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SIDA DE CIVILISATION : Les grandes hypothèses

Yan Barcelo, 17 juillet 2010

(Avec cette série de chroniques « les hypothèses de vie », j’arrive dans les derniers milles de l’essai intitulé SIDA de CIVILISATION que j’ai débuté il y a environ 1,5 an sur ce site. Il s’agit d’un long chapitre qui se composera d’une dizaine de chroniques toutes liées les unes aux autres. Je débute cette deuxième chronique en rappelant le dernier paragraphe de la précédente.)

Y a-t-il une mesure de la validité d’une hypothèse de vie? Il y en a peut-être une, mais elle n’est guère objective. Elle concerne chacun au plus intime de lui-même, dans la façon plus ou moins authentique qu’il contemple sa propre mort. J’ai eu connaissance d’un homme (que je vais identifier du nom fictif de Louis) qui a appris qu’il était affligé d’un cancer très avancé – il en est mort depuis. Louis était un gagnant de la vie. Industriel prospère, il dégageait cet air de succès et de facilité pour qui l’argent ne fait pas obstacle et qui pouvait se payer tous les plaisirs licites de la vie : voyages, vins millésimés, bonne chaire, etc. Sa vie de jeune retraité était tout articulée autour du golf et de ses amis de golf.
Quand on a annoncé à Louis l’état de son cancer, ce fut la panique totale : des nuits blanches de frayeur et de désespoir, les larmes à répétition, la dépression. Il n’avait jamais pensé à sa mort! Et quand celle-ci a surgi, toutes les équations de son « hypothèse de vie » ont été disloquées. Dans les derniers temps avant sa mort, il réussissait par moment à retrouver une certaine sérénité, mais elle semblait précaire. Il est mort dans une condition comateuse, fortement engourdi par la morphine.
On ne peut pas juger de l’hypothèse de vie qui a animé Louis. Certes, il était un homme probe, honnête, bon père de famille, mais sa vie spirituelle semblait à peu près nulle. Son cancer eut-il bénéficié d’une rémission, on peut croire que c’est un côté de sa personne dont il se serait peut-être préoccupé par la suite. Louis a somme toute été heureux dans sa vie terrestre, mais il donne l’impression d’avoir raté sa mort ou, tout au moins, de s’être réconcilié avec elle sur le tard.
Qu’en est-il de cette part invisible de lui, son âme, dans sa destinée cosmique. Est-elle destinée à un état heureux… au paradis, peut-être? On peut lui souhaiter. Mais si sa vie est faite comme celle de tant de gens d’une foule de compromis, de petites lâchetés morales, d’indulgences et de vices secrets, on peut supposer que cette âme – si, bien sûr, l’âme existe – aura un destin moins heureux.
Par ailleurs, une vie spirituelle, même intense, est loin de garantir le bonheur. C’est le cas de cette sainte du 20e siècle, Thérèse de Calcutta, qui malgré une vie de dévouement extrême à l’endroit des plus misérables de la Terre, connaissait dans les dernières années de vie une intense sécheresse intérieure. Voici un extrait de ses cahiers intimes :  » Où est ma foi? Même au plus profond… il n’y a que du vide et de l’obscurité. … Je n’ai pas de Foi. Repoussée, vide, sans foi, sa amour, sans zèle. Toujours en train de sourire, disent mes sœurs. Elles pensent qu’au fond de moi je suis remplie de foi, de confiance et d’amour… Si seulement elles savaient à quel point ma joie n’est qu’un manteau sous lequel je cache le vide et la misère! « .
Aux prises avec son désert intérieur, il est très probable que la sainte de Calcutta ait connu des jours très angoissés à la fin de sa vie, peut-être autant que Louis, peut-être davantage. Il n’est pas du tout certain qu’elle soit morte dans la sérénité. Mais il est permis de croire que sa vie de dévouement et de dévotion lui aura gagné une place, ou tout au moins une trajectoire heureuse dans les dimensions de l’après-vie.

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