Archives quotidiennes : 29 octobre 2011

POUR UNE LAICITÉ HUMANISTE

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Le débat sur la laïcité nous conduit, me semble-t-il, dans bien des directions. Plusieurs penseront que la laïcité est antireligieuse et que ses promoteurs en sont les athées qui veulent faire disparaître du panorama culturel et sociétaire toutes les formes de représentations religieuses. D’autres diront que la laïcité est cet espace « neutre » que se réserve l’État pour que tous les citoyens et citoyennes de quelques religions ou tendances qu’ils soient puissent s’y retrouver sans aucun irritant de nature religieuse. Pour d’autres, le débat sur la laïcité est l’occasion toute indiquée pour régler leurs comptes avec une religion qui ne leur aura laissé que de mauvais souvenirs. Dans tous les cas, le mouvement du balancier des idées et des passions risque de nous en faire oublier l’humanité que nous partageons tous.

Dans mon esprit, la laïcité n’est ni une foi, ni un athéisme, ni une religion, mais un espace qui permet à tous les visages d’une société de se reconnaitre dans leur citoyenneté et leurs engagements solidaires au service de la justice, de la vérité, de l’entraide, de la tolérance à l’endroit des plus faibles et démunis de cette même société. En somme, une laïcité qui va au-delà de la « neutralité » en affirmant haut et fort les fondements sur lesquels s’appuie le devenir de la société. C’est ce que j’appellerais « une laïcité humaniste ».

Il appartient à chacun et à chacune de puiser ses ressources spirituelles là où ils et elles le veulent bien, mais encore faut-il que ces multiples sources d’inspiration religieuse ou agnostique en fassent de véritables ferments au service de cette humanité qui se nourrit des valeurs plus haut mentionnées. S’il fallait qu’elles deviennent tout le contraire de ce que la société est en droit d’en attendre, il faudrait alors qu’elles soient jugées sur cette base. Dans une société laïque, les véritables croyants et les véritables athées qui méritent le respect de tous et de toutes sont ceux qui sont, pour l’ensemble de la société, de véritables témoins de la justice, de la vérité, de la solidarité et de la compassion. Ce n’est ni par les signes religieux, ni les beaux discours agnostiques que l’on va transformer le monde, mais par l’engagement généreux au service de l’ « humain ». À ce titre, personne n’y échappe, du plus petit au plus grand, du plus faible au plus puissant, du plus croyant au moins croyant.

Je pense qu’une telle approche ne peut faire autrement que d’obliger les autorités des différentes religions ainsi que les défenseurs de l’athéisme et autres idéologies à se réévaluer à la lumière de leurs engagements dans le monde d’aujourd’hui. à la lumière de ce que leur foi leur enseigne sur ces grands objectifs sociétaires et humanistes. La laïcité n’est-elle pas le point de rencontre de toutes les personnes de bonne volonté qui s’unissent pour dénoncer l’hypocrisie, le mensonge, les injustices, l’intolérance à l’endroit des plus fragiles et démunis de la société ? Ne sont-elles pas celles qui sont à l’avant garde des luttes à mener pour le respect des droits des personnes et des peuples, pour que justice arrive à tous les humains de la terre et que la vérité cesse d’être manipulée et déformée par nos médias. Cette laïcité devient pour l’ensemble de la société un ferment qui unit et engage, mais aussi qui démasque et dénonce.

Étant moi-même de foi chrétienne, je demande aux églises de se repenser non plus en fonction de ce qu’elles sont comme institutions et cultes, mais comme « conscience d’une humanité qui vit les douleurs de l’enfantement en étant avec ceux et celles qui souffrent dans leur chair cette mutation.  L’apôtre Jacques avait cette observation d’un non croyant à l’endroit de ceux qui s’en remettaient à la foi pour se justifier de ne rien faire : 

« Toi, tu as la foi, et moi, j’ai les œuvres ? Montre-moi ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi. » Jc. 2, 18

La laïcité, comprise ainsi, met au défi les dieux auxquelles se rattachent les diverses croyances de montrer ce qu’ils peuvent faire à travers leurs disciples pour que cette humanité deviennent de plus en plus réalité pour tous les humains de la terre. Nous n’en sommes plus à des guerres de religion, mais à cette guerre dont les seules armes sont  le courage, le don de soi au service d’une humanité qui plonge ses racines dans la justice,  la vérité,  la solidarité et la liberté accessibles aux sept milliard d’êtres humains.

Je vois dans le « Mouvement des indignés » qui se répand comme un feu de poudre à travers le monde l’expression de cette conscience humanitaire qui ne peut tolérer les systèmes économiques, financiers, politiques, religieux qui retiennent les peuples dans la dépendance, l’insécurité et la pauvreté. Le 15 octobre, déclaré jour mondial des indignés, a mobilisé à travers le monde des dizaines de milliers de personnes et ça ne fait que commencer. Le monde doit changer si nous voulons que l’humanité retrouve son visage humain.

Je souhaite que les religions redécouvrent la foi qui ouvre au service de l’humanité et que les athées et non croyants de tout acabit découvrent, pour leur part, le véritable humanisme au service duquel nous sommes tous conviés.

Oscar Fortin

Québec, le 15 octobre 2011

http://humanisme.blogspot.com

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La murale Espace pour la vie au Stade olympique

 

Arpi, Dcae, Ensu et Heresy

Les artisans de la murale du planétarium de Montréal

Rencontre avec les artistes muralistes qui ont réalisés une murale de 350 pieds de longueur pour le déménagement du Planétarium de Montréal au Stade olympique.

Lucie Barras Dossiers Porte-folio, Murales, Graffiti, Hip-hop, Planétarium,

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Où en êtes-vous dans votre carrière artistique?

Arpi: Je suis encore à suer un peu. Je suis toujours sur les bancs de l’école de la vie. J’ai fait du chemin, j’ai un certain bagage et je garde une ouverture sur le futur. Rien n’est écrit d’avance.

Comment vous sentez-vous à l’approche de la peinture de cette fresque?

Ènsu: Je suis pressé de commencer à peindre.

Y’a-t-il des inquiétudes?

jardinbota3[1]Ènsu: Non, il n’y a pas d’inquiétudes, seulement quelques changements de programme.

Arpi:  Je le sens bien. C’est juste ennuyeux que le début du travail soit sans cesse reporté… À ce stade, on se sent un peu comme un pion.

En quoi cette murale est différente de vos autres réalisations?

Arpi: Pour moi, chaque commande est différente. Chaque partenariat est une aventure unique. Et me pousse vers des thématiques que je n’ai pas forcément l’habitude de travailler, ça m’oblige à sortir de ma zone de confort. Chaque projet me permet de grandir, de m’enrichir, et m’amène à essayer quelque chose de nouveau.  Bien qu’on trouve toujours moyen de se faire plaisir.

Ènsu: La différence est que tout est traité en réalisme. Il faut reproduire de vraies photos. En général, je réalise mes propres dessins. C’est un projet commun. Je n’en ai pas l’habitude. J’ai surtout connu des expériences personnelles.

Est-ce que pour vous ça peut être une preuve que le graffiti Hip hop est de plus en plus accepté par les institutions?

murale-planetarium-demenagement-planetarium-montreal-stade-olympiqueÈnsu: Non. Je pense que pour eux, il s’agit plus d’un projet de décoration. Ils sont conscients que nous sommes graffers, bien sûr. Mais, ils nous ont choisis pour notre technique. Il y a un gros mur à travailler et on fait appel à nous car nous pouvons travailler plus vite à la canette.

Arpi: Depuis le début des graffitis Hip hop, dans le métro de New York, si tout le monde ne l’a pas accepté, les gens ont bien été obligés de les voir, donc de reconnaître que cet art existe…

Attention, le projet du planétarium est une murale, et il n’y a aucun lien avec le graffiti. Un graffiti, par essence, c’est appliquer un médium sur une surface non préparée. Ça peut être le mur d’un toilette, un wagon de train, mais pas une murale préparée pour l’occasion. Seule la technique est la même, pas l’essence.

Il y a encore du chemin à faire pour que les graffiteurs soient reconnus comme des artistes qu’ils sont. Nous devons travailler deux fois plus fort que les artistes classiques pour être légitimes. Et encore…

Quel est le regard des artistes «classiques» envers les murales de graffiteurs Hip hop?

Murales PlanétariumArpi: Certains nous prennent pour des vandales tandis que d’autres admirent notre côté marginal et contemporain. Nous somme autodidactes. Je pense qu’ils adoptent juste un mécanisme de défense, face à une peur, un méconnaissance. Dommage, ils se coupent de quelque chose d’enrichissant. Même si nous faisons toujours mine d’être les plus forts, nous autres graffiteurs gardons une certaine humilité. Personnellement, le travail des autres me remet toujours à ma place. Je sais l’apprécier.

Quelles sont être les étapes de réalisation d’une murale?

Ènsu: Nous allons commencer par réaliser les aplats de couleurs, tout le background. Puis, nous allons nous partager les tâches. Mais on n’est pas encore prêts. Je ne sais pas si l’on va peindre tous les 4 en même temps à chaque fois. Ça va être speed car on ne peut pas commencer tant qu’on n’a pas l’approbation pour la maquette. Il faut savoir ce que l’on fait avant de commencer à peindre, et que ça ne change plus.

Ce n’est pas frustrant de suivre une maquette?

Ènsu: Non, c’est même intéressant de suivre un dessin précis. Les potes, qui n’ont pas réalisés la maquette, sont contents. Ils vont arriver et pouvoir se mettre à graffer directement, sans devoir réfléchir. Et puis, on a l’habitude d’être contraints à un dessin, c’est comme ça à chaque commande. Et le thème de la nature nous plait à tous. Moi, en tout cas, ça me parle.

arpi-designer-urbain-muraliste-art-muralesArpi:  Ce qui est frustrant, c’est surtout lorsque la personne qui fait appel à ton savoir faire est indécise sur la maquette. Le plus important, c’est de gagner sa confiance. Si elle se sent en confiance, elle va écouter tes idées, repenser à son projet de départ. Après, le jeu, c’est de connaître ce client, et de deviner ce qui lui plaira. Parfois, c’est intimidant d’exposer ses idées, de se mettre à nu devant quelqu’un qu’on ne connaît pas. Une fois que le dessin est validé, le plus dur est fait.

Es-tu conscient que pendant un an, le nombre de touristes qui vont passer devant la fresque se compte en millions ?

Ènsu: J’en parlais justement avec Arpi. Je pense que ça nous sera bénéfique. On ne peut s’empêcher d’y penser. Et ça sera d’autant plus intéressant si on a la chance de voir nos noms quelque part, notamment sur le net. Moi, ce que j’espère, c’est que les touristes prendront des photos, et qu’on va les retrouver sur Internet. Ça va faire des retombées pour nous et le Café-Graffiti.

Arpi:  La plus grosse des récompenses, c’est quand ton travail est observé, voire apprécié. Là, pendant le travail, nous serons amenés à parler avec les citoyens. Après, il faut gérer son implication. Savoir doser l’inter-action avec le public et ton travail. Les questions sont souvent redondantes. Mais parfois, une question t’amène à voir les choses sous un nouvel angle. C’est intéressant, on ne sait jamais à quoi s’attendre.

La beauté de l’art mural c’est sa gratuité et son accessibilité. On peut la voir, 24 heures sur 24 sans restriction aucune. Le public qui se fait photographier devant une murale crée une interaction qui  immortalise l’oeuvre et la rend vivante.

Vanessa La Haye, préposée au marketing pour Espace pour la vie

Le projet a été décidé il y a plusieurs mois. Quand la nécessité de poser une clôture pour délimiter les travaux s’est imposée, ma supérieure Sylvie Tousignant a eu l’idée d’une murale. Ça pouvait être fun de parler de nous à travers une oeuvre. La murale est un gros projet par sa taille. Plus symboliquement, il marque la naissance du nouveau planétarium qui  compte beaucoup à nos yeux. La palissade permet de souligner en beauté cet événement tant attendu. Nous voulions remplir plusieurs objectifs. Il fallait d’abord quelque chose de beau, d’artistique. Pour le plaisir des yeux de visiteurs, malgré les travaux, nous voulions en profiter pour leurs expliquer qui nous sommes. Ce que représente Espace pour la vie. Enfin, ce projet a une vocation citoyenne. Nous voulions impliquer un organisme de quartier. C’est là que le Café Graffiti est entré en jeu. Le Café Graffiti engage des artistes, et se situe dans le quartier du parc olympique. Il remplit pleinement le mandat.

Au départ, nous n’avons même pas pensé qu’un tel projet pouvait servir à casser des préjugés sur le graffiti. L’idée a même fait grincer les dents de certaines personnes au sein de l’équipe. Mais en découvrant le Café Graffiti, en travaillant aux côtés de graffiteurs, nous avons découvert cet univers. Le jour de l’inauguration, une deuxième équipe de graffiteurs seront avec les enfants. Pour faire en sorte que le graffiti vienne s’inscrire dans un évènement institutionnel. Si ça, ça ne vient pas briser quelques limites et quelques idées reçues…

Pour rejoindre le Café-Graffiti (514) 259-6900.  

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