Archives quotidiennes : 1 avril 2010

L’arnaque

Philippe David.

Il n’y a pas très longtemps, dans mon billet «Le pays de la responsabilité fiscale», je dépeignait un tableau plutôt alarmant de l’endettement des ménages au Canada. Dans sa chronique, Richard Martineau fait un constat similaire, tout en concluant:

La vérité est que nous sommes extrêmement mal placés pour faire la leçon aux gouvernements. Comme eux, nous dépensons trop, sommes beaucoup trop endettés et avons les yeux plus gros que la panse…

Jusqu’à un certain point, il a raison. Nous surconsommons et nous nous endettons pour le faire. Si nous sommes conséquents, nous reconnaitrons notre part de responsabilité dans la chose. Mais il existe tout de même une bonne explication pourquoi collectivement nous agissons ainsi. C’est parce que l’élite dirigeante le veut ainsi.

Pensez-y. Combien de fois entend-on les politiciens nous encourager à consommer pour faire tourner l’économie? Lorsque nous tombons en récession, ils sont là à nous dire: «Dépensez, dépensez, dépensez!» Cette mentalité provient de la croyance erronée que les récessions sont causée par une baisse de la demande agrégée et que nous devons absolument renflouer cette demande coûte que coûte. Les politiciens adorent ce genre de chose parce que ça leur permet de passer pour des héros avec leurs plans de relance. La réalité est que la reprise éventuelle dont ils s’accaparent le mérite aurait eu lieu de toute façon. Même qu’elle aurait probablement eu lieu plus tôt.

La seconde raison est que les taux d’intérêts sont artificiellement bas. Ils sont particulièrement bas présentement, mais ils ont presque toujours été plus bas qu’ils ne l’auraient normalement été si les banques centrales de ce monde cessaient de les manipuler pour «stimuler» l’économie. Cette stimulation artificielle par le crédit facile encourage justement l’endettement et décourage l’épargne. À quoi bon épargner si les taux d’intérêt sont dérisoires et que par opposition, le crédit est relativement peu coûteux? Dans un marché libre, les taux d’intérêt seraient fixés selon la disponibilité d’épargnes réelles pour financer les crédit, ce qui naturellement donnerait des taux plus élevés qui stimulerait l’épargne et limiterait la demande de crédit à ceux qui en ont vraiment besoin. En effet quel mal y a-t-il à économiser un peu avant de se payer quelque chose? Pourquoi doit-on essayer de tout avoir tout de suite? Si les taux d’intérêt étaient plus élevés, la question ne se poserait pas.

Est-ce que l’économie souffrirait si on changeait cette façon de faire? Il y aurait très certainement des répercussions à court-terme pendant que l’économie se réajuste, mais à long-terme, une économie fondée sur l’épargne aurait une base plus solide qu’une économie gonflée au crédit facile de l’argent créé à partir de rien. Nos politiciens, guidés par certains idiots avec des prix Nobel, croient que l’économie doit être constamment stimulée un peu comme un athlète qu’on pompe aux stéroïdes. Sauf qu’à la longue, l’athlète finit par claquer. Bientôt, il sera au bord de l’overdose.

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