Archives quotidiennes : 5 avril 2011

Asphyxie

Jean-Pierre Bonhomme

La semaine dernière le réseau TV5 a présenté une émission sur la
contamination de notre Terre. Le bilan n’a pas été rigolo, loin de
la. La terre entière est attaquée dangereusement par les poisons
désherbants et l’eau de nos estuaires, celui de la Seine pour
commencer, ressemble a celle des égoûts. Mais le pire, selon les
commentateurs c’est le nuage de particules fines qui enveloppe nos
villes, nos grandes villes – Paris en premier lieu!

Ces particules fines, soyons précis, sont celles qui attaquent les
cellules de nos propres corps; et celles-ci, les particules, ne sont
pas éliminées par les nouveaux systèmes de nettoyage des pots
d’échappement des voitures particulières et des camions : ce sont
elles que les citadins respirent allègrement sans trop les voir et qui
sont présumées causer divers cancers pénibles. Autrement dit
l’humanité est en train de s’asphyxier par la contamination des
moteurs a combustion. Ce n’est pas moi qui le dit! Les commentateurs
et les experts soutiennent qu’il y a un lien entre ces facons
actuelles de vivre et les graves maladies dont les cancers.

Devant ces faits nous pouvons comprendre que bien de nos concitoyens
soient désespérés et nous pouvons nous demander si la société n’est
pas en train de s’en aller sur le mur de son extinction. La fin
serait-elle proche? D’autant que les systèmes politiques sont loin
d’être des modèles de clarté, de transparence et de liberté. Votre
serviteur a pour sa part été souvent atteint par ces épisodes de
déprime environnementales, lui qui portait un regard constant sur les
contaminations par les poisons chimiques et les déséquilibres
physiques.

La politique, celle qui nous représente par les temps qui courent, au
Canada comme ailleurs dans le monde et particulièrement au Québec ne
paraît pas beaucoup venir a notre secours. D’abord, et ceci est
d’importance capitale,la politique s’intéresse peu au réaménagement
urbain et a la relation que l’urbain et son habitat doit entretenir
avec les personnes. Pourtant, tout est la. Organiser la ville pour que
la dépendance a l’automobile diminue ou disparaisse, voila qui est
radical et essentiel. Et puis, tout de suite après : cultiver la terre
sans trop de chimie!

Pourquoi cela? Parce que l’automobile est sacralisée par les temps qui
courent; elle est plus importante que tout le reste de l’activité
humaine, y compris la beauté de l’habitat des personnes. Motif de
désespoir?

Oui mais n’y a-t-il pas quelques petits rayons d’espoir a travers tout
cela qui pourraient annoncer des temps plus amènes, plus ordonnés?
J’en vois un, pour ma part dans l’action que prend la jeunesse arabe
pour se donner la liberté d’agir. Celle-ci pourrait ainsi a ne pas
vivre que pour les revenus du pétrole et donner a sa créativité une
autre direction….

Surtout si l’on considère que les réserves de pétrole ne sont pas
inépuisables. Parions qu’il pourrait y avoir la des motifs d’espérer
que les autocrates disparaissent… Quoi qu’il en soit nous pouvons
attendre un peu pour voir si la vie, la comme ailleurs, ne reprendra
pas le dessus avec un esprit nouveau.

Il est possible, aussi, que les États, les gouvernements, soient
bientôt obligés, par la force de l’opinion et les contraintes
physiques de revoir le design urbain pour le bien de l’humanité. La
Chine, embourbée qu’elle est dans sa bulle immobilière capitaliste
devra revoir ses attitudes et cesser d’imiter l’Amérique du nord pour
ce qui concerne l’aménagement urbain.

C’est du reste commencé. Elle accorde maintenant des fonds pour la
création de villes écologiques moins dépendantes sur la voiture
particulière; gestes que les États-Unis n’ont eux-mêmes pas commencé a
poser. Ceux-ci y arriveront bien un jour, eux qui consomment a s’en
étouffer.

La Thailande, elle, est moins développée; les piétons y sont agressés
violemment par un urbanisme débridé. Je m’y suis rendu récemment et
j’ai pu voir que ce n’est pas la un modèle communautaire. Le capital
et sa corruption frappent l’observateur comme un coup de poing; le
désordre urbain y est frappant, justement. La ville est quadrillée
d’autoroutes sur pilotis. Et mon hôtel, justement, jouxtait une de ces
désolantes infrastructures. Or de ma fenêtre, un jour, je les ai vus
les espoirs.

Les chemises rouges, par centaines de milliers, ont défilé – toute la
journée – sur cette dite autoroute en vociférant. Cette foule,
décidée, combattait quelque chose. Elle combattait le désordre urbain
et l’indifférence des autorités. Elle en avait marre et elle venait
changer les choses. Elle réclamait, entre les lignes, d’être libérée
des convoitises des élites du pays. A mon avis ces gestes vont porter
fruit et l’Asie ne s’en trouvera que mieux.

La vie, donc, peut permettre quelques espoirs. Et puisque Pâques s’en
vient, écoutons Luc lui qui cite les paroles de Jésus. ‘Il faut que le
Fils de l’homme soit livré aux criminels; qu’il soit crucifié, et que,
le troisième jour, il se relève’.

Oui il est possible que notre civilisation soit trop souvent livrée a
des personnages douteux et sans vision. Mais la possibilité des
renaissances est probablement encore possible. Personnellement je
voudrais bien voir la renaissance de la ville afin que celle-ci cesse
de rendre les citadins malades des particules fine, et que la beauté
finisse par l’emporter sur le désordre.

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