La nouvelle famille!!!

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Au lever du jour, Nicolas s’affaire à allumer le feu de l’âtre.  Louise s’habille et se rend à la porte qu’elle ouvre. Elle y reste figée sur place.

Neuf Mohawks, assis en cercle devant la maison, discutent par signes autour d’un petit feu. Loup gris leur présente sa main pansée et démontre que même en bougeant les doigts, le pansement tient bon. Lorsqu’il voit la femme, dans l’ouverture de la porte, il se lève et la salut d’un poing sur le cœur. Les autres indiens émettent des petits cris aigus, leur poing sur leur cœur, comme Loup gris.

Alarmé par les cris, Gabriel surgit derrière sa femme.

-Qu’est-ce qui se passe?

-Rien. Répond Louise. Le reste de la « famille » est arrivée durant la nuit. As-tu préparé le feu? Il semble que je vais avoir du monde à déjeuner.

Sur ce, elle s’avance, toujours de son pas décidé, et se dirige vers son nouveau « neveu ». Elle le prend par son bras valide et l’amène s’assoir sur la galerie, sur un des ballots de Cadotte qu’il avait laissé là. Assise sur l’autre, elle  commence à défaire le pansement. Après avoir inspecté la plaie, elle rentre dans la maison pour ressortir avec son bol d’eau, du savon et d’autres tissus propres. Les Iroquois la regardent faire. C’est le silence complet.

Loup gris se contente de se rassoir en faisant signe à Gabriel de venir le rejoindre. Celui-ci saisit sa pipe et son tabac, ramasse quelques branches qui servent à allumer le feu et vient s’installer près du chef, après avoir alimenté le feu des indiens avec ses bouts de bois. Gabriel laisse ensuite, son tabac faire le tour du groupe et allume sa pipe.

Louise, ayant terminé le pansement de son neveu, retourne dans la maison préparer le repas.

Le jeune indien revient s’assoir près des autres qui veulent tous, toucher et vérifier le pansement, et surtout, l’écharpe passé autour du cou. Le blessé, un peu agacé, repousse ceux qui sont trop brusques dans leur « vérification » et vient s’assoir près de Gabriel qui lui, se retrouve installé entre le père et le fils. Plusieurs « Hughs » se font entendre.

Vingt minutes plus tard, Marie-Louise sort de sa cabane avec un gros chaudron de fonte et plusieurs écuelles, qu’elle place sur la table improvisée de la veille.  Au moyen d’une grosse louche fabriquée par Gabriel, elle rempli les écuelles et les dispose sur la table.

-Venez manger messieurs, le café viendra à la fin du repas.

-Hugh! Dit l’un des nouveaux venus. Ma sœur blanche commande comme un chef.

-Ne m’dis pas qu’on va pouvoir se comprendre? Gabriel, y’a un des « frères » qui parle français.

-Ça fait déjà 15 bonnes minutes qu’on discute, ma femme. Il y en a deux qui parle assez bien notre langue. Bon! Je commence à avoir faim. Venez messieurs; venez goûter à la nourriture du « chef ».

Toute la troupe s’approcha de la table et s’appropria d’une écuelle.

-Non! Non! Chez moi, on s’assoit pour manger. Allez, ouste! Tout le monde assis à la table!

Louise pointa du doigt une bûche et y fait assoir son « neveu ». Lorsqu’elle regarde les autres indiens, elle leur fait signe de suivre l’exemple. Loup gris et Gabriel prennent place, et le reste des Iroquois, se regardant les uns les autres, s’installent sur chacun leur bûche, ce qu’ils trouvent très amusant. Surtout lorsque l’un d’eux perd l’équilibre et se retrouve sur le derrière. Alors là, les fous rires et les claques sur les cuisses ne dérougissent plus. Ce qui, évidemment, en fait tomber quelques autres.

Le chaudron de fonte est vidé beaucoup plus vite qu’il n’avait été rempli. Par contre, Louise n’accepte pas que les indiens se servent eux-mêmes. Elle s’assure que l’écuelle de chacun soit toujours garnie. De cette façon elle garde le contrôle de la situation. À chaque fois qu’elle remplit l’écuelle d’un Iroquois, elle se fait un plus grand ami, appuyé d’un « Hugh » bien senti.

Le café fait fureur chez les indiens; ils en vident plusieurs écuelles de sorte que la réserve de Marie Louise y passe presque complètement.

À la fin du repas, quatre Iroquois partent dans la forêt. Les autres continuent de palabrer avec Gabriel qui accumule des mots de la langue Iroquoise assez rapidement.

Un peu plus tard, dans l’avant-midi, les cinq Iroquois, restés sur place, s’agitent un peu lorsqu’ils voient sur la rivière venant du village, quatre canots pleins de Canayens. C’est la famille Duclos avec les Cadottes qui viennent « en visite », voir si tout se passe bien. La doyenne de la famille Duclos, Jeanne Cerisier, âgée de 54 ans et  mère de Louise est du voyage. D’un caractère beaucoup plus nerveux que sa fille aînée, elle saute du canot et courre vers Louise qu’elle empoigne dans ses bras vigoureux en disant :

-J’espère que tout va bien ma fille. Les Iroquois ne t’ont pas maltraité? J’étais tellement inquiète que j’ne me possédais plus!

-Tout va bien mère; ces Iroquois sont maintenant tous mes frères. Viens que je te présente.

Jeanne parue réticente au début mais très rapidement reprend ses aises et commence à démontrer d’où Louise a tiré son sens d’organisatrice. La doyenne prend la barre et, à l’aide de ses filles, établit rapidement et naturellement les règles à suivre. Les Iroquois, flegmatiques, sont un peu perdus au début, mais peu à peu, se plient avec amusement, à ces nouvelles normes.

Les enfants Duclos présents sont les plus jeunes de la famille. François 16 ans, Madeleine 15 ans, Marguerite 12 ans et Charles 9 ans. Les filles Duclos attirent l’attention des indiens mais ne semblent pas vraiment impressionnées par l’apparence plutôt barbare des braves. Celle qui fait vraiment sensation, chez les Iroquois, c’est le bébé Cadotte appelée Marie-Louise, âgée d’un an et demi. Tous les Iroquois veulent l’examiner dans son enveloppe de tissu. Sa mère Catherine est rapidement entourée de guerriers Iroquois qui veulent tous voir la petite. Celle-ci leur sourit et trouve leur visage peinturé, amusant. Elle tente d’attraper les huppes sur la tête des guerriers tous réjouit de ses jeux. Catherine dû accepter que les indiens prennent la petite et jouent avec elle dans l’herbe.

-Je ne savais pas que les Iroquois aimaient autant les enfants dit-elle à François Duclos.

-Tous les indiens adorent les enfants. Ils leur laissent faire tout ce qu’ils veulent sans jamais les punir physiquement. Peu d’adultes sont aussi patients avec des enfants.

-Mais comment peuvent-ils les éduquer de cette façon?

-Aucun problème.  Lorsqu’un enfant agit à l’encontre du bien-être d’un autre enfant ou du groupe, tous les membres de la tribu cessent de lui parler et font comme s’il n’existe pas. L’enfant comprend rapidement ce que demande la vie en communauté et adopte le comportement adéquat très tôt dans sa vie.

-Mouais. Bin moi, je vais garder l’œil sur ma fille quand même. Répond la femme de Mathurin Cadotte.

Au milieu de l’après-midi, les quatre indiens reviennent du bois. Ils transportent sur des perches un chevreuil et un ours, qu’ils ont déjà vidé. Ils donnent deux quartiers à Louise et s’installent un peu plus loin pour faire cuire leur venaison.

Voyant cela, Louise aidée de sa mère, prend les choses en main encore une fois.  Elle demande à Gabriel de fabriquer des supports pour tenir deux tiges de métal sur lesquelles elle embroche tous les quartiers de viande qu’elle place au-dessus de deux feux. La mère Jeanne attitre ses deux plus jeunes filles à tourner les broches. François et Charles sont chargés de s’occuper des feux. Évidemment Nicolas, l’aîné, reste avec les hommes. De temps à autre, Jeanne ou Louise verse une sauce, qu’elles ont préparé, sur la viande qui dégage une arôme à faire saliver des roches.  Les Mohawks sont bien obligés de les laisser prendre les commandes. Ils se contentent de continuer à jouer avec le bébé Cadotte ou de s’assoir un peu à l’écart pour regarder travailler les femmes Duclos en fumant une pipée.

Il est évident que lorsque viendra le temps du repas, on va manquer d’écuelles. Jeanne Cerisier va choisir une grosse bûche d’érable d’un diamètre de vingt pouces et demande à son époux, François Duclos, de lui couper des tranches de deux pouces d’épais avec la scie. Ayant enlevé l’écorche de ces plaques rondes en bois, elle dispose maintenant de 18 grandes assiettes additionnelles  avec lesquelles elle pourra faire son « service ». Louise fait installer deux autres tables temporaires, incluant les sièges-bûches nécessaires à sa loi : « Chez moi on mange assis à la table! ».

Le repas se transforme finalement en fête gastronomique, avec soupe aux légumes, pièces de chevreuils, rôtis de cuisse d’ours, purée de citrouille, choux bouilli, concombres, le tout arrosé de sauce aux mûres ou aux pommes. Les femmes reçoivent la consigne de la part de Louise, de s’assurer que les assiettes soient toujours pleines pour éviter que les hommes se servent eux-mêmes dans les plats. Pas question qu’on mette ses doigts dans sa nourriture avant qu’elle fut sur les assiettes.

Les Iroquois, peu habitués à être traités ainsi par les blancs de Nouvelle Angleterre, sont maintenant subjugués et complètement gagnés à la famille des Canayens. Ils rient à chaque fois que le bébé Cadotte attrape une poignée de purée de citrouille pour s‘en barbouiller la frimousse.  La soirée se termine avec des danses Canayennes suivies rapidement de démonstration de danses indiennes. Les jeunes garçons Duclos sautent gaiement dans ces danses sauvages; par contre les filles ne sont vraiment, mais pas du tout, tentées. La bière coule à flot; « bière d’épinette » parce que chez Louise Duclos/Lefebvre, on ne boit pas d’alcool. On laisse ça aux curés.

Loup gris et ses Mohawks partent deux semaines plus tard. Le jeune « neveu » de Louise est pratiquement guéri. Avant de partir, les Iroquois font une chasse pour regarnir le garde-manger de la famille. Ils creusent également un caveau, où Gabriel pourra entasser des blocs de glaces l’hiver suivant. Les Lefebvre se rendent compte que les Iroquois sont beaucoup plus « sédentaires » qu’ils ne le croyaient.

Le départ des Iroquois se fait sans cérémonie; en fait Loup gris avertit la famille qu’ils partaient tous le lendemain; et lorsque Gabriel se leva, au petit matin, les Mohawks étaient partis. La veille, le chef Loup gris avait dit à Gabriel que, jamais, les Mohawks n’attaqueraient Batiscan dorénavant. Il lui apprit également que les Bostonnais s’apprêtaient à attaquer Québec avec une armée importante; mais que lui, Loup gris, retournait chez lui parce qu’il ne voulait plus combattre pour les Anglais.

Ce matin-là, Louise se demande si elle reverra un jour, cette branche de sa « famille ». Gabriel envoie à Montréal, Nicolas Duclos avertir son ami François Desjordy de Cabanac de l’attaque planifiée sur Québec par la Nouvelle Angleterre. C’est là l’origine de cette rumeur, qui a circulé, voulant qu’un prisonnier Iroquois ait annoncé l’attaque de Phipps à Frontenac. Avertissement que le vieux Gouverneur n’a pas, tout de suite, pris au sérieux. Il faudra qu’un Abénaqui arrive de l’Acadie lui annoncer l’arrivée des Anglais pour qu’il réagisse.

La famille Duclos ainsi que Gabriel, Cadotte et son autre voisin, Brouillette, se préparent à défendre leur pays. Ils rejoignent de Cabanac et, obligent finalement les 1,500 Bostonnais du Major Walley à rembarquer précipitamment sur leurs bateaux. On alla jusqu’à charger trois balles par fusil lors du premier contact avec les troupes Anglaises. On avait perdu le jeune Daniel Pézard de La Touche ainsi que Dubord dit Lafontaine, chevalier de Clermont, au début des combats.

Il va sans dire que la rapière de Lataille et celle de François Desjordy s’expriment au moment où Walley  a de la difficulté à rembarquer ses hommes qui détalent dans les eaux du  fleuve. Les Canayens les assaillent au corps à corps pour encourager l’embarquement. Cet encouragement, cependant, ne fait que semer la pagaille partout.  Ce qui n’indique pas que les Canayens ne sont pas capable d’organiser un travail bien coordonné quand ces nécessaire; mais là, le but est de faire vite, avant la prise des glaces sur le fleuve.

Les Bostonnais ont même la délicatesse de nous laisser leurs cinq canons en appréciation de notre assistance à leur embarquement. Qui peut maintenant prétendre que les Bostonnais ne savent pas vivre?

Un échange de prisonniers est fait par la suite, et les Anglais de Boston repartent chez eux sous les saluts d’adieu des Canayens de chaque côté du fleuve. Phipps accuse réception de la réponse précise du bonhomme Frontenac et la fera connaître, à son retour, aux gens de Nouvelle Angleterre.

L’année suivante, Gabriel et Louise découvre dans un choux, une belle petite fille qu’ils appellent Marie Marguerite. Louise avait certainement prévu cette trouvaille parce qu’elle avait exigé de Gabriel qu’il lui fabrique un berceau pour bébé, quelques semaines auparavant. Le jour du baptême, Nicolas Duclos, parrain de la petite, ne cesse de se pavaner devant l’assemblée qui assiste à l’évènement. La marraine Marguerite Disy de Montplaisir, amie de Louise et Gabriel, ne se lasse pas de porter la petite dans ses bras. Chose un peu curieuse, Desjordy de Cabanac, un homme de guerre, semble constamment empressé de faire des risettes au bébé dans les bras de Marguerite.

Au mois de septembre, Brouillette le voisin de Gabriel, arrive chez lui blessé à la cuisse. Il raconte à Lataille ce qui lui est arrivé quelques semaines auparavant.

« Comme tu sais, j’étais allé vendre mes peaux à Albany. Sur mon retour, j’arrive au fort Chambly et j’ai décidé d’y passer la nuit. Durant l’avant-midi suivant, on entend des coups de feu venant de Laprairie. Le commandant Du Vault de Valrenne, rassemble ses hommes pour aller voir ce qui se passe, et j’accepte de les accompagner avec d’autres canayens dont Le Ber qui étaient là. On servait d’éclaireurs lorsqu’on aperçoit 700 Bostonnais qui se dirigent vers nous. Ils arrivaient de Laprairie où ils avaient fait un « bon coup ».

 On retourne, tout de suite, avertir Valrenne, qui installe ses hommes en trois rangées derrière deux souches d’arbres renversés. Il leur ordonne d’attendre que l’ennemi soit à portée avant de tirer. Peux-tu comprendre ça, toi, Gabriel, qu’on soit obligé de dire à des soldats de ne pas tirer avant que l’ennemi soit à portée de fusil? C’est vraiment pas croyable! Ces soldats-là ne savent pas tirer pantoute; ils s’installent cote à cote, épaulent dans la direction générale de l’ennemi et tirent sur la gâchette sans viser personne en particulier. Ç’est pas comprenable d’agir comme ça! Quant à moi et les autres coureurs de bois, on s’est postés derrière les arbres pour pouvoir canarder les Anglais copieusement.

-Et t’as été blessé comment?

-Simple malchance; un maudit Bostonnais m’a planté son couteau dans la cuisse avant que j’lui fende la tête avec mon tomahawk. Dans la fusillade, plusieurs Anglais sont tombés mais au nombre qu’ils étaient, les autres ont foncé sur les lignes des soldats de Valrenne. Quant nous, on a vu qu’on ne pouvait plus tirer sans blesser les nôtres, on a tous sauté dans le tas avec nos tomahawks et nos couteaux. Si t’avais entendus les cris de mort qu’on poussait pendant le corps à corps, tes cheveux en auraient blanchis. Les Bostonnais, deux fois plus nombreux que nous, ont prit leur jambes à leur cou et aujourd’hui, doivent encore être essoufflés sur les balcons de Boston. Ils ont eu 43 morts et plus de vingt blessés. J’pense pas qu’y reviennent de sitôt.

-Y’a-t-il quelque chose que je puisse faire sur ta terre que tu ne peux pas avec ta patte folle?

-Bin là, si tu pouvais « désarter » cinq ou six arpents, enlever les « chousses » pis labourer tout ça, je pourrais m’arranger pour semer mon blé à volée, même avec ma patte folle.

-Salut Brouillette; faut que j’retourne à Louise. Si t’as besoin, tu sais où me trouver.

-Te gêne pas pour venir fumer une pipée de temps en temps Lefebvre. T’es toujours le bienvenu.

À suivre

André Lefebvre

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