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Parfois je manque de persévérance. Heureusement IL est là…. Amen

DES EXTRÊME-DROITES ET DES NATIONS


Je lis la revue Relations, celle des Jésuites, depuis l’âge de 18 ans. C’est-à-dire depuis une soixantaine d’années. Cela me donne une certaine perspective sur cette aventure bien québécoise de la pensée. Je vois, aujourd’hui, que la saveur jésuite – pas étrangère à la qualité de l’intellect – est quasi disparue; le Québec, d’évidence, n’est pas un très bon terreau pour la Compagnie de Jésus.

Dans le dernier numéro, celui de septembre, par exemple, on ne voit qu’une seule signature suivie de ces deux lettres caractéristiques «s.j.» et c’est celle d’un prêtre latino-américain. On me permettra d’être un peu nostalgique de ces temps où l’esprit des jeunes religieux d’ici formé à la dure s’exprimait de facon éclatante et claire. Je n’étais pas toujours d’accord avec eux, mais il me fallait de bons arguments pour oser contester.

Aujourd’hui, la rédaction s’est laicisée et féminisée. La direction compte trois femmes et un homme, celui-ci, M. Jean-Claude Ravet, est rédacteur en chef. C’est le nouvel ordre des choses. Les hommes d’ici, au fond, ont apparemment moins de choses à dire et le disent moins souvent.

Je ne me plains pas. Car le porte-voix Relations poursuit, grosso modo, les mêmes objectifs qu’avant. La chose sociale, sous tous ses aspects, est prise en compte, décortiquée et évaluée à vaux l’eau, comme ce dossier de ce mois sur l’engagement de la jeunesse… Cet engagement pour la chose sociale, celui du moment présent, se trouve en quelque sorte dans le prolongement de celui qui dominait lorsque j’étudiais le latin au Collège Sainte-Marie; c’est-à-dire au moment où il ne manquait pas de grands esprits jésuites en rhétorique ou en philosophie; tout comme en éléments latins du reste!

Et c’est ainsi que Relations prenait le parti social de promouvoir le syndicalisme tout autant que le christianisme; les deux étant du pareil au même. Je sentais, toutefois, que le corps professoral, comme la revue Relations elle-même, défendaient du même coup la nation québécoise en son essence (on disait canadienne-francaise à l’époque). Pour eux l’existence collective était tout aussi réelle que l’individuelle et que les injustices à combattre étaient tout aussi collectives qu’individuelles autant nationale que sociales.

Je me demande si, par les temps qui courent, il y a cette même ardeur, chez les élites qui scribouillent, à défendre (collectivement) le petit contre le fort? Le petit, culturellement, en Amérique du Nord, c’est principalement le peuple québécois, qui ne compte pratiquement pas d’alliés sur le plan international; lui qui se trouve laissé à lui-même et dont la culture est constamment grignotée au point où elle tend à disparaître par dilution.

Dans son éditorial de septembre, le rédacteur en chef, M. Ravet, s’en prend au péril – bien réel – que représente la poussée vers la droite à travers le monde, une vague qui apporte ses frissonnements jusqu’au Canada anglais et parfois au Québec. Il s’élève contre «un certain appel (nationaliste et généralisé) à la vertu comme à une innocence ou à une pureté perdue» et ceci aurait sa racine dans «la peur de l’étranger et l’obsession sécuritaire».

Il faut se demander, ici, s’il n’y a pas une distinction à faire. Ne faut-il pas établir que certaines situations nationales, comme celle du Québec, doivent être corrigées, protégées, au motif de la justice sociale et que cela n’a rien à voir avec l’extrême droite? Si je dis, par exemple, comme je le crois, que le seuil d’immigration, au Québec, devrait être réduit de moitié – pour diverses raisons – comme cela a été proposé récemment par des experts, est-ce que je dois être classé parmi les fascistes?

Je suis certain que je ne pense pas ces choses par «peur de l’étranger». Je les pense parce que la culture francaise d’ici aurait pu – est-ce possible encore? – avoir un effet calmant par rapport à la violence américaine. Un effet civilisateur peut être…! C’est parce que je veux «conserver» ma culture dans ce qu’elle a de meilleur : il y a des seuils d’immigration au-delà desquels les sociétés d’accueil meurent. Moi je veux vivre individuellement et collectivement. Il me semble que ces choses là devraient être dites et écrites plus souvent – au moins en filigrane – sans qu’il y ait autour de cela des odeurs d’extrémisme.

Jean-Pierre Bonhomme

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Vive le hockey libre 11

Il y a un an, exactement, je publiais, ici, un article relatif à la question du hockey québécois (ce qui en reste)… En ce début de saison nouvelle, nous constatons que le problème identitaire des Québécois souligné par ce sport dit ‘national’ est exacerbé. Un capitaliste veut donner à la capitale une équipe de hockey ‘québécoise’ (avec l’argent de la nation) pour faire concurrence à l’équipe de métropole devenue carrément anglaise.

Je crois que ces gestes vont réussir à diviser les Québécois entre eux et tuer ainsi toute velléité d’affranchissement. Les Québécois vont sombrer dorénavant dans des rivalités factices et destructrices; les symboles ont une importance vitale… Étant donné que l’important n’est pas ce qu’on dit, mais le nombre de fois qu’on le répète, je crois de mon devoir de le redire ici tel quel; c’est l’équipe de hockey Canadian d’aujourd’hui qu’il faut franciser en utilisant les moyens de l’opinion et de l’État. Voici!

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde de la rondelle québécoise et montréalaise. Un important député de notre Assemblée nationale, Pierre Curzi, nous le signalait clairement et calmement il y a deux ou trois semaines : l’équipe de hockey de Montréal, avançait-il sur cette glace mince, pose problème parce qu’elle ne reflète pas l’identité québécoise. Il y a là, selon lui, un «problème identitaire». C’était une manière polie, presque universitaire – de dire que l’équipe, nommée «canadien» ne représente pas la population où elle évolue et qui la paye.

C’est pourtant une évidence. Jusqu’à tout récemment l’équipe «canadien» (cela voulait dire jadis canadien-francais) – la seule de la ligue principale sur le territoire national – était le symbole sportif fort des Québécois. La direction et la propriété du Club étaient anglaises, c’est vrai, mais il y avait assez de joueurs québécois pour que la population puisse avoir l’illusion de se trouver chez elle, de «s’identifier» à «son» équipe.

Maintenant les Québécois ne peuvent même plus se faire d’illusion. L’équipe «canadien» est devenue complètement «canadian». Il n’y a pratiquement plus de joueurs du pays d’ici dans cette formation; ils viennent d’un peu partout au Canada anglais et dans le reste de l’Amérique. Il n’y a qu’un pas à faire pour extrapoler; cela signifie que les propriétaires ont choisi, consciemment ou non, de faire de Montréal une ville «canadian» plutôt que québécoise.

Et si on leur pose la question ils répondent que les Québécois ne sont intéressés qu’à «gagner» un point c’est tout. Comme si des joueurs québécois – qu’on trouve dispersés un peu partout en Amérique – ne pouvaient pas «gagner». C’est comme si l’équipe de foot du Mexique ne comptait pas de Mexicains et qu’on insistait pour que ceux-ci trouvent cela «normal». Il y a un mot pour cela : c’est du colonialisme; un point c’est tout!

Il est vrai que la population de Montréal – en son centre – est portée sur l’anglais; les immigrants s’y mettent à loisir; il est aussi vrai que les familles françaises de Montréal vivent plus près de Terrebonne et de Repentigny que de la Place d’Armes, mais, tout compte fait, le Grand Montréal reste majoritairement français; pourvu que ca dure! Et la métropole est encore québécoise.

Notre Assemblée nationale nous a donc mis la puce à l’oreille… Que faire? Il faudrait commencer par prendre conscience du fait et s’en indigner. Les Québécois n’ont pas l’indignation facile, il est vrai… mais tout de même! il n’y a pas lieu de se féliciter de cette sorte de déconfiture.

Lors de la première partie du Canadian, cette année, le gardien de but Carey Price s’est fait copieusement huer; on a dit que cette déconvenue est due au fait que le joueur n’a pas bien performé. Peut-être bien. Mais n’est-ce pas aussi, au fond, que ce joueur, originaire de la Colombie britannique, n’est pas de chez nous? N’était-il pas devenu le symbole d’un ailleurs auquel il est devenu impossible de s’identifier? Moi je pense que oui.

Et que font les journalistes dits «sportifs», ceux de La Presse notamment? Ils se portent au secours de M. Price par des entourloupettes magiques, sans même mentionner qu’il y a un problème fondamental en l’instance; sans mentionner le débat ouvert par nos députés. Ces journalistes sont-ils si désincarnés qu’ils ne peuvent percevoir la nécessité pour un peuple de savoir se représenter, de prendre sa place dans l’univers ludique comme dans les autres?

Pour ma part je désire que les Québécois ne se divisent pas les uns contre les autres. Ils sont déjà assez fragilement pourvus comme ils le sont maintenant. Un club de hockey «canadian» de Montréal contre un club de hockey plus francais à Québec ce ne serait pas bon pour notre nation; cela briserait son âme en deux!

L’équipe de hockey «canadian» devrait appartenir à une société sans but lucratif et alors elle deviendrait vraiment canadienne et québécoise. Actuellement ce club de hockey ne me représente pas; ce n’est pas «mon» équipe.

Jean-Pierre Bonhomme

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Faire bloc et vivre collectivement

Commençons par mettre la table politique. Le Canada s’apprête à choisir un nouveau gouvernement. Ce sera le quatrième en une courte période de temps. Et disons-le, c’est un peu – beaucoup – à cause du Bloc québécois, lequel, par sa forte présence au Parlement a    empêché le gouvernement actuel d’avoir une majorité absolue; sans lui il n’y aurait pas l’actuelle campagne électorale. Ce fait – fondamental – n’est pas très exprimé, par les temps chauds actuels; c’est un tabou.

Oui, mais comme les Anglais le disent, «The only way out is through». Il faut voir le problème politique actuel en face. Les Québécois ne règleront rien en passant à côté des vraies choses; et la «vraie chose» du jour, qui devra surgir, c’est que le peuple québécois s’est fait imposer une constitution de force, sans sa participation, sans sa signature par le Canada anglais. Autrement dit il n’existe pratiquement et symboliquement pas beaucoup!

L’enjeu de l’élection actuelle, dans ces circonstances, est d’importance capitale pour la nation québécoise. Selon votre serviteur il est vraisemblable – probable même – que le Canada anglais va se donner un autre gouvernement conservateur. N’oublions jamais que l’opinion publique, au Canada anglais – surtout celle de souche britannique – est fondamentalement conservatrice. C’est elle qui veut vivre dans un régime symboliquement monarchiste; c’est elle qui a refusé le régime républicain de ses voisins au sud; c’est elle qui est ultra nationaliste. C’est au Canada anglais, renforcé par une immigration massive que le statu quo symbolique est le plus collé au ras du sol. Et il faut respecter cela. C’est à chacun de décider de son sort social.

Le problème c’est que la nation québécoise – il parait que l’on a le droit d’utiliser ce terme – a une autre façon de voir les choses. Elle est moins monarchiste, d’abord; elle est plus social démocrate ensuite et il lui reste un peu d’esprit français – avec les qualités et les défauts qui vont avec ce titre.

Jusqu’à ce jour la présence d’une forte députation québécoise au parlement fédéral donnait à notre nation un certain pouvoir de négociation lorsqu’il s’agissait des principaux enjeux nationaux. Or il faut se rappeler qu’à cause de certaines politiques dangereuses,  la part relative du Québec est en baisse constante au Canada depuis 1971. Elle était de 28 p. cent en 1971 et elle est tombé à 23 p. cent en 2009. La baisse est constante et inexorable. Et c’est pourquoi le nombre de sièges du Québec, au Parlement, a été réduit. Et c’est pourquoi, vues les entourloupettes des élections, il se pourrait bien que le Québec perde son pouvoir de négociation; qu’il n’ait plus sa capacité d’intervenir collectivement pour se protéger, qu’il n’ait plus assez de votes pour infléchir les politiques.

Malheureusement les commentateurs des grands journaux estiment qu’il n’y a pas, là,  de grave problème national pour la nation. Pour eux, du reste, il n’y a jamais de problème. L’immigration ne peut plus être intégré? Celle-ci passe culturellement à l’anglais? Pas de problème! Montréal devient anglaise? «Ya rien là»!

Il me parait évident que le Canada anglais voit venir ce tournant de notre déconfiture historique.  Le statut de minorité ethnique «comme une autre» pour définir les Québec ferait son affaire! Le premier ministre du Canada, du reste ne se sent plus obligé d’acheter les votes du Québec en déversant des millions pour les rêves d’arénas des maires!

Mais cette affaire n’a pas que des conséquences locales. Elle a de l’intérêt sur le plan international. La présence d’une nation française bien identifiée en Amérique du Nord donne une couleur au continent tout autant que le Mexique enrichit ce même continent par sa présence espagnole. L’uniformité culturelle a moins bon goût que la diversité.

Quoi qu’il en soit il me paraît évident qu’une disparition ou un affaiblissement du bloc de députés québécois au parlement fédéral sera le signe d’un affaissement de la culture franco-québécoise en Amérique. Ce groupe est en quelque sorte le miroir d’une collectivité certes, mais il est aussi un mur protecteur. Il permet au Parlement de Québec de songer à prendre les mesures vitales qui s’imposent pour stopper la pente glissante sur laquelle la démographie québécoise est engagée.

Je sais que ces opinions semblent radicales. Mais elles sont radicales au sens d’aller à la racine des choses. Pour passer à travers, comme on dit, il faut voir la réalité en face et prendre les moyens qu’il faut pour vivre.

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De l’instruction et des classes sociales

Jean-Pierre Bonhomme

Image Flickr par Nagrom Lane

Le Québec se distinguait de l’Amérique du Nord – sauf le Mexique – jusqu’ici, par sa façon de gérer la distribution de l’instruction au niveau universitaire. Notre État avait la volonté, au moins apparente, de donner un certain accès relativement facile à toutes les classes sociales vers les facultés, les professions; il s’arrangeait pour maintenir le prix des admissions à des niveaux plus bas que ceux de l’Amérique anglaise.

Cela ne faisait pas du Québec un paradis égalitaire mais, psychologiquement, au moins, cela avait un petit air de solidarité non négligeable. Cela sauvait la face de la social-démocratie!

Or en augmentant considérablement les droits d’accès à l’enseignement supérieur, comme on dit, le gouvernement, cette semaine, s’est éloigné de ce cadre; il s’est rapproché de la mentalité canadian et il s’est éloigné de l’esprit francais où l’accès à l’université est quasi gratuit. C’est l’esprit de classe, au moins symboliquement,  qui l’a donc emporté sur l’esprit égalitaire, l’esprit républicain. Le gouvernement du Québec répondait ainsi aux désirs des diverses chambres de commerce, lesquelles voient dans la connaissance un moyen de faire de l’argent et, surtout, un moyen de maintenir les privilèges de ceux qui ont la belle qualité de bien jouer du coude.  On fera donc payer les moins nantis pour aider les petits futés à s’en tirer à bon compte.

Sans compter que les classes dites moyennes seront invitées à se joindre aux grands possédants pour se prémunir contre la pauvreté qui point le nez au coin de la rue.

Mais il y a moyen – un devoir aussi – d’aller voir ce qui se cache derrière cette attitude.

Selon mon point de vue, celui d’un ex universitaire (droit), qui a vu comment les étudiants moins nantis étaient traités par le gouvernement Duplessis, c’est la classe possédante, ici, qui cherche à protéger son groupe.

Il s’agit d’une attitude. L’instruction universitaire quasi gratuite permet à l’État de bien contrôler les admissions. N’entre pas qui veut dans une université française. D’abord il faut bien connaitre la langue – la géographie aussi – ce qui n’est pas toujours le cas ici et avoir une pensée organisée. C’est ca l’égalitarisme; pas l’appartenance à une classe ni l’apparence d’appartenir à une classe.

 

 

 

 

Les grandes universités américaines et britanniques sont en quelque sorte des clubs privés pour les possédants. Des clubs auxquels l’université «québécoise» McGill se rattache, elle qui va puiser $30,000 par année dans les poches de certains étudiants de niveau supérieur!

Il en résulte que la distribution des connaissances – de la culture certes – est réservée à une classe qui ne montre pas une grande volonté de se solidariser des masses populaires. Celles-ci, du reste, incultes qu’elles sont malgré elles, commencent à ne pas trouver cela très drôle et se révoltent en se réfugiant dans d’étranges partis politiques de faible teneur en nuances.

Le Québec n’est pas à l’abri de ces clivages dangereux. Les citoyens de la Haute ville, dans notre capitale, se sont ils vraiment solidarisés – personnellement – de ceux de la Basse ville? Ne se sont-ils pas réfugiés dans leurs savoirs et n’ont-ils pas négligé de répandre les connaissances? Et  n’est-ce pas cette négligence qui produit ce qu’on appelle la radio-poubelle et ses dérives? N’est-pas là une révolte contre l’égoïsme? N’y a-t-il pas trop d’analphabètes, au Québec? Il y en a plus qu’en Scandinavie, en tout cas, où les riches sont vraiment taxés et où, justement il n’y a pratiquement pas de pauvres.

On voit ce que le clivage des classes produit en Haïti. Une classe nantie sur la côte, en haut, parle un excellent français et laisse les autres, en bas, à leur ignorance et à leur créole. Une recette pour la désorganisation sociale!  Faut-il que nous descendions sur cette pente?

Quoi qu’il en soit, si j’avais été premier ministre, ce contre quoi je demande à Dieu de protéger la société, j’aurais légèrement diminué le prix des admissions à toutes les universités; j’aurais augmenté les taxes – pas trop (pour faire plaisir aux commerçants) – des gens «d’en haut» et j’aurais resserré les conditions d’admission aux facultés (pour avoir de meilleurs architectes, de meilleurs enseignants et de meilleurs philosophes). C’est un peu idéaliste tout ca. Mais il n’empêche qu’on se sent mieux à Copenhague qu’à Détroit; à Paris qu’à Miami si l’on veut apprendre des choses.

 

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De la capacité de s’indigner

Jean-Pierre Bonhomme

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Je me suis laissé dire, en quelque 50 ans de journalisme, que les Québécois n’ont pas l’indignation facile. Ils acceptent beaucoup de choses désagréables sans rechigner, en bon enfant qu’ils sont, et ils «laissent faire» un peu plus souvent qu’à leur tour. Si un promoteur construit un immeuble qui dépare tout le centre-ville, par exemple, ou  toutes les berges du fleuve, qu’à cela ne tienne, car après tout cela sera bon pour la fiscalité et les revenus municipaux!

La semaine dernière je me suis indigné de ce que, dans l’état actuel des choses, des promoteurs se permettent, avec la permission de l’État, de construire des systèmes de production de l’électricité ou de gaz directement à la vue des citadins et des villageois.

Cela devais-je faire valoir ruine la vie des habitants en dévalorisant les paysages. La protection des  paysages, au Québec, est une composante de l’environnement à laquelle la société ne porte pas une attention disons…constante! Pourtant les beaux paysages, hormis cette nécessaire paix de l’âme des occupants, sont la condition sine qua non d’une réussite du tourisme et des revenus qui s’ensuivent…

Certains ont pensé, bien légèrement, que votre serviteur est ainsi en faveur de toutes les contaminations, pourvu que celles-ci soient faites hors de la vue des citoyens. Quel raccourci, quelle insulte!

Depuis quatre décennies au moins les meilleurs aménagistes auxquels j’essaie de me rattacher, proposent que l’État installe les industries polluantes dans des enclos, dans des parcs industriels à distance raisonnable des lieux habités, où ces mêmes industries bénéficieraient de services de décontamination de l’air, de l’eau et du sol communs. Cela prétendent-ils coûterait moins cher à la communauté et protégerait les paysages du même coup.

N’est-il pas vrai, du reste, que bien des villes et villages du territoire québécois ont été gâchés par des industriels qui installent leurs entreprises à l’ombre des clochers?

L’intention des producteurs du gaz de shale, et des constructeurs des moulins à vent gigantesques d’installer leurs équipements sous les fenêtres des villageois, dans les limites municipales, n’est pas acceptable. En dix ans de rédaction d’articles sur la protection de l’environnement je me suis aperçu que toute la question de la qualité de la vie des citoyens est plus importante que l’accommodement des installations industrielles. La tranquillité de l’âme des Québécois, dans les lieux où ils vivent précède tout le reste. La politesse, dit-on justement, est un préalable à la vertu; la protection des paysages est un préalable au bonheur citoyen.

Quoi qu’il en soit je m’indigne de ce que notre gouvernement (du Québec) ait songé, dans le cas du gaz de shale et des éoliennes,  à permette à des entrepreneurs, avec la complicité de certains élus municipaux, de ruiner les paysages des commettants, de ruiner leur vie en somme, pour de simples promesses lucratives.

Je ne crois pas, pour ma part, que le Québec ait besoin de gaz de shale pour survivre en Amérique du Nord. Mais si tant est que la société ait une opinion contraire, je me rangerais pourvu que les installations soient placées dans des lieux où ils seraient hors de la capacité de nuire. Ces colonnes de perçage, tout comme les éoliennes seraient mieux placés dans des parcs industriels, justement, ou hors des périmètres habitables; leurs déjections ou leurs contraintes de bruit seraient ainsi mieux contrôlées.

Je m’indigne par ailleurs du fait que les lois permettent au ministère de Ressources naturelles de donner l’usage, l’usufruit du sous-sol national à des promoteurs. La propriété du sous-sol, surtout en milieu urbain, devrait rester entre les mains de l’État et leur location devrait être accordée parcimonieusement. Les dégâts causés à l’environnement par l’industrie minière ne sont-ils pas suffisamment visibles?

C’est le ministère de l’environnement, justement, qui devrait donner les permis d’exploitation, pas le ministère des Ressources où les fonctionnaires ne sont habitués à ne voir que la rentabilité fiscale de leurs gestes; car la protection des humains et des paysages passe avant l’argent et les convoitises.

Selon ma facon de voir les choses le bon aménagement territorial – bien mettre les choses à leur place – une activité que nos gouvernements successifs n’ont pas pratiqué avec sagesse, rend plus heureux et rapporte plus en définitive, que le chaos et la laideur. J’ai l’air, avec ce propos, de trop me répéter. J’ai su, par contre, en ces années d’observation, que l’important n’est pas ce que l’on dit, c’est le nombre de fois qu’on le répète.

Pour ma part je considère qu’en ces derniers mois, les choses ont été dites de cent manières. Un proverbe chinois dit toutefois, qu’un sage va devant la foule, s’exprime franchement, ouvertement et que si son propos n’est pas entendu il se retire sur ses terres.  La Terre n’est en effet pas toujours prête à entendre les meilleures raisons.

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Le chaos de l’aménagement et les éoliennes

Jean-Pierre Bonhomme

Image Flickr par Mr.freak

Cette semaine deux compagnies privées ont annoncé leur intention de construire des éoliennes dans la Plaine de Montréal, près des villages et sans la permission des conseils municipaux.

Il ne s’agit pas d’une affaire dont la gravité équivaut à celle de la guerre en Lybie. Elle ne concerne, au total, qu’une douzaine ou deux de ces grands moulins à vent. Alors pourquoi des villageois descendent-ils dans la rue pour protester?

L’affaire est symptomatique car elle montre jusqu’à quel point l’État, au Québec, fait fi de l’intérêt public et démissionne devant les intérêts privés.

Il faut rappeler que, dans les pays les plus évolués, les services publics sont justement cela…publics. C’est le cas pour la poste, le gaz, et l’électricité, notamment… sans parler de l’aménagement territorial.

Or l’établissement de systèmes de production de l’électricité par le moyen du vent, est un service public. Dans le cas présent, la protestation des deux villages situés non loin de Montréal, fait ressortir l’absence de structures d’aménagement au lieu souverain en la matière, soit le gouvernement du Québec.  L’État,  maintenant, permet à des intérêts privés de harnacher les puissances naturelles pour le profit de particuliers pas toujours connus et de disposer les systèmes n’importe où au gré du vent et des prébendes fournies à des maires complaisants.

L’absence d’un ministère de l’aménagement, au Québec, est coupable. La petite affaire de cette semaine l’illustre abondamment; selon votre serviteur cela suffirait à renverser un gouvernement.

S’il y avait une structure de l’aménagement territorial, au Québec, le gouvernement, directement ou par le moyen d’Hydro-Québec, aurait déterminé des lieux où implanter des éoliennes. Il aurait circonscrit des parcs publics où les éoliennes pourraient être construites. Après quoi des intérêts privés auraient pu être mis à contribution, mais sous la gouverne de l’intérêt public.

Actuellement la ruine environnementale de certains villages de la région de la Gaspésie est un fait établi. Qui voudra monter sa tente sous le ronron d’une gigantesque éolienne ou admirer un clocher ayant pour fond de scène une usine électrique aux pales géantes? Où est-il parti le charme gaspésien?

La controverse de cette semaine montre que la gangrène s’étend jusqu’à Montréal. Rappelons que la production de l’électricité par le vent, au Québec, est une infime proportion – et sera toujours une infime proportion – de l’électricité produite par la force de l’eau. Le scandale, en l’instance, c’est que l’État risque de ruiner la vie – et les paysages – de citoyens établis en douceur dans des cadres naturels en permettant à des entrepreneurs de faire des profits avec un service public dont la nécessité est pour le moins….douteuse. Qui pis est, l’État se met la corde au cou en fixant à l’avance le prix ce cette électricité «écologique».

Les principes, dans cette affaire sont les mêmes que ceux relatifs au domaine des gaz dits de schistes. Le gaz, comme l’électricité hydraulique, est un service public. Il doit relever de l’État. Et le forage doit n’être permis que dans des lieux fixés à l’avance par l’État; le forage doit être exclu des périmètres municipaux; il doit se faire hors de la vue des citoyens.

Mais où est-il donc parti l’État? Il est parti dans les copinages libéraux et conservateurs et l’opposition fait attendre désespérément que sa pensée soit formée sur le sujet.

Je fais remarquer ici que les hommes politiques, à Québec, qui passent à côté de cette question de l’aménagement territorial d’État, passent à côté de la politique et que s’ils n’ont pas de pensée à cet égard ils n’ont pas d’affaire dans l’Assemblée nationale.

Je viens de relire l’ouvrage fétiche de Ian McHarg sur le design territorial. Il me convainc davantage, si cela est possible que notre société doit composer AVEC ses paysages, pas s’y opposer ou les détruire.

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La responsabilité, les Arabes et Nous

Jean-Pierre Bonhomme

Jusqu’à maintenant les Arabes d’Afrique du Nord et du Proche-Orient étaient forcés d’attendre que le pouvoir agisse pour eux. Ils devaient attendre leurs chefs, des dictateurs établis, pour que ceux-ci montrent le chemin et distribuent richesses et services. Les citoyens n’étaient pas des citoyens, c’étaient des clients ou, pire, des bénéficiaires. Tout le monde devait se préparer à devenir des ronds de cuir dociles!

Cela, évidemment, n’est pas un destin emballant. Surtout pour les jeunes, nombreux en Arabie,  qui peuvent percevoir, avec les moyens de communication actuels, les avantages de vivre des vies plus risquées, plus autonomes, plus créatrices. Pour ma part je me suis toujours senti désolé de constater jusqu’à quel point des amis d’Afrique du Nord se voyaient engagés dans des chemins sans issue.  C’était triste tout ca.

Ceci pour dire que l’explosion actuelle, dans le monde arabe, est l’expression d’un goût pour la responsabilité. C’est le désir de prendre en mains les destins individuels et collectifs qui est en cause. Il se pourrait bien que certains groupes d’idéologues, religieux ou autres, aient l’intention de stopper cette énergie dans des voies d’évitement et de constituer des pouvoirs aussi étanches que les précédents. Mais j’ai la conviction que cela ne réussira pas. Les sociétés se donneront vraisemblablement des structures de pouvoir à leur image et ils en seront fiers.

Car ce qui se passe actuellement n’est rien d’autre qu’une énorme révolution culturelle. La culture, ici, étant entendue comme l’ensemble des coutumes, des modes de vie, et des façons de penser. La révolution, signifie ce changement des mentalités selon lequel les citoyens manifestent un goût féroce pour la prise de leurs responsabilités. Les Arabes, par les temps qui courent, ne donnent pas l’impression qu’ils cherchent à obtenir des «droits» autant qu’ils veulent se prendre en charge, prendre leurs responsabilités; c’est là une attitude adulte et nous ne pouvons que trouver cela rafraichissant et bardé d’espérances.

Ceci, du reste, nous fait faire une comparaison avec l’autre révolution, celle que nous appelons ici «tranquille» (comme si une révolution pouvait être tranquille) et que nous n’avons cesse de porter aux nues comme si, avec elle, nous avions inventé le progrès.

Un professeur québécois, M. Paquet, se faisait fort, ces jours derniers, dans des émissions de télévision éducatives, de proposer que le Québec, une bonne fois, s’engage, lui aussi, à faire une véritable «révolution culturelle». Il s’agirait, propose-t-il, que les Québécois cessent de se considérer comme des «bénéficiaires» devant leur société, devant leur État. Il constate que la révolution tranquille des années 60 n’est pas loin d’avoir transformé les gens d’ici en une société clientéliste où la revendication, celle «des droits» est absolue et qui n’engage à rien.

Ce professeur a bien raison. Personne ou presque, au Québec, ne se fait fort de prendre des responsabilités sociales; or nous n’avons de droits que dans la mesure où nous exerçons des responsabilités. Être responsable, chez nous, n’est pas à la mode. On  peut le constater dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la culture (au sens large du terme). Quand j’entends un compatriote me dire ceci, à propos de sa société, ce qui est fréquent : «j’suis pus capable»…. je comprends qu’il est un démissionnaire; je comprends qu’il ne veut pas exercer de responsabilités et qu’il veut laisser le pouvoir entre les mains de n’importe qui… et qu’il s’en fiche. Si les Égyptiens  avaient des attitudes de ce type les Mubarak serait encore au pouvoir et les militaires pourraient espérer gouverner pour des siècles encore….

Devenir responsable, ici, au Québec, justement, constituerait un bon exemple pour ces peuples qui veulent agir de leur chef et qui mettent leurs vies en jeu pour y arriver.

Dans l’état social actuel des choses, il nous semble que les Québécois ont une nouvelle révolution culturelle à faire, une vraie; une transformation qui changerait les esprits et qui ferait de chacun  un participant au lieu d’un quémandeur de faveurs.

Ne serait-ce pas là une manière de participer au grand mouvement international qui vient d’être déclenché et qui pourra rendre l’humanité beaucoup plus intéressante?

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Notre langue est-elle exportable?

Image Flickr par ShironekoEuro[away]

Jean-Pierre Bonhomme

Il y a quelques jours je me trouvais dans une capitale asiatique, seul dans ma chambre d’hôtel. Je me suis donc permis d’ouvrir la télé et je me suis aperçu que TV5 se trouvait au programme ; cela pourrait me permettre de tromper l’ennui d’un terne voyage! Justement, à ce moment-là, il sortait, de la boite à distractions, des sons familiers à mon oreille. C’était une émission québécoise – une série dont je ne me souviens pas du nom et que je voyais pour la première fois –  mettant en vedette de jeunes comédiens délurés lesquels décrivaient la vie quotidienne de jeunes garcons et filles des environs disons du… Plateau Mont-Royal et dont les interactions  rebondissaient drôlement.

Quel fut mon étonnement de constater que les diffuseurs de TV5 avaient cru bon de placer des sous-titres français. On avait ainsi constaté que les Québécois d’aujourd’hui, (on dit souvent les Canadiens français, à l’étranger), ceux qui appartiennent à une classe moderne relativement à l’aise, ne pouvaient plus se faire comprendre dans la langue de Molière – ce qui en reste – à l’extérieur de la Vallée du Saint-Laurent.

Le choix de disposer des sous-titres français sous une émission canadienne-françaises contemporaine décrivant la vie urbaine n’était pas très flateur pour le «sacré» Ministère de l’Éducation du Québec, celui qui devait sauver la culture française en Amérique d’une mort certaine! Est-elle donc bien vivante, bien riche cette culture?

Quoi qu’il en soit ladite émission diffusait des réparties amusantes, parfois compréhensibles pour des papous francophiles – si cela se trouve – mais souvent hors de la sphère de l’univers de la francophonie et de la beauté. Par exemple au lieu de dire vas-y Arthur ou allez les filles, on se permettait d’utiliser ce lourd «enwouaiye» Arthur ou «enwouaiyez» les filles qui aurait pu désarçonner n’importe quel honnête étudiant. Sans parler des «calvaires» qui tombaient de la bouche d’une jeune dame : cela  pour exprimer une émotion de déplaisir; était-ce le mot juste? Et le reste dans le même registre.

Si je comprends bien, le monde entier, par  ce geste du sous-titrage, est en train de nous dire, nous les habitants des rives du Saint-Laurent, que notre monde actuel n’est plus français. Il est devenu dialectal sinon du domaine du patois et qu’il faut cesser de parler, au nord de l’État du Vermont, d’une culture française.

Transformer le peuple québécois en une collectivité créolisée n’est pas un péché. C’est un choix. Et traduire le nom de l’Office de la langue française en celui d’Office de la langue québécoise ne coûterait pas trop cher. Cela enlèverait un peu de prestige à des haut- fonctionnaires de la capitale (la vieille) mais cela ne serait pas insurmontable.

Mais encore faudrait-il le faire ce choix. Ce qui est mauvais dans cette histoire c’est de faire fi de la réalité et de prétendre qu’une chose est telle lorsqu’elle ne l’est pas.

L’hypocrisie a mauvais goût.

Votre serviteur, lui, lorsqu’il se trouve devant un compatriote dont l’élocution ressemble à de la bouillie ou à du patois  se fait fort de demander une traduction ou des précisions. Il affirme ne pas comprendre le dialecte local – ce qui n’est pas toujours vrai – et que, pour sa part, c’est le français qu’il a choisi de parler. Un choix affirmé, même si cela indispose des compatriotes.

S’il advenait que je ne sois pas seul et que maints amis veuillent faire le choix de parler français comme j’essaie de le faire, il y aura des gestes collectifs à poser.  Il faudra, pour commencer, demander des comptes aux hordes de fonctionnaires du Ministère de l’Éducation à Québec et exiger de lui qu’il resserre les exigences en matière d’élocution et de vocabulaire; qu’il crée des programmes d’échanges de professeurs avec les pays où le français est encore respecté, comme au Maroc et au Sénégal, aussi…  Et le gouvernement pourrait encore, pour améliorer les choses dans la capitale, se servir du 400 millions$ destiné au domaine de la distraction sur glace, pour subventionner les bibliothèques privées des citoyens du territoire. Cela changerait pas mal de choses dans le domaine de l’esprit. Dans le moment la proportion des citoyens qui ont des bibliothèques dignes de ce nom dans les chaumières approchent du chiffre zéro. C’est le contraire dans d’autres pays, comme en Islande, par exemple, où le chiffre approche le 100 p.cent. Cela, aussi, diminuerait probablement l’intérêt pour la radio poubelle; écouter les énergumènes diffamer les hommes publics – et privés – à loisir relève de l’ignorance et de la peur n’est-ce pas? Et les «tabarnacs» des jeunes gens ne tombent pas du ciel; ils surgissent des bungalows où ils les ont assimilés.

Quoi qu’il en soit cette question de la qualité de la langue et de sa beauté est ouverte et elle relève du choix individuel et collectif. Il ne faut certes pas  laisser certaines de nos élites bien pensantes laisser entendre qu’il faut laisser aux seuls individus le devoir d’apprendre et d’aimer les connaissances. Il faut aider les Québécois à s’aider eux-mêmes par le moyen de leur gouvernement; celui-ci n’est souvent pas à la hauteur. Mais ce n’est pas en le faisant disparaître, comme des sorciers le veulent que le Québec pourra exporter ses talents.

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L’anglicisation galopante et notre Etat

Jean-Pierre Bonhomme

Image Flickr par Anirudh Koul

Lors d’un récent voyage à Cuba, l’an passé,  j’ai rencontré un gentil couple de français. Celui-ci venait de faire un voyage à Montréal et il m’avait confié qu’il avait constaté une forte anglicisation de la métropole du Québec.

J’avais été bien obligé d’acquiescer. C’est l’évidence. Il n’y a plus d’esprit français dans la ville. Il y a des façades françaises et il y a des anglo-canadiens qui ont appris le français pour desservir les canadiens français qui passent par le centre ville…

Je n’exagère pas. Ce fait n’est pas étranger à l’anglicisation des immigrants. Et celle-ci résulte de l’implantation dans le centre-ville de deux universités anglaises gigantesques – en pleine expansion – et d’un cégep anglais énorme, le tout payé par le gouvernement du Québec où les immigrants ont libre accès. Les couronnes, elles, sont plus françaises, mais la ville n’est pas là.

Il y a bien une université française en ville; mais celle-ci est confinée «dans l’est» et son architecture est, disons…déplorable; une autre université est cachée de l’autre côté de la montagne, de sorte que la vraie ville centrale est devenue complètement anglaise même si, au Québec 80 p.cent de la population – un peu moins – est encore française. Ajoutons à cela que l’énorme maison-mère des Sœurs Grises (le symbole même du Montréal français) vient d’être vendue à une université anglaise (avec l’argent des Québécois). Et puis un méga hôpital anglais ouvrira bientôt ses portes, lui aussi avec les fonds publics et les fonds privés d’ici. Ajoutons encore que le gouvernement du Québec a fermé le collège classique des Jésuites français (qui se trouvait au centre-ville) et qu’il a donné un statut d’université aux Jésuites anglais (Loyola)!

Il ne m’en faut pas plus pour avoir peur. Peur que le Québec soit divisé en deux par l’arrivée massive des immigrants (concentrée à Montréal et dont la majorité passe à l’anglais à la maison). Peur que la civilisation française – ce qui en reste – passe au folklore comme à la Nouvelle-Orléans…

Dans ces circonstances il serait normal que l’État, à Québec, celui qui est responsable de la culture, donne avis aux immigrants qu’ils se trouvent dans un pays français et qu’ils n’ont pas droit à l’éducation collégiale et universitaire en anglais. Et que s’ils n’aiment pas cela il y a neuf autres provinces anglaises pour les desservir.

Autrement c’est le suicide national. Il est impossible d’intégrer 50,000 immigrants par année qui s’installent dans le même enclos territorial d’un coup sec si on les laisse choisir la langue anglaise comme moyen de communication principal.

Notre principal journal ‘national’ La Presse estime, dans un article du 8 février, devant ces faits, que notre gouvernement doit permettre aux immigrants d’avoir accès à l’enseignement collégial (et par conséquent universitaire) en anglais parce que le contraire «aurait plus d’effets pervers que bénéfiques». Or le  rédacteur ne nous dit pas quels seraient ces effets «pervers». Serait-ce que certains immigrants seraient fâchés d’étudier Voltaire? Que d’autres partiraient pour Halifax?

Votre serviteur, lui, en tout ca,  pourrait continuer à vivre avec ces inconvénients.

Mais le même rédacteur va plus loin. Il nous dit ensuite, en bon moralisateur, qu’après tout «c’est aux «Québécois francophones»! de prendre en main leur destinée linguistique au lieu de s’en remettre à l’État»; c’est à eux-mêmes «de s’assurer que le «français d’ici» soit de qualité».

Cela veut dire que l’État national des Québécois doit abandonner la nation à elle-même. Il fut un temps où la nation n’avait que les religieux pour nourrir la culture. Après la nation s’est donnée l’État; et il faudrait maintenant abandonner l’État? Que resterait-il? Des électrons libres dans un firmament anglais?  Il est vrai que la qualité de la langue est importante; elle est même très préoccupante; c’est au point où une forte proportion de notre peuple ne parle plus qu’un dialecte informe. Mais c’est une autre question. Et celle-ci pourra être réglée au moins en partie par l’exercice – souverain- de l’État. Le ministère de l’Éducation par exemple pourra utiliser ses nombreux fonctionnaires pour améliorer la qualité de l’enseignement. Ceux-ci pourraient se demander, par exemple, si nos enseignants sont assez bien formés? Et l’État pourrait prendre moult mesures pour redresser la situation. Ne nous faut-il pas quelques moyens collectifs de défense? Nous y reviendrons.

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Les cités orientales et nous

Jean-Pierre Bonhomme

Images Flickr par UweBKK (α 550 on ) et Joses Pul Angelio

Il y a des gens, dont je suis, qui ont une haute opinion des civilisations orientales. Les cités d’Orient, du reste, ont un passé plus riche que le nôtre; nos cités ne peuvent se vanter que d’avoir deux cents ans d’histoire alors que celles de Chine, par exemple, en ont trois ou quatre mille!

Aussi serait-il logique de penser que l’Occident devrait, pour organiser sa vie urbaine, trouver modèle en Asie. Et c’est bien de cela que rêvait votre serviteur dans ses moments idéalistes. Les villes américaines, comme celles de Détroit ou de Dallas étaient-elles d’affreux dortoirs où la beauté et l’ordre ne trouve pas son compte? Qu’à cela ne tienne nous pourrions, pour corriger le tir, nous référer aux critères de beauté établis tout au long des millénaires : ceux des anciens empires de Chine ou de Thaïlande notamment. Il y a, du reste, une esthétique orientale, que des auteurs se font fort de rappeler au souvenir de tous. (Li Zhehou The Path of Beauty; a study of chinese esthetics) par exemple.

Mais tout cela n’est qu’un rêve. L’Orient, si nous voulons être près de la réalité, n’a choisi, pour aller vers le «progrès», que d’imiter les États-Unis, donc le Canada par conséquent. Et cela ne donne pas le bonheur, loin s’en faut. Tout ce que l’Asie avait comme merveilleuse complexité urbaine horizontale a été détruit ou négligé pour imiter les USA mais avec moins d’égards encore pour l’âme commune. Cela donne des centre-ville pour «les affaires» et des tours résidentielles immenses pour «les gens bien». Les masses n’ont qu’à se contenter de la périphérie ou de quelques quartiers oubliés. Et partout les sociétés livrent des combats acharnés contre le piéton, lequel n’arrive plus à traverser les rues sans risquer sa vie.

Ce n’est certainement pas cela le bonheur. C’est au point où l’Indonésie songe à déménager sa capitale Jakarta en des lieux plus doux, à Bornéo notamment, parce que la ville avec ses 9 millions d’habitants, a atteint son point de saturation. Les nombreux citoyens qui habitent la banlieue peuvent s’attendre, là, à voyager quatre heures par jour pour se rendre aux bureaux et revenir à la maison.

A Bangkok, ce n’est pas très différent. Les autoroutes à la Turcot tapissent la ville et les citadins piétons doivent emprunter des passerelles énormes pour traverser les boulevards, sinon c’est un sauve qui peut; l’automobile envahissante a ainsi préséance sur tout le reste.

Ainsi l’Asie fait ce que les États-Unis lui a dit de faire : vivre pour l’automobile! Ce qu’elle continue de faire aussi. Le président Obama n’arrive pas à convaincre son peuple qu’il serait bon – tant pour les «jobs» que pour l’environnement – de construire un réseau de trains rapides : l’auto est sacrée!

Vous croyez que j’exagère? Un ami a déménagé au Vietnam pour aller rejoindre sa femme. Voici ce qu’il me dit dans une lettre écrite sans réserve et sans arrière-pensée il y a quinze jours seulement :

Seuls quelques tronçons de rues possèdent parfois de larges trottoirs non encombrés et une partie des artères principales du centre-ville sont non hostiles au piétons… sinon tu marches à moitié dans la rue parmi les embouteillages et le stress. L’Asie, sauf le Japon et Hong Kong je crois, c’est le chaos total et l’anarchie d’une décadence urbaine dégénérée! J’te l’dis mon Jean Pierre, c’est plate à dire mais il n’y a rien de vraiment pertinent et de constructif à tirer de ces pays qui non seulement répètent les erreurs et l’inconscience de nos père – qui ont tout saccagé et tout détruit l’esprit des ville et le concept de l’urbanisme et de la vie en ville; mais ils en rajoutent d’avantage au bordel existant!

Les citoyens québécois, comme les Américains, sont allés vivre dans les champs de patate autour des villes. J’espère qu’ils ne s’imaginent pas qu’ils sont ainsi progressistes. En tout cas c’est cet exemple que les Asiatiques reproduisent à l’envie et qui est périlleux. Cela est plus dangereux que le réchauffement de la planète. Le désordre urbain, qui grignote sur la terre arable, pourra produire des inconforts et de violentes réactions.

Certes il y a de meilleures manières d’organiser la cité centrale pour y inclure les résidents. Et il est désolant de constater que les experts, que nous formons à grands coups de millions, à l’Université de Montréal et à l’Université McGill, par exemple, ne prennent pas beaucoup de bâton du pèlerin pour communiquer directement à la population les manières de procéder. Les professeurs ne se mouillent pas beaucoup pour nous dire comment les Monster Houses de la périphérie sont des catastrophes sur les plans de l’énergie et du goût.

Il est vrai que l’État n’a pas de ministère de la Ville pour engager le dialogue à ce sujet avec les enseignants. Mais quand même ne pourrions nous pas voir surgir quelques savants indignés qui nous mettraient la puce à l’oreille? Nous n’avons, pour le moment, que de savants propos dont le vocabulaire ne peut être digéré que par l’élite pensante réunie dans le sanctuaire du Canadian Center for Architecture. C’est mon ami qui a raison :

– (Les Asiatiques) copient tout ce qu’il y a de merdique (en Amérique) et font pire… Il reste que le seul endroit où se réfugier dans ces pays ce sont les « resorts » sur le bord des plages, les petits villages, les petite villes côtières et les îles presque vierges en périphérie… Les grosses villes sont à éviter à part quelques arrêts pour visiter certains trucs touristiques…. Il ne l’ont pas l’affaire JP… Les seuls endroits « civilisés », beaux et agréables dans ces pays «émergents» (je dirais plutôt décadents) ce sont ceux où il y a des vestiges d’anciennes colonisations européennes… c’est «plate» à dire mais c’est ce que je constate.

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