Archives quotidiennes : 10 novembre 2011

L’ego peut-il évoluer? (partie 2)


Cet article fait suite à celui présenté la semaine dernière sur la nature de l’ego.

Des personnes ont mentionné suite à la diffusion de mon texte que l’ego se distinguait de la personnalité. C’est possiblement une question de choix de mots, mais dans ma perception de l’ego, celui-ci fait corps avec la personnalité. L’ego c’est la conscience que l’on a de soi, ce qu’on pense de soi, incluant la personnalité. Permettez-moi de continuer à considérer l’ego comme tel pour poursuivre mon propos jusqu’au bout.

La constitution de l’être humain (extrait du livre Choisir d’Annie Marquier, directrice de l’Institut de développement de la personne)

L’être humain est constitué d’un être intérieur et invisible qui prend divers noms, soit Cosmos, Conscience, Moi supérieur, Guide intérieur, Âme, et autres. Cet être intérieur – appelons-le le SOI – est formé de matière intérieure (conscience) vibrant à un taux vibratoire très élevé. Pour se manifester dans la matière, il a besoin d’un véhicule de manifestation pour exprimer sa volonté dans le monde physique. Le véhicule de manifestation – qu’on appelle aussi ego ou personnalité – est formé d’un corps mental, émotionnel et d’un corps physique. Conséquemment, l’ego, serait l’ensemble des aspects inférieurs de l’être humain.

Y a-t-il un bon et un mauvais ego?

Pouvons-nous parler de bon ou de mauvais ego? Ce n’est pas tant cet aspect qui est important, car un «bon ego» est aussi réactionnel qu’un «mauvais ego».

C’est le besoin de pouvoir et de contrôle sur autrui ou les situations, si subtil soit-il, qui maintient la conscience dans l’ego. Selon la qualité de l’attention d’une personne et de ses intentions, sa conscience éclairera soit son Moi supérieur ou son ego. L’attention est semblable à une lumière qu’on allume pour éclairer ce qu’on veut voir. Les choses qui ne sont pas éclairées vont rester dans l’ombre et n’occuperont pas la conscience.

La compassion, l’altruisme, des qualités qui viennent du cœur, rendent une personne plus transparente et intègre. Seule une en mesure de connaître si ses intentions sont pures ou avides de reconnaissance. En effet, il est difficile de juger de la qualité des intentions des autres.

EXEMPLE D’UNE QUALITÉ DE CONSCIENCE ET D’INTENTION

Prenons le sentiment d’altruisme. Une personne traverse la rue, tombe, incapable de se relever. Elle a besoin de secours, vous êtes en face de la rue, et vous avez observé toute la scène. Vous vous précipitez auprès de cette personne. Cependant, quelqu’un d’autre a été plus rapide et arrive avant vous sur les lieux. Si vous vous sentez frustré parce que vous n’avez pu lui venir en aide, votre intention profonde manifeste était de vous sentir gratifié d’avoir fait une bonne action. D’autre part, si vous vous sentez soulagé quand la personne reçoit du secours – que ce soit par vous ou quelqu’un d’autre – votre intention est pure et détachée, puisque pour vous seul l’objectif que cette personne soit aidée comptait. Votre conscience était orientée vers l’autre et non centrée sur vous-même.

Les autres détectent facilement nos faiblesses

Incidemment, quand les autres parlent contre nous, il s’agit toujours de notre ego. Les gens perçoivent assez bien les failles de notre personnalité, et les efforts que nous faisons pour les camoufler. Que tentons-nous de dissimuler aux autres, consciemment ou inconsciemment? Sans doute la peur d’être rejeté, jugé, pas accepté. La peur de ne pas passer le test. Quel test? Il y en a plusieurs en société, même s’ils sont des non-dits, ils sont implicites. Il y a celui de l’intelligence, de la beauté, de la prospérité, de la réussite, de la signifiance, de l’éducation, du milieu social, et d’autres.

Sommes-nous toujours dans l’ego?

Non. Nous ne pouvons occuper qu’un plan de conscience à la fois. Nous sommes libres d’expérimenter divers états de conscience. Nous avons le choix de voyager entre les aspects inférieurs de la personnalité et le mental supérieur qui communique avec le Soi. Une réalité toutefois s’impose : nous ne pouvons être à deux endroits à la fois. Une personne peut être fort estimable sur le plan de sa carrière en mettant ses talents au service de la communauté et en étant en harmonie avec son intérieur dans l’orientation de ses  activités qui répondent à ses aspirations profondes. Toutefois, il peut y avoir des ratés, à l’occasion, dans son attitude :  une certaine arrogance, une certaine impatience, du jugement. Quand cette personne agit ainsi, elle donne la première place à l’ego compétitif. Dans la conscience éveillée normale que nous expérimentons pour la plupart d’entre nous, nous serions plus souvent dans l’ego que dans le Moi supérieur.

La confusion entre un ego fort, la confiance en soi, la puissance et la force d’âme

En Occident, on a tendance à tenir le moi pour l’élément fondateur de la personnalité. L’absence d’ego ou un ego faible peuvent paraître des signes cliniques témoignant d’une pathologie plus ou moins sévère. Mais, dit Matthieu Ricard, «l’idée qu’il est nécessaire d’avoir un moi robuste tient au fait que les personnes souffrant de troubles psychiques sont censées avoir un moi fragile, fragmenté et déficient.» Notre civilisation croit en l’importance d’un moi établi, on parle de forger des personnalités fortes, adaptées, combatives. Il semble que l’on confonde souvent ego et confiance en soi.

L’EGO

L’ego n’aurait qu’une confiance en soi factice, construite sur des attributs précaires – brio intellectuel, pouvoir, succès, opinion d’autrui – et sur ce que nous croyons être notre identité. C’est cette image de soi qui forme l’étiquette et la valeur personnelle de l’ego. Mais comme la vie est changement, tôt ou tard, nos conditions ou possessions – qu’elles soient émotionnelles, intellectuelles, physiques ou sociales – subiront des revers, et c’est là que l’ego fait face à son éclatement, la souffrance inutile (puisqu’elle est due à une fausse connaissance de soi), à la frustration, la colère, la haine, et aussi la maladie.

LA CONFIANCE EN SOI

C’est une qualité naturelle de l’absence d’ego qui est affranchie d’une vulnérabilité fondamentale à l’ego. (ON ENTEND PAR ABSENCE D’EGO, UNE ABSENCE D’ATTENTION MISE SUR LUI – ET NON SA DISPARITION –  CAR L’ATTENTION DE LA CONSCIENCE EST MISE AILLEURS, SUR LE SOI, PAR EXEMPLE). La véritable confiance authentique naît de la reconnaissance de la nature véritable des choses et d’une prise de conscience de notre nature fondamentale, le SOI, présente en chaque être. Cette connaissance du SOI apporte une paix intérieure qui comprend l’impermanence des choses et qui accepte d’ÊTRE plutôt que d’AVOIR.

DES EXEMPLES DE PERSONNES QUI ONT RÉDUIT L’IMPORTANCE DE LEUR EGO ET LEUR INFLUENCE SUR LA SOCIÉTÉ – Des êtres qui en réduisant l’importance de leur ego se sont ouvert aux autres, tels SOCRATE, JÉSUS, GANDHI, MÈRE TERESA, LE DALAI LAMA, NELSON MANDELA, L’ABBÉ PIERRE.

«L’idée qu’un puissant ego est nécessaire pour réussir dans la vie vient probablement, dit Matthieu Ricard, d’une confusion entre l’attachement au moi, à notre image, et la force d’âme, qui est la détermination indispensable à la réalisation de nos aspirations profondes.

Le plus grand danger du renforcement extrême de l’ego mène à la tentation totalitaire de penser qu’il va régler et refaire le monde à son image. Comme Staline, Hitler, Mao, Big Brother.

Les bénéfices reliés à la diminution de l’ego (du moi central)

Se libérer de l’ego – ce qui signifie lui attribuer moins d’importance – ne nous empêche pas de nourrir une puissante détermination à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés et de jouir à chaque instant de la richesse de nos relations avec le monde et les êtres. Il y a beaucoup de bienfaits reliés à la diminution de l’ego et à l’augmentation de l’attention sur le centre de l’être en soi.

LA LIBERTÉ INTÉRIEURE

La liberté intérieure est un premier bienfait apporté par l’arrêt de la fixation de notre attention sur notre image intime. Quand on cesse d’espérer de gagner et qu’on cesse de craindre de perdre, on devient libre de donner et de recevoir. On cesse d’être préoccupé uniquement par soi, c’est un poids énorme qu’on s’enlève soi-même. La fascination concernant les autres et le monde prend plus de place. Nos désirs vont s’élargir, s’approfondir pour devenir une aspiration. Celle de faire de soi un meilleur être humain, d’œuvrer au bien des êtres ou d’atteindre l’éveil spirituel.

SE LIBÉRER DE L’OBSESSION DE BIEN PARAÎTRE ET DE L’IMAGE

Un deuxième bénéfice est la libération de l’obsession de bien paraître. La plupart de nos messages publicitaires mettent l’accent sur l’image, laissant sous-entendre que le bonheur en découle. Ayant moi-même été dans le «monde de l’image» pendant un certain temps, je peux affirmer que c’est au contraire un piège qui peut bloquer nos élans intérieurs les plus grands. En mettant moins d’attention sur le petit moi, on se libère graduellement de cette obsession de bien paraître. Il va de soi que la fierté personnelle et la dignité nous incitent à nous présenter sous un jour favorable, c’est normal. La différence entre l’obsession de bien paraître et celle d’être bien dans sa peau réside dans le fait que l’obsession de bien paraître occulte la spontanéité et rend la personne dépendante du regard des autres. Dans le simple fait d’être soi, on s’accepte, et on sait que nous ne sommes pas uniquement l’ego, mais une conscience en évolution qui détient un pouvoir intérieur.

L’OUVERTURE AUX AUTRES ET L’HUMILITÉ

En cessant d’être le nombril du monde, nous pouvons nous ouvrir davantage aux autres et nous situer dans la juste perspective de l’interdépendance. Nous devenons plus humbles.

«La véritable humilité, selon S.K. Singh, consiste à être libre de toute conscience de soi, ce qui implique d’être libre de la conscience de l’humilité. Celui qui est totalement libre ignore son humilité.» Être humble ne consiste pas à être une personne belle et intelligente qui va s’évertuer à se persuader qu’elle est laide et stupide. Une personne humble fera peu de cas de son petit moi.  L’humilité développe la force de caractère, car cette personne prendra ses décisions selon ce qu’elle estime juste et elle s’y tiendra sans s’inquiéter ni de son image ni de l’opinion d’autrui.

LE FLUX

Le psychologue Mihaly Csikszentmihaly, professeur à l’université de Chicago, qui dans les années 1960, étudiait le processus de la créativité fut un jour frappé par le fait que lorsque l’exécution d’une peinture se passait bien, l’artiste était totalement absorbé par son œuvre  et en poursuivait le travail jusqu’à son terme, oubliant la fatigue, la faim et l’inconfort. Dans cet état, le sentiment du moi se désintègre. On ne voit pas le temps passer. On utilise ses capacités au maximum.

J’ai moi-même eu le bonheur un jour de vivre cet état merveilleux d’absorption et de flux. Pendant douze heures, j’ai animé un séminaire en tant que maître de cérémonie à un congrès spirituel où j’avais à présenter des conférenciers et des artistes qui parlaient tous d’ouverture et de développement de la conscience. Ma conscience était à ce point absorbée sur un plan élevé que lorsque l’événement prit fin à neuf heures le soir, je ne ressentais aucune fatigue, aucune perte d’énergie. J’étais aussi fraîche et intacte que je l’avais été le matin en me levant. J’eus aussi l’impression que le temps avait été à la fois court et long, mais totalement délicieux, toujours dans un même instant qui s’était étiré pendant douze heures. C’était le même moment. J’avais vécu un état de flux, un moment de grâce, sur un plan de conscience où l’énergie ne s’épuise pas, mais se renouvelle constamment comme l’eau d’une rivière. Cet état n’avait rien à voir avec une hausse d’adrénaline. L’état merveilleux a duré jusqu’au lendemain, et lorsque je me suis mise à vouloir en comprendre intellectuellement le sens, et à vouloir retenir cet état, il est disparu, aussi rapidement que l’eau nous glisse entre les doigts.

ÊTRE PLUS SUPPORTABLE POUR NOS SEMBLABLES

Sartre disait «que l’enfer c’est les autres». Nos problèmes les plus troublants proviennent presque toujours de nos relations avec les autres. Lorsque tout va bien avec nos proches, nous traversons beaucoup mieux les obstacles et les difficultés de la vie. En cessant de ne s’occuper que de son petit moi, nous sommes prêts à donner aux autres le meilleur en soi.

Quel serait le portrait-type d’une personne qui vit davantage dans le Soi?

Paul Eckman, un spécialiste de la science des émotions, a étudié des personnes qu’il considère «personnes humaines douées de qualités exceptionnelles.»Ces personnes dégagent une impression de bonté, une qualité d’être que les autres perçoivent et apprécient – et on ne parle pas ici des charlatans charismatiques – enfin, une parfait adéquation entre leur vie privée et leur vie  publique. Surtout, une ABSENCE D’EGO.  Et ces personnes inspirent les autres par ce qu’elles sont authentiquement.

Pour évoluer, il faut changer nos perceptions

Inutile de changer les autres et l’extérieur, c’est peine perdue. Si nous voulons changer notre expérience de la vie, nous devons élargir notre perception de celle-ci. Se changer, c’est accepter de changer la perception que l’on a du monde, de soi-même et des autres de façon à ce que cette perception soit de plus en plus proche de la réalité ultime dont les dimensions sont infinies.

L’ego peut-il évoluer?

Cette idée vous apparaîtra sans doute excentrique, ou étrange! Je la propose dans le sens que l’évolution étant un changement de perception ouvrant sur de nouveaux points de vue – ce qui va rebrasser et rafraîchir nos idées toutes faites – les perceptions de l’ego seront elles aussi modifiées chaque fois que le penseur libre en nous dépassera les limites de la conscience de la personnalité pour déboucher sur une perception de la réalité plus vaste. Notons ici que c’est le penseur qui SAIT que les perceptions de l’ego sont modifiées, puisqu’en fin de compte, il est le seul habitant réel du véhicule de manifestation et de l’être intérieur. Sa liberté lui permet de choisir d’explorer plus loin, et d’élargir sa conscience.

Ainsi, le penseur JE remet l’ego à sa place. Le penseur sait qu’il est à la fois l’ego, et à la fois cet être intérieur qui désire éclairer sa conscience. L’ego devient alors un bon serviteur plutôt que d’être un maître rigide et compétitif.

L’ego : une chenille pour devenir papillon? Qui sait?

Merci du temps que vous avez consacré à lire cet article. Vos commentaires sont les bienvenus.

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

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