Archives quotidiennes : 21 mai 2012

Education : La grande vache sacrée

 
 

 
La crise étudiante au Québec, prenant sa source dans une augmentation brutale annoncée des frais de scolarité, a donné lieu à des protestations, puis à des désordres auxquels un gouvernement discrédité par la gabégie et la corruption a trouvé avantageux de réagir de façon musclé pour mettre de son côté la masse de ceux pour qui tout ce qui semble menacer la paix sociale est anathème.  Il en est sorti une autre menace, sur les droits et liberté, celle-là, créant le dilemme d’une crise sociale quelle que soit la direction que l’on prendra.

Dans l’ombre de cette crise sociale, la question initiale des droits de scolarité est devenue quasi marginale, ce qui est bien dommage. Dommage, parce que, ne parlant plus des frais de scolarité, on ne parlera plus du coût de l’éducation  15,5 miliards  cette année  – et on s’empressera d’occulter une question ENORME à laquelle il serait pourtant crucial d’apporter une réponse, si on veut que notre société se développe de façon raisonnable et cohérente : que vaut vraiment cette éducation qui nous coûte si cher.

On peut se demander : en avons-nous pour notre argent et les sommes sont-elles bien distribuées ? C’est la question qui sert de socle à l’argumentaire des étudiants pour contester la hausse des frais qu’on veut leur imputer et on comprend que l’on veuille retarder l’échéance d’en parler. Pourtant, ce n’est là que la pénultième question. Celle qui n’est taboue que parce qu’elle défend l’accès à la dernière, la question qui tue, même si personne n’en parle : que vaut VRAIMENT cette éducation ?

Que vaut-elle dans le sens bien concret de nous apporter les biens et les services que nous voulons ?  Quand on accepte de remettre en question le préjugé que toute éducation est bonne et qu’il n’y en a jamais assez, on constate d’abord que, une fois transmises les valeurs de base morales et traditionnelles qui sont le ciment de notre société, mais dont c’est essentiellement la famille qui est le vecteur, l’éducation que l’on attend de notre Ministère de l’éducation – celle qui nous coûte 15,5 milliards – est de deux types.

Une formation PROFESSIONNELLE, qui prépare le citoyen à jouer un rôle utile dans le système de production des biens et services, pour satisfaire les besoins et les désirs des consommateurs. Il faut joindre, en amont à cette formation professionnelle, tout ce qui lui sert de prérequis, comme lire, écrire et compter. Il faut y ajouter en aval, tous les modules spécifiques – la plupart du temps fournis par des entreprises – qui permettent de faire le pont entre les techniques générales qui peuvent faire l’objet de programmes  d’apprentissages formels et les idiosyncrasies de chaque employeur pour en arriver à un produit ou service bien concret.

Toute cette formation professionnelle a une valeur qui se mesure à son apport direct ou indirect à la satisfaction des désirs des citoyens, ce qui, dans une société de marché comme la nôtre, se confond avec la demande des consommateurs. Cet apport est mesurable. Bien sûr, il y a des hypothèses à poser, des prévisions et des projections à faire et l’on peut se tromper, mais, en principe il est possible, voire théoriquement trivial, de mettre un chiffre sur la valeur de chaque élément de cette formation.

Le deuxième type de formation, celle qu’on peut dire CULTURELLE, sert essentiellement au developpement de l’individu et indirectement seulement à satisfaire une demande de la société. Une demande changeante, dont la priorité peut varier beaucoup durant ce qu’on pourait appeler la  « durée d’utilisation » de cette connaissance, entre le moment où elle est acquise et celui où elle est totalement désuète. Les hypothèses et les prévisions concernant la formation culturelle ne permettent pas de déterminer avec une bonne fiabilité la valeur de ses éléments.

Quand on se demande ce que « VAUT » l’éducation, il faut se demander, considérant le prix de revient de chaque élément de connaissance transmise, si, consulté, le citoyen lambda payeur de taxes serait bien d’accord pour que son gouvernement en assume le coût en son nom. Un gouvernement démocratique devrait s’efforcer de prendre les décisions qu’il croit honnêtement conformes à la volonté des citoyens.

Si la réponse est oui, pour une écrasante majorité de la population, va pour que ces éléments de formation soient gratuits. Si la réponse est non, toutefois, l’option de la gratuité devrait être exclue.  Si elle ne l’est pas, il faut se demander si quelques corporatismes plus ou moins avoués  – ou quelques vieilles habitudes devenue néfastes – ne sont pas à biaiser la décision de l’État en la matière… Et il faut agir en conséquence.

Se demander si l’étudiant ou l’État doit payer un élément de l’éducation  n’a tout son sens que si on se demande d’abord si la volonté populaire est bien que ces 15,5 milliards soient dépensés pour l’éducation… et pas pour autre chose. Or cette question est loin d’être évidente Nous en parlerons la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

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