Archives quotidiennes : 27 novembre 2011

Traître et blasphémateur…

 

 

 

 
J’avoue. Inutile de fouetter davantage les chevaux pour m’écarteler. J’avoue que je suis un traître et un blasphémateur. Pourquoi cet aveu auquel ne se joint, je le souligne, ni remords, ni repentance ?  C’est que j’ai rencontré Michel, un vieux copain. Copain enfin, n’en mettons pas trop… Nous avons pris quelques pots et échangé quelques notes  quand j’étais en fac à Paris, Place du Panthéon, dans les années  « 60.

– « Tu te souviens de Emile James, le doyen ? » – qu’il me dit le copain – « Et Guitton ?  Et Jean Lhomme, LE grand expert sur la bourgeoisie qui, cette année-là, nous parlait de la Monarchie de Juillet ?   Il nous dictait son cours, nous écoutions. Au niveau doctoral ! C’était avant Mai 68, bien sûr…  Ah !  Les choses ont changé, heureusement ! »  Michel, il y a cinq (5) décennies était un progressiste, un peu de gauche, mais sans excès.

Bien sûr que je me souvenais d’avoir pris scrupuleusement les notes que nous dictait lentement le Professeur Lhomme…  Alors on a jasé.  La Contrescarpe, le petit bar chilien de la rue Monsieur le Prince.  Paris qui, pour un Canadien, ne coûtait pas encore très cher… Ce qu’on pensait en France  en 1963…. Comment tout avait changé en 1968…. C’est là qu’on s’est un peu perdu.

Entre vieux, on s’entend vite sur le passé. Dame, on a vécu le même passé et on l’a vu ensemble, alors… Mais quand on revient vers le présent, on voit qu’on a divergé. J’ai bourlingué sur la planète. Michel, lui, s’est déplacé dans la galaxie sociale.

Il s’est fait une jolie carrière. Il s’est créé une bonne situation. Il a une large famille élargie.  Il est à sa retraite depuis 15 ans.  Il s’intéresse beaucoup  à l’évolution des carillons à travers les époques, de la Belgique au Portugal, avec des pointes vers l’Est… Il pourrait écrire un bouquin là-dessus… Michel est heureux.

Je suis heureux aussi, mais avec une certaine fébrilité que Michel n’a pas. Michel n’est pas seulement un type qui a bien tourné ;  il est celui qui a tourné dans la même direction que le bateau et qui est toujours resté en phase. Les pieds solidement plantés à plat sur le pont et le regard fixé sur le cap qui est celui du navire.

Pourtant –  il le dit lui-même – il est un homme aux aguets. L’innovation,  l’évolution….  C’est en « 68  qu’il a compris qu’il fallait faire table rase et mettre en place une éducation moderne. Utile. La meilleure.  Puis  il a voulu penser qu’on l’avait fait et il s’est transformé.

Il est devenu pompidolien sans cesser d’être gaulliste, puis il a compris la nécessité du « virage à gauche » de Mitterrand.  À gauche… mais pas trop vite ; d’abord, Giscard : il l’avait prévu et il en a été. Juste le temps qu’il fallait.  Après Mitterrand, retour à Chirac. Chirac était son homme. Le manque de  loyauté de Balladur l’a chagriné :  Sarkozy ? Manque un peu de classe, Sarko, mais il s’est ressaisi. Pour 2012, qui d’autre que Sarkozy, d’ailleurs, pourrait diriger la France ?

Cette France dont Mai 1968, pour Michel, est resté le grand moment de la liberté reconquise. La revanche des Communards… Après « 68, tous comptes payés dans une fraternité gauche droite au Boul’Mich, est née une France de conscience sociale et de modernité, qui a tout bon et qui ne fait pas d’erreurs.

Moi, j’en fais, des erreurs… Comme on divergeait beaucoup, je lui ai refilé l’adresse de mon site… Quand on s’est reparlé, il ne m’aimait plus vraiment…

Pourtant, Michel ne s’énerve pas, quand  tous les quidams qui lui vendent son pain ou ses légumes, qui le véhiculent ou qui le blanchissent, lui disent que le pays va au diable. Il ne bronche pas. Il SAIT que c’est parce qu’ils n’ont pas compris. Parce qu’ils n’ont pas lu Schumpeter, Walras, la théorie des jeux et n’ont pas eu la chance de voir une éducation vieillotte se refaire une jeunesse… il y a 40 ans et en rester là.  Mais moi, je l’énerve…

Je le mets en rogne, parce qu’il se demande comment, ayant reçu la grâce rue Soufflot, je puis ne pas comprendre. Comment pourrais-je de bonne foi ne pas voir que nous vivons dans le meilleur des mondes, puisque tous les médias-Pangloss, citant les économistes, nous expliquent que les mains ont bien tort de ne pas s’ajuster  aux gants ?

Quand j’écris ce que les gens simples disent tous les jours sans qu’on les réprimande – à savoir que l’argent ne vaut plus rien, que ces bouts de papiers ne correspondent a aucune réalité et ne sont encore utilisés que parce que les médias nous font croire qu’ils valent quelque chose et que l’État a les fusils pour en imposer l’usage –  Michel ne m’aime plus du tout.  Sénilité ? Perversité ?   Il ne sait plus.

Que les gens simples se plaignent, ce n’est pas grave pour Michel,  parce que Michel ne les écoute pas.  Mais si je le répète, je suis méchant, car ça pourrait faire scandale. Je suis un traître à la caste de ceux à qui l’on a donné un DES en Sciences économiques et un Doctorat d’université. N’est-ce pas une forme d’ingratitude de ne pas me taire, puisque j’ai tiré parti de ces titres et parchemins, même si j’ai gagné ma croûte à faire tout autre chose ?

Je suis un traître, parce que je dis que les prédictions des économistes ne se réalisent que quand ceux qui contrôlent l’argent et l’économie leur disent à l’avance les gestes qu’ils vont poser.  Je suis un blasphémateur, parce que j’insinue – c’est un euphémisme –  que si on ne le leur disait pas, leurs boules de cristal ne feraient pas mieux que celle de Madame Soleil.

Ceux dont on dit qu’ils n’y connaissent rien peuvent le dire à raison tous les jours, mais mois je blasphème  Bien pire, encore, quand je dis qu’on pourrait –  et qu’il faudrait – rembourser la dette publique tout de suite et en imputer le remboursement à tous les contribuables au prorata de leurs actifs. Suis-je conscient que ce serait une forme de redistribution de la richesse ? Est-ce pour dire ça qu’on m’a ouvert le portes du savoir ?

Ça c’est pire que le blasphème ou la trahison… puisque  c’est la solution. Puisque c’est d’une une telle évidence, qu’on n’ose pas en parler, même pour le nier. C’est une référence à l’incantation taboue.  C’est le concept de sorcellerie monétaire dont aucun Harry Potter d’économiste ne se risquerait  à prononcer le nom. Je vais au delà du blasphème et de la trahison !  Je touche la vérité ! Alors Michel cherche un autre nom méchant pour m’en affubler.  On cherche…

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/08/08/la-dette-remboursons-la-bon-dieu/

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ET SI L’HUMANITÉ ÉTAIT ÉGLISE ! QUELS EN SERAIENT LES SACREMENTS ?



Pourquoi pas? Une question à laquelle les chrétiens devraient se poser à la lumière du message qui les porte de même que les non croyants à la lumière du sens qu’ils lui donnent. Pour les croyants l’Humanité n’est-elle pas celle en qui le visage de Dieu se révèle et s’exprime progressivement depuis des millénaires? Véritable visage d’une Humanité nouvelle qui se laisse découvrir à l’aurore d’un jour nouveau, toujours plus libérée des ombres de la nuit et de la brume du matin. Teilhard de Chardin, paléontologue du siècle dernier, avait cette vision d’une Humanité en évolution, émergeant de l’opacité de la matière et qui devient toujours plus énergie et vie.

Croyants ou pas, nous sommes de cette humanité et nous participons tous et toutes à son évolution. L’étape qui nous correspond de vivre est sans nul doute une étape charnière. Nous en sommes arrivés à ce que Teilhard appelle l’émergence de la conscience des consciences.

Quels sont les grands problèmes que vit cette humanité de plus de 7 milliards de personnes ? Force est de constater que 1% de cette grande communauté humaine possède 52% de toutes les richesses de la terre. Que les pauvres sont toujours plus pauvres et que les riches sont toujours plus riches. Nous constatons que les croyances se multiplient, que les sectes se manifestent avec toujours plus de fanatisme, que les idéologies deviennent de véritables religions alors que d’autres se laissent guider et interpeller par les impératifs du monde dans lequel ils vivent. Ils s’en remettent à leur conscience et à leur courage.

Nous réalisons que le hasard et le destin ne sont pas la seule explication à l’origine de tous les maux. Les analyses nous révèlent qu’il y a les ambitions de pouvoir, portées par la cupidité et la recherche des grandeurs qui en sont arrivé à créer des systèmes leur permettant de tout contrôler des hommes et des sociétés. Quel père, quelle mère, aimant l’humanité, pourraient rester les bras croisés devant autant d’ignominie et de souffrance ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les temps qui sont les nôtres et auxquels nous sommes participants ne comportent pas qu’un coté sombre aux effets pervers. Il y a cette poussée de vie, un peu comme celle qui surgit à travers les douleurs de l’enfantement.

Un regard rapide sur ce qui se passe actuellement dans le monde nous révèle un réveil des peuples qui n’acceptent plus de s’accommoder de systèmes politiques, économiques, sociaux qui ne répondent pas à ce qu’ils sont et espèrent. Il y a le printemps arabe, le M-15 en Espagne, les « indignés » en Europe et aux Etats-Unis, les manifestations étudiantes au Chili qui reçoivent l’appui de ceux de l’Argentine et du Mexique. Il y a la conscience des peuples émergents en Amérique latine qui proclament haut et fort qu’il y a une autre manière de faire de la politique et de diriger le monde. Les problèmes de corruption sont dénoncés et les politiciens véreux montrés du doigt. Tous ces mouvements sont portés par l’espérance d’une humanité nouvelle. Une nouvelle conscience, cette fois au niveau planétaire, prend forme et se manifeste.

Nous sommes cette humanité qui vit ces douleurs de l’enfantement. Les maîtres de ce monde ne s’en réjouissent pas et voudraient bien procéder à son avortement en recourant à la puissance des armes, à la menace de tortures et d’emprisonnement, en faisant taire les dénonciateurs et dénonciatrices.

Nous ne pouvons plus vivre en faisant abstraction de ces 7 milliards d’humains. Ils sont nous, nous sommes eux. Pour le chrétien c’est la catholicité dans ce qu’elle a de plus existentielle et de plus interpellant. Pour le non croyant c’est l’humanité dans ce qu’elle a de plus respectable. Pour les uns et pour les autres ce sont des frères, des sœurs, des compagnons, des compagnes. Le « Qu’as-tu fait de ton frère ? », demandait Dieu à Caïn, devient une interpellation qui s’adresse à la conscience de chacun et chacune de nous. Pour le non-croyant, tout imprégné de justice, de vérité, de solidarité, cette humanité à construire lui tient tout autant à cœur. Nous n’en sommes plus aux offices des temples, faits de pierres, mais aux offices d’engagements qui changent le monde.

Si les puissances de domination sont fortes, celles de la résistance et de la dénonciation le deviennent de plus en plus. Les mensonges avec lesquelles ils manipulent les peuples s’évaporent à la lumière d’une vérité qui n’abdique pas. La cupidité, recouverte des vertus de charité et d’humanité, se révèle dans toute sa nudité. Le monde a changé, mais la conscience qui traverse ce monde est la synergie nouvelle qui fait passer l’humanité de la dépendance des grands et puissants à celle de la solidarité et de la liberté partagée des humbles de la terre.

Cette nouvelle humanité en marche est désormais dominée par des pôles qui en retiennent toutes les parties unies et vivantes. Ces pôles peuvent se ramener à ce qui a toujours été présent dans l’histoire de l’humanité, mais jamais de façon aussi consciente et universelle. Pour certains ils seront les « sacrements de la vie » et pour d’autres les grands repaires éthiques, permettant d’éviter les dérapages tout en nous engageant, les uns et les autres, pour le développement de l’humanité. En voici sept de ces grands repaires  qui m’apparaissent les plus fondamentaux et universels.

La VÉRITÉ 

Que de tricheries et de mensonges éclatent au grand jour. Les maîtres sorciers capables de déguiser les mensonges en vérité se retrouvent toujours plus dépourvus de leur pouvoir de tromper. Ils sont vite démasqués et renvoyés à leurs tricheries. Les guerres se font et se défendent avec des mensonges consciemment calculés et bien enveloppés. Ce temps de la tromperie a atteint ses limites tout comme l’obscurité de la nuit atteint ses limites à l’arrivée de l’aurore. Pratiquer la vérité et dénoncer les tricheries devient un signe de conformité avec l’humanité. 

La JUSTICE 

Au nom d’une soit disant liberté, les maîtres de ce monde ont transformé les lois fondamentales de la justice humaine en des lois leur assurant tous les pouvoirs pour piller, exploiter, spéculer en toute justice. Ce n’est certes pas de celle-là dont il est question.  Lutter contre ces dérives est faire acte d’humanité tout autant que de chrétienté. 

LA SOLIDARITÉ 

Il y a la solidarité des grands et des puissants dont la solidité repose sur des liens d’intérêts, d’ambitions, de conquêtes fortement alimentés par la corruption, la tricherie et la manipulation. La solidarité humaine est toute autre. Elle repose sur des liens de gratuité, de respect, de bonté, de vérité, de justice, de partage et de compassion. C’est de celle-là qu’il faut se nourrir et ce sera en vivant celle-là que nous fairons œuvre d’humanité. 

LA CATHOLICITÉ 

Non pas celle d’une religion ou d’une croyance mais celle qui interpelle toute personne de bonne volonté quant à la portée de ses engagements, humains. Il y a le regard qui se limite à notre environnement immédiat, mais il y a aussi le regard qui embrasse l’humanité entière, du plus petit au plus grand, du plus riche au plus pauvre, du plus intelligent au moins intelligent etc. La catholicité est ce qui nous oblige à dépasser nos individualités pour rejoindre, quelque part, cette humanité en gestation en chaque être humain et à laquelle nous sommes étroitement associés. La catholicité est inclusive et non exclusive. 

LA VIE 

Je suis toujours fortement interpellé par le fait de ces mouvements qui s’élèvent contre l’avortement en proclamant haut et fort la défense de la vie des fétus tout en étant des partisans ce ces guerres qui tuent par centaines de milliers, hommes, femmes et enfants. Être pour la vie c’est être contre toutes les guerres qui tuent et pour toutes les voies de dialogue qui permettent de résoudre les problèmes. Être pour la vie c’est également en rendre possible tout le développement et son éclosion dans le monde de la communauté humaine. On ne peut être pour la vie et se solidariser de systèmes qui engendrent la pauvreté, les famines qui, elles, tuent par centaines de millions de personnes par années. 

LA LIBERTÉ 

Il y a la liberté des anarchistes, des oligarchies, des individus, des groupes, qui empiètent quelque part sur la liberté des autres. La liberté dont il est question, ici, est celle qui se nourrit de la liberté de tous les autres humains. Le véritable artisan de la liberté ne saurait être pleinement libre sans que ne le soit  le dernier des humains. Nous sommes loin de la liberté que représente la médaille de la liberté avec laquelle les puissants de ce monde honorent ceux et celles qui leur facilitent cette liberté construite sur la domination des autres. 

L’AMOUR 

Ce mot « amour » résume et dit tout à la fois les six grandes références antérieures. Il en est l’inspiration et le couronnement.  Aimer c’est laisser entrer en soi l’humanité dans tout ce qu’elle est et dans tout ce qu’elle porte. C’est l’apprivoiser et s’y laisser apprivoiser. Comme l’écrivait St-Exupéry « on ne connait bien qu’avec les yeux du cœur. » 

EN CONCLUSION 

Nous voilà arrivés à cette HUMANITÉ, unique et véritable COMMUNAUTÉ d’ hommes et de femmes qui l’incorporent. Pour les chrétiens, là est la maison de Dieu, pour les non-croyants, là où est la vie dans ce qu’elle a de défi, de dignité et de raison d’être. Dans un cas comme dans l’autre nous sommes tous et toutes interpellés par les sept sacrements de l’humanité ou si l’on préfère, les sept grands repaires éthiques. 

Oscar fortin

Québec, le 21 novembre 2011

http://humanisme.blogspot.com 

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