun to emerge that Chalabi is, once again, involved in corrupt activity. Two contracts worth a total of $400 million have recently been awarded to a start-up company run by Chalabi’s old friend and business partner, Abdul Huda Farouki. One of the contracts was for securing Iraq’s oil infrastructure. Members of Chalabi’s militia now staff Farouki’s security force, which guards a number of oil installations and pipelines.Newsday cited an “industry source” who claimed that Chalabi received a $2 million kickback for ensuring that his friend won the contract. »

(3) « The Agency’s relationship with [The New York] Times was by far its most valuable among newspapers, according to CIA officials. [It was] general Times policy … to provide assistance to the CIA whenever possible. » —The CIA and the Media, by Carl Bernstein.

(4) « Bevelacqua has a 17-year history of worldwide military experience, including combat in the Gulf War ; riot control during the L.A. riots ; a peacekeeping mission in Haiti, security assistance missions in West African countries ; and numerous anti-drug missions on the U.S. border with Mexico ».

(5) « The Greatest Enemy Of Knowledge Is Not Ignorance… …It Is The Illusion Of Knowledge » — Stephen Hawking

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De Victor Jara à Guantanamo, la même CIA (47)

Hier, nous avons vu que l’homme qui a berné la CIA était un simple escroc, pour qui la CIA représentait une proie supplémentaire, visée en raison de la pression d’une faillite annoncée. Certainement émoustillé par sa réussite, notre homme s’est enhardi, alléché par les mirobolants contrats du Pentagone. Mais pour y entrer, il lui fallait d’autres soutiens. Celui d’un gouverneur du Nevada, ayant des responsabilités dans les attributions de marchés d’armement, qu’il va tenter de soudoyer. Et réussir à le faire, avec une facilité déconcertante, selon une méthode bien traditionnelle : l’attrait d’une croisière gratuite, pendant laquelle sera scellé le pacte de corruption entre les deux hommes. Il lui en coûtera 100 000 dollars, mais lui permettra de viser encore plus haut, avec l’octroi d’autres contrats encore plus étonnants encore. Plongée au sein du système purement mafieux d’attribution des contrats les plus juteux, protégés par le bouclier du secret défense, qui permet, on le sait, toutes les manigances financières et politiques (en France, patrie des Frégates de Taïwan et des sous-marins pakistanais, on en sait quelque chose en effet !). Avec au final le retour à l’écran d’un personnage politique dont nous avons déjà parlé ici, un des plus… véreux, et très certainement le plus corrompu du petit monde de la famille Bush : John Negroponte.

L’homme en cause était bien plus tortueux encore ! Une photo résume cette incroyable façon d’être et de faire : celle d’un Montgomery orné d’une serviette de table sur la tête, en pleine croisière dans les caraïbes en 2004, en train de lever un toast à bord du Seven Seas Navigator. A ses côtés, le nouveau gouverneur républicain du Nevada… Jim Gibbons… dans la même tenue. Gibbons, un ancien pilote de chasse, membre à part entière du comité « Intelligence and Armed Services », à savoir parmi ceux qui choisissent l’équipement de l’armée US. Un poste stratégique pour qui veut bénéficier de contrats juteux… si l’homme est corruptible. Ce qui est le cas de Gibbons, empêtré depuis 2006 dans la révélation de cette très sombre histoire de marché militaire désastreux. Tous deux, en tout cas, visiblement bien avinés, et bien entourés de filles et de femmes…

A 20 000 dollars la croisière, on aurait pu s’attendre pourtant à un peu plus de retenue. Non, ses deux beaufs en goguette fêtaient ce jour là leur association avec un troisième individu : Warren Trepp, qui les invitait , justement, sur le paquebot. Un autre escroc, tout simplement, le patron du premier cité, et le possesseur en réalité du logiciel soi-disant décodeur des messages d’Al-Jazeera cité dans notre épisode précédent ! A bord du navire, il y avait aussi Patrick Swayze (alors encore en bonne santé !) et John O’Hurley, celui qui jouait J. Peterman dans la série des « Seinfeld » à la TV US, venus faire de la figuration, dûment appointée comme il se doit… un monde de frime, de strass et de paillettes… et de compromissions incroyables (*1). La croisière s’amuse, comme on n’imagine même plus de nos jours !!!

Pour la soirée sur le paquebot, Warren Trepp avait en effet sorti le grand jeu : les invités avaient été cueillis à leur arrivée dans le Nevada et conduits à Miami via Carnival Air Lines, à bord d’un des 7 Boeing 727 de sa flotte. Et raccompagnés de même à la fin de la croisière. La totale, quoi ! Le grand jeu ! Trepp, entrepreneur plutôt douteux, également en cheville avec Michael Milken un « junk-bond trader » de chez Drexel Burnham Lambert, accusé en 1990 d’avoir fraudé le fisc pour 900 millions de dollars .. et ayant hérité pour ça de 10 années de prison (il n’en n’avait fait que deux !). Mais un fin négociateur, capable d’embobiner la CIA (on l’a vu) et le premier gouverneur venu. Tel Gibbons, qui va finir par y perdre sa carrière politique…

Une soirée fructueuse, à bord du paquebot, en fait pour lui : une dépense en forme d’investissement pur et simple, à fort court terme, pour l’ineffable Trepp. La même année, en effet, sa société logicielle, baptisée logiquement « eTreppid » héritait fortuitement d’un contrat mirobolant de 30 millions de dollars sur 5 ans accordé par le U.S. Special Operations Command (USSOCOM). C’était le 16 eme rang des contrats du Pentagone, cette année là : il n’y avait pas eu de concurrence pour l’offre, car c’était un de ces fameux « no bid contracts » si décriés aujourd’hui. Pour tout le monde, un cadeau signé Gibbons, bien entendu. Apporté sur un plateau. Le sujet du contrat était d’un flou extraordinaire : il consistait en la fourniture, paraît-il, au Pentagone, d’un « logiciel de reconnaissance d’objectifs, de compression et de transmission d’images ou de données via satellite » … dont personne n’a encore vu la couleur au moment de la signature, ni la moindre démonstration. Un « vaporware » complet, comme on dit en informatique. Sachant l’origine, on songe aussitôt à une resucée complète du coup des vidéos trafiquées d’Al-Jazzerah, cette nouvelle histoire de « reconnaissance » replacée encore une fois ? Pas loin de ça en effet : sur les 30 millions versés, la firme avouera en avoir dépensé 12 en recherches… sans déboucher sur la moindre application concrète.

Les croisières et les voyages en 727 offerts par Trepp ont du bon… elles ont réussi à faire acheter 30 millions de dollars du vent… complet. Trepp se vante partout que son logiciel miracle est destiné à être utilisé sur les drones Predator, alors en pleine montée en puissance au Pakistan… alors qu’il ne les équipera jamais. Son soft ne marche pas, et certains le savent depuis longtemps déjà… mais d’autres semblent ignorer totalement que c’est le même que celui permettant soi-disant de lire les messages secrets d’Al-Jazeera : normal, le contrat passé pour le pseudo-décryptage des vidéos était resté du domaine du secret défense ! De peur du ridicule, diraient les mauvaises langues, habitués aux avions renifleurs et à un Giscard d’Estaing berné.

Aujourd’hui que le scandale est apparu au grand jour, on a une bien meilleure vision de la transaction passée, via les emails présentés par les avocats respectifs….des deux partis en conflit : celui de notre incroyable Montgomery et ceux du gouverneur véreux du Nevada… le premier accusant le second d’avoir reçu deux liasses de 50 000 dollars, le soir même, sur le paquebot, en échange du marché militaire promis. Un autre email de la femme du gouverneur rappelant Montgomery « de ne pas oublier l’argent promis« … on nage en plein contrat sordide, en pleine transaction mafieuse. Ce ne fut pas hélas le seul contrat passé de la sorte. Il y en a eu d’autres, dont un très particulier, signé avec des gens très proches du pouvoir bushien. Montgomery s’est toujours vanté d’être en relation directe avec Cheney... Mais le dernier fut de loin le plus représentatif.

Le dernier contrat signé en 2007 par eTreppid (noté du 28 septembre) est en fait le plus révélateur de la méthode utilisé par ce véritable forban, et accepté par des personnes peu recommandables, car ayant déjà été mouillées dans des scandales mémorables, dont celui de l’Irangate. Ce contrat est signé au nom d’ une opération faisant partie d’un programme plus vaste et bien étrange appelé Big Safari. Un contrat qui est plus que sybillin : la firme signataire (eTrepp donc) s’engage d’emblée à ne rien divulguer à l’extérieur de ce qu’elle fait ou pourrait faire au sein de Big Safari. En réalité, ce fameux projet Big Safari est un vieux plan paravent de l’armée US et de la CIA : il a servi à transformer les avions de la guerre froide en espions visuels puis électroniques… de façon complètement opaque, et en brassant des millions de dollars. C’est un de ces fameux « black projects », véritables gouffres à dollars, qui engloutissent des sommes phénoménales sans que le public puisse savoir à quoi elles sont destinées. Pas moins de 30 milliards de dollars pour l’année fiscale en cours, en 2009 ! Pensez-donc que cela en attire, des escrocs !

Aujourd’hui, il sert à camoufler l’argent mis dans la technologie des explosions à distance des IEDs explosant grâce à des téléphones portables, via des avions comme le EC-135 Joint Star ou les petits bimoteurs Guardrails… mais aussi les C-130s into Combat Talon (MC-130E), Compass Call/Rivet Fire (EC-130H), Commando Solo (EC-130E), l’AC-130H Gunship Special Operations Forces Improvement (SOFI), et le Senior Scout, et à payer un logiciel qui n’a jamais marché, le contrat étant de cinq années… l’homme qui appose sa signature en bas de l’acte n’est autre que avec John Negroponte, celui que l’on a suivi ici depuis une bonne paire d’épisodes, à avoir facilité les pires exactions des escadrons de la mort en Amérique du Sud pour le retrouver négocier avec Musharraf du bon usage des drones au Pakistan, en passant par proconsul d’Irak… d’aucuns disent que le contrat passé consistait aussi à faire ressortir d’autres versements occultes… mais bon, au pays des Blacks Ops, on suppose que tous les chats sont… gris.

Et ce n’est pas tout encore : le logiciel foireux de Trepp, on ne sait s’il a finalement été installé ou non à bord des Predators. Officiellement, non. Logiquement, en effet, il n’a jamais dépassé le stade du prototype, et n’a de toute façon jamais marché correctement dans ses versions antérieures. De toute manière, il n’aurait pas bénéficié d’une meilleure installation que le logiciel de transmission de données actuel qui permet d’avoir l’image à plus de 15 000 km de la zone survolée par le drone. Pour satisfaire à la vitesse de transmission nécessaire, et éviter les temps de latence des corrections de trajectoire faites au joystick, le fabriquant du drone à dû faire des choix drastiques. En l’occurrence, faire l’impasse sur le cryptage-décodage des données échangées… qui ralentissait trop le débit, laissant un trou béant de protection logicielle découvert par les Talibans, aujourd’hui capable de faire écraser les drones à … 4,5 millions de dollars avec un simple ordinateur, une parabole et le logiciel SkyGrabber à 25.95 dollars (18 euros) ! On retombe presque sur le détournement de l’usage du téléphone satellitaire de Reyes et de Ben Laden ! Un logiciel à 26 dollars d’origine ukrainienne (! !!) devenu l’arme fatale pour descendre la merveille de technologie américaine tant vantée par le responsable des armées, Robert Gates, qui n’a eu de cesse d’en faire la promotion à la place des F-22 (pas mieux dotés pour causer avec les opérateurs au sol ou les autres avions !)… une stupidité sans nom, une tare technologique que pas un seul observateur n’aurait osé imaginer. Tout le monde savait pourtant depuis 1990 que le flux descendant du satellite renvoyant les images du Predator ne pouvait être encrypté ! Après les faux logiciels incapable de reconnaître les cibles, les vrais, incapables de se protéger de la moindre intrusion logicielle et piratables à merci ! Les russes captent donc depuis toujours les images des Predators américains. On s’était un peu étonné de leur retard en la matière, qui les a obligé de se rapprocher des israéliens pour fabriquer des drones : le manque de protection de données des engins américains a peut être joué un rôle dans leur relative lenteur à s’équiper…

En fait, notre escroc de haut vol, si on peut l’appeler ainsi, vend le même logiciel depuis toujours : en 1998, sa toute première « invention » était un soft qui convertissait les bandes vidéos de surveillance des casinos (*2), comme ceux de Reno et de Las Vegas (il le vendra aussi chez General Electric) en base de données facilement archivable, avec reconnaissance des visages au passage. C’est toujours le même procédé, cinq ou dix ans après, transformé en reconnaissance d’images cryptées chez Al-Djazeerah ou de reconnaissance de cibles pour Predators. Et toujours le même fiasco : les casinos cités ont assez vite laissé tomber le procédé, jugé pas assez fiable. Le procédé n’a jamais été réellement efficace, en fait : pour arriver à placer son incroyable bobard du décryptage des images de télévision d’Al-Djazeera, notre homme trichait, bien entendu : son logiciel sortait des coordonnées qu’il avait introduit lui-même auparavant. Il n’a jamais réussi à refaire l’expérience devant un parterre de militaires convoqués pour le regarder fonctionnement. Exactement le coup des avions renifleurs en France (voir plus bas).

En 2004, il devient pourtant « Eaglevision », et s’annonce cette fois comme étant un système inédit de transmission satellitaire… or personne n’est allé vérifié une chose : en 1994, Matra Cap Systems proposait le même nom pour un procédé aux fonctions similaires… comblant les manques criants apparus durant l’opération Desert Storm !!! On ne sait si les deux Eagle Vision se sont croisés un jour, en tout cas la similitude est fort étrange. Eagle Vision n’a rien de transcendant, pour afficher les photos satellites et les cartes, il utilise bêtement Falcon View, un logiciel sous Windows du Georgia Tech Research, créé en 1993 et vraiment utilisable en 1994, disponible en open source depuis juin 2009 seulement. En fait rien de révolutionnaire. Mais vendu 30 millions de dollars quand même à l’armée ! Voilà qui ressemble fort au logiciel de fabrication de cartes vendu des millions à la CIA pour faire les plans du Canal de Panama, décrit ici aussi, en fait un logiciel allemand à peine modifié vendu une fortune… même procédé, et même détournement colossal des fonds de l’Etat !

Quant à Montgomery, à vrai dire, ces ennuis le poursuivent, décidément, au même titre que son logiciel raté tant vanté . Après l’épisode Trepp, le voilà débarqué dans une entreprise fondée par la richissime divorcée Edra Blixseth… à qui il a réussi à vendre le même logiciel tant vanté (3), toujours le même… or cette dernière, un peu plus futée peut-être que d’autres, ou simplement observatrice, clame depuis partout que le fameux logiciel ne marche pas du tout. On s’en serait un peu douté, a force. Ce qui ne semble pas plaire à notre héros du jour, Mongtgomery criant à la divulgation d’information secrète… oubliant qu’en le vendant une nouvelle fois, il venait lui-même de briser le contrat exclusif signé avec John Negroponte ! On peut être blonde, riche et être plus subtile que la CIA, aux Etats-Unis ! Une petite maligne, pensez-donc, que celle-là, qui a réussi il est vrai à divorcer sans avocat… et à en sortir avec un très belle part du gâteau, au pays des avocats, il faut le faire !

(1) « Montgomery was CTO of Reno-based eTreppid Technologies, which produced bucketloads of data purported to represent “geographic coordinates and flight numbers” hidden in these broadcasts. All of which, it seems, was hokum, finally debunked in cooperation with a branch of the French intelligence service — but not, says the article, before the fabricated information, chalked up to “credible sources,” was used as justification to ground some international flights, and even evacuate New York’s Metropolitan Museum of Art. »

(2) « Mr. Trepp jumped into the technology boom in 1998, founding eTreppid in Reno with Mr. Montgomery, a software developer who served as chief technology officer, according to court papers. Its first product converted casino-surveillance tapes into digital data that could be stored and searched, based on data-compression and pattern-recognition software written by Mr. Montgomery. It was tested in casinos in Reno and Las Vegas and was eventually licensed to a unit of General Electric Co., in 2002. »

(3) « Gibbons touted several defense contracts June of that year, including eTreppid. He stated that eTreppid : « allows higher- quality automatic target recognition from compressed video information. This technology can be integrated into the Predator, operated from Indian Springs Air Force Auxiliary Field, 35 miles northwest of Las Vegas. »


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Pétition contre Loto-Québec, les casinos virtuels et le jeu en ligne

Conseil québécois du jeu sécuritaire et la Coalition EMJEU

Raymond Viger Dossiers Gambling et jeu compulsif, Loto-Québec

loto-québec jeu en ligne conférence de presse casino virtuel gambling jeu compulsif EMJEU est  une coalition de citoyens et de citoyennes préoccupés par le manque d’éthique du gouvernement et de Loto-Québec dans leur gestion des « jeux » de hasard et d’argent. Cette coalition est le résultat d’une démarche citoyenne.

Depuis deux ans, Alain Dubois, membre de la coalition EMJEU, mentionne sur toutes les tribunes que:

Loto-Québec se prépare à offrir des jeux en ligne de type casino et souhaitait rajeunir sa clientèle. Alain Cousineau ainsi que les représentants de Loto-Québec ont toujours nié avoir ces intentions, et ce, même si une équipe y travaillait depuis plus de deux ans et que des programmeurs issus du monde des jeux vidéo (gaming) avaient été engagés par sa filiale Ingenio.

Le 3 février dernier, Alain Cousineau de Loto-Québec organise avec le ministre des Finances Raymond Bachand annoncent en conférence de presse que Loto-Québec va lancer en septembre prochain des jeux en ligne.

Devant cette incohérence entre le déni de Loto-Québec pendant deux ans et ce lancement du casino virtuel de Loto-Québec, la Coalition Emjeu demande à l’assemblée nationale de faire circuler une pétition contre le jeu virtuel que Loto-Québec veut instaurer pour septembre prochain.

Cette pétition visant Loto-Québec est maintenant en ligne sur le site de l’assemblée nationale.

La pétition demande:

De créer un organisme indépendant relevant de l’Assemblée nationale et composé principalement d’intervenants publics, de chercheurs de la santé publique et d’universitaires (sans aucun lien avec Loto-Québec et sa fondation).

Cet organisme, serait responsable de coordonner l’ensemble des efforts de prévention, d’étude, de recherche et de proposer des mesures concrètes visant à réduire la dangerosité des jeux de hasard et d’argent dans la population.

J’encourage fortement tous les citoyens à se prononcer et demander la création de cet organisme.

Merci pour votre soutien et votre implication.

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Classé dans Actualité, économie, Raymond Viger