Archives quotidiennes : 26 février 2012

SALAIRE ÉLEVÉ GARANTIE DE COMPÉTENCE ÉLEVÉE?

La révélation toute récente du régime exceptionnel de fonds pension des députés libéraux canadiens, fortement critiqué par les citoyens payeurs de taxes, a fait ressurgir l’argument selon lequel, pour  attirer des personnes compétentes au Parlement canadien, il faut leur assurer des conditions  de travail, de rémunération et de sécurité financière susceptibles de les attirer. Cet argument venait appuyer un régime de pension qui garantit pour chaque dollar investi par le ou la député cinq dollars investit par l’État. À ceci s’ajoute un rendement à vie de 10% de ce fonds garanti par l’État, peu importe la situation économique. Cette approche de privilèges et d’avantages financiers n’est pas propre au seul Parlement canadien, mais l’est pour tous les postes importants dans l’Administration publique, dans les Sociétés d’État et dans les Exécutifs des entreprises nationales et multinationales.

Cet argument qui semble être, à première vue, d’une évidence telle que personne n’ose le remettre en question, se révèle être, dans bien des cas, beaucoup plus un écran de fumée qu’une réalité. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le sort que nous ont réservé ces hauts dirigeants aux rémunérations dorées et aux conditions de travail qui en font des rois et des reines trônant au dessus de tous les autres. Je vous invite à interroger Google sur les plus grandes faillites des 20 dernières années. Vous verrez que ces soi-disant compétences hors toute catégorie ont conduit leurs entreprises, figurant en tête de liste des grandes entreprises contemporaines, à la faillite. Dans les milieux industriels, bancaires, financiers, ce fut le désastre pour nombreuses d’entre elles.

Ici, au Canada, nous avons gouté aux aventures de NORTEL dont des milliers d’actionnaires ont perdu leur fond de pension. Les dirigeants flottaient sur des nuages de dizaines de millions de dollars. L’an dernier, sous la direction du grand chef  Henri-Paul Rousseau, la Caisse de dépôt s’est retrouvée avec une perte de  40 milliards $. Et que dire de nos gouvernements et gouvernants qui ne cessent de nous surprendre avec des scandales de pots de vin, de complicité avec les entreprises, de manigances internes dans la nomination de juges, de sous-ministres, de Dirigeants de sociétés d’État?  Ce ne sont plus seulement les entreprises qui font faillites, mais également les gouvernements. Pourtant les salaires et les conditions de travail de tout ce beau monde a de quoi faire l’envie de bien des travailleurs, d’administrateurs, de comptables, de professionnels.

Cette approche des compétences par l’appât de l’argent ne conduirait-elle pas à une société dominée par la cupidité et de ce fait plus vulnérable à la corruption et aux réclamations toujours plus exorbitantes de ceux et celles en position de contrôle. En somme, une approche qui cadre bien avec le néolibéralisme où le « tout pour soi » s’impose avec suffisance au « bien commun » des électeurs et électrices tout comme aux « intérêts » des actionnaires.

Pour qui analyse quelque peu ce milieu des hautes directions se rend vite compte que les tractations visant les nominations se font en général entre les mêmes personnes. Ils finissent par former un club fermé qui protège ses acquis, tout en cherchant à en augmenter la valeur. Pour eux, ils sont d’excellents gestionnaires qui savent exploiter la situation en leur faveur.  Pour leurs commettants, il faudra souvent repasser. Ce n’est pas l’intelligence qui leur manque, bien au contraire, ils en ont à revendre. Je dirais que c’est plutôt leur passion de servir le Bien commun et les intérêts de leurs commettants avant de se servir eux-mêmes.

QUE SE PASSE-T-IL DANS LES PAYS ÉMERGENTS DE L’AMÉRIQUE LATINE?

Dans la majorité de ces pays, Bolivie, Équateur, Nicaragua pour ne citer que les plus importants, les salaires et conditions  de travail des élus (es) ont été ramenés à des proportions rejoignant la moyenne des revenus et conditions de travail de la classe moyenne. De plus, ces gouvernements ont fait voter des lois anti-corruption très sévères, de quoi  désister à toute tentation de corruption.

Or ces pays ainsi que leurs Sociétés d’état ont résisté à la crise mieux que les pays développés. C’est que leurs dirigeants ne sont plus là pour empocher tout l’argent qui est à leur disposition mais pour apporter à la société des rendements de nature à améliorer leurs conditions de vie. Le critère d’embauche et d’élection n’est plus l’argent, mais les valeurs et les motifs de servir au mieux de ses connaissances et capacité une société et des entreprises qui doivent tous servir le Bien commun de la Société. En 2010, Chavez a nationalisé la Banque du Venezuela que les propriétaires s’apprêtaient à vendre à une banque espagnole. Vous pouvez voir en direct comment Chavez a réagi et comment les richesses d’un pays doivent servir le peuple vénézuélien. (video sous-titré en français). Récemment, lors d’une autre conférence il a déclaré qu’en moins de deux ans la nouvelle banque de l’État  avait renfloué en totalité les argents invertis pour l’acheter.

Il faut croire que, cette nouvelle approche fonctionne, puisque des candidats compétents se présentent en nombre suffisant pour combler les postes et pour servir avant de se servir.

Nous sommes loin de ce que Jean Charest est en voie de réaliser avec son Plan Nord, véritable transfert au privé d’une richesse nationale. Lire à ce sujet ce qu’en écrit José Legault:  »

« Traduction: le premier ministre fait de l’économie SA priorité. Du moins, présumée. Ce qui nécessitera, par contre, de faire oublier aux électeurs – les vrais propriétaires des ressources naturelles – qu’ils n’auront pas droit à un partage équitable des bénéfices, lesquels s’annoncent pourtant gargantuesques. Mais surtout pour les gazières, minières et pétrolières de ce monde. »

Je pense que le  temps est venu de briser ce mythe que seul l’argent peut attirer les compétences. Il faut plutôt se préoccuper, dans le choix de nos représentants et de nos cadres, de leur capacité de servir sans attendre des conditions de travail blindées, inaccessibles au commun des mortels que sont les peuples. La cupidité comme force motrice de développement ne saurait conduire à une humanité à visage humain. Il faut faire appel aux valeurs morales et aux qualités humaines et professionnelles pour combler des postes dont l’objectif est de servir les citoyens et citoyennes ou encore les actionnaires de tous les milieux.

« « L’idéal, c’est quand on peut mourir pour ses idées. La politique, c’est quand on peut en vivre ! » Nombre de nos élus ne renieraient pas cette boutade signée Charles Péguy.

Oscar Fortin,

Québec, le 26 février, 2012

http://humanisme.blogspot.com

4 Commentaires

Classé dans Oscar Fortin