Archives quotidiennes : 8 décembre 2011

À propos du bonheur

 

Une manière d’être …

«Une manière d’être qui parle d’un état de plénitude sous-jacent à chaque instant de l’existence et qui PERDURE à travers les inévitables aléas le jalonnant.» Voilà ce que Matthieu Ricard, moine bouddhiste et ex-scientifique dans sa première vie, dit sur le bonheur.

Cette définition du bonheur suppose qu’on ne peut le trouver à l’extérieur, mais en soi. Qu’il faut être un peu sage, et affranchi des conditionnements mentaux qui assombrissent notre vision pour y avoir accès.

Définition d’Épitecte sur le bonheur

«Il faut méditer sur ce qui procure le bonheur, puisque, lui présent, nous avons tout, et, lui absent, nous faisons tout pour l’avoir.»

Par où commencer?

Mais par où commencer pour obtenir ce précieux bonheur dont chacun a tellement soif?

S’il est difficile de changer le monde extérieur dans lequel nous évoluons, il est en revanche possible de transformer la manière de le percevoir. Voilà le secret d’un bonheur joyeux, paisible comme un tranquille matin d’été, qui n’a rien à voir avec le nombre de voitures qu’on possède, du succès que l’on obtient dans la société, de la santé ou de la sécurité financière, même si ces derniers sont des atouts précieux pour jouir de la vie, mais qui découlent d’un sentiment d’AVOIR plus que d’ÊTRE.

Même si nous agréons intellectuellement avec le concept que le bonheur découle d’un état d’être – d’une manière d’être – il n’en reste pas moins que le chemin est ardu pour y parvenir. Trop souvent, nous cherchons à AVOIR BEAUCOUP pour nous sentir mieux! Il n’y a qu’à voir les messages publicitaires véhiculés par les outils de télécommunication pour comprendre que la société nous incite à chercher à AVOIR beaucoup pour être heureux.

Qui ne s’est jamais dit «Si J’AVAIS plus d’argent, je SERAIS plus fort, capable, et je profiterais de la vie.»  «Si J’AVAIS l’amour dans ma vie, je SERAIS heureux, compatissant, généreux.»  «Si J’AVAIS un travail qui me passionne, je pourrais ÊTRE dynamique, MOTIVÉ.»  «Si J’AVAIS la santé, je SERAIS épanoui et j’apprécierais la vie.»

Malheureusement, nous procédons à l’envers du processus en voulant acquérir des biens et des richesses et du succès pour être heureux. Nous croyons au fond de nous que l’acquisition des biens et des richesses va nous rendre plus heureux. Pour un temps, c’est certain. Mais il manquera toujours quelque chose, nous voudrons toujours en avoir un peu plus. Nous connaissons tous beaucoup de gens qui «ont tout pour être heureux» et qui ne le sont pas.

Avoir pour être est un processus extérieur qui nous amène à dépendre des autres et des circonstances, alors qu’ÊTRE conduit à faire et par la suite apporte l’avoir, nécessairement puisque nous vivons dans un univers matériel et que nos pensées doivent se matérialiser. Nos pensées ont une relation avec la manifestation des circonstances de notre vie.

Cultiver la paix intérieure – le pouvoir de l’attention

«Celui qui connaît la paix intérieure, dit de nouveau Matthieu Ricard, n’est pas plus brisé par l’échec qu’il n’est grisé par le succès. Il sait vivre pleinement ces expériences dans le contexte d’une sérénité profonde et vaste, en comprenant qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune raison de s’y attacher. Il ne saurait tomber de haut lorsque les choses tournent mal et qu’il doit faire face à l’adversité.»

Lorsque nous souffrons, nous cherchons instinctivement à trouver une solution à l’extérieur. Bien sûr, il est souhaitable de vivre en bonne santé, d’habiter une belle demeure, de trouver le partenaire idéal, d’avoir un travail gratifiant, d’être libre dans un pays en paix, d’avoir accès à l’éducation, de voyager, de contribuer au bien-être des autres (tout le monde préfère être riche et en santé que pauvre et malade), il n’en reste pas moins qu’en plaçant toutes nos attentes en-dehors de nous, nous ne pouvons qu’être déçus.

Le bien-être versus le mal-être

Le sentiment d’altruisme fait naître chez celui qui l’exprime une joie qui transcende toutes les circonstances parce qu’elles ne viennent pas du dehors. Une expérience généreuse envers autrui nous détourne de nos préoccupations et nous ouvre la voie vers un meilleur être. Goûter à la splendeur d’un paysage, contempler un ciel étoilé, se laisser absorber par la tranquillité de la nature, les arbres, les fleurs, les plantes, les vallées et les montagnes, les lacs et les rivières, génère en nous un sentiment impersonnel et détaché, tout en gardant la saveur de la passion, et apporte une joie et un contentement qui viendront nourrir notre paix intérieure. La méditation produit le même résultat. Arrêter pendant quelques instants le tumulte des pensées qui se bousculent sans cesse dans le mental est reposant et nous met en contact avec la force du silence qui réside en nous. On prend du recul. On s’apaise. Ces actions sont du bien-être.

Son contraire est le mal-être qui reflète une vulnérabilité fondamentale à la souffrance, qui peut aller jusqu’au dégoût de vivre, au sentiment que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue parce qu’on est dans l’impossibilité de lui trouver un sens.

Distinction entre le bonheur extérieur et intérieur

Lorsque les conditions de vie ne sont pas trop oppressantes, la majorité des gens se déclarent satisfaits de la qualité de leur existence, surtout dans les pays développés. Le bonheur de ces personnes se maintient d’une façon relativement stable, parce que les conditions matérielles de vie dans les pays développés sont en général excellentes. Attention, ce bonheur est éminemment fragile. Que l’une de ces conditions vienne à manquer (la perte d’un proche, d’un emploi,  de la renommée, du succès), et ce sentiment de bonheur s’écroule. Ainsi, les gens ne font pas constamment l’expérience de la souffrance, mais ils restent vulnérables à une souffrance latente.

Il existe une confusion entre le plaisir et le bonheur. La nature du plaisir est instable et sa répétition peut conduire à la tiédeur. Matthieu Ricard dit : «Le plaisir s’épuise à mesure qu’on en jouit, comme une chandelle  qui se consume. Il est presque toujours lié à une action (faire). Le bonheur, à l’inverse du plaisir, naît de l’intérieur, il peut être influencé par les circonstances mais n’y est pas soumis. Loin de se transformer en son contraire, il perdure et croît à mesure qu’on l’éprouve. Il engendre un sentiment de plénitude qui avec le temps devient un trait fondamental de notre tempérament. Tandis que les plaisirs ordinaires se produisent au contact d’objets agréables et prennent fin dès que cesse le contact, le bonheur est ressenti aussi longtemps que nous restons en harmonie avec notre nature profonde.»

Le bonheur découle de la vraie connaissance

La recherche du bonheur ne consiste pas à voir «la vie en rose» ni à s’aveugler sur les souffrances et les imperfections du monde. Cette recherche consiste à percevoir la réalité des choses dans leur impermanence, d’où le perpétuel changement de la vie. Cesser de chercher le bonheur dans l’éphémère et l’impermanent.

Le bonheur va découler de la connaissance, non pas par une maîtrise d’une masse d’informations et de savoirs, mais la compréhension de la nature véritable des choses. Le grand obstacle à l’atteinte du bonheur est la perception que nous nous faisons de la réalité. Pour dissiper l’ignorance fondamentale qui conduit au mal-être, un moyen existe, celui d’une introspection lucide et sincère faite par la méthode analytique et contemplative.

Accorder du temps à notre vie intérieure

Si le bonheur découle de notre état intérieur, ne vaut-il pas la peine de consacrer du temps à améliorer notre condition intérieure, qui détermine notre qualité de vie? Il y a longtemps, Marc-Aurèle écrivait : «Regarde en-dedans de toi, c’est là qu’est la source intarissable du bien.»

Que pouvons-nous voir à l’intérieur? Nos pensées, nos émotions, nos intentions, nos déceptions, nos passions, nos haines, nos frustrations. Au-delà de tout ce remue-ménage, nous accédons aussi à un silence profond qui ressemble à celui de la nature, de son calme, de sa permanence. Cet état silencieux, quand il est cultivé par la méditation et l’attention, s’amplifie et apporte un contentement qui ne dépend de rien d’autre.

On s’émerveille de la performance, du dépassement de certains athlètes, de la réussite d’artistes, d’hommes d’affaires, qui ont dépassé leurs limites. Sur le plan de l’esprit, à l’intérieur, il est aussi possible de s’entraîner et d’améliorer notre qualité d’être.

Voici un commentaire du psychiatre Christophe André : «Le bonheur ne se décrète pas, ne se convoque pas, mais se cultive et se construit, peu à peu, dans la durée

Et cette phrase du philosophe d’Alain laisse à réfléchir : «On ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.

Le bonheur est une manière d’être, or les manières s’apprennent.

Carolle Anne Dessureault

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