Archives quotidiennes : 7 avril 2010

Les papas des clefs à mollette

Gaëtan Pelletier

«Posséder, c’est être possédé.»

André Lavoie

Parole de Randonneur

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Amnios : La plus interne des membranes qui enveloppent le foetus. [L’enfant] était moins comprimé dans l’amnios qu’il n’est dans ses langes. [Rousseau, Émile, ou De l’éducation] Dictionnaire Reverso

C’est pour ça qu’on a frotté la lampe.  Produire en masse des objets sur mesure apparaît comme la quadrature du cercle, mais c’est néanmoins ce qu’il veut.

Le rêve d’Aladin Pierrre JC Allard, Nouvelle Société

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Il en est qui adoptent des chinois, des mexicains, de petits abandonnés qui abondent au coin d’une rue de la Terre. Il y en a d’autres qui sont victimes de ce miroir aux alouettes de la société d’abondance : alors ils élèvent des objets.

Dans un monde où la culture du nombril fait son œuvre, il existe des éleveurs de nombrils : on vous vend tout le kit pour devenir indépendant alors que vous devenez esclave de vos objets et des têtes à claque de la finance.

On en élève, et beaucoup d’entre eux sont nourris à l’huile. C’est étrange comme on finit par s’inquiéter de sa progéniture d’objets, ils finissent par devenir vos enfants métalliques et vous un caoutchouté, un bon pneu pour faire rouler votre argent jusqu’en Suisse ou ailleurs.

Vous êtes le chauffeur d’une limousine qui ne mène nulle part.

Et vous ne connaissez mal votre passager argenté…

Vous risquez de passer votre vie à dormir au volant.  Avant que le  forfétaire du capitalisme soit mis à découvert. La route est longue…

Il y aura toujours une élite qui veut partir avec la caisse.

Le   DIY Wiki

Le «do-it-yourself»,  tel que décrit par Wiki a une consonance positive. La société, de par son armée de ventrus cravatés, ces limbes du monde, vendeurs de chars, vous volent ce que vous avez de plus beau : votre liberté. Après être passé par le tordeur de la machine à faire de vous le parfait citoyen, il ne reste de vous que les cendres d’un humain : c’est comme se faire incinérer le cerveau avant de mourir.

La recette du vendeur est simple : vous convaincre que vous êtes libre et indépendant dans un monde où chacun est un monde en soi. Plus besoin du plombier, de l’électricien, de l’ouvrier ou du peintre : vous êtes tout à la fois, et fier de l’être comme quand on reçoit une montre à Noël. Dans la société de consommation, c’est Noël à tous les jours.

Le père Noël habite le pôle Ouest, à droite du pôle Est…

Ça dépend où se situe votre cheminée…

Une fois que vous avez ramassé tout le kit du parfait bricoleur et que vous faites tout vous même, votre appétit de posséder grandit. Vous vous retrouvez donc avec une panoplie d’objets à entretenir, à réparer, à changer. Et quand on connaît la manière de faire du vendeur qui rétrécit la durée de vie des objets, outils, on finit par sortir la calculette pour se rendre compte que les cases du débit et du crédit sont pipées.

En plus, vous êtes éreintés… On nomme cela un passe-temps…

L’éleveur s’inquiète de sa progéniture mécanique

Inquiétude : Inconstance d’humeur qui fait qu’on ne demeure pas content de ce qu’on est ou de ce qu’on a. ( Reverso)

Notre homo-consommus ( latin du Bas-du-Fleuve…) finit par développer un rapport homme-objet où la différence entre consommer et consumer est inexistante. Qui plus est, il développe une nouvelle maladie : l’inquiétude et le stress face à cet arsenal d’outils. La «satisfaction» fait place à une déconcertante perversion : il se ronge les ongles pour ses possessions.

Tout le monde veut son cabanon pour fourrer tout ça. D’autre un garage, un gros garage… Parce qu’ils ont tout. Et quand on a tout, on veut le garder. ( Voir Freud sur la manière de gérer sa production de compost).  Et pour le garder, il ne faut pas trop l’utiliser : sinon ça use. Et comme disait Yvon Deschamps dans un de ses monologues : «Personne ne touche à mes outils, même moi j’y touche pas».

Et pour avoir tout ça, il faut se passer d’enfants : c’est ruineux.  On ralentit la cadence de production du vivant en passant de 2,6  à 1,3 de moyenne par couples. Et les couples passent à la vitesse des objets.

De la  « back-house»  aux  dogmes

Ce n’est pas une leçon sur la manière de vivre que je soumets, c’est une réflexion sur la manière dont la société a été forgée pour nous faire vivre d’une unique façon.

Pour ma part, j’ai finit par retourner à l’essentiel en me questionnant sur tous les objets qui m’entourent, leur véritable utilité… Et, surtout, cet  appauvrissement qu’on nous vend dans un troc forcé entre la machine et le vivant.

La «normalité» est une notion de moyenne. Le consumérisme vous coupe les extrémités et vous boudine tout ça en une pelote de nerfs agités qui finissent par empoisonner des vies.

C’est là où nous en sommes…

Plus on empile les avoirs, plus il est difficile de voir la couche solide qu’il y a en dessous qu’on pourrait qualifier  de «nécessités».

C’est comme ça que je me suis livré, il y a quelques semaines, à un exercice : voir ce que je ne voyais plus.

J’ai découvert deux choses : les toilettes et l’eau courante.

Le reste consiste en quelques luxes qui appartiennent à chacun.

Dont celui de se débarrasser des outils… Et des vendeurs de cette drogue du consumérisme.

P.S. : Le Time Magazine nous indique que nous devrions être indulgents envers le gouvernement et lui faire confiance puisqu’il ne travaille que pour le bien collectif, nous implorant du même souffle d’être patient… François Marginean, Les 7 du Québec

Il nous faudra plus qu’un garage de clefs à mollette pour s’outiller contre ces manipulateurs.

Les outils de nos garages ne sont qu’un outil de leur garage.


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