Archives quotidiennes : 15 décembre 2011

Guérir du bégaiement

Je revoyais en fin de semaine le très beau film, merveilleux et incomparable «Discours du Roi», magistralement interprété par Colin Firth dans le rôle du Roi George VI, de Helena Bonham Carter dans celui de sa femme Victoria (mère de la future Reine Elisabeth), et enfin, et non le moindre, de Geoffrey Rush dans le rôle de l’«orthophoniste»

George VI, depuis son enfance, souffrait de troubles de la parole et de la communication. Dès qu’il prenait la parole, en famille, en société ou pour délivrer un discours, il échouait lamentablement dans son effort de parler normalement. Colin Firth est si bien intégré à son rôle qu’on l’identifie à son personnage. La souffrance se lit sur son visage, ses traits tendus, sa mâchoire crispée, ses yeux désespérés. La frustration, la colère et la honte sont aussi très bien exprimés et parviennent à nous faire comprendre la désolation et l’isolement du bègue.

De tout temps, il y a eu des bègues. En fait, les statistiques enregistrent 1 % de la population mondiale souffrant de troubles de la parole, et ce, dans tous les pays, autant en Occident, en Afrique qu’en Asie. Les estimations actuelles sont de 60 millions de personnes, soit l’équivalent de la population entière de la France! Quelle que soit leur langue, leur culture ou leur classe dans la société, quatre fois plus de garçons que de filles sont touchés par ce problème de communication. Au Québec, on parle d’une proportion de 4 % à 6 % des jeunes et de 1 % des adultes, soit plus de 55 000 jeunes et 45 000 adultes!

En quoi consiste le bégaiement?

Le bégaiement est plus qu’un trouble de la parole, il relève d’un phénomène complexe  impliquant beaucoup plus que la simple répétition des sons et le prolongement des syllabes, qui affecte toute la personne dans sa parole, sa communication et son comportement. On dit que le bégaiement se compare à un iceberg, et que les troubles de la parole ne représentent que la partie qui en émerge. Les troubles de la communication et du comportement ne sont pas perceptibles pour ceux qui ne bégayent pas, cependant interagit en liaison étroite avec le trouble de la parole. Le bégaiement commence généralement dans la petite enfance, entre deux et cinq ans chez l’enfant qui a hérité d’un système de parole plus fragile.

C’est plus fort que lui, mais le bègue tentera d’éviter le contact visuel avec ses interlocuteurs. L’embarras qu’il provoque dans les yeux de l’autre lui est trop pénible à voir. Sa respiration irrégulière le trahit souvent, il essaie même de parler avec très peu d’air dans les poumons. La plupart du temps, le bègue évite de bégayer en se taisant!

Il y a des bègues qui compensent leur handicap et qui réussissent à le cacher même à leurs proches

Le bègue a honte de ne pas être capable de parler correctement. C’est pour cette raison qu’il a tendance à garder secrète cette réalité. Plusieurs bègues essaient d’éviter leur bégaiement en substituant les mots : s’ils sentent qu’ils vont trébucher sur un mot en particulier, ils vont le remplacer par un synonyme, et vont utiliser des expressions inutiles pour prolonger leur élan, telles que «vous savez … voyons … disons que …». ATTENTION : ceci ne signifie pas que toute personne qui utilise ces expressions souffre de bégaiement!

Ainsi, des bègues réussissent à cacher à leurs proches, même à un conjoint, le combat qu’ils mènent depuis leur plus jeune âge. Avec le temps, ces personnes ont développé des techniques d’articulation pour contrer leur handicap, qu’ils ne maîtrisent jamais complètement, mais qui leur permettent de survivre. L’énergie déployée pour y arriver est énorme.

Je fais partie de cette catégorie de bègues. Personne ne peut se douter dans mon entourage que j’ai parfois une hésitation, une souffrance intérieure à vaincre un mot, à plonger. Je fais des détours complexes pour m’en sortir. Je me souviens encore de la torture à l’école lorsqu’il fallait que je réponde à une question, ou que je sois obligée d’utiliser une consonne qui me faisait trébucher, je blêmissais et me sentais faiblir. J’ai travaillé sur mon élocution. Aujourd’hui, l’activité qui me procure le plus de joie et de satisfaction est de parler en public.

Dans le Discours du Roi, l’orthophoniste démontre bien que le bègue est capable de parler sans bégayer lorsqu’il ne se sent pas observé

Pour ce faire, l’orthophoniste a soumis son patient à un test d’enregistrement de sa voix. L’appareil électronique a enregistré sa voix à partir d’un micro et renvoyé sa voix dans des écouteurs après avoir été retardée d’une fraction de seconde. Pendant l’enregistrement, l’orthophoniste a mis une musique de fond, et monta graduellement le son jusqu’à ce qu’elle enterre la voix de son patient. CONCLUSION : par la suite, l’enregistrement démontra que le discours était clair et net et sans hésitation! Ainsi, un bègue peut parler normalement quand il ne subit pas le regard des autres.

Les techniques pour se sortir du bégaiement

Dans la Grèce Antique, Démosthène, qui fut un grand orateur, était bègue. Il réussit à vaincre son bégaiement en articulant la bouche remplie de roches. C’est une technique. À la place des roches, il y a d’autres outils : parler avec un crayon entre les dents, articuler avec un bouchon de liège dans la bouche sans qu’il touche les dents, parler très fort en ar-ti-cu-lant chaque mot de toutes ses forces. Ces exercices ont le bénéfice de relâcher la tension de la langue et des muscles de la gorge et de la bouche, et en même temps, ils détendent le corps.

TRAITER SOI-MÊME SON BÉGAIEMENT (L’AUTOTHÉRAPIE) – serait la méthode la plus efficace pour guérir le bégaiement selon des experts. Évidemment, la personne doit être motivée à consacrer un peu de temps chaque jour à faire, dans le calme, certains exercices qui produiront assez rapidement de bons résultats. En voici quelques-uns :

  • pendant une minute, articuler fortement en déformant exagérément le visage et en prononçant les voyelles suivantes : A E I O U
  • pendant quatre minutes, inspirer de l’air par la bouche à pleins poumons et expirer l’air lentement après l’avoir inspiré
  • pendant quatre minutes, respirer de l’air par la bouche à pleins poumons. Pousser exagérément la langue contre le palais
  • pendant trois minutes, inspirer de l’air par la bouche à pleins poumons, et en même temps, serrer les joues et les lèvres en exerçant une pression

D’AUTRES TECHNIQUES EXISTENT

  • des appareils électroniques (mais l’utilisation de ces derniers devrait être combinée avec une méthode d’autothérapie)
  • séances chez un orthophoniste
  • centres spécialisés (stages intensifs de thérapie)

D’une façon générale, il faut se méfier des publicités qui annoncent des guérisons trop rapides. Il existe des livres qui aident à la compréhension du phénomène du bégaiement, autant pour les bègues que pour l’entourage des bègues, et les parents d’enfants qui en souffrent.

  • «Thérapie globale du bégaiement» par Phillip J. Roberts
  • «Understanding and Controlling Stuttering» par William D. Parry

Journée mondiale du bégaiement

Bonne nouvelle, il existe maintenant une journée mondiale du bégaiement qui se tient le 22 octobre. Une occasion d’une prise de conscience par les non-bégayants et des difficultés relationnelles qu’entraîne cette situation. Les bègues n’ont plus à avoir honte de leur handicap. De nos jours, ils peuvent se rassembler. Il y a de l’espoir.

Cette journée qui vise à sortir le bégaiement de l’indifférence générale à l’aide d’informations et de sensibilisation dans le but de faire progresser la recherche, les traitements et l’aide des pouvoirs publics. Surtout, aider les bègues à rompre leur isolement.

Des bègues célèbres

Les bègues pourront se consoler en apprenant que de grands personnages souffraient de ce handicap. Sans doute que ces personnes ont en commun une sensibilité très grande, une conscience de leur image, une acuité très développée.

Voici la liste de ces personnages et leurs fonctions :

  • Aristote (philosophe)
  • François Bayrou (politicien)
  • Nicolas Brendon (acteur américain)
  • Bruce Willis (acteur)
  • Winston Churchill (Premier ministre de la Grande-Bretagne)
  • Georges VI (roi d’Angleterre)
  • Albert II (Prince de Monaco)
  • Georges Clémenceau
  • Charles 1er
  • Gérard Depardieu (acteur français)
  • Julia Roberts (actrice américaine)
  • Démosthènes (orateur grec)
  • Ben Johnson (athlète)
  • Tiger Woods (golfeur)
  • Boris Becker (Tennisman)
  • Albert Einstein (scientifique)
  • Anthony Quinn (acteur américain et réalisateur)
  • Marilyn Monroe (actrice)
  • Louis II «Le Bègue»
  • Napoléon 1er
  • John Scatman (chanteur)
  • Isaac Newton (scientifique)
  • Théodore Roosevelt (politicien)
  • Virgile
  • Lewis Carroll

Les effets du chocolat sur le bégaiement!

Bon je viens de lire que des scientifiques suisses explorent depuis plusieurs mois les effets du chocolat sur le bégaiement! On savait jusqu’à maintenant que le chocolat contient une grande quantité de substances chimiques antioxydantes (flavonoïdes, de la famille des polyphénols ou «tanins») et qu’elles agissent sur le corps humain. Manger régulièrement du chocolat – cacao ou chocolat noir – peut être bénéfique pour le système circulatoire, effet anticancer également.

Maintenant, il semblerait que le chocolat agirait directement sur les glandes surrénales et réduirait la sécrétion de certaines hormones que l’on soupçonne responsables du bégaiement qui affectent l’humeur, entre autres, l’amphétamine; la phényléthylamine, précurseur de la sérotonine; le tryptophane, un anti-dépresseur naturel; l’anandamide, un cannabinoïde. Ce dernier est un dérivé de l’acide arachidonique comme le THC présent dans le cannabis. Ses effets sur les récepteurs nerveux sont voisins mais beaucoup plus rapides en raison de la réduction des anandamides.

Mais ATTENTION : tous les chocolats ne sont pas efficaces contre le bégaiement. D’après l’étude menée par Mr. A. Fishman, seul un chocolat asiatique saveur thon naturel aurait cette vertu contre le bégaiement!!!

Réalité ou fantasme? Je n’en sais rien … mais l’idée est intéressante à tout le moins.

Carolle Anne Dessureault

18 Commentaires

Classé dans Actualité, Carolle-Anne Dessureault