Archives quotidiennes : 21 octobre 2011

Le PQ et les belles idées d’antan

 
 

 
La première fois que le Parti québécois a participé à une élection, ce fut le 29 avril 1970; soit il y a 41 ans. Or, juste à la veille de cette élection – où le parti n’a fait élire que 7 députés – cette formation politique a publié un petit livre-clef sur le devenir national québécois. Ce fascicule s’appelait  ‘La solution – Le programme du Parti québécois’.  Sur la page couverture, on voyait la photo du fondateur, René Lévesque et au verso celle d’un (jeune) Jacques Parizeau. On connait l’ultime tragédie nationale vécue par ces illustres personnages… passons!

L’important, ici, c’est de lire ce que M. Lévesque proposait du point de vue social tout autant que national et de nous demander si notre collectivité n’aurait pas pu agir plus prestement, plus judicieusement, même si le projet d’autodétermination n’a pas abouti.

Le petit livre dont nous parlons et que j’ai devant moi depuis 40 ans a été  écrit par l’ancien premier ministre lui-même, de sa propre main. Cela transpire dans toutes les pages. C’était le projet d’une évolution sociale emballante et mobilisatrice. Certains des objectifs ont été atteints, notamment dans le domaine du syndicalisme, mais dans bien d’autres notre collectivité a passé tout à côté.

Ces constats sont importants, car la Fondation du Parti québécois tiendra bientôt, soit le 4 novembre, à la Grande bibliothèque, un colloque sur la vie même de M. René Lévesque. Et puis, n’est-il pas pertinent de nous demander ce que nous aurions pu faire collectivement tout en attendant l’affranchissement idéal ?  N’y a-t-il pas un lien à faire, ici, avec ces fameuses collusions qui nous troublent tant?

Pour ma part, j’estime que le principal oubli social, le principal échec québécois touche le domaine de l’aménagement territorial et de l’habitation. M. Lévesque proposait, promettait une transformation radicale du développement urbain que bien des contribuables ont oublié de noter : soit la MUNICIPALISATION DES SOLS URBAINS.  Textuellement voici ce qu’il disait :

«Pour corriger ce triste tableau (celui de la négligence criminelle (sic) dans le domaine de l’habitat) une des manières de voir qu’il faut changer au plus tôt c’est celui qui considère le sol urbain comme un objet de spéculation. Il faut en faire un bien commun, si l’on tient vraiment au succès d’une politique sociale en matière d’habitation et d’urbanisme. Aussi les pouvoirs publics devront-ils procéder à la nationalisation progressive du sol en périmètre urbain »

Or il n’y a pas eu de telle nationalisation progressive. Pas plus que nous n’avons donné de l’importance à cette autre idée (page 33) de donner priorité à un Office du Plan territorial «directement rattaché au bureau du premier ministre». Cet Office aurait créé «un plan de développement global pour la société québécoise». Je ne sais pas si le premier ministre actuel –qui vit à part dans une municipalité séparée – s’intéresse à un pareil Office, mais si l’on en juge par les résultats il ne doit pas y consacrer beaucoup de temps.

Le Québec est aujourd’hui parsemé de «monster houses» posées n’importe où sans le moindre égard à un quelconque Plan. Et puis, s’il y avait un Office du plan véritable, est-ce que l’UQAM aurait été autorisée à construire cet autre monstre (non achevé) d’habitat dans l’îlot dit «voyageur» ? L’UQAM, en tout cas, cette institution-clef de notre patrimoine culturel francais, n’aurait pas été engagée dans cette catastrophique aventure qui déprécie le quartier dit latin et le tout-Montréal!

René Lévesque, lui, n’a pas voulu ou pu réaliser son projet de rétablissement, de restauration urbain. Il a même été obligé, par la pression des banlieues, certes, d’éliminer le péage sur les ponts afin de conserver un comté ou deux dans la bande péquiste! C’est bien triste tout ca. Car le Québec, dans le domaine urbain ne peut se proposer comme exemplaire aux yeux des autres pays. Il vit en conséquence une période de gaspillage d’énergie et de mauvais goût. Le colloque du 4 novembre nous dira-t-il si notre collectivité ne pourrait pas une bonne fois  faire revivre ces belles idées collectives ?

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( Dans un article touchant la revue Relations, la semaine dernière, j’ai voulu signaler l’importance de bien prendre en compte l’aspect national de la vie québécoise.  Dans ce contexte, j’ai cité une phrase du rédacteur en chef, M. Jean-Louis Ravet. Or, je n’ai pas cité cette phrase tout au long et cela a pu laisser l’impression que M. Ravet n’a pas cette preoccupation. Ce que je regrette. Du reste l’interêt de M. Ravet pour la question nationale, on me le signale, a bien été exprimé dans des articles des numeros 668 et 740 de Relations.)

Jean-Pierre Bonhomme

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