Les papas des clefs à mollette

Gaëtan Pelletier

«Posséder, c’est être possédé.»

André Lavoie

Parole de Randonneur

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Amnios : La plus interne des membranes qui enveloppent le foetus. [L’enfant] était moins comprimé dans l’amnios qu’il n’est dans ses langes. [Rousseau, Émile, ou De l’éducation] Dictionnaire Reverso

C’est pour ça qu’on a frotté la lampe.  Produire en masse des objets sur mesure apparaît comme la quadrature du cercle, mais c’est néanmoins ce qu’il veut.

Le rêve d’Aladin Pierrre JC Allard, Nouvelle Société

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Il en est qui adoptent des chinois, des mexicains, de petits abandonnés qui abondent au coin d’une rue de la Terre. Il y en a d’autres qui sont victimes de ce miroir aux alouettes de la société d’abondance : alors ils élèvent des objets.

Dans un monde où la culture du nombril fait son œuvre, il existe des éleveurs de nombrils : on vous vend tout le kit pour devenir indépendant alors que vous devenez esclave de vos objets et des têtes à claque de la finance.

On en élève, et beaucoup d’entre eux sont nourris à l’huile. C’est étrange comme on finit par s’inquiéter de sa progéniture d’objets, ils finissent par devenir vos enfants métalliques et vous un caoutchouté, un bon pneu pour faire rouler votre argent jusqu’en Suisse ou ailleurs.

Vous êtes le chauffeur d’une limousine qui ne mène nulle part.

Et vous ne connaissez mal votre passager argenté…

Vous risquez de passer votre vie à dormir au volant.  Avant que le  forfétaire du capitalisme soit mis à découvert. La route est longue…

Il y aura toujours une élite qui veut partir avec la caisse.

Le   DIY Wiki

Le «do-it-yourself»,  tel que décrit par Wiki a une consonance positive. La société, de par son armée de ventrus cravatés, ces limbes du monde, vendeurs de chars, vous volent ce que vous avez de plus beau : votre liberté. Après être passé par le tordeur de la machine à faire de vous le parfait citoyen, il ne reste de vous que les cendres d’un humain : c’est comme se faire incinérer le cerveau avant de mourir.

La recette du vendeur est simple : vous convaincre que vous êtes libre et indépendant dans un monde où chacun est un monde en soi. Plus besoin du plombier, de l’électricien, de l’ouvrier ou du peintre : vous êtes tout à la fois, et fier de l’être comme quand on reçoit une montre à Noël. Dans la société de consommation, c’est Noël à tous les jours.

Le père Noël habite le pôle Ouest, à droite du pôle Est…

Ça dépend où se situe votre cheminée…

Une fois que vous avez ramassé tout le kit du parfait bricoleur et que vous faites tout vous même, votre appétit de posséder grandit. Vous vous retrouvez donc avec une panoplie d’objets à entretenir, à réparer, à changer. Et quand on connaît la manière de faire du vendeur qui rétrécit la durée de vie des objets, outils, on finit par sortir la calculette pour se rendre compte que les cases du débit et du crédit sont pipées.

En plus, vous êtes éreintés… On nomme cela un passe-temps…

L’éleveur s’inquiète de sa progéniture mécanique

Inquiétude : Inconstance d’humeur qui fait qu’on ne demeure pas content de ce qu’on est ou de ce qu’on a. ( Reverso)

Notre homo-consommus ( latin du Bas-du-Fleuve…) finit par développer un rapport homme-objet où la différence entre consommer et consumer est inexistante. Qui plus est, il développe une nouvelle maladie : l’inquiétude et le stress face à cet arsenal d’outils. La «satisfaction» fait place à une déconcertante perversion : il se ronge les ongles pour ses possessions.

Tout le monde veut son cabanon pour fourrer tout ça. D’autre un garage, un gros garage… Parce qu’ils ont tout. Et quand on a tout, on veut le garder. ( Voir Freud sur la manière de gérer sa production de compost).  Et pour le garder, il ne faut pas trop l’utiliser : sinon ça use. Et comme disait Yvon Deschamps dans un de ses monologues : «Personne ne touche à mes outils, même moi j’y touche pas».

Et pour avoir tout ça, il faut se passer d’enfants : c’est ruineux.  On ralentit la cadence de production du vivant en passant de 2,6  à 1,3 de moyenne par couples. Et les couples passent à la vitesse des objets.

De la  « back-house»  aux  dogmes

Ce n’est pas une leçon sur la manière de vivre que je soumets, c’est une réflexion sur la manière dont la société a été forgée pour nous faire vivre d’une unique façon.

Pour ma part, j’ai finit par retourner à l’essentiel en me questionnant sur tous les objets qui m’entourent, leur véritable utilité… Et, surtout, cet  appauvrissement qu’on nous vend dans un troc forcé entre la machine et le vivant.

La «normalité» est une notion de moyenne. Le consumérisme vous coupe les extrémités et vous boudine tout ça en une pelote de nerfs agités qui finissent par empoisonner des vies.

C’est là où nous en sommes…

Plus on empile les avoirs, plus il est difficile de voir la couche solide qu’il y a en dessous qu’on pourrait qualifier  de «nécessités».

C’est comme ça que je me suis livré, il y a quelques semaines, à un exercice : voir ce que je ne voyais plus.

J’ai découvert deux choses : les toilettes et l’eau courante.

Le reste consiste en quelques luxes qui appartiennent à chacun.

Dont celui de se débarrasser des outils… Et des vendeurs de cette drogue du consumérisme.

P.S. : Le Time Magazine nous indique que nous devrions être indulgents envers le gouvernement et lui faire confiance puisqu’il ne travaille que pour le bien collectif, nous implorant du même souffle d’être patient… François Marginean, Les 7 du Québec

Il nous faudra plus qu’un garage de clefs à mollette pour s’outiller contre ces manipulateurs.

Les outils de nos garages ne sont qu’un outil de leur garage.


8 Commentaires

Classé dans Actualité, Gaëtan Pelletier

8 réponses à “Les papas des clefs à mollette

  1. Génial ! Je plusse… C’est comme ça que j’aurais aimé dire ceci:

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/15/la-societe-obese/

    Pierre JC Allard

  2. Le père Noël habite le pôle Ouest, à droite du pôle Est…
    Nan nan Gaetan, la maison du Père Nowel est à 1/2 milles de chez moi !!
    ==> http://www.lamaisonduperenoel.com

  3. @PJCA,
    Ne changez rien à votre article. Il est superbe… Je l’ai lu je ne sais combien de fois.
    Nous devons « tout » posséder… Tellement que l’idée d’avoir des plaisirs gratuits ne nous passent plus par la tête… On nous vend l’idée qu’il faut payer pour avoir un certain plaisir. Et plus c’est cher, plus c’est plaisant. Le message est là. Partout.

    Et je déteste l’entretien de tout ce bordel. Si quelqu’un s’amusait à compter ce que cette machinerie coûte en temps réel tout au long d’une vie, nous serions surpris de savoir combien de temps, d’énergie, d’inquiétude, nous avons passé.
    @ Marc,
    Je sais maintenant où habite le Père Noël… Tu es chanceux, tu n’as qu’à demander… 🙂
    P.S.: Le plus étrange dans tout ça est que les moins nantis rêvent de tout avoir – même le ventre plein et une vie simple mais heureuse – ce qu’ont les riches. Les vrais. Ceux qui passent en boucle par leurs réussites sur certains canaux spécialisés de la télé.
    Nous sommes lessivés pas à peu près…

  4. iota

    Excellent article, merci de me sortir de ma torpeur!

    Vous dénoncez une réalité omniprésente et englobante tellement grande, qu’on ne la voit même plus parce-que nous sommes vidés. Très peu de gens on la capacité de s’éloigner suffisamment de leur emprise pour graduer d’un niveau et chapeauter leur conditionnement. Nous ne cherchons plus à comprendre les choses, nous n’avons plus le temps, nous jugeons selon un barème appris. Nous passons presque tout notre temps libre seul dans notre monde virtuel cybernétique ou télévisuelle. Bien sûr nous sommes égoïstes. Mais le fait de ne pas avoir d’enfants me dérange moins que de ne pas considérer l’environnement dans lequel va évoluer tous les enfants du monde. Nous vivons dans notre pollution en l’ignorant car elle ne nous touche plus, elle nous tue à petit feu comme une grenouille dans une marmite.

    Nous n’avons plus la force de réfléchir sur notre condition. Nous sommes trop sollicités. Nous nous croyons libre alors que nous sommes des esclaves de ce qu’on nous dicte comme normal, comme conforme à la société, à la satiété de consummation.

    Je crois encore au genre humain, au génie humain. Mais je ne trouve pas que nous évoluons dans la bonne direction et cela me préoccupe. Les principes de la jungle sont très fort, nous sommes encore des animaux.

  5. J’ai parfois l’impression d’insulter au malheur des pauvres quand je dis – en chuchotant – qu’après un vie de remarquable prodigalité j’en suis maintenant à vivre avec moins que le salaire minimum… et sans en avoir le moindre regret. Mes désirs ont simplement diminué encore plus vite que mes moyens… !

    Je n’en parle donc jamais. Pourtant, le repli sur l’essentiel est l’ arme de « destruction passive » la plus fatale au capitalisme.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/17/le-subtil-intangible/

    PJCA

  6. iota

    J’ai été assez maso pour compléter un BAC en Marketing! J’en suis venu à détester la chose. Un des principes que j’ai retenu, c’est la qualité perceptuelle. L’important pour le spécialiste en marketing est de jouer sur la qualité projetée par le produit dans sa publicité et non sur sa qualité réelle. Pour faire du profit à court terme, rien de mieux que donner l’impression par la pub à un produit cheap qu’il est de qualité en le vendant à un prix gonflé. Toute l’industrie qui vivote dans le paraître et le prestige doit utiliser ce stratagème pour survivre. L’industrie du faux, de l’image est payante.

    Je me souviens aussi qu’il y a deux écoles de pensée. Le marketing créer des besoins de toute pièce ou encore il stimule des besoins latents, qui sommeillait en nous en stimulant nos cordes sensibles qu’il a étudié dans son marché cible.

    D’une façon ou d’une autre, il encourage la surconsommation, la pollution et la destruction de notre environnement.

  7. @iota,
    Ouch! Ça fait un peu mal d’entendre tout ça… Mais c’est la vérité.
    « Toute l’industrie qui vivote dans le paraître et le prestige doit utiliser ce stratagème pour survivre. L’industrie du faux, de l’image est payante.  »
    Merci pour votre commentaire.
    @PJCA,
    L’essentiel… Je me souviens de mes années d’université: un matelas et un un minimum de vêtements. C’était le bonheur quasi total…
    Il y a également un grand problème de perception chez certains de nos « pauvres » dans les sociétés riches. J’espère y revenir un jour…
    La « pauvreté » a bien des facettes…
    Il y a, tout près, la culture de l’envie et tout ses ravages intérieurs et extérieurs.
    Si l’école était sérieuse, elle créerait un cours sur cet art dont parle Iota de créer des images. Et surtout, comment y échapper à peu de prix…
    Ce qui nous amène à une réflexion sur les « désirs » qui finissent par être perçus comme des nécessités. On s’adonne au malheur de ne pas tout avoir…
    Les dégâts du marketing est infini… Comme les fidèles en ligne qui attendent leur tour.

  8. iota

    Pour en remettre sur le marketing. Tout est projeté sur l’acquisition, le désir de posséder. L’utilisation et encore moins la réutilisation du produit sont valorisés. Ce qui fait que nous jetons de façon démesuré et sommes la seule créature vivante sur terre qui créer des dépotoirs. Une chance qu’il y a des gens comme William Mcdonough http://www.mcdonough.com/full.htm
    qui design de façon a créer le minimum de déchêts et la réutilisation maximale.

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