Archives quotidiennes : 7 février 2012

Nicolas Perrot

 

Nicolas Perrot

Comme vous le verrez, « l’habit ne fait pas le moine ».

Nicolas Perrot nait en France vers 1644. Explorateur, diplomate et commerçant de fourrures, il est l’un des premiers à se rendre au Missouri. Ces titres, donnés plus haut, sont évidemment des synonymes de « coureurs de bois »; même si personne, dans l’histoire, ne veut le reconnaitre. Il commerce les fourrures en fournissant des ustensiles tels : bouilloires, hachettes et autres « outils » qu’il donne en échange.

Il meurt pauvre, malgré son commerce, à cause des dépenses accumulées au service des autorités qui se servent de lui constamment.

Après les services rendus à notre histoire, on pourrait s’offusquer comment on traite nos « Canayens » lorsqu’on les compare aux autorités officielles « historiques ». Mais il faut aller plus loin dans la recherche de renseignements. Dans une « étude » apologique de Charles Le Moyne de Longueuil fait par Marc Le Ber, page 26, on peut lire :

On verra, premièrement, que Perrot n’a jamais quitté la colonie et, deuxièmement, qu’il ne s’est pas du tout enrichit fabuleusement. Donc, Le Ber, ici ne parle pas de Nicolas Perrrot mais plutôt de François-Marie Perrot, gouverneur de Montréal de 1670 à 1683. Le fait de ne pas mentionner les prénoms n’aide pas beaucoup à la renommée exacte de Nicolas Perrot. On reviendra éventuellement, un jour, sur l’histoire de Charles Le Moyne de Longueuil. Quant à la traite des fourrures comme étant un moyen de survie pour nos ancêtres, cela est une évidence et non une « révélation ».

Nicolas Perrot arrive au Canada en 1660 avec des Jésuites auxquels il s’est « donné » pour trois ans. Cela signifie qu’il se met à leur service. Il se « donnera » ensuite, pour trois autres années, aux sulpiciens. Ce terme de « se donner à… » indique le genre de « considération sociale » qui anime les autorités de l’époque envers « l’homme ordinaire ». Il n’est pas très surprenant que les jeunes Canayens préfèrent « se donner » à eux-mêmes et se joindre aux autochtones « libres » qu’ils apprennent à connaître.  Perrot maîtrisera plusieurs des langues Amérindiennes durant ces six ou sept années qui suivent son arrivée.

En 1667, âgé de 22 ans, il est domestique chez la veuve Jacques Testard. Cette même années, il crée une compagnie avec Toussaint Baudry, Jean Desroches et Isaac Nafrechoux et entreprend des expéditions de traite. Il est maintenant officiellement, « coureur de bois ».

Au sujet de  la veuve Testard, son nom est Marie Pournin. Elle fonde l’Hotel-Dieu en 1651 avec Jeanne Mance. C’est d’ailleurs elle qui dirige l’hôpital du 9 septembre 1658 au 20 octobre 1659. Période où Jeanne Mance est partie en France pour faire soigner un bras brisé. Son époux, Jacques Testard de la Forest avait été fait caporal de la garnison de Montréal. En le prenant pour époux, le 13 novembre 1659, Marie Pournin entre de plain pied dans la vie marchande. Sa belle-sœur, Jeanne Testard, se marie avec François Leber qui est le frère de Jacques Leber, époux de Jeanne Lemoyne, sœur de Charles Lemoyne. Les frères Leber et Charles Lemoyne sont les marchands les plus importants de Ville-Marie 

Le mariage de Marie Pournin avec Jacques Testard lui permet d’avoir ce réseau marchand à sa portée. Quant à la suite des événements de sa vie, ils confirment l’éducation reçue chez le cardinal Richelieu où elle aurait appris les rouages du commerce.

«Le 22 juin 1663 a été enterré Jacques Testard dit de la Forest âgé de 33 ans pris dans sa maison». L’inventaire qui suit la mort de Jacques Testard est impressionnant. Marie Pournin hérite d’une fortune, d’immeubles et d’un réseau marchand bien établi. Marie Pournin devient alors marchande de fourrures. Ce qui nous indique à quel genre de travail est occupé Nicolas Perrot à son service. La «co-fondatrice» de l’Hôtel-Dieu, Marie Pournin, meurt le 2 octobre 1699.

Signature de Marie Pournin :

En 1670 Jean Talon demande à Nicolas Perrot (et non à Charles Le Moyne) d’être interprète pour Daumont de St-Lusson. Il forme alors une autre compagnie avec Jean Dupuis, Denis Masse, Pierre Poupart, Jean Guytard et Jacques Benoit. Ce sont tous des « coureurs de bois » qui travaillent à leur propre compte. Il faut remarquer que ce genre de compagnie ne s’étend que pour la durée des expéditions. Par contre, il est impossible de convenir que le nombre de « coureurs de bois », dans notre histoire, commence à prendre de l’importance?

Vous ne devinerez jamais ce que Nicolas Perrot reçoit comme remerciement de son aide envers St-Lusson. Toutes ses fourrures, traitées au Sault Ste-Marie durant cette expédition, lui sont saisies le 3 septembre 1671 à Québec; et devinez par qui?

Exactement!… St-Lusson lui-même. Évidemment, on n’a pas besoin de prendre des formalités avec un membre de la « plèbe ».

-Dis-donc? Existe-t-il un seul Canayen » qui n’ait pas été bafoué par les autorités françaises?

-Mais certainement. Ne vous en faites pas trop. Tous ces « coureurs de bois » honorables qui font la traite illégalement et qui vendent leurs produits à New York et Albany, ne sont jamais escroqués par personne; mais leur histoire n’est pas du tout compilée. D’ailleurs, ils ne savent pas écrire pour la plupart et, surtout,  ils savent tenir leur langue.

Le nom que les Amérindiens donne à Nicolas Perrot est « Metaminens »; ce qui signifie « Jambes de fer »; et ce n’est certainement pas parce qu’il marche comme un pingouin. Il est évident que l’évaluation d’un individu, par les « sauvages », ne tient pas à la « qualité des perruques poudrées » assises sur une souche lors des « portages ». On peut le deviner aisément.

Ses choix de campement sur les bords de rivières du Wisconsin serviront à établir des forts et des postes de traite. Il en construira, lui-même, quelques-uns, tel que demandé par Jean Talon.

Il  raconte son histoire dans un ouvrage intitulée : Mémoires sur les mœurs, coutumes et religion des sauvages de l’Amérique septentrionale. C’est là, l’une des sources les plus importantes de nos connaissances sur les mœurs amérindiennes de l’époque, encore aujourd’hui.

Il épouse Madeleine Raclot, née à Paris, Île de France, le 11 novembre 1671 au Cap de la Madeleine (Tiens Tiens! Encore la région de Trois-Rivières). Le père de celle-ci, Ildebon Raclot devenu veuf, était venu reconduire ses trois filles Françoise, Marie et Madeleine, en Nouvelle France, et était ensuite retourné dans son pays en automne 1671 sur le dernier bateau partant pour la France. Ce père peut paraître un peu « curieux »; mais il s’assure que ses filles sont bien « mariées » et surtout pas avec des « sans scrupules », avant de repartir; il leur donne 1000 livres de dot à chacune. Françoise Raclos épouse Michel David et s’installent au Cap de la madeleine. Marie Raclos épouse René Beaudoin et s’installent à Champlain.

Le couple Nicolas Perrot/Madeleine Raclot aura onze enfants.

Au printemps 1685, nommé commandant en chef de la Baie des Puants et ses environs, il doit faire appel à toute sa connaissance de la psychologie indienne pour réconcilier les Renards, les Sioux et les Sauteux.  Il ne met pas de temps à trouver les causes du conflit. La fille d’un chef sauteux est retenue captive chez les Renards depuis un an et ceux-ci s’obstinent à rejeter les présents que toutes les nations de la baie offrent pour sa rançon. Ils ont décidé de brûler la jeune Indienne, pour venger la mort d’un de leurs principaux chefs tué par les Sauteux.

Le nouveau commandant, accompagné de ses 20 hommes et du père de la jeune fille, se rend à la baie des Puants. Se fiant au crédit dont il jouit auprès des Renards, il s’approche seul au milieu d’eux, demande et obtient qu’on lui remette la captive. Il la rend à son père, sous la condition que celui-ci intervienne auprès des Indiens de sa nation et leurs alliés pour faire cesser toute hostilité contre les Renards ; ce que le chef accepte avec reconnaissance.

Les discours de Perrot sont empreints de la même emphase que celle des Indiens. On peut comprendre que son succès auprès des Indiens tient à la modestie de sa démarche et à son ouverture d’esprit exceptionnelle; mais je suis convaincu que son respect envers les amérindiens a beaucoup plus de poids. C’est d’ailleurs ce respect mutuel entre Amérindiens et Canayens qui assure tout au long de l’histoire, les relations amicales entre eux. C’est également ce dont se serviront, sans aucun scrupule, toutes les autorités pour berner les « sauvages » au cours de toute l’histoire nord-américaine.

Après avoir ainsi réconcilié ces nations, au moins pour quelque temps, Perrot, surnommé depuis lors, Metaminens quitte la baie des Puants avec ses hommes et remonte la rivière aux Renards jusqu’au village des Mascoutens et des Miamis. De là, il franchit le portage qui sépare la rivière des Mascoutens et du Wisconsin, descend celle-ci jusqu’au Mississipi et, tournant au nord, remonte ce fleuve jusqu’à l’entrée du territoire occupé par les Sioux, où il s’arrête et construit le fort Saint-Antoine.

Malgré ces exploits, à l’arrivée d’un nouveau gouverneur, Perrot perd bientôt une partie des pouvoirs que Lefebvre de La Barre lui avait confiés. Dès l’automne de 1685, le nouveau gouverneur de Denonville soumet à l’autorité d’Olivier Morel de La Durantaye, commandant à Michillimakinac, tous les Français qui se trouvent dans les pays d’en haut. Il ordonne, en même temps, à Perrot de descendre à la baie et de réunir, sur sa route, tous les sauvages alliés et tous les Français (entendre ici : tous les « coureurs de bois »), pour marcher contre les Tsonnontouans. Perrot réussit, mais encore avec difficulté, à convaincre les nations de la baie et les Outaouais de le suivre.

Au printemps de 1687, il rejoint les troupes françaises à Détroit puis se dirige vers le pays des Tsonnontouans où il prend part à la destruction de cinq villages.

Pendant ce temps, toutes les pelleteries qu’il avait déposé à la mission des Jésuites de St-François-Xavier disparaissent en fumée; une valeur approximative de 570,000 dollars. Perrot est totalement ruiné.

Personnellement, je soupçonne qu’une des autorités en place a vidé la maison de St-François Xavier avant d’y mettre le feu. On insiste trop sur le caractère « sans scrupule » des « coureurs de bois » pour que cela ne soit pas de la « projection ». Il est bien évident qu’on ne peut pas simplement saisir les marchandises à chaque fois que l’occasion se présente; ce serait trop remarqué; il faut, de temps à autre, se servir de son imagination; surtout quand on peut accuser les Iroquois du méfait.

Nicolas Perrot avait acheté de Jean Lechasseur, secrétaire attitré de Jean Talon, au prix de 4 000 livres en castor, la seigneurie de la Rivière-du-Loup (Louiseville) avec les droits de haute, moyenne, et basse justice . Il devra la remettre à son ancien propriétaire quelques années plus tard, n’ayant pu en effectuer les paiements. Lechasseur la revendra à Michel Trottier dit Beaubien en 1701.

Perrot n’est pas le seul personnage que Lechasseur cite devant les tribunaux. À son départ pour la France, en 1682, Frontenac doit à Lechasseur, pour ses émoluments, la somme de 4 157 livres (qu’était-t-il donc arrivé à l’argent remis par le Roy pour couvrir les déboursés administratifs? On ne le sait pas). En paiement de cette dette, le superbe mais impécunieux gouverneur remet à son secrétaire une traite de 2 000 livres, signée en faveur de Frontenac par Cavelier de La Salle. Ce dernier, bien qu’il reconnaisse sa dette, ne peut la rembourser. Le 14 mai 1699, Lechasseur est encore devant le Conseil souverain, tentant désespérément d’obtenir le remboursement de cette vieille dette. Il meurt à l’âge de 80 ans en septembre 1713, à Trois-Rivières.

Le 8 mai 1689, Perrot construit le fort Saint-Nicolas à l’embouchure du Wisconsin au lieu appelé «Prairie du chien», et prend possession au nom du Roy «de la Baie des Puants, lac et rivières des Outaganis et Maskoutins, rivière de Ouiskouche et celle de Mississippi, pays des Nadouesioux, Rivière-Sainte-Croix et Saint-Pierre et autres lieux plus éloignés…». Il est le premier blanc à gravir le mont Trempealau, une curiosité géologique sur le Mississippi. Les Indiens appelaient cette montagne «Ma-nee-a-chah», la montagne dont le pied trempe dans l’eau, ce que les Français ont traduit par «La montagne qui trempe à l’eau» qui devient plus tard Trempealeau. Nicolas y passe l’hiver 1685. Au printemps, il remonte vers le lac Pépin où il édifie le Fort St-Antoine en l’honneur d’Antoine Lefebvre de La Barre.

En 1692, Perrot reçoit l’ordre de se fixer parmi les Indiens de Marameg pour servir de tampon de sécurité aux colons. En 1695, à la demande du gouverneur de Montréal, il incite une fois encore les nations indiennes à une guerre contre les Iroquois. Ces derniers sont alliés aux Anglais et donc ennemis naturels des Français et ce, depuis l’époque de Champlain.

Sauf qu’on commence à remarquer que ce sont les Anglais qui attisent la guerre chez les Iroquois et les Français qui l’attisent chez les autres nations.  Ce qui donne énormément de poids à la future demande des envoyés de Pontiac qui diront : «  Tout ce que nous voulons c’est que vous nous remboursiez les balles, la poudre et les tomahawks que nous avons dépensé pour faire vos guerres ; de sorte qu’on puisse faire la nôtre ».

En 1696, un édit changera, tout à coup, le cours de la vie en Nouvelle-France : le Roy supprime les congés de traite et ferme les postes de l’Ouest. Perrot s’établit alors définitivement à Bécancour. Mais cet édit ne change pas le fait que les Canayens doivent continuer de survivre; de sorte que le nombre des « coureurs de bois » ne diminue pas du tout.

Une dernière fois, Perrot reverra les chefs indiens qu’il a côtoyé toute sa vie, lors de la signature du traité de paix de Montréal où Callière lui demande de servir d’interprète pour les nations de l’Ouest. Plus de 1300 indiens sont présents à cette assemblée. Perrot est convainquant car le Traité de Montréal est signé le 4 août 1701. Le chef des Pottawatomies, Ounanguissé, le chef des Outagami, Nero, et les principaux délégués des Ottawas et de leurs alliés supplient le Gouverneur Callière d’envoyer Perrot vivre avec eux dans les régions de l’Ouest, mais celui-ci retourne dans sa famille à Bécancour.

A cette époque, aucun de ses enfants n’était encore marié. Son aîné, François, se marie en 1703 à l’âge de 31 ans. Vous remarquerez que lorsqu’un Canayen se marie âgé de plus de 30 ans, c’est qu’il est « coureur de bois ». La vie n’est guère clémente pour le jeune couple, puisque leur fille Marie-Madeleine meurt âgée de six mois et leur fils Jean-Baptiste à l’âge de 17 ans.

Le 17 septembre 1697, Nicolas donne à ses fils François, Nicolas et Michel, procuration pour aller chez les Indiens Miamis, Sauks et Mascoutens, récupérer ce qui lui appartient. On ne sait pas si ses fils effectuèrent le voyage. En fait, ils l’ont certainement effectué; mais n’en ont rien dit pour ne pas être « saisis ». D’autant plus que l’année auparavant, le nouvel édit du Roy avait été promulgué. Il ne faut quand même pas les prendre pour des imbéciles; même s’ils sont dit « sans scrupules ».

Ruiné, accablé de dettes par les « dépences extraordinaires » qu’il a fait, et harcelé par de nombreux créanciers, Perrot réclame des autorités de la colonie les sommes qu’il prétend lui être dues et demande une pension au ministre français, Jérôme Phélypeaux, en considération de ses longs services; mais il n’obtient pas satisfaction. En êtes-vous surpris?

De 1708 jusqu’à sa mort en 1717, bien que capitaine de milice, il devra se débattre dans les procès et les dettes. Sa femme décède en juillet 1724 ayant passé les quatre dernières années de sa vie dans une complète démence. Trois ans de veuvage dans cette société « française » avait suffit à la rendre complètement folle. Heureusement, sa fille Françoise et son gendre François Dufaux assurent les vieux jours de leurs parents avec l’aide des autres enfants Perrot.

Nicolas Perrot meurt à Bécancour le 13 octobre 1717. Il est enterré le lendemain dans la première église de St François-Xavier. Le père De la Chasse officie la sépulture. Triste fin que celle de Nicolas Perrot qui n’aura même pas assez d’encre et de papier pour terminer comme il l’aurait souhaité son mémoire à Jean Talon sur « les mœurs, coutumes et religion des sauvages de l’Amérique septentrionale.» Mais pouvons-nous en être étonnés suite à l’histoire de chacun des « Canayens » vue jusqu’à présent?

La patrie n’aura pas su se montrer reconnaissante. Et aujourd’hui encore, il reste un parfait inconnu dans la région qui a vu naître cet homme de cœur, hardi et courageux, plein d’une étonnante et profondément moderne humanité dans ses rapports avec ceux que l’on appelait alors les «sauvages».

Le changement de nom de «Perrot» à «Perreault» s’est fait à la quatrième génération par Joseph-Sébastien Perreault.

Encore une fois, être « Canayen » n’est peut-être pas reconnu officiellement comme nationalité, mais un Canayen est et restera toujours un homme d’honneur, respectable et respecté par les autres êtres humains dignes de ce nom. Malheureusement, ces derniers ne sont pas au coude à coude dans nos sociétés historiques.

Ceux qui ont suivi la « Rencontre du gouvernement fédéral avec les premières nations » dernièrement, ont pu entendre l’histoire réelle et tout à fait révoltante de cette partie des vrais  Canayens de notre histoire. Il faut se rappeler que le mot « Kanata », d’où vient celui de « Canada », n’est pas français; c’est un mot amérindien. Ceux-ci sont donc « Kanatiens », à tout le moins, au même titre que les « Canayens ».

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir un lien indestructible avec les premières nations. Aucun de mes ancêtres n’a établi de lien conjugal avec eux, mais tous ont développé des liens fraternels qui semblent avoir marqué mes gênes.

Je me souviendrai toujours de ces dix minutes que j’ai vécu lors d’une partie de chasse.

J’avais déchargé mon équipement de mon camion et je prenais un  repos, accroupi près d’un petit feu que je venais d’allumer, un peu à l’écart. Parmi mon équipement, j’avais apporté un ensemble de plongée sous-marine.

J’aperçois alors un canot de cèdre qui accoste près du rivage où se trouvent mes effets. Le canot contient deux jeunes et jolies amérindiennes, un jeune adulte amérindien aux cheveux noirs tombant sur ses épaules et un colosse plus âgé, de plus de six pieds de haut. Les jeunes s’occupent à décharger leur canot et le colosse s’arrête pour regarder mon équipement.

Il me jette, ensuite, un coup d’œil et se dirige vers moi. Je continue de fixer le feu en fumant ma cigarette, comme si j’étais absorbé dans mes pensées.

Le colosse vient s’accroupir près de moi, devant le feu, et s’allume une cigarette.

Nous sommes là, tous les deux, sans dire un mot, comme obnubilés par les flammes du petit feu. Après cinq minutes, il murmure d’une voix grave:

-Tu t’en vas à la chasse?

-Ouais.

-Tu vas faire de la plongée?

-Si je le peux, oui.

-Tu vas t’installer où?

-À la grande île du lac Tessier.

-C’est un bon « spot ». Il y a des orignaux qui traversent souvent le lac au sud de l’île. L’eau n’y est pas très profonde.

-Merci pour le « tuyau ».

-Merci pour ton feu.

Et il se lève, rejoint ses « enfants » et prend la route à pied vers le village.

Curieux qu’un évènement aussi peu important ait pu me laisser une telle impression; mais ce furent dix minutes qui sont restées mémorables pour moi. Le calme, la simplicité de cet homme et, surtout, la délicatesse dans la voix d’un tel colosse  m’ont fait découvrir la puissance et la richesse de l’âme amérindienne que très peu de personnes ont la chance de ressentir. J’ai alors compris combien peuvent être attachants ces amérindiens. Je ne suis pas du tout surpris que nos ancêtres se joignaient à eux aussitôt qu’ils le pouvaient. Ils étaient de vrais hommes.

André Lefebvre

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