Au nom de quelle liberté ?

Yan Barcelo, 30 janvier 2011 (Photo: site Visipix.com)

Nous avons une conception trop limitée et partielle de la liberté. Et cette conception, loin d’être seulement une affaire de théorie et de philosophie désincarnée, a des conséquences extrêmement déterminantes sur l’organisation et l’action sociales.

 Ce thème de la liberté s’est imposé à ma réflexion suite à la lecture dans ce site d’une excellente chronique de Pierre JC Allard (La crise de la liberté en 1000 mots, 17 janvier 2011). Voici un bon moment que Pierre et moi échangeons et discutons et j’ai le plus grand respect, en fait la plus grande admiration, pour sa pensée et, je dirais même, son génie.

 Cependant, le concept de liberté qu’il articulait en introduction à son propos m’a rebuté. Voici ce qu’il mettait de l’avant :

« La liberté, c’est faire ce qu’on veut, jouer à être Dieu en n’acceptant les contraintes ni de la nature ni des autres. La liberté est fonction du pouvoir qu’on possède, puisque c’est toujours le pouvoir qui fait défaut quand on ne fait pas ce qu’on veut. Liberté et pouvoir sont les deux faces de la même médaille. Le corollaire est qu’on est dans un jeu à somme nulle et que le pouvoir des uns pose la limite de la liberté des autres. »

Suite à un bref échange entre nous, il a ajouté ceci :

« La responsabilité n’est pas une « composante » de la liberté, mais une de ses conséquences… Dire que ma liberté n’a pas de frontière, sauf celle dictée par l’ordre de la nature, me semble une évidence. »

 Je distingue deux limitations fondamentales dans ces propos.

a) C’est une vision essentiellement « politique » et « légaliste » de la liberté. Elle limite la liberté à la capacité de faire : je ne suis libre que dans la mesure où j’ai la latitude politique et sociale d’exécuter mon désir pour réaliser soit un besoin, soit un caprice. La notion de liberté se confond ici à celle de pouvoir. Un pouvoir absolu – soit la capacité d’exécuter infiniment mon désir – implique une liberté absolue. Bien sûr, si on demeure dans une aire plus restreinte de la notion de liberté, cette dimension de la liberté réfère à l’époque où le citoyen, aux prises avec l’arbitraire tyrannique des aristocrates, cherchait à s’en libérer.

Cette dimension de la liberté que met de l’avant Pierre Allard est certes très réelle et valable, mais elle n’en est que la partie la plus visible et je dirais même la plus superficielle. 

b) Cette notion de liberté repose sur une profonde erreur anthropologique, une erreur que nous avons héritée, je dirais, de la pensée anglo-saxonne. Cette erreur consiste à percevoir l’individu, à la base, comme un pur agent détaché et sans ancrage, un atome ou un « électron libre » qui, à loisir, oriente ou tente d’orienter son action selon une sorte de décision souveraine et dégagée de toute amarre. Ce n’est qu’après coup que cet agent libre choisit ou non de s’inscrire dans le vaste réseau des appartenances et enracinements sociaux. 

Dans une telle vision de la liberté, il est certain que la responsabilité ne vient que se greffer dans un deuxième temps à l’exercice de la liberté. Et je crois que c’est faux. La responsabilité fait intrinsèquement partie de la liberté, mais elle en constitue la face cachée, et plus profonde. Voici pourquoi.

La conception de l’agent libre et autarcique posé a priori avant tout engagement social, politique, économique et spirituel est un leurre. Notre humanité est pétrie, dès le départ, de tout le bagage acquis des mains d’autrui. Sans autrui, sans toute l’histoire humaine que les autres m’ont transmise, je ne suis strictement rien, tout au plus une sorte d’humain-loup coupé de tout langage, de toute articulation, de tout moyen de gagner ma subsistance, de toute possibilité de réaliser une œuvre. Pensons simplement au langage et à l’écriture; ces outils fondamentaux que l’humanité a mis des dizaines de milliers d’années à acquérir, ils m’ont été inculqués en moins d’une dizaine ou quinzaine d’années. Il en est de même tant pour pour ma capacité de planter un clou que pour celle de résoudre une équation algébrique. 

Je suis, et chacun de nous est, enchassé de façon inextricable à la communauté humaine et nous en sommes totalement tributaires. Or, c’est de ce cosmos commun, comme un tissu intellectuel et spirituel auquel chacun appartient de façon indissoluble, que jaillit la responsabilité. Et c’est à l’intérieur de ce tissu commun que la liberté d’action s’exerce – après coup.

En fait, sur la base de ce cosmos commun, il devient évident que la responsabilité est première et constitue la couche fondatrice sur laquelle émerge, dans un deuxième temps, la liberté. Tous les instruments et les institutions de la vie me sont transmis en premier lieu par les humains, et c’est seulement après coup que j’exerce parmi ces instruments et véhicules ma liberté de choix et d’action. 

Les sociétés anciennes, tant en Occident qu’en Orient, ne s’y sont pas trompées en comprenant la société en premier lieu non pas comme un enchevêtrement inextricable de libertés et de droits, mais comme un tissu de responsabilités et de devoirs. Ce n’est que très tardivement, grâce à la réflexion chrétienne sur le message évangélique durant le Haut Moyen-Âge, que nous avons élaboré une philosophie totalement originale et inédite des droits et libertés individuelles.

Il en a émergé le discours tout à fait légitime de la liberté du citoyen, libre d’exercer son action sans craindre l’arbitraire et la répression d’un État oligarchique constitué autour des seuls intérêts des puissants. Ce fut la naissance de nos démocraties modernes. Et encore une fois, cette dimension de la liberté, est tout à fait justifiée, légitime et nécessaire.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier la dimension qui précède la liberté d’action : c’est le libre arbitre. C’est la possibilité intérieure, dans l’intimité et le « silence articulé » de la conscience, de choisir entre l’action bonne et l’action mauvaise, entre l’action égoïste et l’action responsable. 

La notion prévalente de liberté en tant que liberté d’action, notion sœur de celle de pouvoir, nous a lentement orientés vers une myopie qui nous fait voir la liberté comme s’exerçant seulement dans l’aire du choix gratifiant et égoïste, tandis que le choix qui s’exerce en faveur de la responsabilité et du devoir est vu comme une contrainte et une obligation. C’est une vue très adolescente de la liberté.

Car, au-delà de la liberté qui nous fait opter pour l’action qui nous gratifie ou qui exalte notre sensation de pouvoir, il y a une liberté plus noble et plus grande : c’est la liberté de choisir la voie responsable, celle du bien commun, que nous commande d’emprunter le libre arbitre à la lumière de la conscience. En fait, c’est la première et la plus haute liberté : celle qui nous fait reconnaître notre appartenance à la communauté humaine et qui nous engage dans son soutien et son affirmation.

(Je traiterai la semaine prochaine des conséquences néfastes qui découlent de notre vision partielle et unilatérale de la liberté.)

21 Commentaires

Classé dans Actualité, Yan Barcelo

21 réponses à “Au nom de quelle liberté ?

  1. Jean-Marie De Serre

    La  »LIBERTÉ » , le 30 janvier 2011 , ce serait de pouvoir commenter librement et en tout respect un ou une qui commente ou qui blogue.

    Je ne sais depuis combien de temps que j’essaye de dire à Céline ce qui suit et je me suis remis à jour. Vous parlez de Liberté la dernière partie de ce commentaire va vous dire à propos de  »LIBERTÉ ». === Liberté d’expression au Québec ? Allo……Est bonne , est bonne ,est bonne ainsi que les 2 autres précédentes.

    Par contre vous avez dit quelque part : quin toé!!!!

    Le nouveau marié , aurait dû savoir que le neuf c’est du vide et si t’en en pas juste assez long pour aller lui zigonner le cul-de-sac juste comme elle aime car trop long ça lui fait mal , il va se faire flossher lui aussi. === Quin toé.

    Ce qu’il ne sait pas le nouveau marié , c’est que ça se passe les 2 premiers pouces ou au fond ou presque , je vais demander à Mélanie.

    Si cela s’affiche comme commentaire , laissez-moi vous dire Madame C-Moi que si vous n’êtes pas habiles avec les machines , moi je ne le suis pas du tout avec le Web. Ce commentaire remonte au temps de : quin toé !!!.

    Alors si cela s’affiche , permettez que je me remette à jour.

    Le commentaire plus haut la machine vous a dit 60 ans , moi je viens de faire un test Japonais et le résultat 120 ans. Ben j’ai dit weillons-donc sacrament , ça se peut pas. J’ai recommencé et le test a encore donner 120 ans. === Cela fait que comme je crois que je suis dans l’autre vie , j’aimerais vous dire , que j’ai un vieil oncle qui a fait la guerre de 1945 qui m’a dit un jour , on part gelé et si on a la chance de revenir , on est encore plus gelé. Il tremblait lorsqu’il en parlait.

    Imaginez les soldats du 30 janvier 2011 , ils savent que  »DIEU » n’a aucun rapport avec la guerre……

    Donc encore gelé en partant et encore plus gelé en revenant et de plus ils ont mangé du Mc Donalds , Hi,Hi’hi »,,,,,,,,,
    J.M.D.S.

  2. jiB)-

    On dit souvent : la liberté s’arrête où commence celle des autres.

    Mais pour plus de justesse (et de justice), faisons évoluer la langue (support de la culture) : La liberté se prolonge par celle des autres.

  3. je vais demander à Mélanie.
    Elle est-tu jolie la tite mélanie??? 🙂

  4. Jean-Marie De Serre

    JIB)- et Sombredereliction , vous faites pitié.
    JIB tu dis : on dit souvent : la liberté s’arrête où commence celle des autres. pourrais-tu élaborer ? === On ne l’a pas dit souvent pan toutte , mais pas pan toutte , car c’est moi qui ai écris cela ou quelque chose du genre.

    Sombredéréliction tu dis : »ELLE  » est-tu jolie la tite-Mélanie ??? === Je ne peux que te dire que oui…. Physiquement et intellectuellemenmt ,  »ELLE » pesait 230 livres et était la blonde à J. === Quand  »IL »n’était pas là , est-ce qu’on pouvait m’empêcher de la  »GOSSER » ? Elle fesait un travail pour se faire gosser. === Il y en a eu 735 autes avant ‘ELLE »et j’ai toute donné leur prénom quelquepart.

    Tant qu’à toi Sombredéréliction , aucune d’entre  »ELLES » , tu ne leur arrive à la cheville.
    Jean-Marie De Serre.

  5. Malgré que je soie un bulldozer en rut, je n’aurais jamais pensé à dire un tel truc.

  6. Je parle du commentaire précédent, pas du billet.

  7. « Je ne suis vraiment libre que si tous les hommes sont libres » (Bakounine)

  8. @JMDS
    Vous , me procurez les plus délicieux fou-rires sur ce site! Merci. 😆

  9. Maintenant il vous reste à élaborer un peu plus sur les formes de la divine Mélanie! 😆

  10. J’espère qu’elle est ronde! 🙂

  11. Le Carrayo de la Pampa

    Pour ne citer personne et surtout pas Christ0pher Lash : (Culture de masse ou Culture populaire, P.: 11) Si l’exercice de la liberté humaine doit se confondre avec la question des choix d’un consommateur confronté à un marché donné, chacun se retrouve, en effet, légitimement fondé, pourvu qu’il y mette le prix, à exiger qu’une offre corresponde à n’importe laquelle de ses demandes, fut-elle la plus absurde ou la plus immorale. Du point de vue libérale-libertaire, il est parfaitement légitime de défendre jusqu’à ses ultimes conséquences l’idée d’un  » droit de tout sur tout »(selon l’expression de Hobbes), que ce soit, par exemple, le droit d’exploiter librement son prochain, ou d’époser son chien, ou encore de travailler à remplacer le  »vielle homme » par l’homme nouveau, c’est à dire – selon la définition, de nos jours, la plus courament admise – par un  »animal assis qui contemple un écran  » ; remplacement qui constitue, certe un progrés, mais dont la réalisation intégrale semble inclure un certain degré d’assistance chimique, voire, probablement, quelques indispensable modifications génétiques…L’idée que l’homme n’est en dernière instance, qu’un mécanisme compliqué(qu’elle que soit la science appelée à rendre compte de ce mécanisme), représente , en conduisant à son terme logique le travail de désymbolisation impliqué par l’utopie moderniste, un complément épistémologique idéal de l’économie politique. Naturellement cette mécanisation imaginaire de l’homme trouve, à partir d’un certain seuil historique, sa contreprtie dans  »l’humanisation » correspondante de la machine. C’est pourquoi, lorsque la logique de l’émencipation absolue en vient à soustraire l’individu aux dernières contraintes du don(Mass) et de la  »common decency »(Orwell), produisant ainsi toute une série de figures réellement pathologiques comme celle, par exemple, du cyber consommateur moderne, narcissique et autiste, plus rien ne s’oppose à ce que l’homme tombe amoureux de la machine…c’est pour ici ou pour emporter me demanderez-vous…à vous de voir vous répondras ce salaud de carrayo avec sa pampa…

  12. Jean-Marie De Serre

    David Gendron , est-tu capable de rallumer 3 FOIS DANS LA MÊME HEURE ? En 24 heures , n’importe qui peut le faire. === Si tu y parviens en 3 heures , redis-moi où sont tes couilles la 3 ième fois……..

    Sombre Dérilection , Salomon si vous n’êtes pas trop attardé a eu 700  »FEMMES » et 300 concubines , je ne sais combien fut long son règne , mais je ne peux que vous dire : que j’ai djamer à 811 . === Par contre René en a eu 812 , mais lui ne se souvenait pas de leur nom.

    J’espère encore le battre , mais rendu à 63 ans et vu que je ne rallume plus que 2 fois dans la même heure , je vais oublier Salomon.

    Avez-vous vu où vous en êtes rendu ; JIB, sombredereliction et David Gendron ? Pour moi vous égalez le néant. === êtes-vous payer par B’nai Brith 666 , pour foutter le bordel sur les 7 du Québec ?
    Jean_Marie De Serre.

  13. pépé

    Ma foi, c’est la journée du grand rut ? Une idée qui pourrait faire des ptits sur les blogues! Vrai que ça manque de relève….

    B’nai Brith 666 , pour foutter le bordel sur les 7 du Québec ? 🙄

  14. Moi j’attends la réponse de Gendron!
    3 fois en trois heures mon Dave peut-être qu’avec l’aide d’une bulldozette! 😆

  15. Moi je ne crois pas JMDS, pour moi il est resté puceau et c’est pour ça qu’il se raconte ainsi des histoires. Comme on dit, grand parleur petit faiseur… 🙂

    Meigne la Mélanie c’est de l’invention chu sûr de ça.

  16. Jean-Marie De Serre

    Donc revenons à la  » LIBERTÉ  » , cette chronique et celle de Monsieur Allard(La crise de la Liberté,17 janvier 2011) sont à lire et relire. Quoique un peu longue. === Je fais parti du Petit peuple qui habite les limites du rang et les culs-de-sac , cela fait 1o ans que Amicus me fournit la haute-vitesse et j’en arrache. Je M’imagine si je venais d’arriversur le Web…….. Est-ce que l’on écrit que pour la Haute intellectuelle ?
    Je suis sûr que les niaiseries tous les comprennent.
    Jean-Marie De Serre.

  17. Jean-Marie De Serre

    Sombredereliction , j’ai toujours été adepte pour aider mon prochain. === Mais toi et les tiens vous semblez être le nouveau genre de fuckés plus que encore pis yeinck en masse. === Tu dis avoir trollé sur les 7 , mais t’as pas dit les 7 du Québec , faudrait que tu sois plus clair , Avantar. Fucké men.
    J.M.D.S.

  18. OH! Je souffre de souffrir tant de souffrantes incompréhensions! Ô SIDA de bloyes! 😥

  19. Jean-Marie De Serre

    Pour le futur sombredereliction , ce ne sera plus moi qui te fera souffrir , je t’assûre que je ne le ferai plus…….
    J.M.D.S.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s