Archives quotidiennes : 13 mars 2012

Le siège de Québec!!!

 

Le siège de Québec

Il existe un texte d’un auteur anonyme, repris par Aegedius Fauteux,  qui décrit quotidiennement le siège de Québec en 1759. L’auteur est un employé au magasin du roi mais ne révèle pas son identité. Il n’est pas soldat, et on peut soupçonner qu’il est « Canayen ». N’ayant d’autre but que de raconter les évènements au jour le jour, il est peu susceptible d’écrire avec un parti-pris pour quiconque; ce qui rend son témoignage très intéressant.

Son texte contient des phrases assez étonnantes et significatives. Voici celles qui m’ont parues telles :

Juin le 29 :

La dernière partie de la phrase est très curieuse. Que veux dire l’auteur exactement? Ceux qui donnent les ordres sont « pernicieux au bien de l’État » veut dire quoi? Parle-t-il de traîtres ou « d’avides »? Comme ils donnent des ordres, j’opterais pour des « traîtres » dans l’esprit de l’auteur. D’ailleurs le sujet « avide » est AJOUTÉ dans la suite du texte. De plus il est écrit : « au bien » (singulier) et non « aux biens »; donc il parle de la situation de l’État et de sa sauvegarde. Autrement dit, il pense qu’une partie de ceux qui donnent les ordres travaillent contre le Canada.

Pourquoi ce contre ordre des 3000 hommes à la Pointe Levis? Cela aurait empêché les bombardements postérieurs sur Québec. Y a-t-il un lien avec le « pernicieux au bien de l’État » mentionné plus haut. Le prisonnier a donné une fausse information; comment une information venue d’un seul prisonnier, peut-elle faire annuler une attaque de 3000 hommes sur un point très stratégique où s’installe l’ennemi?

Ces Outaouais sont les « sauvages » de Michel de Langlade arrivé à Québec le 29 juin. Les commandants ne portent aucune attention à la Pointe à Levis où s’installent les Anglais, même si, l’auteur, qui n’est pas spécialiste militaire se rend très bien compte que l’endroit est menaçant pour Québec.  De plus ces commandants voient l’artillerie s’y installer et s’en contrefichent, quand ils voulaient, quelques jours auparavant, attaquer l’endroit avec 3000 hommes pour prévenir l’installation. L’attaque fut annulée sous une très pauvre information de l’ennemi qui s’est avérée fausse et cela ne soulève aucune question au sujet de l’installation d’artillerie à Pointe Lévis. C’est inconcevable.

Il est à remarquer que ces 2 ou 3 coups de canon sur les Anglais ne servent à rien d’autre que de prouver que la distance où ils se tenaient était parfaite pour bombarder Québec.

On se demande pourquoi l’armée française ne se décide pas de passer à l’offensive avant que les Anglais soient trop bien installés? Surtout quand 6,000 d’entre eux sont de la milice de Nouvelle Angleterre qui ne valent pas grand chose au combat. Politesse militaire, sans doute.

Les bateaux anglais ne sont certainement pas en position avantageuse pour bombarder. Cela va changer lorsque les Anglais auront fini de s’installer à la Pointe à Lévis.

Pour l’auteur, Beauport est imprenable et surtout, mention curieuse, il croit que les ennemis connaissent bien les forces en place.  L’Anse des mères, malgré sa fortification naturelle, est mal défendue, selon lui. On verra que c’est là où Wolf attaquera et que les Anglais connaissent les forces en place là aussi.

Il est encore question, ici, des « sauvages » de Charles-Michel de Langlade.

Juillet le 11 :

C’est définitivement une erreur stratégique incompréhensible de ne pas se débarrasser de ces batteries de la Pointe Lévis. S’ajoute celle de l’autre côté du Sault de la part de Vaudreuil. On laisse définitivement l’artillerie anglaise s’installer. C’est à n’y rien comprendre.

On semble laisser les Anglais détruire le moral des habitants sans riposter.

Mais Lévis lui refusera ce qu’il demande. Une victoire aurait détruit tout l’avantage des troupes anglaises en capturant ou tuant Wolf qui commandait, pour la première et seule fois, ce détachement de reconnaissance en amont de la rivière Montmorency. On veut bien que les « Canayens » défendent leur pays, mais on ne leur donne aucun renfort quand ils le demandent.

Une chose est certaine : Le brûlot à l’Anse des mères nuisait définitivement aux projets anglais. Et on ne le défend pas, on laisse les Anglais le bruler. Il est curieux que l’auteur puisse envisager la possibilité que quelqu’un ait promis quoi que ce soit à l’ennemi ou vice-versa?

Constat incontournable, de la part de l’auteur, décrivant une inaction injustifiable des autorités militaires françaises. La seule opposition que les Anglais rencontrent lors de ces différents débarquements est celle des villageois qui défendent leurs maisons. Ça n’a aucun sens.

Juillet le 22 :

On parle ici des prisonnières remises par les Anglais, qui rapportent les opinions des commandants ennemis.  Vaudreuil serait donc celui qui est responsable de l’inaction militaire favorisant les Anglais qui l’en remercient. Mais la réalité est que seuls les « Canayens » opposent le peu de résistance qu’ils rencontrent. Quel pouvoir avait donc Montcalm? Pourquoi faire l’éloge de Montcalm quand il s’oppose encore moins que Vaudreuil aux Anglais?

Si vous lisez attentivement le récit de la guerre de sept ans au Canada écrit par Malartic, vérifiez les faits d’armes qui y sont consignés dans d’autres comptes rendus. Vous découvrirez que seuls les « Canayens » se battent contre les Anglais. Les soldats français n’engagent le combat que de loin avec leurs canons, et cela, à toutes les occasions sauf à Carillon où ils ne s’avancent pas trop malgré tout. C’est d’ailleurs le plus grand reproche que fera Vaudreuil au sujet des militaires français dans une lettre qu’il enverra aux autorités françaises, par le biais de son frère résidant en France; il y dira que les soldats français ne veulent pas confronter les Anglais. La seule fois où ils font vraiment face aux Anglais, ils en font une erreur et cela se déroule sur les plaines d’Abraham.

Vaudreuil n’est pas le seul de cet avis. Wolf écrit à sa mère le 31 août 1759. Dans sa lettre on lit: « Le marquis de Montcalm est à la tête d’un grand nombre de mauvais soldats et j’ai sous mes ordres un plus petit nombre d’excellents militaires qui ne demandent pas mieux que de lui faire la lutte – mais le vieux renard est prudent, et il esquive l’action… »

Une cession d’arme est une trêve. En fait Le Mercier ira plus de trois fois au cours du mois et encore au cours du mois suivant sur les bateaux des Anglais. C’est un peu compréhensible que cela ne plaise pas à ceux qui veulent combattre au lieu d’échanger des bouteilles de vin et des pâtés avec l’ennemi.

Les Anglais craignent plus la milice canadienne que les soldats français; c’est clair. C’est probablement pourquoi ils dénigrent Vaudreuil. D’un autre côté, il est toujours possible que les Anglais ménagent les soldats français, les « Canayens » étant pour les deux partis, de la simple chair à canon.

Août le 1er :

Il est question ici, d’une attaque de 7000 soldats anglais repoussée par la milice canadienne. On remarque que Lévis emploie toujours la même disposition de son armée: il place les « Canayens » et les « sauvages » sur ses ailes pour que l’ennemi soit pris entre deux feux. Ce qui est excellent puisque tous les « Canayens » sont des tireurs d’élite. Cette même tactique lui avait permis de repousser une armée de 15,000 anglais avec 3,500 hommes à la bataille de Carillon. Évidemment, c’est Montcalm et les soldats français qui en tirèrent la gloire.

Août le 5 :

« On leur permet tout » est assez significatif sur l’opinion de l’auteur. Sa remarque « ils veulent déjà nous imposer des lois » laisse entendre que l’auteur est « Canayen » puisse que les Français n’auront pas de lois imposées par les Anglais, même si ceux-ci gagnent la guerre.

Août le 7 :

 

Ce sont toujours les Canayens et les amérindiens qui combattent. De plus ils sont toujours vainqueur. Remarquez qu’ici les « sauvages » commencent à en avoir assez de n’être jamais appuyés par les soldats français; car ils détestent qu’on ne les aide pas à « faire beaucoup plus de chevelures » quand l’occasion se présente; comme lors du coup du 26 juillet où Levis leur a refusé du renfort. Le problème est que les Français considéraient les Amérindiens comme des mercenaires tandis que ceux-ci se considéraient comme les alliés des « Canayens ».

Août le 19 :

Les Anglais pensent à quitter le fleuve avant les glaces; et on l’apprend du côté Français à partir du 19 août. Mais pourquoi un déserteur viendrait-il de l’ennemi nous apprendre cette nouvelle? Il semble que les échanges entre les deux armées se fassent par l’entremise des déserteurs de chaque côté. Dans les mémoires de James Murray, on voit qu’en septembre, deux jours avant le débarquement à l’Anse des Mères, deux déserteurs français rencontrent, seul à seul, Wolf dans ses quartiers sur son bateau. Le lendemain, Wolf cancelle, sans réunir son conseil de guerre,  l’attaque prévue à Neuville (Pointe-aux-Trembles) pour commander celle à l’Anse des Mères.

Après son tête à tête avec les deux déserteurs français du 10 septembre, Wolf amenera avec lui Monckton et Townshend pour une nouvelle reconnaissance mais il ne les met pas au courant de son projet, et le 12 il y a  un échange de notes assez cassantes entre lui et ses trois officiers supérieurs, où ces derniers se plaignent de n’avoir pas été renseignés. Il venait de leur annoncer sa décision de débarquer à l’Anse des mères, la nuit suivante.

Encore mention du départ de l’armée anglaise sous peu. Le conseil de guerre en question est celui qui prévoyait le débarquement à Neuville; ce que Wolf avait accepté comme dernière tentative, mais qu’il modifiera unilatéralement le 12 septembre..

Août le 22 :

Il ne fallait pas attaquer le seul point important des Anglais n’est-ce pas? Surtout par des « Canayens », même s’ils ne sont que 100.

Impossibilité d’une jonction des armées anglaises. Les Français devront patienter pour se rendre. Par contre c’est probablement là, la raison que Lévis croit pouvoir vaincre les Anglais et qu’il s’offusquera, plus tard, de la reddition de Québec. Lévis est l’un des seuls militaires français qui veulent battre les Anglais. Il est également l’un des seuls qui reconnaisse la valeur et l’importance des soldats canayens. Ceux-ci le lui rendent bien et reconnaissent en lui un excellent chef d’armée.

 Août le 27 :

Encore confirmation que les Anglais vont partir sous peu et, surtout, qu’ils sont loin de croire pouvoir gagner cette guerre. Le moral est très bas chez eux.

Bougainville est un vrai héros français; mais il ne se permettra jamais d’attaquer l’ennemi; on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. –« Que Vaudreuil, le Canayen, y aille lui-même, nom de Dieu!!! »

Des « déserteurs français de différents uniformes ». Les Anglais partiront suite « aux blés mûrs » et  l’artillerie commence déjà à être embarquée. Les forces françaises tout autant que tous les Canayens connaissent maintenant ces nouvelles; et nous sommes au début septembre 1759.

Encore l’information du départ prochain des Anglais. Au sujet de l’Anse des mères, notre auteur sans connaissances militaires, a parfaitement raison. L’endroit n’est pas défendu.

L’Anse des Morts, C’est en fait l’Anse des mères.

En fait, c’est Montreuil qui arrête les troupes à la rivière Jacques Cartier. Vaudreuil lui avait dit de le suivre. De sorte que Vaudreuil arrive presque seul sur le champ de bataille. Mais un commandant français comme Montreuil est-il obligé de suivre les ordres d’un simple Gouverneur canayen? De plus croyez-vous que l’arrivée de Vaudreuil avec 2,500 combattants additionnels n’aurait pas changé l’issu de la bataille?

On parle bien des « armes de France » et non des « Canayens, milices ou volontaires. Par contre le « Général » mentionné ici est Vaudreuil, entouré des 3 ou 400 canayens qui l’avaient suivit. C’est lui qui semble responsable d’empêcher la riposte à cette attaque des Anglais sur les Plaines d’Abraham. On peut le comprendre quand il vient de réaliser que les soldats français ne suivent pas ses ordres. Ajoutons que Vaudreuil a laissé des ordres à Ramezay, disant de rendre la ville si la vie des citoyens est trop menacée. Lorsqu’il rencontrera Lévis, il enverra un « contrordre », étant certain que les soldats français seront obligés de suivre Lévis.  J’avoue que tout cela est assez révoltant pour un « Canayen ».  L’auteur semble d’accord et termine son journal ainsi :

Voilà finalement que l’auteur donne son opinion. Selon lui, Il semble qu’il y ait eu « traîtrise » dans toute cette démarche militaire française. Il est parfaitement d’accord que la reddition de Québec le 18 septembre est un acte de « traîtrise » pour rendre la « prise du pays » facile. Difficile de ne pas être en accord avec lui; vous ne trouvez pas? Maintenant que Québec est aux mains des Anglais, l’auteur sait très bien que le pays est perdu et prévoit la paix sous le régime britannique. Reste à identifier l’anguille sous roche responsable de cette situation. 

La question reste posée: Est-ce la volonté des Français ou celle des « Canayens » de livrer le pays à l’Angleterre? Car il est évident qu’on travaille en sourdine à la capitulation. Mais…QUI fait ce travail de sape, réellement?

André Lefebvre

 

 

 

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