Archives quotidiennes : 19 juin 2012

Invasion américaine de 1775!!!


(Très personnel : Une vraie face à claque!)

À prendre en considération : Guy Carleton est plus ou moins gouverneur général de 1768 à 1796. Il succède à James Murray.

L’invasion américaine de 1775 fut significative seulement parce que les Canayens étaient plutôt « étourdis » par les informations venant des « rebelles » américains. Plusieurs Canayens penchaient vers la « liberté et l’indépendance » mais la majorité ne savait pas trop quelle décision prendre. C’est pourquoi, ils se contentèrent d’une certaine « neutralité » dans cette guerre qu’ils considéraient comme étant une « guerre entre  Anglais ».

D’ailleurs, les Américains ne se seraient jamais présentés à nos frontières s’ils n’avaient pas été convaincus faussement qu’une très grande partie de la population canayenne leur était favorable. Ils se rappelaient très bien les affrontements avec les milices canayennes de quelques années auparavant et n’étaient pas du tout intéressés à s’y frotter encore une autre fois.

Cette « neutralité » est d’ailleurs la seule raison qui permit à l’Américain Montgomery de parvenir à se rendre jusqu’à Montréal pour aller, finalement, mourir lors d’une attaque sur Québec.

Par contre, ce n’est pas la seule raison que l’on découvre quand on lit méticuleusement les écrits de l’époque. L’une des autres raisons est que Guy Carleton, gouverneur de la Province, évalue très bien l’indécision des Canayens face à cette guerre; et il hésite énormément à leur donner assez de liberté d’action et de munitions pour combattre efficacement les Américains. Il craint qu’en leur donnant suffisamment d’armes et en laissant les milices canayennes libres de combattre, celles-ci ne prennent finalement position contre l’Angleterre. Il connait, lui aussi, l’efficacité des Canayens au combat, puisqu’il les a combattu avec Wolf, lors de la conquête; et il ne veut pas risquer de devoir les combattre encore, lui non plus; surtout qu’il ne dispose que d’environ 800 soldats anglais au Canada à ce moment-là.

Dans toute cette histoire de l’invasion américaine de 1775, je n’ai trouvé qu’un seul nouveau héros valable qui eut quelques coudées franches parce qu’il se battait seul avec ses amérindiens. C’est un dénommé Delorimier appelé le Chevalier Delorimier amis des « sauvages ». Il était interprète. Il combattit de 1775 @ 1780. Il était un grand-oncle du chevalier Delorimier pendu lors de la rébellion 37/38.

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=2974

Lorsqu’on scrute l’histoire de cette invasion américaine, le gouverneur Guy Carleton se comporte comme s’il est à la solde des révolutionnaires américains. Ses décisions sont très difficilement explicables. Il deviendra le Baron Dorchester et on découvrira alors qu’il a de nombreux contacts avec la Franc-maçonnerie. C’est probablement là où se trouve la seule explication réellement valable. Lorsqu’on soupçonne le rôle de la Franc-maçonnerie dans la conquête du Canada dont Carleton fut un acteur  et qu’on connait son importance dans la révolution américaine, on ne peut que faire le lien pour comprendre les décisions discutables de Carleton durant cette guerre. Il fera, d’ailleurs, détruire tous ses papiers personnels après sa mort. On n’a plus tellement à se demander: pourquoi?

En 1775, les « canayens » affluent à Montréal pour aller combattre à St-Jean et rependre le fort pour ensuite bouter les Bostonnais en dehors du pays; mais Carleton s’y refuse. Il permet au Canayens de s’approcher de l’ennemi pour tenter de les intimider, mais leur défend de tirer un seul coup de fusil. Ceux-ci se font canarder sans avoir le droit de riposter. Carleton prendra constamment des décisions qui permettent aux Américains de « sauver la mise ». Faisons un petit récapitulatif de cette guerre:

1775 1er mai : L’Acte de Québec entre en force. On accorde des avantages politiques et sociaux importants aux Canayens parce que la guerre révolutionnaire américaine est aux portes du Canada.

1775 milieu mai à Trois-Rivières : On y apprend que les forts Carillon et La Pointe sont tombés aux mains des Bostonnais. Ils avaient même fait prisonniers des soldats du Fort St-Jean capturés hors les murs.

1775 le 9 juin, Carleton proclame l’établissement des milices; mais il les retient à Montréal et refuse de les laisser combattre.

Septembre; Carleton se rend compte qu’une majorité des Canayens veulent rester neutres; sauf les paroisses de Chambly qui se joignent aux Bostonnais. Quant à Trois-Rivières, les gens refusent de marcher. En réalité, les combattants Canayens sont très réticents à combattre sous les ordres de commandants anglais et même sous certains de l’ancienne noblesse française. Ils se rappellent le genre de traitement qu’ils ont vécu sous cette « armée française ». On ne peut donc plus nier le fait que les « Canayens » se considéraient comme une « nation autonome » et non un résidu abandonné  des Français. Par contre, on voit également que ces « Nationaux canayens » sont conscient que certains de la « noblesse » et surtout du clergé, se considèrent toujours comme des « enfants délaissés de la France »; et ils refusent de se battre sous leurs ordres tout autant que sous celles des anglais.

Le 26 septembre des Bostonnais et des gens de Chambly s’attaquent à Montréal pour la piller. Ils sont repoussés et eurent 30 prisonniers dont Ethan Allen et plus d’une vingtaine de Canayens de Chambly, avant que le reste se disperse dans les bois. Pour une fois, on laisse les Canayens faire une sortie et combattre. Plusieurs affirment alors que les Canayens ont « sauver le pays » de la main des Américains. Après cette victoire « nationale » aux yeux des « Canayens », les habitants affluent à Montréal pour participer à l’action; mais Carleton continue de les retenir du combat.

1775 le 8 octobre. Les habitants de Nicolet refusent de fournir 15 miliciens. Finalement, après plusieurs pressions et discussions, 10 d’entre eux se décident à venir à Montréal.  Au départ en canot, les pleurs se font entendre par tous et la bénédiction du curé se fait dans la tristesse générale. Aussitôt hors de vue du village, les Canayens se mettent à chanter et cette humeur dure jusqu’à Montréal. C’est là l’avantage du canot; car « c’est l’aviron qui nous mène et qui nous mène…c’est l’aviron qui nous mène en haut! »

10 octobre, un détachement de 67 hommes de Trois-Rivières recrutés par M. de Lanaudière fils et M. de Tonnancour se dirigent vers Montréal. Les deux commandants sont arrêtés et fait prisonniers à la paroisse du Chicot par M. Merlet et sa troupe de la milice. Merlet croit que ces « habitants » s’étaient engagés sous la pression des deux commandants. Il n’a pas tout à fait tort; mais les choses se rétablissent grâce à l’intervention du curé et ils parviennent à Montréal.

24 octobre, des gens de Chambly se rendent au camp du Col Maclean disant vouloir s’enrôler. Aussitôt qu’on a fini de les armer, ils désertent pour rejoindre les Bostonnais. C’était là l’autre facette de la médaille « nationalité canayenne ». Aucun des Canayens ne voulaient combattre sous les ordres de commandants anglais, mais une petite partie acceptaient de se joindre à la rébellion américaine. La majorité, cependant, se défiaient beaucoup plus  de l’hypocrisie égoiste des américains que de l’autorité anglaise qui venait de leur donner plus de liberté en tant que « peuple ». Les « coureurs de bois » qui formaient la majorité des « Canayens », connaissaient depuis près de deux cent ans, l’habitude des gens de Nouvelle Angleterre de déposséder les propriétaires des terres qu’ils parvenaient à « conquérir » ou plutôt à « voler » selon eux.  Car dans leur esprit, leurs « frères amérindiens » s’étaient fait voler leur territoire par les Bostonnais.  De l’autre côté, ces mêmes « coureurs de bois » s’étaient vu faciliter et améliorer leur commerce sous la huppe de l’Angleterre. Le choix du parti à prendre leur était assez facile à faire.

2 novembre, les gens de Trois-Rivières, ayant passé par Montréal, arrivent à Sorel.

6 novembre, reddition du Fort St-Jean aux Bostonnais. Les Canayens de Montréal ne sont pas content du fait que Carleton leur refuse d’aller « nettoyer » les alentours du fort St-Jean depuis belle lurette. Les combattants canayens commencent à se poser de sérieuses questions au sujet du gouverneur Carleton.

12 novembre, Montréal capitule à Montgomery.

17 novembre Carleton, fuyant Montréal, arrive à Trois-Rivières avec le capitaine La tourtre (Jean-Baptiste Bouchette), le chevalier de Niverville et M. de Lanaudière fils. Il échappera aux Américains à Sorel grâce à « La Tourte » qui l’amènera à Québec sous un déguisement.

19 novembre, le brigadier-général anglais Richard Prescott se rend sans combattre, incluant sa flottille de 11 bateaux, au colonel américain Easton. Tout cela, malgré que sa flotte soit très bien armée. 120 soldats anglais sont fait prisonniers. Montgomery se sert ensuite de cette flotte pour rejoindre l’autre général américain Benedict Arnold le 3 décembre à Pointe-aux-Trembles. Les deux généraux sont assez déçus du peu de Canayens qui les rejoignent. Pour la première fois, ils se rendent compte de la « neutralité » des Canayens en général. Arnold deviendra, en 1780, le traître le plus connu de l’histoire américaine lorsqu’il voudra livrer West Point aux Anglais.

31 décembre 1775. Arnold et Montgomery attaque Québec en pleine tempête. Ils sont repoussés et Montgomery est tué par une décharge de mitraille dans un passage étroit de la rue Champlain. Les Canayens font 430 prisonniers et ne perdent que 2 hommes. Les miliciens canayens viennent de porter le premier coup. Arnold, dans la basse ville, est atteint d’une balle à la jambe et s’écroule dans la neige. Ses hommes continuent l’assaut et son attendus par les 200 miliciens de Charles Charland. Les troupes de Carleton arrivent sur leurs arrières et après quelque temps, 400 américains sont fait prisonniers. Arnold, avec plusieurs combattants, parviennent à s’enfuir sur la glace gelée du fleuve. Les Canayens n’ont que 7 morts tandis que chez les Américains une centaine gît dans les rues de Québec. Arnold continuera le siège de Québec pendant quelques mois pour, finalement, parvenir à se convaincre (ou plutôt se rendre compte) qu’il ne pourra jamais prendre la ville.

7 mars; les américains de Montréal refusent de marcher sur Québec. Ils disent que quand on les a engagé, la ville de Québec était supposément, déjà, sous le contrôle des Américains. Ils refusent d’avancer à cause de cette fausse information…disent-ils. Peut-être que la renommée combattive des Canayens, à la fin décembre, en est pour quelque chose également?

15 mars. Les gens de Québec installent, au haut des murs, un cheval de bois devant une botte de foin avec un écriteau disant : « Quand ce cheval aura mangé cette botte de foin, nous nous rendrons! »

29 Avril 1776, Benjamin Franklin arrive à Montréal pour voir la situation. Il y restera jusqu’au 11 mai, jour où arrive par bateau à Québec, un renfort de soldats anglais.

7 et 8 juin. Les Américains tentent de piller Trois-Rivières en deuxième offensive avant de quitter le Canada. Deux Canayens les guident à travers bois; mais comme ils ne connaissent pas vraiment le chemin, ils obligent un nommé Antoine Gautier de Pte du Lac de les conduire. Celui-ci, pour gagner du temps, se perd plusieurs fois dans la forêt, donnant le temps aux gens de Trois-Rivières de préparer une embuscade. Les américains sont mis en déroute.

Lorsque Carleton arrive le même soir, il demande à Antoine Gautier de lui raconter comment il a fait pour retarder les Américains. Sa seule remarque qui suivit le récit de Gautier fut que les américains auraient eut le droit de le pendre pour ne pas avoir tenu ses engagements. Ce sont de drôles de remerciements à un Canayen, pour avoir risqué sa vie. Les survivants américains de cette embuscade profitèrent des mauvaises décisions successives de Carleton pour parvenir à se réfugier jusqu’à atteindre St-Jean.

1776 Septembre. 2000 canayens se présentent comme volontaires pour combattre  les Bostonnais qui se replient jusqu’au lac Champlain. Carleton n’en accepte que la moitié. Les navires américains du lac Champlain sont quand même tous détruits. Suite à ce succès, Carleton refuse d’attaquer Carillon qui n’était plus du tout en position de résister.

L’armée de Carleton revient à Montréal en octobre et les soldats anglais molestent plusieurs familles canayennes qui ne peuvent recevoir justice de la part du Gouverneur. Il devient évident de Carleton ne veut pas distinguer les Canayens qui sont pour les américains de ceux qui sont contre. Et ce sont ces derniers qui en souffrent les conséquences. Il faut également remarquer que les pro-américains se retrouvaient beaucoup parmi les marchands anglais de Montréal; ce qui est assez peu mentionné dans l’histoire officielle.

Lorsque le général John Burgoyne prend le commandement de l’armée des mains de Carleton en 1777, la bonne entente entre les deux hommes n’est pas du tout présente. Carleton prenant cette prise de commandement comme un affront personnel, démissionne de son poste de Gouverneur. Il quittera lors de l’arrivée de Haldimand en juin 1778. Il ne reviendra qu’en 1786 comme gouverneur en chef du Québec, Nouveau Brunswik, Nouvelle Écosse et Ile du Prince Édouard (Île st-Jean). Il repartira en 1796 pour l’Angleterre et ne reviendra jamais.

Une chose est certaine, officiellement on ne dévoile jamais que les « Habitants » se disaient « Canayens » de nationalité; mais tout officiellement, on sait qu’ils n’ont jamais accepté d’être États-Uniens.

Par contre, la question resurgit encore ici: Que sont-ils devenus ces fiers « Canayens » indépendants de l’Amérique du Nord et surtout de la « Province of Québec »?

Source principale :

http://archive.org/stream/cihm_06266#page/n7/mode/1up

André Lefebvre

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