Système carcéral et maladie mentale

 

Il faut d’abord être instruit et lucide pour prendre conscience des enjeux dont il est question lorsque que l’on se retrouve devant un magistrat pour faire face à des accusations.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Chronique du prisonnier, Santé mentale

systeme-carceral-sante-mentale-penitencier Il faut posséder un minimum de jugeote pour être en mesure d’évaluer la portée de nos décisions. Quand je pense qu’environ 38 % des délinquants qui arrivent dans le système correctionnel canadien souffrent de troubles mentaux (mars 2010, Service correctionnel canadien), je me questionne.

Comment ont-ils eu accès à une justice pleine et entière alors qu’ils n’étaient pas en possession de leurs propres moyens ? Il serait plus approprié d’envoyer cette clientèle vulnérable dans un hôpital, là où ils auraient accès à des services de soins psychiatriques, au lieu de les incarcérer. La fonction première d’un pénitencier n’est pas de soigner mais d’emprisonner des délinquants. La mission du Service correctionnel canadien (SCC) comporte plusieurs volets dont la réhabilitation, prodiguer des soins psychiatriques n’en fait pas partie.

Adaptation difficile

Cette nouvelle catégorie de détenus qui gonflent les effectifs des pénitenciers fédéraux a de grandes difficultés à s’adapter. Il existe différentes règles de conduite non écrites qui entraînent des conséquences parfois graves pour ceux qui les enfreignent. Ces nouveaux arrivants, déboussolés, ne parviennent pas toujours à saisir la mécanique. Pour eux, cela représente un tout nouvel univers. Ils devront rapidement s’adapter pour éviter de sérieux problèmes. Ces prisonniers, difficilement contrôlables, augmentent significativement les risques pour tous ceux qui partagent leur quotidien.

Risque de tension

Ce ne sont pas les situations à risque qui manquent dans une prison fédérale. Par exemple, engager non-chalamment  la conversation avec un gardien alors qu’il transfert un prisonnier vers la détention est plutôt déplacé. Pénétrer dans une cellule qui n’est pas la sienne pour s’y  installer et s’offrir une tablette de chocolat est tout aussi périlleux. S’adresser à un criminel endurci en se payant sa tête devant ses amis est presque suicidaire. Il existe plusieurs situations similaires qui décrivent les dangers auxquels s’exposent certains délinquants souffrant des de troubles psychiatriques.

Une bonne partie de la population carcérale éprouve de sévères problèmes de drogues. Leur quotidien se limite souvent à chercher une substance quelconque pour oublier où ils sont ou qui ils sont. Ils ont de sérieuses difficultés à se supporter eux-mêmes, particulièrement lorsqu’ils sont en manque. Il est facile de deviner leur peu de tolérance à l’endroit des autres. Cette nouvelle réalité carcérale bouscule les habitués qui n’entendent pas beaucoup à rire. La détention s’est beaucoup transformée depuis la désinstitutionalisation des cas psychiatriques au Québec.

Notion du danger

Si la notion d’accès à la justice échappe aux délinquants souffrant de troubles  mentaux, il y a de fortes chances pour que la notion du danger auquel ils s’exposent durant leur peine dans leur échappe aussi. Ce manque de conscience entraîne des préjudices certains. Dans un cas, une condamnation alors qu’un internement pour des soins aurait été plus approprié et dans un autre, de sévères corrections ou agressions alors qu’une simple posologie ajustée de leur médicament aurait fait l’affaire.

Les prisonniers n’ont jamais remporté de palme pour leur savoir-vivre. Je suis triste de constater que les délinquants qui éprouvent des troubles mentaux se font parfois corriger de manière violente sans même comprendre ce qui leur arrive. Ils sont jugés et condamnés de manière expéditive à chaque fois qu’ils refusent de se conformer à ces fameuses règles non écrites qu’ils ne comprennent pas. Et une seule raclée est insuffisante pour corriger le problème.

Cette manière de résoudre les différends dans les pénitenciers pourrait expliquer, en partie, le taux élevé de suicides à l’intérieur des murs. Souffrant de troubles mentaux, ces délinquants n’arrivent pas toujours, sinon jamais, à trouver un sens à leur existence et surtout à la manière dont ils sont parfois traités par leurs codétenus.

Il me semble difficile, voire impossible, de demander aux prisonniers d’être plus tolérants et patients que ne l’est l’appareil judicaire lui-même à leur endroit. L’histoire de Simon Marshall (violeur en série innocenté suite à un prélèvement d’ADN) a révélé une réalité effroyable pour ceux qui sont incapables de reconnaître leur déficience.

Formation des agents correctionnels

Même les agents correctionnels, formés  pour  intervenir d’une manière précise avec une clientèle spécifique, doivent réajuster leurs méthodes d’intervention alors qu’ils ne disposent d’aucune formation adaptée pour ce genre d’approche. On ne peut pas demander à des agents correctionnels d’agir comme des infirmiers. Ils n’ont ni la formation ni les connaissances pour mettre en pratique les approches particulières liées aux différents cas psychiatriques.

Selon moi, quelqu’un a balayé le problème dans la cour de l’autre. Je crois que nous sommes face à une question sérieuse, celle de la négligence et de la non-assistance à personne en danger. Incarcérer de plus en plus de malades mentaux au lieu de les soigner est à mon avis une grave erreur de jugement.

Howard Sapers, enquêteur du Service correctionnel du Canada, a récemment affirmé dans les médias que son service est en train de devenir le plus grand hôpital psychiatrique du Canada (Le Journal de Montréal, septembre 2010).

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8 Commentaires

Classé dans Actualité, Raymond Viger, santé

8 réponses à “Système carcéral et maladie mentale

  1. gdm

    @Jean-Pierre Bellemare
    Tocqueville disait qu’on peut juger une démocratie en visitant ses prisons. A quoi sert la prison? à effrayer ceux qui seraient tentés de violer la loi? à punir paternellement l’enfant désobéissant pour lui inculquer autre la loi? punir le prisonnier pour se venger légalement? pour éviter que les citoyens se vengent en se faisant justice eux-même? Le bannissement d’un territoire serait-il une alternative préférable pour la société et pour le prisonnier?

    Si le but de la prison est d’aider le prisonnier à revenir dans le droit chemin, on discuter avec lui pour débattre si c’est la société qui se trompe ou si c’est le prisonnier.

    Si la santé mentale du prisonnier est incertaine, quels soins conviendraient et à quels coûts? La société accepte-t-elle le coût de soigner des prisonniers? Est-il rentable de tenter de soigner la psychologie des prisonniers? ou bien la société préfère-t-elle utiliser cet argent pour d’autres budgets?

  2. La question qu’il faut aussi se poser: avec la désinstitutionnalisation des personnes qui ont des problèmes de santé mentale, au lieu d’offrir un hôpital à ces gens, en sommes-nous rendu à leur offrir une prison? Si nous avions offert des soins plus adéquats aux personnes qui ont des problèmes de santé mentale, est-ce qu’on les auraient retrouvés en prison?

  3. gdm

    @raymondviger
    Vos questions posent la question de la responsabilité individuelle. C’est une question essentielle de la philosophie politique. Le droit positif est contraint de fixer une limite arbitraire entre la santé mentale et la maladie mentale. Celui qui n’a pas de maladie mentale est alors considéré, à tort ou à raison, comme responsable de ses actes. Il répond devant les tribunaux. Il subit les punitions décidées par les Tribunaux.

  4. Jean-Marie De Serre

    Monsieur GDM , comme vous avez raison et je l’ai subit.

    Dites-moi comment faire pour le raconter avant le 29 septembre 2011 ? Comme le dirait Ti-Jean De La Charette qui disait : je suis prêt , moi je vous dis qu’ils sont  »prêts » , les miens suffit de leur dire de raconter.

    Je ne peux que dire que ; TRANSPARANCE , Intégrité et compétence devront affronter ; l’innocenmce , l’ignorance et l’incompétence qui sont à la solde de  »SALOPPES.

    Histoire à suivre dans le futur , may be for me car j’en ai plus rien à fouttre de me crever à 63 ans pour que la Charette et Zivon de le Vallières aient de meilleures pensions à vie : les Sacraments.
    Jean-Marie De Serre.

  5. Jean-Marie De Serre

    J’aurais dû écrire :  »NOT »for me , commentaire précédent. Hi!Hi!Hi! les Zuniens vont être toute pardus. Une motadite chance qu’il va y en avoir bientôt 65 % de corrects………………………………….
    J.M.D.S.

  6. Terez L.

    @Jean-Pierre Bellemarre

    Merci pour ce texte. C’est à dénoncer, en effet. Les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale devraient être soignées, pas emprisonnées!

  7. Il faut arrêter de trop séparer le mental du physique comme le fait la médecine occidentale. Le cerveau c’est de la matière et un réseau de neurones. Si vous raisonnez comme pour le corps vous allez éviter les grossières erreurs qui découlent de cette séparation académique et abusive.

    en France
    Quand un prisonnier est gravement blesse physiquement, il est conduit a l’hôpital et soigne. Il réintègre sa cellule ensuite des qu’il est suffisamment rétabli. Pour les blessures mentales, la guérison st plus longue voire impossible dans l;etat de nos connaissances. Si le prisonnier a une légère blessure mentale mais qu’il peut vivre dans des conditions satisfaisantes alors comme un prisonnier blesse il réintègre la prison. Pour les graves blesses mentaux et bien ca devrait être l’asile psychiatrique a vie ou presque et pas la prison.

    Au Canada, même les innocents et sain d’esprit sont mal soignes alors imaginez pour les prisonniers et les malades mentaux. 😆

    Je crois qu’en Italie s’est produit la même chose qu’au Canada. J’ai vu une comédie italienne qui parle de ses malades mentaux un peu abandonne a eux meme.
    http://comedieitalienne.com/2009/04/23/si-puo-fare/

  8. Jean-Marie De Serre

    Monsier Napoli , vous dites : Au Canada , même les innocents et sain d’esprit sont mal soignées. === Imaginez , ceux qui qui en plus d’être innocent ; sont ignorant et incompétent qui dirigent nos gouvernements ………. c’est quoi on fait avec cela ?
    Jean-Marie De Serre.

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