Archives quotidiennes : 24 avril 2011

Tuer le Système ?

Le systeme de gouvernement que nous avons ne va plus. Il y a mille choses à faire pour la santé, l’éducation, la justice, la redistribution du travail et de la richsse, maintenir la paix dans le monde, mettre fin à la misère dans un société globale d’abondance et rebâtir TOUT DE SUITE  une structure monétaire et financière stable avant que tout ne s’effondre. On ne les fait pas.

Mille choses à faire, mais l’oligarchie au pouvoir n’acceptera pas de bon gré la réforme d’un ordre social privilégiant les forts et les nantis en fonction directe de la force et de la richesse de chacun. La plupart de ceux qui comprennent le fonctionnement du Système admettent discrètement que celui-ci va vers sa perte, mais une majorité effective de nos dirigeants se plaisent encore à penser que le déluge ne commencera que le lendemain de leurs obsèques. Si on veut entreprendre la transformation de nos institutions, il faudra le faire en opposition au Pouvoir et donc créer d’abord un large consensus contre l’ordre établi.

Qu’on ne rêve surtout pas que ce consensus se bâtira autour d’un ensemble complexe de propositions, comme le Programme pour une Nouvelle Société, par exemple. Le consensus large qui engagera le processus de renversement du Système n’est possible que s’il présente une seule revendication. Une seule. Il faut frapper un seul coup fatal à la jugulaire du Système

Cette revendication doit être extrêmement simple – donc facile à comprendre – et immensément populaire. Il faut que le Système ne puisse la rejeter, mais que, l’acceptant, il ouvre la porte à des changements irréversibles. Y a-t-il une revendication qui puisse satisfaire à ces deux (2) exigences?  OUI. C’est celle d’instaurer une véritable démocratie. C’est au nom de la démocratie et sur le terrain de la réforme des institutions démocratiques qu’il est possible d’établir un vaste consensus contre l’ordre établi.

Qu’est-ce qui permet de penser que l’on puisse réussir ce coup de force? La conjoncture de deux (2) faits dont résulte une situation explosive. Le premier, c’est que pour lutter efficacement contre le fascisme et le communisme à la fois, le système a si totalement conditionné la population  à vénérer le mot  “démocratie” qu’il s’est piégé à ne pouvoir la lui refuser. Le second, c’est que  la démocratie a été si ostensiblement mise au rancart, que tout le monde peut constater qu’elle n’existe plus.

La démocratie n’existe plus, car nous avons rompu avec l’idéal du citoyen se prononçant sur les grandes orientations de la société et confiant à ses représentants le mandat de réaliser ses voeux. Ce que nous avons, désormais, c’est une structure politique pseudo-démocratique à trois volets d’importances bien inégales.

En première ligne de la pseudo-démocratie actuelle il y a le député, devenu désormais sans importance réelle. C’est pour lui que l’électeur vote et c’est lui, en principe, le représentant de l’électeur. En fait, cependant, l’électeur doit voter à la fois pour un candidat député et un programme de gouvernement (parti); il choisit donc, la plupart du temps, de sacrifier celui-là à celui-ci, votant pour le parti qu’il préfère sans égard à la personnalité du candidat.

En pratique il a bien raison, car le député élu n’aura jamais le moindre mot à dire dans le processus de gouvernance; mais le résultat en est que le citoyen ne se sent plus vraiment représenté par celui-là même auquel il a accordé son vote et que le député, déjà privé de pouvoir, n’a même plus la légitimité d’un mandat populaire réel.

En deuxième ligne, il y a les partis politiques. Ce sont eux qui ont la mission de réunir en un tout cohérent et de formuler de façon crédible les programmes entre lesquels une société démocratique devrait choisir. S’en acquittent-ils?  Dans la réalité, le Système tend vers l’existence de deux (2) partis seulement, tous deux aussi près du centre que possible et donc pouvant partager un meme programme.

Les tiers partis? Un « tiers parti », naissant à la marge, ne peut accéder au pouvoir que s’il tend rapidement vers le centre et assimile, investit ou détruit l’un des deux partis traditionnels. Ainsi on a vu au Québec l’Union Nationale remplacer les conservateurs, puis le Parti Québécois remplacer l’Union Nationale. À Ottawa, on a vu le Reform remplacer le Crédit Social dans puis devenir l’Alliance redevenant finalement les “Conservateurs” et  recréant le bipartisme qui permet de garder l’apparence d’un choix des électeurs… mais le forçant à choisir au centre entre bonnet blanc et blanc bonnet.

En troisième ligne, derrière les députés-poteaux totalement inutiles et les partis interchangeables qui n’offrent plus que le choix entre deux visages de leaders, il y a le vrai pouvoir politique: un fonctionnariat inamovible qui poursuit, quels que soient les élus, la réalisation d’un seul et même programme de gouvernement: l’agenda néo-libéral de l’hyper-pouvoir financier. On maquille cet agenda en bleu ou en rouge, mais nul ne le remet en question.

Cette structure à trois volets dont le troisième est occulté n’a de démocratie que le nom et le peuple en est bien conscient. C’est à cette structure pseudo-démocratique que, selon un sondage de l’Actualité publié il y a quelques années et qui a fait grand bruit, 96% de la population ne fait plus “entièrement confiance” aux politiciens …  Elle a bien raison !  Mais si ce 96% de la population qui ne lui fait plus “entièrement confiance”… ne lui fait plus du tout confiance, le système est discrédité et meurt.

Il meurt, parce que le système ne peut pas modifier les règles du jeu politique CONTRE la démocratie par la répression dure à laquelle donnerait lieu, par exemple, une tentative même timide de redistribution de la richesse. Dénoncer la démocratie dont on a fait la pierre d’assise de la société, ce serait pour la gouvernance inviter une insurrection immédiate.

Instaurer une véritable démocratie, c’est donc  prendre le pouvoir par surprise, peut-être même sans coup férir. Tout le reste viendrait par surcroit, car ce que veut le peuple est aux antipodes des politiques actuelles. Une vraie démocratie peut naitre si le système actuel est discrédité.

C’est l’abstention ou l’annulation du vote qui discrédite le Système en enlevant sa pseudo légitimité au processus électoral.  Quand une majorité de la population refuse de s’exprimer, la non-représentativité des élus apparaît. On crée une situation où sans violence, mais sans préjugés, on peut regarder de plus près si le gouvernement ne viole pas les droits du peuple en faisant le contraire de ce que celui-ci demande.

On peut légitimement se demander si le peuple n’en acquiert pas des droits sacrés… et des devoirs dont le premier est celui de la désobéissance. Un système auquel on n’obéit plus est mort. Le discrédit qui découle de l’abstention  le tue. Une grave décision, mais y a-t-il une alternative  acceptable réaliste ?

Pierre JC Allard

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La leçon Cantat

Yan Barcelo, 24 avril 2011

Le pardon est au cœur du christianisme et, en ce jour de Pâques, c’est sur le pardon que je vous soumets une réflexion autour de la controverse suscitée par la venue du chanteur Bertrand Cantat au Québec. Au centre le plus essentiel de l’amour du prochain – cette injonction la plus révolutionnaire de l’histoire et que le Christ nous a léguée – il y a le pardon, pardon sans lequel l’amour est interdit.

D’ailleurs, toute la pratique psychanalytique et psychologique du 20e siècle aboutit aujourd’hui à ce constat tout simple : le moment où la guérison intérieure commence à s’opérer n’est pas un « insight » quelconque, une sorte d’émergence à la conscience de quel que matériel refoulé que ce soit, c’est le moment où on pardonne aux personnes essentielles de notre vie, à commencer par nous-mêmes.

Nous avons été récemment conviés à une réflexion sur le pardon lors de la controverse suscitée par l’invitation faite à Cantat par le Théâtre du Nouveau-Monde (TNM) de participer à la pièce de Sophocle, Les Femmes. L’épisode a montré que nombre de Québécois avaient encore de bons instincts spirituels. Toutefois, on pourrait considérer que le passage de ces instincts à la claire compréhension intellectuelle a fait défaut. Plusieurs ont refusé de donner ce pardon que les responsables du TNM leur demandaient d’accorder – et ils ont eu raison. Ou tout au moins, plusieurs ont peut-être accordé leur pardon, mais pas nécessairement leur absolution. Car le pardon n’est pas une voie à sens unique, mais à double voie. On peut accorder son pardon à une personne, mais cela ne veut pas dire qu’il faut normaliser la participation de celle-ci au concert social. Étape cruciale à franchir pour que cette normalisation ait lieu, il aurait fallu que l’autre parti, dans ce cas-ci Bertrand Cantat, demande aux Québécois et Québécoises leur pardon et manifeste son repentir.

Or, il n’en fut rien. Je ne dis pas que Cantat n’a pas déjà demandé pardon et montré du remords pour son homicide involontaire. Je n’en sais rien. Et voilà justement tout le problème : nous n’en savons rien. Personne n’a tenté de nous éclairer sur la chose. Tout ce que nous avons su, par les médias, c’est qu’un type qui a tué sa compagne dans un geste involontaire – mais en lui fracassant quand même une vingtaine d’os dans le visage – allait monter sur la scène de la plus vénérable institution théâtrale au Québec. Au Québec, le TNM, c’est un peu l’équivalent de la Comédie-Française en France. Faire monter Cantat sur la scène de la Comédie-Française, ou du TNM, cela implique une absolution et un pardon profond de son geste. Plusieurs ont refusé ou retenu leur pardon – avec raison.

Portons le débat sur un terrain plus intime en prenant l’exemple de parents dont la fille se serait fait assassiner par un individu. Ces parents, s’ils avaient un très grand cœur, pourraient très bien pardonner au meurtrier de leur enfant (et nous avons justement un cas au Québec de parents qui, ayant vécu un tel drame, ont donné leur pardon au meurtrier).

Geste éminemment humain… et chrétien. Or, supposons que ce meurtrier, après avoir purgé sa peine, se chercherait un emploi et aboutirait par hasard à la porte de l’entreprise du père de la jeune fille assassinée. Que faire? L’embaucher? Peut-être, mais pas avant que deux conditions aient été remplies. a) Il faudrait que le meurtrier demande expressément le pardon du père et de son épouse, de même que de tous les intimes touchés par le drame. b) Et il faudrait que le meurtrier soit présenté à l’ensemble des employés et leur demande à eux aussi leur pardon.

Une telle demande ne garantirait pas que le meurtrier n’est plus dangereux, mais son geste d’humilité amorcerait le processus de guérison dans sa nouvelle communauté de travail et permettrait chez tous le long labeur intime pour les amener à « remettre les compteurs à zéro ». Remarquez, le fait que le pardon soit demandé et accordé n’entraîne pas nécessairement la normalisation de la situation de travail de l’ex-condamné et qu’il entre inévitablement au service de l’entreprise. Ici, nombre d’autres considérations peuvent être en jeu : le fait, par exemple, que la présence d’un ex-meurtrier puisse disloquer l’équilibre du groupe, compromettant la survie même de l’entreprise. Évidemment, il s’agit là d’un développement peu probable et extrême, mais on ne sait jamais. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’une employé importante de l’entreprise ne puisse tout simplement pas vivre avec l’idée de la présence à proximité d’un ex-tueur.

Or, c’est tout ce travail de « retour » et de « renouement » qui a manqué dans l’épisode du TNM et dont on nous demandait de faire l’économie. On nous demandait de pardonner, mais sans qu’une demande de pardon ne vienne de l’autre partie, Cantat en l’occurrence. Si celui-ci voulait monter sur la scène du TNM, il fallait que la direction du TNM lui donne l’occasion d’exprimer sa peine et son remords et montre qu’il est déjà en route sur « le droit chemin ». Alors, je crois qu’une majorité de gens se seraient réjouis de l’accueillir sur scène. (Cette absence de perception d’un remords authentique chez un autre criminel, le financier Vincent Lacroix, est justement ce qui rend son rapport si trouble avec l’ensemble de la population du Québec. La déchirure qu’il a faite au tissu spirituel de la société demeure béante.)

Je poursuivrai cette chronique la semaine prochaine. D’ici là, je vous fais à tous mes meilleurs vœux de Joyeuses Pâques !

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