Archives quotidiennes : 9 février 2012

La ligne droite élargie de Stephen Harper


J’ai beaucoup apprécié l’article de Pierre Allard paru au début de la semaine intitulé «La ligne droite» sur le fait qu’il ne se produisait peu ou pas de changements positifs au Québec depuis plusieurs années. Les belles initiatives annoncées finissent par mourir, abandonnées au fond d’un tiroir, ou retirées en espérant que les gens ne se souviendront pas des promesses faites. La ligne droite est semblable au train australien dans lequel Pierre venait de monter, qui allait filer en ligne droite pendant des centaines de kilomètres, sans jamais tourner à gauche ni à droite. Semblable au mandat des dirigeants et des possédants qui peuvent filer en paix pendant quelques années, le temps de leur mandat. Et vivre une stagnation royale.

Quand j’ai entendu hier l’annonce que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) était autorisé à utiliser des informations obtenues sous la torture, l’idée de la ligne droite m’est revenue à l’esprit. Le gouvernement de Stephen Harper continue de filer fièrement en ligne droite, mais en élargissant de plus en plus la voie, sa voie, si bien qu’il reste de moins en moins d’espace pour créer des avenues de changement, ni à gauche ni à droite.

Ainsi, «Dans des circonstances exceptionnelles où il existe une menace à la vie humaine ou à la sécurité publique, des impératifs opérationnels peuvent pousser le SCRS à (…) partager les renseignements les plus complets possibles (…) avec les autorités compétentes, y compris les informations basées sur des renseignements fournis par des agences étrangères qui peuvent résulter de l’utilisation de la torture ou de mauvais traitements.» Ces mots font partie de la lettre du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, envoyée au directeur Richard Fadden, et que la Presse Canadienne a réussi à obtenir en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

J’ai la nausée. Peur aussi. Dans quel régime vivons-nous? Reculons-nous? N’est-ce pas une façon d’encourager la torture, sous prétexte qu’elle serait pour le bien des autres? Et les informations obtenues sous la torture ne sont pas nécessairement fiables. Si j’étais torturée, battue, et menacée d’être coupée en morceaux, peut-être avouerais-je des faits que je n’aurais jamais accomplis, simplement pour être libérée de la douleur!

En aucun cas, l’idée de la torture ne doit être encouragée.

Ma confiance dans l’intégrité humaine étant affaiblie, je crains que cette annonce du ministre de la Sécurité publique n’ouvre la voie à l’abus. Ce qui m’inquiète, m’horripile même, c’est l’idée que des «experts» seraient appelés à évaluer les situations qui pourraient représenter un risque de sécurité publique, où des vies seraient en jeu, ce qui justifierait les circonstances exceptionnelles où des informations sous la torture pourraient être utilisées. Où se démarque la ligne d’évaluation? Je n’ai pas confiance. On élargira la ligne d’évaluation … on généralisera ….

Comme le souligne l’avocat Paul Champ, spécialisé dans les questions de droits de la personne et de la torture, cette annonce crée un marché pour la torture.

Et parlant de l’argument des «circonstances exceptionnelles», rappelons-nous le cas du Canadien Ahmed el-Maati qui avait affirmé SOUS LA TORTURE aux autorités syriennes qu’il voulait faire exploser le parlement à Ottawa. Cette confession avait mené à la torture deux autres Canadiens, dont Maher Arar, à qui le gouvernement conservateur a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars!

Soulignons qu’Amnistie internationale (AI) a condamné la position canadienne qui enfreint la Convention sur la torture.

Je souhaite de toute mon âme que cet ordre donné par le gouvernement à son agence d’espionnage SERA RETIRÉ.

C’est tout. Je n’ai plus rien à dire.

Merci.

Carolle Anne Dessureault

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