Archives quotidiennes : 2 octobre 2012

La richesse du pays en 1692!!!

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Batiscan fait partie du gouvernement de Trois-Rivières. En 1692 cette région gouvernementale comprend 1142 maisons, 24 églises, 23 moulins, 13,768 arpents en culture, 1856 arpents en pâturage, 316 chevaux, 4539 bêtes à corne, 294 moutons et 2,234 cochons. C’est là, beaucoup plus que tous ce qui se retrouve dans les gouvernements de Montréal et Québec réunis. Par exemple, dans le gouvernement de Montréal on dénombre 586 maisons,  7,109 arpents en culture et 46 chevaux; dans celui de Québec 201 maisons,  5,792 arpents en culture et 38 chevaux. Cela n’a rien de comparable à la région de Trois Rivières.

Par contre, nous découvrons dans le gouvernement de Trois Rivières, 260 hommes mariés, 281 femmes mariées, 555 hommes non mariés et 425 femmes non mariées. Cela représente deux fois moins que la population du gouvernement de Montréal et cinq fois moins que la population du gouvernement de Québec (Statistique Canada de 1692).

Comment cela peut-il être possible? La réponse est assez simple. Plusieurs individus de Québec et de Montréal sont des Canayens « de passage ». Ce sont des Français affectés en Nouvelle France et qui retournent éventuellement dans leur pays. Ils viennent ici comme soldats ou pour le commerce, faire un magot et repartent ensuite dans leur pays. Chaque année un va et viens constant de ces individus se fait entre l’Europe et la Nouvelle France. Ces personnes s’installent temporairement à Québec ou à Montréal; aucun ne s’établit dans le gouvernement de Trois-Rivières où les amérindiens pullulent et où les défenses sont pour le moins déficientes. Donc, les vrais Canayens des gouvernements de Québec et de Montréal sont un peu moins nombreux que leur population statistique. Pour les Canayens de ces deux gouvernements, une majorité de ceux de Montréal se livrent exclusivement à la traite des fourrures et la majorité de ceux de Québec vivent principalement de leur participation au commerce venant de France. Il ne faut pas oublier également qu’une bonne portion d’ecclésiastiques habite à Québec et à Montréal.

Il est donc évident que la prospérité réelle et autonome du pays se retrouve dans le gouvernement de Trois Rivières. Il est également indéniable que les autorités officielles du pays, qui font surtout partie des « Canayens de passage », résident à Montréal et à Québec. Il devient maintenant facile de comprendre pourquoi l’histoire des « Canayens » n’est pas reconnue officiellement, puisque ce sont ces « Canayens de passage » qui ont écrit l’histoire officielle du Canada.

Pour récupérer une partie de notre histoire réelle, il faut se pencher sur la population du gouvernement de Trois-Rivières. C’est elle qui nous peint la force, la détermination et le courage de tous les Canayens de l’histoire réelle du Canada. Le gouvernement de Trois Rivière est celui où les « Canayens de passage » se sont le moins exprimés pour « recouvrir notre histoire de leur propre histoire ». Les vrais Canayens de Montréal subsistent comme ceux de Trois-Rivières; mais ne parviennent à ressortir que très peu dans l’histoire officielle. Les vrais Canayens de Québec vivent  plutôt dans l’entourage des autorités françaises; ce qui développent chez eux des caractéristiques un peu différentes des autres « Canayens », mais qui sont loin à être dédaignées dans l’histoire réelle du pays. C’est derniers sont cependant beaucoup mieux intégrés dans l’histoire officielle. Ce qui les marginalise un peu de notre histoire réelle.

Pour déterminer un dernier point, ce sont surtout les jeunes Canayens du gouvernement de Trois Rivières et quelques autres de Montréal qui essaimeront pour s’installer dans tout l’Amérique du Nord. Ce sont eux qui sont les vrais explorateurs et les vrais découvreurs de territoires inconnus. Ce sont eux qui établiront les villages, futures villes du centre et de l’Ouest Canadien et Américains. Ce sont, malheureusement, eux également qui passeront sous le radar de l’histoire officielle de ces deux grands pays nord-américains. À mes yeux de Canayens, c’est tout à fait révoltant!

-Louise; allons nous reposer un peu à l’ombre sous les arbres. On travaille au jardin depuis ce matin; on a bien mérité une petite relâche.

Gabriel-Nicolas Lefebvre travaille le jardin avec la houe, puisqu’il a laissé la binette à sa femme enceinte qui ne peut  pas tellement se pencher pour travailler. Les deux déposent leur outil et se dirigent vers les arbres où ils s’assoient cote à cote. Gabriel passe la gourde à Louise qui boit une lampée.

Mon père m’a apprit que sa truie va mettre bas sous peu. Il me propose un couple de cochon. Il va falloir leur bâtir un enclos.

-C’est une excellente idée. J’ai même le bois nécessaire. Je vais m’y mettre cet après-midi.

-Le bébé va arriver dans quelques semaines; j’aimerais bien que tu m’amènes à Québec avant. J’ai l’impression que l’accouchement ne sera pas facile et je voudrais aller à l’hôpital, chez les sœurs, pour accoucher.

-Tu m’alarmes ma femme. Pourquoi l’accouchement ne serait pas comme d’habitude?

-Je ne sais pas; mais je me sens comme « pas normale ». Y’a quelque chose de différent avec ce bébé. C’est une impression de femme. Tu ne comprendrais pas.

-Ce que je comprends c’est que ça m’inquiète en joual-vert. Quand penses-tu que nous pourrions nous rendre à Québec? On devra faire le voyage en canot. Seras-tu assez en forme?

-La semaine prochaine devrait aller. Tu sais que j’aime le canot; mais je ne pourrai certainement pas avironner.

-Pas question pour toi d’avironner. Je vais demander à ton frère Nicolas ou François de nous accompagner. Ils ne refuseront pas d’aller quelques jours à Québec. Pour l’instant, c’est fini le travail de jardin pour toi. Tu vas te reposer. Je vais aller chez tes parents demander si Madeleine ou Marguerite ne peut pas venir rester chez nous jusqu’à ce qu’on parte pour Québec.

-Demande Marguerite; elle est plus jeune et elle m’écoute mieux que Madeleine.

-C’est l’inconvénient d’avoir des femmes de caractère dans une famille; mais je préfère Madeleine; elle pourra t’obliger à te reposer. Ce que tu ne feras pas avec la jeune Marguerite.

Tout se passa comme prévu et Louise accoucha à l’hôpital de Québec. Elle avait eu raison de s’inquiéter; parce que le bébé s’était présenté avec le cordon ombilical autour du cou. Quoiqu’un peu plus difficile, la naissance s’était bien déroulée et la maman revenait chez elle en pleine forme avec sa nouvelle petite fille qu’elle appelle Catherine comme sa voisine, son amie Cadotte.

C’est durant cette période à Québec que les Lefebvre/Duclos apprirent « l’exploit » de Madelon de Verchère. Celle-ci avait tenu tête pendant huit jours, avec un vieux soldat et quelques enfants,  à des Iroquois qui voulaient razzier le fortin de son père. Louise Duclos et Gabriel Lefebvre étaient heureux que la famille de Madeleine ait survécu; mais ne trouvaient pas tellement « hors de l’ordinaire » ce supposé « exploit ».

Madelon n’était plus une « petite fille » comme le disaient les gens de Québec; c’était une femme célibataire de 14 ans qui maniait le fusil aussi bien que n’importe lequel des Canayens. Le bruit courrait même qu’elle « s’amusait » à pratiquer  l’escrime avec la rapière de son père le Sieur François Jarret. Le fait est que la plupart des femmes auraient agit de la même façon qu’elle et plusieurs se retrouvaient dans la même situation assez souvent. Évidemment, pour les gens vivant à l’intérieur de la forteresse de Québec, l’évènement paraissait assez extraordinaire. Il va sans dire que lorsque le roi de France entendit ce récit, la noblesse en fit une montagne. L’heureux dénouement fut que Madeleine eut finalement droit à une petite pension royale qui aida sa famille.

Madeleine de Verchère épouse, plus tard, Pierre Thomas Tarieu de Lanaudière et vient vivre à La Pérade où elle fait la manchette à plusieurs reprises en sauvant son époux deux fois des Iroquois et en s’attaquant au curé Gervais Lefebvre de Batiscan dans un procès qui fit l’histoire. Une vie, finalement, assez ordinaire pour une Canayenne; mais pratiquement impossible pour les femmes d’une autre nationalité que la nôtre; on doit l’admettre.

On n’a qu’à se remémorer les aventures des débuts de Montréal où Mme Closse, Mme Daulac et Catherine Mercier se défendent contre les Iroquois avec des haches, semant l’épouvante dans les rangs Iroquois. Sans oublier la bonne femme Primot de Québec qui assaillie, pas très loin des murs,  par trois Iroquois, se défend des pieds et des mains, mais fut assommée par un tomahawk. Lorsqu’un des indiens se penche sur elle pour lui lever la chevelure elle reprend conscience et l’attrape à pleine main par ses bijoux de famille.  L’indien se met à crier de douleur et finit par l’assommer. Oubliant de la scalper, il réussit à fuir, le souffle très court, avant que les secours venus de la ville ne mette la main sur lui.

À l’arrivé des secours, les hommes relèvent la bonne femme, et l’un d’eux l’embrasse tellement il est heureux qu’elle soit encore vivante. La bonne femme se réveille au même instant et lui assène une gifle qui fait tomber le bienheureux sur le dos.

– Mais que faites-vous là madame? Cet homme est simplement heureux que vous soyez vivante!

Parmanda,! dit-elle; je croyais qu’il voulait me baiser.

L’histoire couru pendant des années dans la population qui ne cessait d’en rire.

L’enclos pour le couple de porcins donné par François Duclos, s’avère efficace et Gabriel doit consacrer une partie de son jardin à la culture de pommes de terre, considérée à l’époque comme de la « pitance pour les cochons ».

Il construit également un poulailler, rattaché à la maison, pour abriter les quatre poules et le coq qu’il avait rapporté de Québec avec sa fille  Catherine.  Il envisage de « greiller » sa terre d’une vache et même d’un bœuf, si possible, avec ses gains de traite de l’année suivante. Il lui faudra se rendre à Albany pour en tirer les profits suffisants; mais il n’y voit là aucun problème. Il ne lui suffit que  d’opérer avec sa discrétion habituelle. Son voisin Cadotte  et son beau-frère Nicolas accepteront bien de venir avec lui.

Un autre projet commence à poindre dans son esprit, mais ce n’est pas pour tout de suite. Nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard.

À suivre

André Lefebvre

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