Archives mensuelles : juillet 2011

Dérive technologique

Yan Barcelo, 31 juillet 2011

Je souscris ardemment à la technologie et à la science. Je crois qu’ensemble, elles constituent une des plus grandes entreprises intellectuelles et spirituelles de l’humanité. Et pourtant, en contemplant la façon dont nous utilisons la technologie sur un plan personnel, je me désole.

Bien sûr, il y a toutes les applications mal inspirées des technologies, particulièrement au chapitre de la dégradation des sols et des eaux, ou encore dans la détérioration des milieux humains, notamment par le triomphe des autoroutes et des boulevards commerciaux dont le boulevard Taschereau est un représentant emblématique au Québec. Mais ce procès-là a déjà été fait amplement ailleurs et ce n’est pas sur cette dimension que je désire m’attarder ici.

C’est notre utilisation personnelle des technologies qui retient mon attention. Par exemple, je regardais l’autre jour une table où étaient assemblés sept jeunes dans les débuts de la vingtaine. Sur les sept, quatre étaient en conversation via leur cellulaire, totalement absents des échanges qui occupaient les trois autres, et qui devaient presque crier pour s’entendre par-dessus la jasette des adeptes du cellulaire qui, comme on le sait, ont tendance à parler aussi fort que s’ils s’adressaient à une assemblée publique.

Voici une des technologies les plus intrusives de notre époque. Avec tant de jeunes, il est presque impossible aujourd’hui de tenir une conversation autour d’une table. Inévitablement, ils se font happer ailleurs par la sonnerie de leur bidule. Et y a-t-il rien de plus impoli que cette sonnerie à laquelle les gens donnent toujours la plus haute priorité? C’est comme un enfant mal élevé qui interrompt sans gène tout le monde et à qui les parents donnent aussitôt toute leur attention.

J’en ai d’ailleurs pris mon parti à l’époque où je travaillais dans la salle de presse du journal Les Affaires. Quand j’étais dans le bureau du chef de pupitre, la moindre sonnerie de téléphone qui, en fait, nous interrompait, avait sa priorité absolue. J’ai vitre compris le truc. Je ne me rendais plus à son bureau; je l’appelais. Comme ça, j’étais certain d’avoir la priorité.

Cette impérialisme de la technologie, qui brise le rapport immédiat entre les gens, sans parler du rapport des gens à leur intimité propre, prend une multitude de formes. Mon épouse a récemment consulté pour la première fois une femme médecin. Le questionnaire, pourtant si crucial, a été complété par une infirmière. La médecin, qui n’a reçu mon épouse que pour cinq minutes dans son bureau, n’a pratiquement jamais levé les yeux de sa paperasse où elle notait différents tests à faire passer à mon épouse ou prenait des notes en réaction à certaines questions. Cette dame était obnubilée par la technologie des tests au point d’escamoter les trois points de contact fondamentaux d’un médecin avec son patient : le questionnement, l’observation visuelle et le toucher. Non pas que les tests ne soient pas un supplément d’information extrêmement précieux, mais pas au point de reléguer aux oubliettes les moyens essentiels du rapport entre un médecin et son patient.

Dans les entreprises, les technologies, extraordinairement efficaces, j’en conviens, en sont venues dans bien des cas à dresser un écran insurmontable entre les couches managériales et le personnel d’exécution. On gère à force de ratios, d’écrans de pourcentages et de tendances chiffrées, et on en oublie complètement le contact simple et direct avec les employés sur plancher.

Un des lieux où la technologie est certainement la plus pernicieuse tient aux jeux vidéo voués à la violence et à l’entraînement simulé au crime. Coiffer du terme de « jeu » de tels outils d’abêtissement et d’abrutissement de l’âme tient du prodige, un prodige de mensonge et de stupidité.

Avec ces simulations, on enseigne aux jeunes des leçons de laideur, de violence et de mort. Et qu’en est-il de technologies de simulation qui pourraient enseigner les grands acquis de l’art et de la science, par exemple? Il n’en existe pratiquement pas. Je connais un individu qui a accéléré considérablement son apprentissage de la composition musicale et de toutes les disciplines attenantes – harmonie, contrepoint, arrangement, orchestration – en ayant recours à quelques logiciels de musique. Ce qu’il a fait tient de l’exception. Les quelques autres personnes que j’ai croisées qui ont montré un vague intérêt pour la musique se servaient de logiciels, comme Band-in-a-Box, qui faisaient pratiquement le travail d’harmonisation et de composition pour eux.

C’est le grand malheur de notre rapport aux technologies. Nous ne nous en servons pas pour élargir et approfondir notre vie; nous sommes asservies par elles et nous les laissons nous drainer à petit feu de notre puissance et de nos habiletés.

Ce n’est pas seulement dans le corps que nos concitoyens sont adipeux et obèses, c’est aussi dans l’âme, dans la tête et dans l’esprit. Et ce sont surtout les technologies qui sont premières coupables de cette ablation silencieuse de notre être que nous les laissons perpétrer à notre endroit.

 Il pourrait en être autrement. Ce recours aux technologies par notre main gauche, celle de la paresse, de l’inertie et de la passibité, n’est pas inévitable. Il y a moyen de s’en emparer par la main droite, celle par laquelle nous construisons notre caractère et renforçons nos talents. Malheureusement, c’est trop peu souvent le cas.

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Dépression et tentative de suicide

Passages nuageux sur ciel ensoleillé

En 2006 j’ai tenté de me pendre. Contrairement à ce que certains pensent, ceux qui veulent se suicider ne le font pas toujours sur un coup de tête mais y pensent, y travaillent, l’envisagent pendant de longs mois, voire des années, consciemment, patiemment, méticuleusement.  

Sunny Boy   Dossier Suicide

Il est particulièrement déplacé de traiter de «con» quelqu’un qui souffre ou de prétendre qu’il tient encore à la vie parce que sinon il aurait déjà tenté de mourir. Désirer se tuer sincèrement est une chose et passer à l’acte en est une autre. Mais la seconde ne vient pas si on ne passe pas par la première.

Quiconque n’a jamais pensé au suicide ne devrait pas être autorisé à faire des reproches et des accusations à ceux qui vivent avec cette idée depuis des années, ou prétendre que la vie est belle. C’est son avis, sa vision de la vie. C’est peut-être sa vie, mais ça n’a rien à voir avec la souffrance de l’autre.

Les mauvais conseillers n’écoutent qu’eux-mêmes et n’essaient pas de se mettre dans la peau de l’autre, de celui qui souffre. L’empathie ne s’apprend pas à l’école.

Mon histoire de vie et de crise

Depuis l’adolescence je pensais à mettre fin à mes jours. Je ne me sentais pas à ma 910632_-suffering-place. C’est toujours le cas. À la suite de viols répétés commis par un membre de ma famille, j’ai fini par sombrer dans une dépression qui s’est transformée en psychose. Et ce n’est qu’en 2006 à l’âge de 24 ans que j’ai tenté de me pendre. Pendant des mois j’ai cherché les meilleures méthodes.

En même temps, par ambivalence, j’avais peur de l’état dans lequel, si je me tuais, je laisserais ma famille qui n’était pas au courant de ces agression subies pendant des années. Un homme qui passait aux yeux des autres comme quelqu’un de bien, de généreux et qui réussissait. Un homme marié à une femme qui ne pouvait pas être au courant de certaines choses. Je revois cette femme aujourd’hui, cette tante dont le sourire crispé posé sur moi en dit long. Et moi j’étais celui qui sombrait sans qu’on comprenne pourquoi. J’étais le vilain petit canard, posé là, dans des états déplorables. Des semaines sans manger, dans le noir, à dormir, des mois sans hygiène. L’enfer.

La mort de mon agresseur

Le premier cadeau de la vie fût le décès naturel de mon agresseur. Une crise cardiaque. Sur le moment, ce fût des pleurs de soulagement et de colère entremêlés. J’ai pensé qu’il y avait une justice finalement.

Mais les années ont passé et je vivais toujours dans la haine. J’ai fini par pardonner à cet homme, tout en n’arrivant pas, malgré tout, à remonter la pente dans mon cœur. J’ai abandonné les études. J’avais de grandes difficultés à me faire des amis. Je suis agoraphobe. Les seules choses que j’étais capable de faire était peindre, écrire, lire et aller au cinéma, que j’adore. Ces occupations peuvent paraître futiles, mais de nombreuses fois, j’ai pensé ne pas mourir pour continuer mes œuvres. Et plusieurs fois, elles m’ont sauvé la vie. Comme quoi la vie tient à presque rien.

La fuite

J’ai fui de chez mes parents pendant trois ans. J’ai rencontré des hommes et je suis tombé dans la prostitution masculine. J’ai curieusement su éviter l’alcoolisme et la drogue. J’ai vu des choses très sombres autour de moi, j’ai vu que j’avais une grande capacité d’encaisser le mal. J’ai connu la rue.

Un jour mes parents m’ont retrouvé et m’ont ramené chez eux. Ils ont entrepris des démarches pour que je reçoive l’aide sociale que j’avais toujours refusée. Ils m’ont trouvé un thérapeute à l’écoute…

À mon retour chez eux, j’ai tout de même tenté de me pendre. Pour qu’ils aient un meilleur souvenir de moi, j’ai menti sur mes sentiments de désespoir pendant 3 mois. En apparence, je sais très bien montrer de la gaieté. J’ai un côté rayonnant qui peut faire énormément de bien aux autres. À l’intérieur, dans mon esprit, mon âme et mon cœur, c’est l’abattoir, l’horreur et les ténèbres. L’impression de n’être chez moi nulle part sur cette planète. De ne pas être fait pour la vie à moins qu’elle ne soit pas faite pour moi. Je pense que beaucoup de lecteurs me comprennent.

Jouer un rôle

Pendant 3 mois, j’ai joué le rôle de  celui qui reprenait goût à la vie. J’écoutais, je réagissais en fonction de ce qu’on attendait de moi. Rien de plus facile. Je n’arrivais pas beaucoup à sortir mais j’ai tout de même fait semblant d’aller un peu mieux. Un jour, j’ai attendu que mes parents soient sortis. J’ai fait le ménage dans ma chambre, j’ai jeté beaucoup de vêtements, j’ai rédigé une lettre très précise et très courte, qui leur disait, en gros, de ne pas être tristes, que c’était mon choix et que c’était probablement le meilleur que je puisse faire en tant qu’adulte.

La vie est ainsi faite: par le plus grand des hasards, mon grand frère est entré dans l’appartement, alors que ce n’était pas prévu, au moment même où je poussais la chaise et que je n’arrivais plus à déglutir. Une sensation effroyable la pendaison! Il m’a retenu à temps et m’a sauvé la vie. Il était venu à la demande de ma mère pour ne pas que je reste seul ce jour-là. Elle avait un mauvais pressentiment.

L’hôpital psychiatrique

J’ai passé quelques mois à hôpital psychiatrique. Aujourd’hui, je suis toujours enfermé, chez mes parents, qui sont dépassés. Incapable de travailler, de parler, de me lier à quelqu’un. Je le dis avec humour mais, les seuls êtres vivants avec qui je m’entends, ce sont les chiens, les chats et les perroquets, qui d’ailleurs m’apprécient fortement. À croire qu’eux m’acceptent sans discuter dans leur monde. Je suis aussi incapable d’aimer la société et l’avenir de consommateur ou de miséreux qu’elle offre au bout du compte.

J’ai des épisodes psychotiques traités. Je reste lucide dans ces bouffées délirantes. J’envie ces malades qui ne se rendent pas compte.

Le soir, avec ma lunette astronomique je regarde les étoiles dans le ciel, la seule chose qui m’intéresse en ce moment. À force de regarder le ciel, je me demande comment les croyants peuvent penser une seule seconde mériter après leur mort une chose aussi incroyablement belle et immense, une chose aussi réelle que le ciel, aussi belle.

Aujourd’hui le désir de mourir est inhérent à l’air que je respire. Quand je me réveille, je pleure, quand je me couche, je prie n’importe qui de me permettre de partir tranquillement dans mon sommeil. Je n’ai pas très envie de retenter la pendaison, parce que c’est particulièrement douloureux. Je sais qu’il existe des étouffements possibles aidés de somnifères adéquats. Mais mon thérapeute me surveille de près. J’ai beau lui mentir sur mon désir de mort, je vois bien qu’il le perçoit malgré tout.

Y a-t-il un espoir?

Prendre cet espace pour m’exprimer, pour être lu et entendu m’a fait un peu de bien. Merci pour votre écoute et votre soutien. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.

1095705_83196012 Ressources:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

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Suicide d’un ami

Processus suicidaire

Suicide de notre enfant

Suicide des personnes âgées: une tentative pour ne plus souffrir

Intervenir sans faire une dépression

VIH, Sida, homosexualité et suicide

Le suicide au Cégep

Le suicide dans les prisons françaises

Impact des medias sur le suicide, les tueries et les drames familiaux

Ensemble pour vaincre le suicide

Quand le Casino mène au pont Jacques-Cartier

Guide d’intervention de crise auprès d’une personne suicidaire

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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La violence à l’extrême

 

La prémisse même de toute idéologie et que ce qu’elle enseigne est vrai et que tout le reste doit forcément être faux. On peut donc conclure que toute idéologie poussée à l’extrême peut mener à la violence. Personne ne peut avoir le monopole de la vertu et la minute que l’on commence à croire que nous avons ce monopole, il devient tentant d’utiliser la violence pour mâter ses opposants. Anders Behring Breivik est certainement un exemple d’idéologie à l’extrême, couplée avec une tendance psychopathe. Malgré ce que les médias rapportent, cette idéologie est plutôt confuse d’ailleurs. Mais on s’est empressé de l’affubler d’étiquettes comme « fondamentaliste chrétien » et « extrême-droite », presque avec abandon. Ces mêmes médias associent aussi fréquemment cette étiquette d’extrême-droite et fondamentalisme chrétien aux Parti Conservateur, à la droite américaine, aux Tea Parties, aux libertariens et par la bande, à des organismes comme le RLQ. Et hop, nous voilà tous coupables par association d’un carnage insensé causé par un psychopathe.

Ce genre de raccourci intellectuel est la marque de commerce des médias traditionnels. Quoi de mieux pour traîner ses adversaires idéologiques dans la boue que des les associer à un carnage? Cependant, c’est de l’ignorance crasse. Tout comme pour Jared Loughner, la paresse intellectuelle pousse les médias à sauter aux mauvaises conclusions. Ainsi on avait aussi mis la droite américaine au banc des accusés pour cette tuerie, alors que le tueur n’y a jamais été affilié. Les médias qui ont à tort, accusé Sarah Palin ou Rush Limbaugh d’être responsables pour la fusillade en Arizona ce sont-ils rétractés par la suite? Non, pas plus qu’ils ne se rétracteront maintenant. Gageons maintenant que si quelqu’un s’avise de critiquer l’Islam ou le multiculturalisme, il sera irrémédiablement associé à ce malade. Pourtant, il est certainement légitime de critiquer une religion qui est mue par une idéologie totalitaire et moyen-âgeuse, qui relègue les femmes à un statut de citoyen de seconde classe et qui inflige des châtiments barbaresques tels que la lapidation, la décapitation, l’amputation et la bastonnade pour des offenses allant de l’adultère à l’homosexualité. Il est aussi franchement légitime de critiquer toute politique qui considérerait qu’une culture basée sur ces préceptes puisse être équivalente à la nôtre et que nous devrions l’accepter béatement et nous y adapter.

Malgré ses tendances islamophobes et anti-multiculturalistes et anti-rectitude politique, l’étiquette d’extrême-droite est difficile à soutenir quand dans son manifeste, il cite quasi-verbatim des longs passages du manifeste de Ted Kaczinsky, mieux connu sous le sobriquet de « Unabomber », pourtant notoire de l’extrême-gauche. Il se disait chevalier d’un ordre pourtant défunt depuis l’an 1312 et était aussi un franc-maçon. Son manifeste est un amalgame de contradictions. Il semble tout simplement utiliser diverses idéologies pour justifier sa psychose. Anders Behring Breivik était un loup solitaire détraqué qui n’est ni vraiment à droite, ni vraiment à gauche.

Étant donné l’étiquette qu’on a trop facilement collé à Breivik, il ne sera pas surprenant que certains sortent l’épouvantail du terrorisme d’extrême-droite, seulement, pour remettre les choses en perspective, je vous laisse tirer vos propres conclusion quant au danger que représente cette menaçante extrême-droite avec ce graphique produit par l’agence policière Europol des attentats terroristes des deux extrêmes du spectrum politique:

Cliquez pour agrandir

 

Quelque soit la cause, la violence n’est jamais la solution. La violence est le recours de celui qui n’a plus d’arguments pour exprimer ses idées. Il peut alors soit appliquer la violence directe, ou par le biais de l’État, en faisant du lobbying, mais le résultat est le même au bout de la ligne: il y a violence ou menace de violence. Le libertarianisme est en fait, la seule idéologie qui dénonce la violence sous toutes ses formes, qu’elle soit légalisée ou non. Notre pacifisme nous rend résolument contre l’État, qui est l’incarnation de la violence organisée dans notre société. Nous ne croyons qu’en une seule chose: la coopération paisible entre individus. La violence et la haine ne fait que générer plus de haine et de violence. Le redressement d’un supposé tort par la violence ne fait que nous descendre au niveau de notre agresseur. L’usage de la violence discrédite irrémédiablement toute idée que vous défendez. Breivik dit dans son manifeste avoir été intéressé par le libertarianisme, mais l’a rejeté parce qu’il était en contradiction de ses instincts nationalistes. Dommage. S’il avait embrassé le libertarianisme comme philosophie personnelle, il n’aurait pas pu faire ce qu’il a fait sans renier tous ses principes.

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Classé dans Actualité, Philippe David

Dans la mire d’Anders Behring Breivik

Par Renart Léveillé

J’ai bien fait de ne pas trop commenter à chaud le « gauchocide » d’Anders Behring Breivik. Parce qu’avec les infos que j’ai pu grappiller çà et là, je me suis permis ce discutable statut Twitter :

Le gros problème avec #AndersBehringBreivik, c’est qu’il s’est mis sur la même balance de religiosité que les musulmans extrémistes.

Par contre, je ne renierai pas ces deux-là :

L’extrémisme est toujours le fléau de déshumaniser les questions sociales. #AndersBehringBreivik

Les apôtres du multiculturalisme doivent jubiler en ce moment… #AndersBehringBreivik

Alors voilà, après avoir lu un peu plus sur le sujet, je ne crois plus que les gestes d’Anders Behring Breivik étaient de nature religieuse (donc en lien avec l’épithète de « fondamentaliste chrétien » qu’on lui a prêté), même si cela me confortait agréablement dans ma haine des extrémismes que permet l’adhésion fanatique à une religion. (Sa vidéo « Knights Templar 2083 » est remplie de références à la chrétienté, mais je crois qu’il faut l’analyser plus dans un sens culturel. Aussi, peut-être, dans l’optique symbolique d’un combat entre le Bien et le Mal : le Mal étant représenté par la religion musulmane, toujours actuelle, le Bien, étant représentée par l’image des croisades, bien sûr moyenâgeuses.)

Non, il semble que tout soit plutôt relié à l’immigration musulmane que soutien le multiculturalisme norvégien. Alors oui, peut-être, nationalisme, conservatisme, extrême-droite dans ce sens-là, mais il faut faire attention, comme le souligne l’Antagoniste, de ne pas mêler les libertariens à ça, même si on a l’habitude de les classer à droite…

Et même, je me permets un bémol encore plus grand en mettant tout mon poids dans la balance. Je ne me cache pas d’être contre le multiculturalisme, tout comme Anders Behring Breivik, mais à la mesure de ma réalité francophone et américaine (et je ne crois pas avoir besoin de spécifier que je condamne comme la plupart les moyens qu’il a pris pour se faire entendre). Pourtant, je ne me considère pas nationaliste, ni conservateur, encore moins d’extrême droite. De ce fait, n’y a-t-il pas quelque chose qui cloche dans ce désir d’expliquer cette tragédie en pointant systématiquement le nationalisme, le conservatisme et l’extrême droite alors que tout pointe l’antimulticulturalisme? Alors que l’antimulticulturalisme est tout à fait capable d’être sans se faire cannibaliser? Il y a des amalgames qui semblent évidents, mais qui ne le sont pas. Ainsi, est-ce que cette tuerie serait l’instrument idéal pour donner le coup de grâce à la critique antimulticulturaliste?

Aussi, il y a la théorie qui va dans le sens que ces gestes seraient en lien avec le sionisme, ce qui met de la chair autour de l’os de l’accusation d’islamophobie. Et quand on ajoute à cela le fait qu’il soit franc-maçon, ça sent la position pro-Israël à plein nez… Pourtant, au Québec, nos médias « mainstream » n’ont aucunement soulevé cette possibilité (pour m’en assurer, j’ai fait des recherches sur Cyberpresse, Radio-Canada.ca et Canoë avec le nom du tueur, ainsi que les mots-clés « Israël », « sioniste » et « sionisme », sans aucun résultat concluant). L’ami qui m’a propulsé sur cette piste me disait que c’est pour cette raison que les autorités norvégiennes ont voulu le huis clos, prononcé bien sûr par le juge. Quoi qu’il en soit, cela donne le beau jeu à tous de tirer la couverture de son bord, puisqu’il y a un manque flagrant de transparence. Ce qui est dommage, puisque cet événement est éminemment important.

Mais s’il faut se poser la question « quoi sert qui? », la réponse ne pourrait qu’être nébuleuse. Même en lisant la totalité du document de 1500 pages, ce qui est bien sûr le contraire de la concision… Alors, je ne tenterai pas ici de proposer la mienne. Tout ce que je peux faire, c’est constater que la dynamique inscrite depuis septembre 2001 prend une tout autre allure alors que l’air du temps semble faire germer ce qu’on appelle le « loup solitaire ».

Dans un monde complexe comme le nôtre, il était peut-être temps de constater que l’« ennemi » est réellement d’un flou désarmant.

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Classé dans Actualité, Renart L'Eveillé

Chronique nécrologique: Liberté d’expression sur l’Internet au Canada (2011)

Par François Marginean

Image Flickr par jk5854

Poster un lien vers un site « haineux » fera de vous un criminel

Poster un lien vers un site « haineux », même si c’est fait anonymement ou sans être conscient que le site en question contient du matériel jugé comme étant « haineux », risque fort bien d’être un crime, selon le nouveau projet de loi de Stephen Harper.

Le problème est que ce qui est défini comme étant « haineux » demeurera toujours aussi vague que la guerre contre le « terrorisme ». Quiconque devient un peu trop critique du Système est susceptible d’être déclaré un potentiel terroriste par les autorités. Bien évidemment, les sites pro-palestiniens font partie du lot, classés parmi les « sites haineux ». On peut alors comprendre que nous assistons à une démolition contrôlée de notre liberté d’expression et de nos droits fondamentaux.

Bien sûr, le motif semble noble en voulant punir le langage haineux, raciste et xénophobe, mais les conséquences et risques de dérapages légaux dans la réalité, ainsi que le but ultime réel, sont des plus graves.

Voici le projet de loi omnibus sur le crime mis de l’avant par le gouvernement conservateur de Stephen Harper et qui sera introduit bientôt pour être voté au Parlement canadien. D’après le site officiel du parlement canadien:


http://www.parl.gc.ca/About/Parliament/LegislativeSummaries/bills_ls.asp?ls=c51&source=library_prb&Parl=40&Ses=3&Language=E#a8
2 Description et analyse
2.1 Modifications au Code criminel
2.1.1 Modernisation des infractions
2.1.1.1 la propagande haineuse (articles 4 et 5)
Les infractions de propagande haineuse doivent être commises contre un «groupe identifiable». L’article 4 du projet de loi ajoute «l’origine nationale» à la définition de «groupe identifiable» (8).
L’article 5 du projet de loi prévoit que les infractions d’incitation publique à la haine et la propagation volontaire de la haine peuvent être commises par tout moyen de communication et notamment en rendant accessible du matériel haineux, par exemple, en créant un lien hypertexte qui dirige les internautes vers un site Web où du matériel haineux est affiché.

Le problème est que sous le gouvernement majoritaire de Harper, qui est extrêmement influencé par la droite pro-sioniste, les campagnes de boycott et de désinvestissement d’Israël et de ses produits, l’étiquette d’État d’apartheid et la critique des actes et de la politique étrangère israélienne, sont vertement condamnés et considérés comme étant « antisémite ». En fait, la critique de l’idéologie politique et des actes perpétrés sous son égide qui peut être tout à fait légitime, tend à être considérée comme haineuse et antisémite. On cherche à faire des amalgames entre l’antisionisme et l’antisémitisme, embrouiller la frontière entre l’idéologie politique et une religion.

Le Canada sous influence

À voir et à revoir – le documentaire produit par Radio-Canada:

Le Canada sous influence: l’influence du lobby pro-israélien au sein du gouvernement Harper, qui lève le voile sur la guerre sioniste contre des ONG, telles que Droits et Démocratie, qui « aident les terroristes et sont anti-Israël », et le virage violemment pro-israélien du gouvernement canadien sous Stephen Harper.

Voici deux articles qui critiquent la dimension liberticide de cette loi:

http://openmedia.ca/blog/proposed-crime-bill-makes-anonymity-and-hyperlinks-illegal-canada


Le projet de loi sur le crime rendrait illégal l’anonymat et les hyperliens au Canada
Soumis par Erin Brown-John, le jeu, 12/05/2011 – 00:12

Anonymat et hyperliens seront-ils illégaux au Canada?

Un nouveau projet de loi sur le crime mis de l’avant par le gouvernement conservateur laisse penser qu’ils pourraient le devenir. Le projet de loi, un des nombreux prévus pour être présentés au Parlement, imposerait de nouvelles limites sur la création d’hyperliens vers des contenus considérés comme illégaux ou à l’aide d’un pseudonyme en ligne.

En surface de l’idée paraît ridicule. Ces deux choses sont essentielles pour faire de l’Internet ce qu’il est – un véhicule pour le dialogue centré sur les citoyens et le partage d’informations. Certes, le gouvernement n’adopterait jamais une telle position!

Mais au cours de la dernière campagne électorale, Stephen Harper a clairement indiqué qu’il avait l’intention de faire adopter une série de projets de loi sur la criminalité à l’intérieur ses 100 premiers jours de son mandat. Ces projets de loi comprennent, entre autres choses, la permission au gouvernement d’accroître son pouvoir de surveiller vos activités en ligne. Ils comprennent également une disposition qui pénalise les gens pour des liens vers du contenu qui est considéré comme un «discours haineux» et pour avoir utilisé des noms qui protègent leur anonymat en ligne.

Ces lois visent à donner plus de pouvoirs aux policiers pour lutter contre le discours haineux et le harcèlement, mais comme l’indique l’article récent de Macleans, elles sont mal écrites et vagues, laissant beaucoup trop de place à interprétation.

Bien que la propagation de la haine ne doive absolument pas être tolérée, ce projet de loi mis sur le crime ne fait pas de distinction entre les personnes qui répandent la haine et celles qui la commentent. Ne devrait-il pas être de notre droit en tant que citoyens d’être en mesure de commenter les choses, indépendamment de leur contenu? Restreindre notre capacité à le faire constitue une violation grave de notre liberté d’expression.

Tel qu’il est écrit, le projet de loi sur la criminalité nous tient responsable pour les actions d’autres personnes. Le contenu des sites Internet change tout le temps. Ce à quoi vous reliez un jour donné pourrait contenir des propos haineux le lendemain, et vous n’avez aucun contrôle sur ce contenu.

Ce projet de loi inhibera le dialogue qui doit avoir lieu dans notre société et punira les gens pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.

Les Canadiens ont besoin d’un Internet axés sur les citoyens et abordable, qui leur permet de parler ouvertement des enjeux qui comptent pour eux. Il est clair que ces nouveaux projets de loi sur le crime nous conduisent dans la mauvaise direction.

C’est pourquoi il est si important de cultiver notre communauté Pro-Internet et de continuer à faire pression sur le gouvernement afin de promouvoir un Internet ouvert et abordable qui sert le public. Ensemble, nous pouvons tenir le gouvernement responsable et l’internet gratuit.

……………

http://www.torontosun.com/2011/05/05/lilley-tory-crime-bill-an-attack-on-our-liberty
Le projet de loi sur le «crime haineux» cible les Canadiens
Vendredi 6 mai 2011
Par Brian Lilley
Toronto Sun

Il est dit que le prix de la liberté est la vigilance éternelle et c’est tout aussi vrai aujourd’hui, après la victoire des conservateurs, que cela l’était avant.

Je suis sûr que certains partisans conservateurs ont dansé dans les rues en chantant Let Freedom Reign (« Laissons la liberté régner »), mais de faire un acte de foi envers un parti politique c’est de la foi aveugle.

Le gens qui sont au pouvoir sont ceux dont nous devrions souvent en fait avoir le plus peur, sans nom, des bureaucrates anonymes au pouvoir immense d’établir des règlements qui peuvent être impossible à renverser. Et puisque nous ne votons pas pour eux, ils n’ont aucune raison de nous craindre.

Les politiciens ne mènent pas vraiment la danse, ils donnent simplement des directions et j’espère que les bureaucrates le comprennent.

Nous espérons que nos élus agissent en superviseurs en notre nom, mais nous ne pouvons pas compter sur eux.

Si vous ne voulez pas que des lois intrusives viennent s’immiscer dans nos vies, si vous ne voulez pas que votre liberté s’érode, alors c’est à vous de monter la garde.

Les Conservateurs prévoient introduire, lorsque la Chambre reprendra ses travaux, un projet de loi omnibus du crime qui comprend l’ensemble de leur législation précédente en une seule loi.

Le projet de loi est présenté comme s’il devait permettre à la police de traquer et de mettre la main au collet des pervers qui font circuler de la pornographie impliquant des enfants et leur permettre de mettre à jour leurs techniques de surveillance pour traiter avec le monde informatique en constante évolution dans lequel nous vivons.

Ça m’a l’air bien. Qu’est-ce qui pourrait y avoir de mal à cela?

En fait, il n’y a rien de mal avec cette partie, mais il y a beaucoup à s’inquiéter en ce qui concerne ce qu’ils proposent de faire contre les crimes haineux.

Le projet de loi prévoit de criminaliser le fait de poster un lien vers un site Web qui diffuse de la haine.

Voici ce que la Bibliothèque du Parlement dit à propos du projet de loi sur son site Internet: «L’article 5 du projet de loi prévoit que les infractions d’incitation publique à la haine et la propagation volontaire de la haine peuvent être commises par tout moyen de communication et notamment en rendant accessible du matériel haineux, en créant un lien hypertexte qui dirige les internautes vers un site Web où du matériel haineux est affiché, par exemple. «

Pour avoir simplement posté un lien vers un site Web affichant du matériel que quelqu’un d’autre juge odieux, vous pourriez aller en prison pour deux ans et être marqué comme étant un criminel.

La police de l’Internet. Seulement au Canada.

Il ne s’agit pas de protéger les gens contre un génocide ou même des menaces de mort, la façon dont la loi est écrite aujourd’hui est beaucoup plus large.

«Quiconque communique des déclarations, autrement que dans une conversation privée, fomentant volontairement la haine contre un groupe identifiable est coupable. »

Il y a aussi la question épineuse de savoir qui décide de ce qui est « haineux »?

Est-ce que le site web promouvant la Semaine de l’Apartheid Israélien, qui occupe aujourd’hui une place importante sur les campus universitaires partout au Canada, va mener des gens en prison? Qu’en est-il des messages postés sur le web concernant le génocide des Arméniens, que ces derniers blâment sur les Turcs bien que les Turcs le contestent?

Il s’agit d’une proposition ridicule qui n’a pas lieu d’être dans un pays qui prétend chérir la liberté d’expression.

Nous avons l’habitude de dire: « Je désapprouve ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire ». Maintenant il semble que la société canadienne croit « Je désapprouve ce que vous dites et je vais vous poursuivre en justice. »

Les conservateurs de Stephen Harper ont remporté la majorité lundi, ils peuvent passer ce projet de loi sans avoir recours à l’appui de tout autre parti. Mais ils ont encore besoin de votre soutien et de vos dons et le public canadien devrait leur dire qu’ils auront ni l’un ni l’autre s’ils mettent de l’avant des projets de loi comme celui-ci qui attaque la liberté.

Pour exprimer votre désapprobation, voici quelques courriels pour les rejoindre:
Harper.S @ parl.gc.ca
Layton.J @ parl.gc.ca
Rae.B @ parl.gc.ca
et info@greenparty.ca
Vous pouvez également leur envoyer par la poste… et, à votre député parlementaire à l’adresse:

Parlement du Canada, Ottawa, Ontario K1A 0A9. Aucun postage n’est nécessaire!

Le lien pour la liste mise à jour des membres du parlement est ici.

……………..

Voici le texte intégral du Protocole d’Ottawa qui explique que l’antisionisme c’est de l’antisémitisme.

http://www.cbc.ca/news/politics/inside-politics-blog/2010/11/for-the-record-the-full-text-of-the-ottawa-protocol.html


Le texte intégral du Protocole Ottawa

Novembre 10, 2010

par Kady O’Malley

… tel que publié à la fin de la réunion d’hier de la Coalition interparlementaire pour la lutte contre l’antisémitisme.

Le Protocole d’Ottawa sur la lutte contre l’antisémitisme

Préambule

Nous, représentants de nos parlements respectifs à travers le monde, réunis à Ottawa pour la deuxième Conférence et sommet de la Coalition interparlementaire pour la lutte contre l’antisémitisme, soulignons et réaffirmons la Déclaration de Londres sur la lutte contre l’antisémitisme comme un modèle de document pour la lutte contre l’antisémitisme.

Nous craignons que, depuis la Conférence de Londres en Février 2009, il continue d’y avoir un accroissement dramatique des crimes de haine antisémites et des attaques ciblant des juifs et des biens, et institutions religieuses juives, éducatives et communautaires.

Nous restons inquiets de l’antisémitisme génocidaire sanctionné par l’État et des idéologies extrémistes rattachées. Si l’antisémitisme est la plus vivace des haines, et le génocide le crime le plus horrible, alors la convergence de l’intention génocidaire incarnée dans l’idéologie antisémite est la plus toxique des combinaisons.
(…)

Nous sommes alarmés par l’explosion de l’antisémitisme et la haine sur Internet, un médium essentiel pour la promotion et la protection de la liberté d’expression, la liberté de l’information et la participation de la société civile.

Nous sommes préoccupés par l’échec de la plupart des Etats participants de l’OSCE à mettre pleinement en œuvre les dispositions de la Déclaration de Berlin de 2004, y compris l’engagement à:

«Recueillir et conserver des informations et de statistiques fiables sur les crimes antisémites, et autres crimes haineux, commis sur leur territoire, rapporter périodiquement ces renseignements au Bureau des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme de l’OSCE (BIDDH), et rendre cette information accessible au public. »

Nous sommes préoccupés par les signalements d’incidents antisémites sur les campus, comme les actes de violence, violence verbale, de l’intolérance liée au rang, et les agressions contre ceux qui sont attachés à la liberté d’investigation, sapant ainsi les valeurs fondamentales universitaires.

Nous renouvelons notre appel aux gouvernements nationaux, aux parlements, aux institutions internationales, aux dirigeants politiques et civiques, aux ONG et à la société civile à affirmer les valeurs démocratiques et humaines, à bâtir des sociétés fondées sur le respect et la citoyenneté et à lutter contre toutes les manifestations d’antisémitisme et toutes les formes de discrimination.

Nous réaffirmons la définition de travail de l’EUMC – maintenant l’Agence des droits fondamentaux (FRA) – de l’antisémitisme, qui énonce que:

« Des exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, les écoles, les lieux de travail, et dans la sphère religieuse pourraient, en tenant compte du contexte global, inclure, mais ne pas être limités à:

+ Appeler à, soutenir, ou justifier de tuer ou blesser des Juifs au nom de l’idéologie radicale ou d’une vision extrémiste de la religion.
+ Faire des allégations fallacieuses, déshumanisantes, diabolisantes, ou stéréotypées sur les juifs en tant que tels ou la puissance des Juifs collectivement – telles que, tout spécialement, mais pas exclusivement – le mythe d’une conspiration juive mondiale, ou de juifs contrôlant les médias, l’économie, le gouvernement ou d’autres institutions de la société.
+ Accuser les juifs comme peuple d’être responsables des méfaits réels ou imaginaires commis par une seule personne juive ou d’un groupe, ou même pour des actes commis par des non-Juifs.
+ Nier la réalité, l’ampleur ou les mécanismes (les chambres à gaz) ou l’intention du génocide du peuple juif aux mains du national socialisme et de ses partisans et ses complices au cours de la Seconde Guerre mondiale (la Shoah).
+ Accuser les juifs en tant que peuple, ou Israël en tant qu’Etat, d’avoir inventé ou d’exagérer l’Holocauste.
+ Accuser les citoyens Juifs d’être plus loyaux envers Israël, ou envers les priorités alléguées des Juifs du monde entier qu’envers les intérêts de leur propre nation.

Des exemples de façons dont l’antisémitisme se manifeste à l’endroit de l’État d’Israël en tenant compte du contexte global pourraient inclure:

+ Appliquer un double standard (deux poids deux mesures) en exigeant d’Israël un comportement n’est attendu ni requis de toute autre nation démocratique.
+ Utiliser les symboles et des images associées à l’antisémitisme classique (par exemple la mise en accusation des Juifs pour avoir tué Jésus ou le « libelle de sang », c-à-d le meurtre rituel) pour caractériser Israël ou les Israéliens.
+ Comparer la politique israélienne actuelle à celle des nazis.
+ Tenir les juifs collectivement responsables des actions de l’État d’Israël

Cependant, la critique de l’État d’Israël similaire à celles portées contre tout autre pays ne peut pas être considérée comme antisémite.

Soyons clairs: La critique d’Israël n’est pas antisémite, et ce serait une erreur de dire cela. Mais singulariser Israël pour en faire l’objet d’une condamnation et d’un opprobre sélectif – et à plus forte raison nier son droit d’exister ou chercher sa destruction – est discriminatoire et haineux, et ne pas le dire serait malhonnête.

Les membres de la réunion du Parlement à Ottawa s’engagent à:

Appeler nos gouvernements à respecter les engagements internationaux sur la lutte contre l’antisémitisme – comme les Principes de l’OSCE de Berlin – et collaborer avec l’Organisation des Nations Unies à cette fin. Dans les termes utilisés par l’ancien Secrétaire général Kofi Annan, « Il est […] dit à juste titre que l’Organisation des Nations Unies est née des cendres de l’Holocauste. Et un agenda des droits de l’homme qui ne parvient pas à lutter contre l’antisémitisme nie sa propre histoire. »;

Appeler les parlements et les gouvernements à adopter la définition de travail de l’EUMC et à ancrer son application dans la législation existante;

Encourager les pays à travers le monde à établir des mécanismes de rapport et de suivi de l’antisémitisme national et international, à l’instar de la «Loi lutte contre l’antisémitisme de 2010» récemment présentée au Congrès des États-Unis;

Encourager les dirigeants de toutes les religions – également représentés à cette conférence – à utiliser tous les moyens possibles pour combattre l’antisémitisme et toutes les formes de haine et de discrimination;

Appeler le Forum parlementaire de la Communauté des démocraties à faire de la lutte contre la haine et l’antisémitisme une priorité dans leur travail;

Appeler les gouvernements et les parlementaires à réaffirmer et mettre en œuvre la convention sur le génocide, reconnaissant que lorsqu’il y a incitation au génocide, les États parties ont l’obligation d’agir;

Travailler avec les universités pour les encourager à lutter contre l’antisémitisme avec le même sérieux avec lequel ils sont confrontés à d’autres formes de haine. Plus précisément, les universités devraient être invités à définir clairement l’antisémitisme, donner des exemples précis, et à faire respecter les codes de conduite fermement, tout en assurant le respect de la liberté d’expression et le principe de la liberté académique. Les universités devraient utiliser la Définition de travail de l’antisémitisme utilisée par l’EUMC comme base pour l’éducation, la formation et l’orientation. En effet, il devrait y avoir une tolérance zéro pour toute forme de discrimination contre quiconque dans la communauté universitaire sur la base de la race, le sexe, la religion, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle ou le positionnement politique;

Nous encourageons l’Union européenne à promouvoir l’éducation civique et la société ouverte dans sa politique européenne de voisinage (PEV) et à répondre au financement au développement démocratique et au respect des droits de l’homme dans les pays partenaires de la PEV;

Mettre en place un Groupe de travail international de spécialistes de l’Internet comprenant des parlementaires et des experts pour créer des indicateurs communs afin d’identifier et surveiller l’antisémitisme et les autres manifestations de haine en ligne et élaborer des recommandations pour les gouvernements et les cadres internationaux afin de résoudre ces problèmes;

En s’appuyant sur la représentation africaine à cette conférence, développer des relations de travail accrues avec les parlementaires en Afrique pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme;

Nous demandons instamment à la future présidence de l’OSCE, la Lituanie, de faire de la mise en œuvre de ces engagements une priorité pour l’année 2011 et d’appeler à reconduire le mandat des représentants spéciaux pour aider dans ce travail.

Voici le texte intégral de la Loi de 2010 sur la Lutte contre l’antisémitisme mentionnée ci-dessus, tel que présenté au Congrès américain par le député républicain du New Jersey Christopher Smith. Verrons-nous un projet de loi similaire être présenté par le gouvernement – ou, dans l’alternative, un projet de loi proposé à l’initiative de l’un des membres de la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme?

Ce n’est peut-être pas nécessaire, selon ce communiqué de presse diffusé après la conférence du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration Jason Kenney, dont le ministère aurait fourni 450 000 $ en financement pour la conférence de cette semaine. Dans ce document, il affirme que le protocole « complète ce que le Canada fait déjà … entre autres choses, il invite les dirigeants des groupes confessionnels à lutter contre la haine et la discrimination, y compris l’antisémitisme; les gouvernements de réaffirmer et de mettre en œuvre la convention sur le génocide; la mise en place d’une force opérationnelle internationale visant à identifier et surveiller la propagande haineuse sur Internet et; le développement d’une installation complète pour enregistrer tous les crimes haineux, y compris l’antisémitisme « .

Ce dont Kenney ne donne pas la moindre indication c’est qu’une nouvelle législation est en préparation. Mais encore là, peut-être qu’il attend que le susmentionné CPCAA publie son rapport, qui, aux dernières nouvelles, n’est pas prévu avant le printemps prochain au plus tôt.

Si on se fie aux conclusions du Protocole de Toronto, dire qu’Israël commet des crimes de guerre est antisémite, c’est-à-dire haineux. Donc cela va tomber sous le coup de la loi omnibus de Harper.

Stephen Harper a reparlé de cette loi omnibus au discours du Trône et cela lui démange d’enfin passer cette loi. Les conservateurs veulent voter une loi pour faire en sorte que cela devienne un CRIME de poster sur internet, par exemple, un lien vers un site jugé « haineux ». Ceci risque d’être terrible s’ils se mettent à appliquer cette loi de manière vraiment draconienne. Ce pourrait être un vrai massacre de tout ce qui pouvait rester de pensée indépendante dans la population. Parce que pour eux, un site « haineux », c’est un code pour pro-Palestinien.

Il n’y a qu’à regarder la position officielle du Canada concernant l’attaque de la flottille d’aide humanitaire en eaux internationales survenue l’année passée et de l’arrêt de la flottille durant les semaines passées, de l’attaque sauvage et les crimes de guerre commis par Israël durant l’opération Plomb durci, ainsi que le traitement des Palestiniens qui vivent quotidiennement sous occupation militaire et l’apartheid d’Israël. Dans plusieurs des cas, nous avons été la seule nation au monde, avec les États-Unis, à défendre l’injustifiable. Ceci ne représente certainement pas les vues et opinions des Canadiens et Québécois en général. Une chose est certaine, c’est que les gens qui oseront vocaliser leur mécontentement et leurs critiques sur l’Internet vont risquer de se voir accusé d’être des criminels.

Orwell doit se retourner dans sa tombe. Le crime de la pensée est maintenant à nos portes, citoyens.

Si le projet de loi passe – et il va passer éventuellement puisque les Conservateurs sont majoritaires (Harper a déclaré vouloir le faire à l’intérieur des 100 premiers jours de son mandat majoritaire) – du coup les effectifs policiers seront plus importants et il sera possible de dresser des listes d’internautes « à problèmes » (listes probablement fournies par l’ADL et son pendant canadien!), rejoindre les webmestres pour exiger qu’ils retirent certains contenus, par exemple en censurant des (ou tous les) commentaires. Il pourrait éventuellement y avoir des arrestations à domicile, ce qui pourrait ouvrir un débat public… Mais il sera déjà trop tard car une fois adoptée, une loi est difficilement retirée.

Tout cela risque de devenir ingérable, causant un découragement des gens par rapport à l’état de la liberté d’expression des Canadiens sur le web qui à ce moment-là rendra tout simplement l’âme. Et c’est un peu ça le but. Ils envoient déjà des provocateurs afin que les sections commentaires deviennent ingérables. Les sites indépendants, les forums internet indépendants et les sections commentaires surtout, où l’anonymat est encore possible, tout ces espaces de liberté doivent disparaître définitivement.

N’ayant plus de forum public pour discuter d’idées et de faits librement et publiquement, ne pouvant plus évacuer et canaliser leur trop-plein d’indignation dans ce mode d’expression et de diffusion de l’information, les gens (mieux informés) seront davantage démoralisés et marginalisés, plus prompts à rentrer dans le moule. Les gens vont probablement continuer à s’informer comme ils le faisaient avant, mais ne pouvant plus partager leurs connaissances, ils se sentiront encore plus isolés qu’avant et la mouvance de la « dissidence internet » s’évaporera. Il faudra probablement revenir à l’écriture traditionnelle, au journal clandestin, à l’action concrète et aux groupes et organisations non-gouvernementales… Fonder des structures d’action citoyenne qui perdureront, retourner au concept d’une résistance anonyme et sans leader… ce qui préoccupe aussi énormément les tireurs de ficelles.

Note: Mes sincères remerciements à Dave pour les informations et l’inspiration.

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Classé dans Actualité, François Marginean

Autoroute ou vie normale!!!

par André Lefebvre

        Vive les vacances!!! Nous allons enfin décompresser!!!

        Il est 11hre et c’est le départ. Tous les quatre, affublés d’un sourire fendu jusqu’aux oreilles, nous nous embarquons sur l’autoroute 440 pour nous rendre jusqu’à la 40 qui mène vers Québec. Le chauffeur est une femme d’affaire prospère qui réussit grâce à sa détermination et son sens de l’organisation. Les deux autres passagères sont également des personnes « bien organisées » dans leur vie. Toutes trois sont des femmes qui ont l’habitude de « planifier » et d’atteindre le but qu’elles visent. Seul homme du groupe, je n’ai aucune idée de ce qui va m’arriver. Il va sans dire que mes compagnes sont toutes déterminées à « réussir » ces vacances; et l’auto se met à rouler, tout juste un peu plus vite que la « vitesse permise ».

         Et elle roule, et roule….et roule, sans que personne ne songe même à parler. Le silence s’est rapidement installé dans l’auto. À un moment donné, après quelques heures, il nous faut bien nous arrêter pour manger quelque chose. Un beau restaurant est l’heureux élu. En vacance on ne lésine pas sur les dépenses. Les femmes se dirigent vers les toilettes et je choisis une table où je m’installe.

        Lorsque l’une d’elle arrive à la table, elle m’aperçoit, la tête inclinée et songeur :

 -Est-ce que ça va, André?

 -Si ça va??? Joual-vert, ça ne peut pas aller mieux!!! Nous avons quatre jours de vacance et, de la façon dont on s’y prend, on va les « faire » en 1 jour et demi. Que demander de plus?

       Elle éclate de rire et lorsque les deux autres « touristes » arrivent à notre table, elles nous trouvent pris dans un fou-rire incontrôlable. Lorsqu’elles sont mises au courant, tout le monde rigole à notre table. On me demande alors si je préférerais conduire l’auto.

«Pas question! Je ne pourrai jamais faire mieux que notre chauffeur ». Répondis-je. Et la rigolade reprend de plus belle.

       Chacune explique ensuite ce qu’elle a « planifié » pour ces « vacances ». Le but immédiat est donc Rimouski, où le frère de deux d’entre elles nous attend. Il nous fera visiter la région pendant deux jours où, ensuite, nous prendrons le traversier vers la rive nord du fleuve. De là, nous irons voir les baleines à Tadoussac et reviendrons vers Montréal en visitant certains endroits « prédéterminés » que nous traverserons. Évidemment, tout est « organisé » à la minute près et nous ne pouvons nous permettre d’en perdre une seule.

       À notre deuxième journée à Rimouski, CRAC! Il se met à pleuvoir. Ça n’était pas prévu et une « re-planification » devient nécessaire. Nos organisatrices se rendent compte qu’elles sont maintenant coincées entre les « endroits à visiter » et « l’horaire du traversier » de Rimouski. Rien ne va plus et une discussion animée commence autour de la table. Les vacances sont trop courtes, les « horaires » du retour de chacune ne sont pas aussi « flexibles » qu’il le faudrait, et finalement, c’est l’impasse. Elles sentent toutes que les vacances risquent d’être « bousillées ».

           En réalité, ce n’est que leur « planification » qui est bousillée; ce qui n’est pas, du tout, pour me déplaire. À mes yeux, des vacances « à vitesse grand V », sans aucun imprévu, ce ne sont pas des vacances. Je les laisse discuter jusqu’à ce qu’elles me demandent mon avis sur la solution. Je commence alors par établir les « faits » du problème qui sont immuables :

1)      Nous voulons traverser le lendemain.

2)      Nous avons trois autres endroits à visiter avant de traverser

3)      L’horaire du traversier ne nous en donne pas le temps suffisant.

 La solution me paraît assez simple :

1)      Il existe trois villes qui offrent des traversiers : Rimouski, Trois Pistoles et Rivière-du-Loup. Rimouski nous débarque sur la côte nord, près de Baie-Comeau; ce qui nous oblige à trois heures de route pour revenir jusqu’à Tadoussac. Je propose donc d’éliminer ce traversier. Ce qui élimine automatiquement son horaire restrictif et nous donne trois heures de « liberté » additionnelle.

2)      Le traversier de Trois Pistoles exige une réservation. Ce qui nous est impossible de faire, puisqu’on ne sait pas exactement le moment où nous arriverons à cet endroit. Je leur propose d’éliminer la visite du « Jardin des métis », parce qu’il pleut à boire debout. Toutes tombent d’accord.

3)      Finalement je leur propose de poursuivre les autres visites touristiques de Rimouski et de partir vers 7 heures le lendemain matin, pour nous rendre au traversier de Trois Pistoles. S’il y a de la place pour nous, nous traverserons, sinon, nous nous rendrons à Rivière-du-Loup où la réservation n’est pas nécessaire.

        Vous remarquez certainement que ma « planification » développe un début d’acceptation de « l’imprévu »; ce qui installe, potentiellement, une autre forme de « plaisir » qui n’existe pas dans un voyage « planifié à la minute près ». Cela prendra une journée de plus pour vraiment installer cette façon de voir. Ce nouveau « plaisir » de voyager sans savoir exactement ce qui va se présenter devant nous, est ce qui, personnellement, me semble être le rôle de vraies « vacances ».

        La traversée à partir de Trois Pistoles (où il y avait amplement de places libres) détermine cette nouvelle vision de nos vacances. À partir de la municipalité « Les Escoumins », où se fait le « débarquement, nous n’avons plus aucun horaire. Nous nous arrêtons là où notre curiosité est éveillée et les « vrais vacances » commencent. Nous sommes libérés des contraintes habituelles; plus question d’autoroutes pour nous. Nous visitons tous les petits villages rencontrés sur notre chemin. La peur de « l’inconnu » est complètement disparue pour se transformer en « plaisir de découvrir ».

        En réalité, nos vacances sont tout simplement une réplique de la vie « normale ». On ne sait jamais ce qui va survenir « demain ». Par contre, on avance maintenant avec confiance, en nous rendant très bien compte que la vie est belle justement parce qu’elle n’est plus contrainte par des horaires et des « obligations systémiques ». Toute notre attention est simplement dirigée vers le « plaisir de découvrir ». Aucun de nous ne sent plus le besoin de « contrôler » les évènements pour nous sécuriser. La sécurité c’est formidable, mais elle a le vilain défaut d’éliminer la richesse des imprévus qui cachent, tous, énormément plus de « plaisirs » que tout ce que nous pourrions « planifier ».

       À partir de cet instant, nous changeons de comportement. Nous échangeons avec tous ceux que nous rencontrons. Nous « prenons le temps » de nous intéresser à ceux qui nous entourent et nous en tirons autant de plaisirs et de moments joyeux. Chacun des « passants » fait maintenant partie de nos « vacances ». Nous sommes sortis de « nos bulles personnelles » pour goûter à toute la vie qui « pétille » autour de nous.

       Je me rends compte qu’il n’est pas nécessaire que cette façon « vacancière » de vivre cesse avec les vacances. Il n’y a aucune raison justifiable de revenir constamment nous réfugier dans notre « bulle de sécurité » lorsque les vacances seront finies; à moins, évidemment, que notre moyen de gagner notre vie est de « profiter » de ceux qui nous entourent, au lieu de participer aux plaisirs imprévus que la vie fournit quotidiennement à notre environnement.

      Je devrai me pencher très sérieusement sur cette possibilité de « vivre » avec une confiance inconditionnelle envers « l’inconnu ». Cela demande au départ de faire disparaître mes peurs et mes inquiétudes inutiles qui prennent tellement de place dans mon horaire quotidien.

     Vais-je y parvenir? Toute la question est là.  

 

Amicalement

                                                                        André Lefebvre

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Classé dans Actualité, André Lefebvre

Libye: les FAITS

On tue des gens en Libye.  Que se passe-t-il ? On parle beaucoup de la Libye, mais en en disant très peu; on se borne à éructer des slogans pour conforter des préjugés. Comment échapper à l’enfumage constant des médias, ici encore plus grossier qu’a l’ordinaire ? Deux petits trucs.

1. D’abord comprendre que PERSONNE n’a le fin mot de l’affaire.  Ni vous ni moi, bien sûr, mais ni Sarkozy ni Obama, ni Kadhafi  non plus, car la situation est un enchevêtrement d’interêts nationaux et personnels – ceux-ci d’autant plus signifiants que ceux-la sont mal définis – et qu’il y a donc une infinité de joueurs dont l’importance relative n’est pas uniquement fonction de leur pouvoir, mais aussi de la priorité changeante qu’ils accordent à ce dossier.  On ne sait donc vraiment pas ce qui en sortira.    Il serait intéressant de faire un parallèle avec le nord de l’Italie, début Renaissance.  Intrigues, zizanie, des mercenaires… des alliances au jour le jour, déloyauté et duplicité sans fin…

2. Il  n’y a que les FAITS dont on soit sûr, car toutes les interprétations qu’on en fait sont uniquement fonction de l’agenda de celui qui interprète. La vérité n’est pas prise en considération, seulement la vraisemblance… et l’on n’est pas trop exigeant. Donc, s’en tenir aux faits.

Quels sont les faits, concernant la Libye et les événements qui s’y déroulent ?  On peut voir le site Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Libye  (J’ai complété avec des renseignements  dont je n’ai aucune raison de douter de la véracité
et que m’a fait parvenir le blogueur Loatse )

D’abord, la Libye est le pays le plus riche de la région : trois (3) fois le niveau de vie de l’Égypte ou de la Tunisie ses voisines.  Ca, ce n’est pas du génie : c’est le pétrole. Mais la Libye, selon le Programme des Nations unies pour le développement, a aussi le meilleur IDH (Indice de développement humain) d’Afrique.   Pour ça, avoir du  pétrole ne suffit pas; il faut aussi vouloir et pouvoir en utiliser: les revenus pour qu’ils profitent a la population. On l’a voulu et on y est parvenu dans la Libye de Kadhafi mieux que nulle part ailleurs.

Les services sociaux à la population ? Les aides à la consommation ? Les meilleurs du monde !  Santé ?  Tous les soins médicaux sont gratuits et de haute qualité.  Education ?   L’éducation secondaire et universitaire sont gratuites. Le taux d’alphabétisation est supérieur à 90%. Chaque étudiant libyen qui veut faire ses études à l’étranger reçoit  une bourse de 1 627,11 Euros par mois, et tout étudiant diplômé qui ne trouverait  pas d’emploi reçoit le salaire moyen de la profession qu’il a choisie. CE SONT LES FAITS. Indiscutés.

D’autres faits indiscutés: les Libyens n’ont pas d’impôt à payer et la TVA n’existe pas en Libye.  La Libye est le pays le moins endetté du monde: la dette publique est à 3,3% du PIB, alors qu’elle est à 84,5% en France et à  88,9%  aux USA. Côté gestion, la Libye est exemplaire.

En Libye, le droit au logement est reconnu et un logement doit appartenir à celui qui l’occupe.
 L’Etat paye donc le premier appartement ou maison (150 mètres carrés) d’un nouveau couple  qui se marie et s’installe, et tout(e) citoyen(ne) libyen(ne) n’ayant pas de logement peut s’inscrire auprès de l’État pour qu’il lui en soit attribué un. S’il veut faire des travaux dans sa maison, il peut s’inscrire auprès d’un organisme de l’Etat et ces travaux seront effectués gratuitement par des entreprises de travaux publics choisies par l’État.

Chaque citoyen(ne) libyen(ne) peut s’investir activement dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques, aux niveaux local, régional et national, dans le cadre d’un système de démocratie directe ( “JAMAHIRIYA” ) qui tient compte de la representation des spécificités régionales et tribales. Cela va des Congrès populaires de base permanents, jusqu’au Congrès général du peuple, le grand congrès national qui se réunit une fois par an.  Sur 3,5 millions d’adultes, 600 000 citoyens participent activement à la vie politique.

La Libye est le 7ème fond souverain financier dans le monde; ses réserves fiduciaires sont supérieures à celle de la Russie qui a 25 fois sa popu;ation !  La Libye se sert de sa richesse pour servir ses citoyens, mais aussi pour participeintensément au développement de l’Afrique et à son indépendance vis-à-vis des occidentaux en y investissant des milliards.

Qu’est-ce qu’on reproche à la Libye ?  A chacun d’interpréter, mais il y a des FAITS…  Il faut en tenir compte.

Le fait qu’il y avait des rivalités de longue date entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine, par exemple, mais que personne n’a parlé récemment d’une rebellion armée avant que CNN et la BBC en parle, en février 2011.

Le fait que la France, puis les autres pays sous couverts de l’Otan, sont intervenus en Libye sous prétexte de bombardements à Tripoli et de massacres à Benghazi, mais qu’il est maintenant avéré que ces événements n’ont jamais eu lieu.

Le fait que la France, l’Angleterre, les USA – puis plus tard l’Otan – sont intervenus en anticipant la demande d’un groupe de rebelles (CNTI) composé d’anciens ministres et alliés renégats de Kadhafi, de militants  islamistes de diverses origines et de gens venus directement des USA,  reconnaissant comme le gouvernement légitime de la Libye cet ensemble hétéroclite qui n’a jamais obtenu la moindre reconnaissance de la population.

Le  fait que le gouvernement de rebelles ainsi légitimé a prioritairemnet veillé au depart des équipes chinoises qui préparait sur place
l’exportation prochaine de pétrole vers la Chine.

Le fait que la coalition de l’OTAN –  qui est intervenue sous prétexte de protéger les civils – bombarde maintenant ces civils comme les forces de Kadhafi ne l’ont jamais fait.

Le fait, que des centaines de milliers de Libyens manifestent à Tripoli et ailleurs pour soutenir Kadhafi… alors que les médias occidentaux peinent à mettre à l’écran quelques douzaines de “rebelles” bigarrés, tirant en l’air comme à la Fantasia.

Le fait, surtout , car il n’est pas anodin, que les 30 pays coalisés ont saisi USD $ 33 milliards de fonds libyens deposés de bonne foi par le régime Kadhafi dans leurs institutions financlères… ce qui semble un peu cavalier, sinon indélicat.

Le fait, enfin, qui laisse rêveur, que  le 15 fevrier 2011, le Fond monétaire International (FMI), concluant une enquête approfondie d’un an, a félicité le colonel Kadhafi pour sa bonne gestion de la Libye et l’a encouragé à « continuer d’améliorer l’économie », mentionnant son « ambitieux agenda de réformes »

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.imf.org/external/np/sec/pn/2011/pn1123.htm&title=rapport%20du%20FMI

Un peu surprenant cet aval du FMI, alors même que des émeurtes éclatent à Benghazi. Ensuite, tout va très vite. Le 26 février, Mostafa Mohamad Abdeljalil, ancien ministre libyen de la Justice sous Kadhafi, annonce la formation d’un gouvernement provisoire (CNTI) à Benghazi. Le 19 mars, en accord avec la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, une intervention militaire aéronavale est déclenchée par la France, suivie par le Royaume-Uni et les États-Unis… Que diable Kadhafi a-t-il bien pu faire dans ces 32 jours qui séparent les félicitations de l’anathème?

À la luniere de ces faits, il faudrait bien que ceux qui soutiennent l’intervention en Libye nous expliquent en quoi le régime Khadafi est devenu insupportable en quelques jours de février cette année…  et comment on peut croire que cette intervention ait eu d’autres buts que: a)  d’empêcher la Chine d’avoir accès au pétrole libyen, et b) de faire main basse sur USD $ 33 milliards des fonds d’un pays souverain.

A défaut d’explications, on ne peut voir  dans cette intervention qu’un BRIGANDAGE.  Comme Occidentaux, ce brigandage nous déshonore.

Pierre JC Allard

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Méditation systémique

Yan Barcelo, 24 juillet 2011

Nous sommes très préoccupés de systèmes. Nous voyons des systèmes partout et nous voulons constamment les changer, les réparer, les transformer. Système de justice, système démocratique, système économique, système d’éducation. Et bien sûr, LE Système.

Et c’est bien. Il faut se préoccuper des systèmes qui nous entourent. C’est la responsabilité de chacun en tant que citoyen.

Mais les systèmes sont faits d’individus, comme autant de maillons nécessaires dans un chaîne. Ne dit-on pas qu’un chaîne n’est pas plus forte que le plus faible de ses maillons. Les systèmes ne sont pas mieux, ne peuvent pas être mieux que les individus qui les habitent et les animent. Si un système ne fonctionne pas bien, c’est parce que quelques individus ou plusieurs individus, certains plus importants que d’autres au bon fonctionnement du système, sont carencés, fautifs… ou malhonnêtes.

Prenons le système de justice, qui nous présente en ce moment quelques exemples troublants de dysfonction avec les procès de Turcotte, de Robinson et l’interdiction d’extradition vers les États-Unis du jeune Francis Doyle Fowler. Chacun de ces cas nous présente un genre de déraillement particulier. Parfois, on peut soupçonner qu’il y a de la malhonnêteté en jeu, mais très souvent, il s’agit simplement de modes de pensée qui se sont cristallisés, et que des groupes de gens adoptent plus ou moins consciemment, et qui du coup perdent de vue le bien commun pour ne s’attacher qu’au bien d’individualités ou de particularités.

Or, le problème fondamental des systèmes demeure… les individus qui l’habitent, en fait, qui le font. La clé du bon fonctionnement de nos systèmes tient à une chose très simple, et pourtant si difficile à changer : l’égoïsme de chacun qui ne pense qu’à son bénéfice particulier au détriment du bien commun. Cet égoïsme est le fait des grands capitalistes financiers qui n’en ont que pour leur compte de banque. Et leur égoïsme entraîne souvent dans son sillage le sort de milliers et même de millions d’individus. Mais cet égoïsme est aussi le fait du simple quidam, qui est mon voisin, et qui ne veut pas cesser de faire du bruit après le couvre-feu de onze heures. C’est le fait d’époux qui ont accumulé mille et une récriminations à l’endroit de leur partenaire et qui décident de le quitter – tant pis pour les enfants.

C’est pourquoi à la base des systèmes, il y a une clé réparatrice cruciale : que chacun s’occupe de se changer lui-même. Gandhi avait cette parole formidable : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». C’est un programme en apparence tellement simple, tellement difficile, et pourtant si profondément transformateur. Mais c’est en général la dernière chose que nous exigeons de nous-mêmes. Nous voulons que le voisin change, que mon épouse change, que mon patron change, que le Système change. Et nous, évidemment, nous ne sommes pas en jeu; nous sommes innocents, chacun de nous, blanc comme neige.

C’est pourquoi au terme de l’essai que j’ai développé au cours de ces chroniques intitulé SIDA de civilisation je suis arrivé à cette conclusion bien modeste : il faut cultiver les vertus individuelles; il faut que notre culture s’occupe à nouveau de développer ces vertus; il faut que cette culture intègre comme prémisse de base que ce développement est sans fin et qu’il faut être prêt sans cesse à se remettre en question. Il ne suffit pas d’exiger que « le système » soit juste, il faut exiger de soi-même d’être juste. Il ne suffit pas d’exiger des autres qu’ils soient compréhensifs, patients, attentionnés (n’est-ce pas l’essentiel de tant de complaintes que nous entretenons?), il faut viser soi-même à être compréhensif, patient et attentionné. Surtout, il ne suffit pas d’exiger que les « autres » soient de bonne volonté et qu’il ne fassent pas d’erreurs, il faut se le demander à soi-même : être de bonne volonté et chercher la vérité plutôt que d’avoir toujours raison.

Ah, si tout le monde était de bonne volonté, comme les choses iraient mieux. Ce n’est pas pour dire que tout serait parfait, bien sûr, mais ça assurerait un terrain commun d’entente, une base partagée pour tenter de trouver, ensemble, ce qui est bon, ce qui est mieux, ce qui est vrai.

C’est un programme à la fois immense et modeste, silencieux et qui exige pourtant un courage de tout instant. C’est le travail de toute une vie. Et c’est le travail que la plupart d’entre nous refusons de faire… systématiquement. Nous préférons exiger que les autres changent, que les systèmes soient corrigés, que LE Système change. Finalement, pas étonnant que les systèmes soient si carencés.

 

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Le burn-out des bénévoles

Un jeune se suicide. Son père n’accepte pas de voir que des jeunes souffrent et qu’il n’y a pas assez de ressources pour les aider. Il crée une association pour venir en aide aux jeunes. En moins d’une année, épuisé devant le travail que cela représente, il se suicide lui-même. Par respect pour ses proches, je garderai le nom de cet homme sous silence.

Raymond Viger    Dossier Bénévolat, Suicide

  • Tuerie à la Polytechnique. La sœur d’une des victimes, Heidi Rathjen, part en croisade pour le contrôle des armes à feu.
  • Pacte de suicide de deux filles, sur une voie ferrée, Rive-Sud de Montréal. La mère, Lise Mondor, crée une fondation pour faire de la prévention dans les écoles.
  • Mélanie Cabay, une petite fille, est enlevée, agressée et retrouvée morte. Sa mère crée la fondation Mélanie Cabay, pour venir en aide aux parents et aux proches d’enlèvements.
  • Le petit Daniel Durocher est tué lors d’une escarmouche entre deux bandes de motards rivales. Jusqu’à ce que la maladie l’emporte prématurément, sa mère tient à bout de bras une fondation pour venir en aide aux victimes des groupes criminalisés.
  • La fille de Pierre-Hugues Boisvenu est assassinée, il crée l’Association des Familles de Personnes Assassinées ou Disparues.

Des histoires comme celles-là, il y en a plus que l’on pense. Au Québec, le bénévolat aura été longtemps motivé par des convictions religieuses. Pour certains, il est une forme d’autothérapie pour faire le deuil d’un être cher, d’une situation injuste et que nous ne voulons pas voir arriver à d’autres. Pour plusieurs d’entre nous, le bénévolat est une question de survie, une façon de donner un sens à un événement traumatisant, un besoin viscéral de changer le monde dans lequel nous vivons.

À la suite d’une grande dépression qui m’a poussé vers deux tentatives de suicide, j’ai erré dans les rues de Montréal. J’ai tellement erré que je suis devenu travailleur de rue. En 1992, avec le père André Durand, nous étions deux bénévoles au Journal de la Rue à parcourir les rues de la province pour aider les jeunes marginalisés. Nos motivations étaient différentes, mais nous avons réussi à développer une complicité dans notre missionnariat.

Être bénévole, pour certains, ce n’est pas seulement donner du temps. C’est aussi mettre à contribution les équipements que l’on possède. C’est aussi, ponctuellement ou d’une façon permanente, refuser un salaire pour son travail, de façon à s’impliquer encore plus. Dans certains cas, il faut même payer pour faire du bénévolat. Une façon d’aider un jeune et d’aider l’organisme à poursuivre sa mission. Pour d’autres, le bénévolat devient un prétexte pour se rencontrer, échanger, éviter d’être seul à la maison.

Quelques grands bénévoles

Au cours des années, nous avons tenté de vous faire découvrir quelques grands bénévoles du Québec. Louise Gagné qui a participé à la création de plus d’une trentaine d’organisme communautaire. André Paradis de l’Estrie, un jeune bénévole de 76 ans. Laurent Pontbriand du Cap-de-la-Madeleine et sa bonne humeur contagieuse. Éléonore Mainguy, ancienne croupière qui dénonce les abus de Loto-Québec envers les joueurs. Did Tafari Bélizaire, ce joueur compulsif qui a sauté en bas du pont Jacques-Cartier et qui est devenu conférencier dans les écoles en prévention du jeu compulsif. Docteure Christiane Laberge que nous avions proclamé personnalité de l’année.  Jacqueline Blais de Sept-Îles avec la médaille du gouverneur et l’ordre du mérite. Chéli Sauvé-Castonguay,  vidéojockey de Musique Plus. Alain Dubois qui se dévoue corps et âme pour la cause des joueurs compulsifs. Julie Rhéaume à la radio communautaire de Québec. Ou encore les 50 ans d’implication de Louis-Phillipe Tremblay de St-Félicien. Des gens qui méritent qu’on écoute le message qu’ils ont à nous livrer et qu’on les soutienne dans leurs actions.

Le bénévolat est aussi important pour les gens qui le font que pour la société. Trop souvent, des bénévoles se brûlent à vouloir changer le monde. Parce que le changement demande du temps, de la patience, de la persévérance… De l’organisation aussi.

Des bénévoles sont prêts à faire des conférences dans les écoles auprès de jeunes. Il faut avoir une ligne téléphonique, répondre aux informations, trouver l’argent pour le transport, prendre une journée de congé (souvent pas payée) pour se rendre dans l’école… Beaucoup de temps de gestion. En plus, ce n’est pas facile pour un bénévole de dire non, de mettre ses limites.

Prenons le temps de soutenir les bénévoles qui se donnent corps et âme pour une société meilleure, de les aider à éviter le burnout, de définir avec eux les limites qu’ils doivent s’imposer. Reconnaissons le travail qu’ils font auprès des jeunes. Merci à vous tous pour votre engagement.

C’est en informant et en sensibilisant les jeunes que nous allons réussir à changer le monde, à bâtir une société plus humaine, plus juste et plus équilibrée.

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Les dessous de l’affaire IQT Solutions

 
 

Par Philippe David

Il est toujours tragique de voir autant de gens perdre leur emploi. Ayant déjà vécu ça plusieurs fois, je compatis avec les travailleurs d’IQT Solutions qui ont été mis à pied de façon plutôt sauvage. Mais il y a plus à cette affaire qu’il n’y parait à première vue et je suis fortuné d’avoir des informations pertinentes qui ne sont pas connues du grand public. Résumons d’abord les faits. IQT Solutions est une firme américaine qui opérait trois centres d’appel pour le compte de Bell, fournissant du soutien technique aux clients de leurs services internet. Les employés du centre d’appel de Trois-Rivières ont récemment déposé une demande d’accréditation syndicale. Vendredi dernier, les quelque 1500 employés des trois centres d’appel sont abruptement mis à pied sous prétexte que la compagnie aurait perdu son contrat avec Bell et qu’étant donné que c’était son unique contrat au Canada, ils ne pouvaient continuer les opérations ici. L’entreprise a donné une journée aux employés pour récupérer leurs effets personnels. Ils n’ont pas été payés leurs deux dernières semaines de travail, ni leur 4%, ni leurs deux semaines de préavis obligatoires, conformément à la loi sur les normes du travail. L’employeur a aussi négligé de fournir le relevé d’emploi dont les employés ont besoin pour obtenir leurs prestations d’assurance-emploi.

Je ne peux faire autrement ici que de condamner les agissements de l’employeur dans cette affaire. D’autant plus que ceux-ci sont illégaux. On ne pourrait questionner la légitimité de vouloir fermer les opérations canadiennes dans les circonstances, mais de ne pas payer les employés leur dû et de ne pas leur fournir leurs documents de cessation d’emploi est inexcusable. D’autant plus que Bell ne pouvait certainement pas terminer le contrat du jour au lendemain, ce qui fait que l’entreprise était certainement au courant que Bell ne renouvellerait pas le contrat bien avant la semaine dernière. Mais il existe d’autres faits. Je vais donc vous faire part d’une petite anecdote.

Flashback

En février 2006, j’étais à l’emploi d’une entreprise qui s’appelait Solutions Anjura et qui fournissait exactement les mêmes services pour le même client : Bell. Ça faisait environ trois ans que je travaillais comme agent de soutien technique pour cet employeur. Or un matin de février en 2006, je ne me souviens pas de la date exacte, je reçois un courriel de mon employeur m’informant que le contrat de l’entreprise avec Bell ne serait pas renouvelé à l’échéance et qu’à partir de cette date, à la fin du mois de juin, les quelques 1000 employés de trois centres d’appels qu’Anjura gérait avec Callian, un autre sous-contractant, se retrouveraient sur le chômage. À l’époque, cette nouvelle n’a pas fait les manchettes, mais elle comporte de nombreuses similarités avec le cas d’IQT.

Quelques semaines avant de recevoir le courriel fatidique, j’ai reçu un autre courriel d’un employé mécontent. Lui et quelques collègues avaient commencé à faire des démarches pour obtenir une accréditation syndicale. Naturellement, Anjura et Callian ont eu vent de l’affaire, ainsi que Bell. Les trois étaient en négociation pour le renouvellement de leur contrat. Apparemment Bell aurait choisi de ne pas renouveler leur contrat à ce moment. Bell a probablement plusieurs bonnes raisons. Le centre d’appel doit être opérationnel 7 jours sur 7, 24 heures par jour. Bell ne pourrait pas avoir ce service interrompu ne serait-ce que pour une heure. Ils ne peuvent donc pas risquer une grève. Deuxièmement, une nouvelle convention collective aurait sûrement forcé Anjura et Callian à augmenter leurs salaires, ce qui les rendrait probablement moins compétitifs et inciterait Bell à aller voir ailleurs. Ces raisons seraient probablement pourquoi Bell aurait laissé tomber IQT Solutions également.

Cependant, nous avions été informés de la fermeture du centre d’appel 4 mois à l’avance, ce qui a laissé le temps à plusieurs employés de se trouver un autre emploi et la compagnie nous avait donné nos relevés d’emploi. Mais il semble qu’Anjura ait omis de payer le 2 semaines de préavis à certains employés. Alors j’ai reçu une lettre près d’un an plus tard m’informant que des procédures avaient été intentées au nom de tous les employés par la Commission des Normes du Travail et je suis toujours dans l’attente de nouvelles sur le jugement. Les roues de la justice tournent très lentement au Québec.

Retour au présent…

N’est-il pas intéressant de voir comment l’histoire se répète? Il n’y a aucun doute que le licenciement des employés d’IQT a été mené de façon exécrable et la Commission des Normes du Travail fera certainement de son mieux pour faire respecter la loi, même si ça prend des années! Mais l’employeur n’est pas le seul à blâmer. Les employés d’IQT auraient aussi dû être informés des conséquences possibles de leur accréditation syndicale. Mais voyez-vous, le code du travail au Québec est ainsi fait qu’il est impossible à un employeur de dire à ses employés que la syndicalisation pourrait amener la fermeture de l’entreprise, ou de la division. Il n’y a qu’à penser à la fameuse vidéo de Couche-Tard et la réaction du syndicat. Mais ne comptez certainement pas sur la centrale syndicale pour donner l’heure juste à ce sujet. Résultat: les syndicats promettent mers et mondes aux employés, mais les employeurs n’ont aucun droit de réplique. Dans ce cas précis, il aurait été pertinent aux employés de savoir que de se syndicaliser pourraient entraîner la perte de leur contrat avec Bell. Les employés d’Anjura et Callian n’ont pas eu d’avertissement sur ces conséquences non-plus. Le syndicat et le code du travail n’ont pas eux mêmes congédiés ces employés, mais ils sont en partie responsables de cette mise-à pied.

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