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À propos de pierrejcallard

Avocat (1957), économiste (1965). Premier directeur général de la Main-d'oeuvre au gouvernement du Québec, directeur général de l'Institut de Recherches et de Normalisation Économique et Scientifique (IRNES) et vice-président adjoint (Finance/Administration) du Groupe SNC. Vice-président aux Affaires internationales de la Société d'Exploitation des Ressources Éducatives du Québec (SEREQ). Collaborateur aux travaux du Conseil Scientifique de l'Évaluation (Paris). Directeur de projet, négociateur ou expert-conseil au sein de nombreux projets privés et publics à financement multilatéral ou bilatéral d'assistance au tiers-monde (OCDE, UNESCO, BIRD, ACDI, BAD, CEE) et membre du conseil d'administration de diverses OSBL : Club 2/3, APCI, Acer International.

Pourquoi je serai candidat aux prochaines élections


D’abord, pour garder la forme, bien sûr. Voir si je pourrai, comme il y a huit ans, marcher du matin au soir en montant des escaliers et faire mes 500 km durant la campagne électorale.  Aout, septembre, quelle jolie saison, pour faire des élections au Québec !  Il est sympa, notre Premier Ministre. Espérons que ce ne sera pas une fausse rumeur et qu’il ne nous renverra pas en février !

Février, avec les snowbirds en Floride, qui sait quel biais ça introduirait aux résultats… Pas que ça ait une quelconque importance, mais qui suivrait les « Soirées de Lutte » à la TV, si les lutteurs ne frappaient pas très fort en heurtant le matelas et ne faisaien pas des grimaces ?   Il faut montrer une belle démocratie et donc ce sera une fin d’été.  Bravo. !  Je vais pouvoir marcher et garder la forme.

Je vais même faire plus. Parizeau nous ayant déjà dit qu’« au Québec on pouvait faire plusieurs choses en même temps », je vais donc marcher, mais en profiter pour parler un peu, aussi …  Pas parler à n’importe qui : parler aux Anglais. « «Anglais », ici au sens large, signifiant anglophones.  Je vais profiter de cette campagne pour peaufiner un peu mon anglais.   Pour m’assurer  que, quoi qu’il arrive, je pourrai toujours prendre un café grec, manger des sushis, des tapas, des arepas, un spaghetti ou un chowmein sans avoir l’air d’un étranger.

Peaufiner mon anglais va orienter ma démarche électorale. Oh, je sais bien qu’on peut tout faire en anglais à Montréal, même à Hochelaga, mais pourquoi risquer  une immersion contaminée par des idiotismes et truffée d’expressions québécoises ?   Le choix réel Charest-Marois qui est le seul qui nous reste prouvant que nos yeux de Québécois « pure laine » sont parfaitement fermés, je vais aborder cette élection avec les yeux des autres.  Je vais me dépayser.

J’hésite pour l’instant entre D’Arcy-Mcgee,  NDG,  Westmount… D’autres suggestions ?  Puisque je ne traiterai pas de problématiques locales dans cette campagne, le seul  facteur important pour le choix de la circonscription est que le résultat n’en soit pas en doute…   Je ne voudrais pas risquer de faire pencher la balance dans un scrutin serré.

Je sais de bonne source qu’on ne me le pardonnerait pas car, en 1994, alors que catastrophé par la navrante campagne qui se profilait je m’étais présenté à la Mairie de Montreal, pour y insuffler un peu de vie,  on a décidé  de m’exclure SPÉCIFIQUEMENT des débats médiatisés.  Un responsable m’avait expliqué, avec une grande franchise que, n’ayant pas un « parti » je n’étais pas un candidat sérieux, mais que la façon dont on m’avait vu  débattre laissait craindre que je puisse faire mal paraître les « vrais » candidats….   Il est resté de cette aventure quelques propositions pas trop bêtes que j’ai léguées au domaine public et que les curieux peuvent voir.

Donc, soyons sérieux, il est TRES improbable que je sois élu. A quoi  donc pourra  bien alors servir  ma candidature ?  À attirer l’attention sur quelques vices et petits travers de notre « démocratie pour rire »… puis à donner aux électeurs l’occasion de dire NON au  système. Non à ce choix d’alternance PLQ – PQ , dont on peut très bien ne PAS vouloir sans trouver amusant de jouer du QS ou de la CAQ pour enjoliver le tableau.  Voter pour un indépendant, c’est une abstention, mais en plus appuyé :-)

Quels sont ces vices et travers qu’il faut dénoncer ?

D’abord, la totale inutilité du député.  L’électeur vote pour un parti et son programme. Il ne veut rien savoir du candidat, ne l’écoute pas et ne veut même pas le voir.  Le sort des transfuges qui changent de partis et croient naïvement que leur popularité les fera réélire est l’expression pathétique de cette réalité.  Je m’attends à être bien reçu par tous les électeurs.  Je parie qu’ils me trouveront sympa… mais, normalement, ils ne voteront pas pour moi et ne se souviendront même pas de mon nom.

L’électeur SAIT que son député n’a aucun pouvoir et ne le représente pas, mais est un jeton entre les mains du chef de son parti. Si on n’aime aucun des programmes, la logique normale est de ne pas voter… ou, si on est vraiment furax, de voter pour un indépendant qui sera une épine au flanc du système.  J’aimerais donner une occasion aux “furax” de se lever et d’être comptés.

Ensuite, autre travers, le désintérêt absolu des citoyens lambda pour toute idée un peu complexe et pour tous les MOYENS de réaliser les plans qu’on lui propose.  Le citoyen veut répondre OUI ou NON  à une idée simple et essentiellement émotive. Le « comment » des politiques l’ennuie. Priorité, donc, aux concepts comme Dieu, Patrie, Liberté, Justice ou n’importe quoi qui fait consensus parce que  chacun le définit a sa façon.  La cohérence importe peu. Ça gêne normalement peu l’électeur que tous les partis promettent d’augmenter les services, de diminuer les taxes et de réduire la dette et tout ca en même temps …! Sauf quand l’électeur est furax, bien sûr…

L’opinion de l’électeur québécois est normalement déjà faite quand la campagne électorale commence. Elle repose sur son choix viscéral pour ou contre l’idée de souveraineté,  modulé par sa sympathie et sa confiance envers le leader qui défend celle de ces deux options qu’il préfère. Les seules variables pendant la campagne sont cette confiance et cette sympathie,  lesquelles peuvent croître ou décroitre par l’action massive et bien coordonnées des médias, puisque le message médiatique est le seul intrant significatif que reçoit l’électeur.

Tout passe par les médias et c’est donc sur ce point que doit travailler quiconque veut apporter sa pierre et avoir au moins un tout petit impact sur l’évolution des choses. Au cours de cette campagne, j’enverrai quelques textes aux médias – avec copie sur http://nouvellesoc1ete.wordpress.com –   suggérant  des changements concrets, non pas à la structure même de la société, mais aux services qu’on peut rendre à la population, puisque c’est à ce palier qu’il est réaliste aujourd’hui d’intervenir à court terme.

Mais si tout se règle dans les médias, pourquoi être candidat, aller marcher et serrer des mains ?  Parce que les médias chercheront à ignorer toute proposition nouvelle qui ne viendra pas du PQ ou du PLQ.  Par apathie, mais aussi par crainte d’être ensuite accusés d’avoir, par inadvertance, diffusé des  idées qui pourraient déranger. Or, il est juste un peu plus difficile d’ignorer complètement quelqu’un qui s’est porté candidat et qui est VISIBLE.

Les médias vont d’abord ignorer mes propositions. Mais si certaines de ces propositions sont reprises sur le web, le petit caillou dans la chaussure deviendra plus gênant.   Le plus gênant n’étant pas les propositions elles-mêmes, mais l’évidence éblouissante du soin qu’on met à les occulter et à ne pas en débattre…

Le résultat le plus tangible de ma candidature sera alors que quelques-uns qui ne le voyaient pas encore puissent prendre conscience de la mauvaise foi du système et de l’acharnement de nos gouvernants à garder toute leur attention sur leur propre enrichissement sans PERDRE UNE MINUTE DE LEURS TEMPS à résoudre les problèmes de la population. Cette prise de conscience n’est pas sans valeur.

Quand vous verrez  les Chefs de partis dans le débat télévisé, regardez leurs visages et leurs mimiques, puis fermez les yeux, écoutez le son et le timbre de leur voix puis suivez votre instinct et demandez vous : cette personne  s’intéresse-t-elle VRAIMENT à moi, à ma vie et à mes problèmes ? Est-ce que je crois qu’elle veut VRAIMENT faire un effort pour m’aider ?

Ensuite, allez voter selon votre conscience

Pierre JC Allard

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Et maintenant la Syrie…

Je viens de voir les nouvelles qui rapportent encore un massacre en Syrie.  Il y en a un tous les jours. Il est clair que l’on veut entrer a Damas et créer l’anarchie en Syrie. Apres la Libye, l’Afghanistan, l’Irak….  Pourquoi ?  J’ai retrouvé un article que j’ai écrit il y a peut-être une dizaine d’année… Il est encore d’actualité. Plus que jamais. Avec le recul, je crois même qu’on comprend mieux ce l’on a fait et ce qu’on veut faire….  Je vous le présente sans y rien changer . pjca

***

Dessine-moi un monstre….

J’ai bien voyagé en pays musulman. Depuis longtemps. Tunisie, Algérie en 1956. Ghardimaou, à la frontière où les forces françaises m’ont retenu – poliment, je le souligne – le temps de s’assurer que je n’étais pas ce journaliste canadien, dont on les avait prévenus de la venue et qui viendrait voir de près ces histoires d’atrocités. Ce n’était pas moi…. . Beyrouth, en 1958, avec les Américains — déjà ! — sans qu’on sache trop ce qu’ils y faisaient. Au cours des ans, Damas, Bagdad, Téhéran, Karachi, Kandahar… L’Égypte, le Maroc et j’en passe Je me suis beaucoup déplacé. J’ai connu des pays musulmans avant.

Avant quoi ? Avant la guerre de 6 jours, avant le premier choc pétrolier de 1973. A l’époque où, si on parlait de terrorisme et de bombes à Jérusalem, ce n’était pas d’eux qu’on se souvenait. Des femmes voilées, à Téhéran ? Vous voulez rire ! Ce qui s’en rapprochait le plus, c’était de merveilleuses créatures juchées sur 10 centimètres de talons, laissant au passage des effluves de Chanel No 5 et arborant une voilette transparente. A Beyrouth, encore moins, sauf au Casino du Liban, ou au Saint-Georges, dans les spectacles, bien sûr. Même au Caire, on n’en voyait qu’en périphérie, ou dans les quasi-souks, là où on allait pour le pittoresque, manger des taamea en marchant entre les crottes de dromadaires, dans des rues non pavées.

L’islamisme ? Dans les campagnes, oui. Je me souviens d’une scène extraordinaire, sublime, quand le train de Wadi Halfa à Khartoum s’est arrêté en plein désert nubien et que des centaines, et des centaines de croyants ont étalé leur tapis de prière sur le sable, pour la prière du soir, avec le soleil couchant derrière eux. Dans les campagnes, oui, mais dans les villes, à Istanbul ou à Casablanca, on ne voyait plus l’islamisme. Le marchand n’arrêtait pas de vous vendre un tapis, parce que le muezzin avait appelé ; il fermait la porte de l’échoppe et vous servait un autre thé, ou un autre café, selon le lieu. L’islamisme n’était pas en perdition, mais il s’estompait, comme le christianisme.

Attention. Je ne dis pas que les musulmans n’étaient plus fanatiques ; toutes les religions monothéistes le sont. Quand papa est à la fenêtre à vous encourager, on prend goût à taper sur les petits voisins qui sont différents… Je dis seulement que la violence, il y a 40 ans, n’était pas omniprésente en pays musulmans et que la violence, surtout, n’était pas essentiellement islamiste. On ne se battait pas à Alger en 1956 au nom d’Allah. On n’a pas pris le Canal de Suez pour l’islamiser, ce n’est pas vrai.

Les pays musulmans de l’époque, comme les autres pays du tiers-monde, étaient des pays pauvres en crise identitaire. Bien sûr, il y avait les Frères musulmans, mais ils jouaient un rôle secondaire. Marx était au moins aussi populaire que Mahomet dans les classes musulmanes éduquées et, si on avait fait une révolution, elle n’aurait rien eu de religieux. Le nationalisme était “à la Saddam”, d’autant plus agressif qu’il était laïc. Les leaders voulaient bien chanter qu’Allah seul est grand, mais ils ne se voyaient pas eux-mêmes sans importance.

Comment l’islamisme, bien sage depuis des siècles, est-il redevenu militant ? Ne faudrait-il pas se demander plutôt, comment la militance et la violence qui en découle sont redevenues islamiques ?

Quand le capitalisme s’est cherché un alibi, après la spectaculaire arnaque de 1973 sur le pétrole qui a causé bien des larmes, on a pris les cheiks et les émirs comme boucs émissaires. L’idée de mettre le blâme sur des bédouins — des types bizarres qui ont des harems et qui donnent des montres en or en pourboire au Dorchester — semblait opportune, même si ceux-ci ne gardaient qu’une petite part de la cagnote et que le reste retournait vite en Suisse et aux USA, dans les coffres des pétrolières et autres sociétés bien de chez-nous. On a donc crié haro sur la chèvre et brimé, insulté, humilié le monde arabe, “pétrolé” dans tous les sens du terme, sans perdre une occasion de rendre le monde arabe haïssable…

Quand les USA on voulu se défaire du Shah, devenu bien embêtant, l’idée de blâmer les turbans n’avait rien perdu de son intérêt. Mais comment soulever une population, ce qui est plus compliqués que de mouvoir quelques émirs ? Pour un mouvement de masse, rien de mieux qu’un réveil religieux. Rien de plus facile à promouvoir qu’une guerre de religion, puisqu’elle cible ceux qui y croient le plus — et donc les plus bêtes — lesquels sont toujours aussi ceux qui rêvent le plus d’une bonne bagarre.

On a donc ramené de Paris un personnage charismatique et on a financé la prise du pouvoir en Iran par un mouvement religieux. Une gageure d’apprenti sorcier, pour quiconque connaît l’Histoire, mais pour les Américains, qui ne voient que confusément ce qui est loin des USA dans l’espace ou le temps, c’était une solution expéditive. Après la prise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979, on a compris un peu mieux les forces qu’on avait libérées, mais on en a surtout vu le côté « positif »

Le côté avantageux du fanatisme, c’est qu’il n’a vraiment pas besoin « d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». C’est ce dont on avait besoin pour régler un problème sérieux avec les Russes qui avançaient vers le sud en Afghanistan, dernière manche de la « grande joute » qui les avaient opposés aux Britanniques en Asie centrale au siècle précédent. D’abord, contrer les Russes ; on règlerait après la question des gardiens de chèvres illuminés. Il fallait donc AIDER les Islamistes en Afghanistan contre l’URSS.

Pendant une décennie, l’Amérique a mis des milliards de dollars à armer, mais surtout à former des fanatiques. Elle a financé la convergence des toutes le rancoeurs et de toutes les frustrations vers l’Islamisme militant. Elle a utilisé comme agents des gens comme Osama Bin-Laden, pour battre le rappel vers la résistance aux Russes de tout ce que le monde comptait de fanatiques musulmans et en créer d’autres. Elle leur a appris à gagner. Un dur défi, mais elle y est arrivée. L’Amérique a réussi. Les Américains ont réussi à créer un monstre.

Un monstre inquiétant, car il grandissait… et grandissait ! Quand le Mur de Berlin est tombé, en 1989, les USA — qui ne peuvent vivre qu’en économie de conflit — n’ont donc pas cherché longtemps l’ennemi à haïr qu’il leur fallait ; dès 1991, ils ont envahi l’Irak pour « libérer » le Koweït, faisant cette guerre dont René Dumont a dit qu’elle avait déshonoré l’Occident. Ils ont diabolisé l’Islam, un adversaire qui ne pouvait en aucune façon menacer l’Amérique. Ils croyaient le dompter, mais ils ont seulement nourri le monstre.

Pourquoi l’islamisme se développait-il si vite ? Par défaut… Deux générations de nationalistes musulmans s’étaient imbues de marxisme. Maintenant, le communisme était vaincu. L’Islam, bien implanté et structuré depuis des siècles, était pour tous les Musulmans le plus évident des signes de ralliement. Quand sont revenus d’Afghanistan ceux qu’on avait entraînés à se battre, ils ont proclamé la renaissance de l’Islam conquérant. Pour être conquérant, d’abord être fanatique. Les voiles sont sortis des campagnes illettrées pour réapparaître dans les métropoles, au Caire, à Alger, à Téhéran, à Beyrouth. Erreur de penser que c’est l’islamisme militant qui a conduit à la violence ; c’est la violence qui ne demandait qu’à s’exprimer qui s’est voilée sous l’islamisme.

Quand est survenu 9/11, on a convaincu les Américains — soigneusement dépolitisés et abêtis depuis des décennies, pour en faire les protecteurs dociles d’un capitalisme pur et dur — que lancer une croisade sur les Infidèles était faire oeuvre pie. Pour lancer cette croisade, on a donné un nom au monstre : islamisme. Il fallait une cible, on a choisi Al-Qaeda, cellule insignifiante la veille, promue desormais multinationale du terrorisme. On lui a créé un chef, l’agent Bin-Laden ; un chef grand, rusé, fort, impitoyable, mythique… Insaisissable, surtout, car il faut qu’il dure : en créer un autre demanderait trop de travail.

Tout ce qui ne va pas dans le monde est donc devenu la faute d’Al-Qaeda. Même si ce sont les USA qui tuent en Afghanistan, en Irak, en Somalie, même si leur action n’a d’autres fins que de produire des milliards pour Halliburton et autres marchands de mort et de servir d’atouts dans un jeu de pouvoir entre politiciens tarés, c’est la violence fanatique des musulmans qui est tenue pour responsable

Cette condamnation d’une RELIGION est l’une des erreurs de jugement les plus bêtes de l’histoire de l’humanité, pour deux (2) raisons. D’abord, parce que rien n’est si difficile à abattre qu’une religion et les USA, en pleine décadence, se sont choisi un ennemi trop coriace. Ensuite, parce qu’en disant ainsi que toute violence prenait sa source dans l’Islam, ils ont stoppé net l’acculturation tranquille du monde entier que l’Occident poursuivait depuis longtemps avec succès, à son rythme et sans effort. Les civilisations ont parfois une chance d’établir une hégémonie librement acceptée, mais il est bien rare qu’elles en aient deux La civilisation occidentale ne séduira plus. Maintenant on nous déteste un peu plus tous les jours. Le monstre qu’on a créé a atteint sa taille adulte et il est à nous dévorer.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/167-dessine-moi-un-monstre…/#comments

Pierre JC Allard

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Jean François Lisée : un Grand Vizir pour le califat Marois

Quand Bernard Landry a renoncé à gouverner le Québec,  la question attendue s’est posée du fossé transgénérationnel entre ceux de l’équipe de René Levesque et une nouvelle garde.  Une période de turbulences s’est ouverte au Parti Québécois, digne des péripéties d’une fin de siècle chez les Ottomans, cette époque où héritait du trône celui qui avait survécu à ses frères…

Déjà, au moment où quitte Landry, il flotte sur notre Sublime Porte à nous, au Québec,  une odeur de zizanie fratricide, avec la création de Québec Solidaire annonçant la rupture de l’alliance entre nationalistes et gauchistes qui avait fait au départ le succès du Parti Québécois.   Mauvais présage…

Il allait vite s’y greffer une lutte épique pour la succession. Une lutte opposant d’abord des « Anciens » – Madame Marois et Gilles Duceppe –  mais qu’allait « mettre d’accord en croquant l’une et l’autre » André Boisclair, un Raminagrobis « Moderne », audacieux et mieux organisé…

La fortune qui sourit aux audacieux, pourtant, ne leur est pas toujours fidèle.  Boisclair allait servir de victime sacrificielle et c’est vite l’Impératrice Pauline qui allait monter sur le trone. Son règne serait aussi mouvementé qu’une fin de califat.

D’abord Legault – le Grand Vizir en titre – va rentrer dans ses terres, d’où on le soupçonne de comploter et de lever une armée.  Un peu de temps, puis ce sont les revendicateurs gauchistes du SPQ-libre, Laviolette et Dubuc en tête, qui, à défaut d’être étranglés dans leur berceau selon l’usage turc, seront éliminés dans une  version locale de la « Nuit des longs couteaux ». Ensuite, ce sont les autres supposés dauphins présomptifs qui, on ne sait trop pourquoi, vont s’immoler par grappes.

Beaudoin, Lapointe, mais surtout Curzi, un « sérieux ». Aussant, aussi, qui  quitte la cour et se crée une satrapie dans les marches de l’Empire.  Il y a aussi Drainville, un janissaire prometteur, qui tergiverse et vacille et prouve, hors de tout doute, qu’il n’est pas l’inconditionnel qu’on croyait.

Restait Duceppe, blessé dans l’écrasement de son parti fédéral, mais qui respirait encore… Le destin a voulu, toutefois, qu’il choisisse de s’autodétruire une fois pour toute, en ratant un rétablissement en forme de putsch et en retombant dans les ruines fumantes de son Bloc Québécois. Et tous ces aspirants de partir, revenir, se rallier…  Et hop, ça repart, et ca complote, et ça trahit … L’hécatombe des prétendants au trône a été digne des rives du Bosphore. Sans pitié, spectaculaire.

Aujourd’hui ?   Le ciel ou quelque diable ayant fait que soient éliminés, poussés au suicide politique ou à l’exil, tous ceux qui convoitaient son trône, l’Impératrice Pauline règne toujours. Mais elle est désormais bien seule. Sa situation est mouvante, volatile, car Legault a levé son armée et campe sous les murs de la Ville qu’il assiège.  En qui peut-elle avoir confiance, pour la seconder et éventuellement lui succéder ? ….

Qui a la stature d’un nouveau Grand Vizir ?  Qui est l’oint du Seigneur, celui qui fait le poids et qui pourrait reprendre avec elle les choses au point où Parizeau les a laissées ?

Jean François Lisée.  Candidat probable du PQ dans Rosemont. Il y a des années que je souligne qu’il est le candidat naturel.

http://les7duquebec.com/2010/09/06/tout-changer…-pour-que-rien-ne-change/

Si quelqu’un peut obtenir, sinon l’indépendance du Québec – une idée maintenant un peu vieillie – au moins un meilleur partage des pouvoirs entre Québec et Ottawa, puis une meilleure position de négociation pour les Québécois au moment de l’intégration à l’Union Nord-américaine, c’est bien JFL.

Il a l’expérience, l’intelligence, l’habileté qu’il faut. Je ne sais pas ce qu’il veut,– et encore moins comment il y parviendra – mais depuis plus de 20 ans, il a eu un parcours parfait.   Dans la mesure où le passé peut laisser  prévoir l’avenir, ce qu’il a dit et ce qu’il a fait est garant de ce qu’il fera.  JFL n’est jamais arrivé trop tard et, surtout, il n’est jamais arrivé trop  tôt ni trop vite…

Tous ses livres, tous ses postes sont arrivés à point nommé, comme si un destin précurseur était venu opportunément  « aplanir la voie du Seigneur ». Stratège brillant – discret, mais tout le monde le sait –  du référendun de 1995 (dont le consensus populaire a lentement fait une victoire qui  a été volée),  il est  passé sans heurts de Parizeau-le-Pur à Bouchard-le-Lucide, mais servant celui-ci  sans  jamais être accusé d’avoir été au coeur des  compromissions qu’on a reprochées à ce dernier.

JFL est brillant, mais est-il intégrable dans le contexte d’envie mesquine, de méfiance et d’hyper quérulence qui est aujourd’hui celui du PQ ?  Sans doute mieux que personne…  Car, depuis des années maintenant que les couteaux volent bas au PQ, JFL est resté sagement en retrait du derby-démolition des prétendants péquistes.  On ne peut lui reprocher  que tous ceux qui auraient pu avoir préséance sur lui dans l’ordre de succession se soient mis hors jeu…

Un détail important pour une intégration. JFL a dix ans de moins que Madame Marois.  Il n’est pas déraisonnable de penser qu’il pourrait jouer un rôle de premier plan auprès d’elle et attendre son tour sans lui porter ombrage, comme il a toujours joué avec discrétion et loyauté le rôle de Pere Joseph des leaders qui ont fait appel à lui et à qui il n’a jamais disputé le feu des projecteurs.

Je souhaite bonne chance à Jean François Lisée. J’avais déjà fait mon deuil du Parti Québécois, mais un Parti n’est jamais moins que la somme des ressources qui y collaborent. Un PQ avec Lisée m’apparaît plus stimulant. Plus crédible. De loin le meilleur des choix qui nous sont offerts.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/26/le-parti-quebecois-arretons-les-frais/

Pierre JC Allard

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Classé dans Actualité, Pierre JC Allard

La chasse aux connards méchants

  

1657Hospitalisation

  

Je reprends ici un article signé Gerard Amaté paru dans  Le Monde Libertaire sous le titre  » Trois ans derrière des murs pour une simple gifle  » Il me semble plus important que ce dont je voulais parler aujourd’hui, car il va au coeur du plus grand problème de l’humanité: la convergence entre bêtise et méchanceté qui  se manifeste partout, mais est plus visible chez ceux qui ont un peu de pouvoir.  Il y a une Internationale des connards méchants.  Une grande connivence implicite entre un Georges W Bush et un maire cul-terreux des Cevennes:  ils font autant de mal qu’ils peuvent….
***
 » Les Cévennes sont de basses montagnes couvertes de pins et de châtaigniers, où aucune agriculture industrielle n’est possible. Le cultivateur tend à y disparaître, remplacé par le bobo du Nord. Les éleveurs de chèvres continuent à y faire du pélardon. Ceux de brebis envoient le lait à Roquefort, et abattent les bêtes au moment de l’Aïd, pour les travailleurs marocains.
C’est ainsi que vivait Alain, berger d’un troupeau d’une soixantaine de moutons. Il n’était pas exactement de Malons (sa commune d’adoption), puisqu’il était de la DDASS, mais s’y était installé il y a quatorze ans. Il ne buvait pas, ne fumait pas (à part quelques joints quotidiens d’herbe locale) et, quand il redescendait au village, menait une vie rangée, entre sa compagne et leur petite fille.
On a beau vivre dans la nature, il arrive qu’on aille à l’hôpital. C’est ce qui arriva un jour à Alain, heureusement pas longtemps, rien de grave.
À son retour, il n’avait plus de troupeau. Tous les moutons avaient été abattus, à la demande du maire, parce qu’ils étaient sans surveillance et menaçaient d’aller brouter l’herbe d’autrui.
On ne discutera pas la décision du maire. Peut-être agit-il sagement, en l’occurrence. Mais certainement pas amicalement. Il aurait pu au moins prévenir.
Alors que là, la surprise fut totale. Et l’exaspération aussi. Alain alla trouver le maire et, d’un propos discourtois à l’autre, d’un nom d’oiseau à celui d’autres animaux plus ou moins sympathiques, le ton monta. Si bien que le berger finit par allonger une paire de gifles au premier magistrat de la commune.
On a toujours tort de s’énerver. Le maire porta plainte, et Alain, à peine sorti de l’hosto, se retrouva en taule.
Son avocat n’avait pas inventé l’eau tiède. Au tribunal correctionnel d’Alès, il plaida le nervosisme de l’accusé, si bien que le juge, convaincu d’avoir affaire à un énervé de naissance, ordonna l’hospitalisation d’office (HO) dans un établissement ad hoc.
Alain se retrouva donc, après dix-huit mois de préventive, au quartier pénitentiaire de l’HP Carrairon, à Uzès, où il eut tout le loisir de regretter la quiétude des maisons d’arrêt, entouré qu’il était de quelques psychopathes particulièrement inquiétants.
Heureusement, personne, parmi les personnels de cet établissement, ne consentit à le reconnaître fada.
Le juge des libertés fut saisi et, se conformant à l’avis des experts, prononça l’élargissement d’Alain. C’était un vendredi. Le parquet fit aussitôt appel, lequel fut dans la foulée fixé au premier jour ouvrable suivant, lundi 12 décembre, à 10 heures du mat’. Alain ne put ni préparer sa défense, ni même avertir un avocat. En revanche, ce lundi-là, on avait trouvé un nouveau psychiatre qui, contrairement aux autres, pensait qu’il fallait garder Alain à l’hosto.
Ce n’est pas qu’il l’avait trouvé déséquilibré. Non, il écrivait même, dans son rapport :
« Monsieur Paya [c’est le nom d’Alain] est adapté dans une situation qu’il refuse (l’HO) mais ne pose pas de problème d’opposition et de trouble du comportement. »
Oui, mais voilà. Ce n’était pas tout. D’abord, il y avait les cheveux « crépus et emmêlés évoquant la coiffe rasta » et une apparence trop raisonnable pour être honnête « lisse dans ses réponses, ce qui peut renvoyer à une forme de réticence… » Le tout, avec un passé franchement louche : « Concernant son enfance (en famille d’accueil), il ne signalera pas d’événement particulier. De la même manière, à l’adolescence, il n’évoquera pas de dysfonctionnements sociaux ou relationnels. Cependant, il a arrêté l’école à quatorze ans et a travaillé à la ferme familiale. »
Quand on a grandi orphelin chez des pauvres, peut-on se prétendre sain d’esprit ? Et a fortiori lorsqu’on n’a pas fait fortune plus tard : « Il dit qu’il n’avait aucun problème social, ni n’ayant besoin de soin psychiatrique et laisse penser qu’il avait obtenu un équilibre personnel, se contentant de peu dans un contexte qui parait précaire. »
Car, en effet, le pauvre est une variété d’asocial qui, lorsqu’il a un peu de bons sens, demande à être assisté médicalement pour supporter son état. En conclusion, l’expert s’avoue bien embêté : « Nous nous trouvons là devant un problème complexe à savoir que […] Monsieur Paya est adapté et ne présente pas de problème majeur ni de nécessité de traitement, si ce n’est qu’il se sent mal dans un milieu de maladie mentale. »
Et si vous voulez savoir quel est ce problème complexe, il n’est que de se reporter à la question finale posée par le tribunal : « Dire si les troubles mentaux dont est atteint Monsieur Paya compromettent la sûreté des personnes et portent atteinte, de façon grave, à l’ordre public. »
Le psy n’a même pas eu besoin de se contredire pour trouver à Alain des troubles mentaux. Le tribunal s’en était chargé à sa place. Il lui a suffit de reprendre les termes de la question dans sa réponse : « Les troubles mentaux dont Monsieur Paya est atteint compromettent la sûreté des personnes désignés dans son processus persécutif et par conséquent peuvent porter atteinte de façon grave à l’ordre public. »
Processus persécutif car Alain, au cours de l’entretien, avait prétendu qu’on s’acharnait sur lui parce qu’il avait giflé un élu au bras long, de surcroît magistrat.
Le tribunal, quant à lui, s’appuyant sur la seule expertise qui confirmait ce qu’il voulait penser d’Alain, reconduisit la mesure d’enfermement en hôpital psychiatrique. Laquelle commence à faire long, pour deux claques.
Trois ans de placard, déjà. D’abord la taule, dix-huit mois en tout depuis 2008, et ensuite l’HP, dont il n’est pas près de sortir. Pour un homme considéré par tout le monde, y compris le psy qui l’a renvoyé à l’asile, sain d’esprit.
Mais qui persiste à ne pas admettre qu’on n’a jamais eu aucun tort à son égard. Ce qui prouve sa folie, imperceptible mais tenace. La même qui nous menace tous, à l’occasion. On croyait l’épidémie presque éteinte depuis celle qui avait emporté tant de dissidents dans l’URSS brejnévienne. Elle se manifeste à nouveau dans la France sarkozyste. Gérard Amaté
***
Nota bene:   Ne pas confondre le « méchant connard », une espèce non protégée dont la population est stable, car la nature se charge de la régulariser…  et le « connard méchant » qui vit en habitat élevé, est protégé par des privilèges et dont la saison de chasse n’est pas assez longue. Pour la chasse aux connards ,  visez ici 
Pierre JC Allard

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CHAREST: LE GAMBIT DU QUI PERD GAGNE.

  
 

On pourrait se demander parfois à quoi diable peut bien jouer Jean Charest.  Au départ, un climat de favoritisme, de corruption et de gabégie dont il est tenu pour le principal responsable fait que les ¾ des Québécois souhaiteraient qu’il disparaisse.  Dans ce contexte,  il pourrait coucher le roi ou, sinon, tout faire pour se faire des amis et se rendre sympathique…

Mais surprise ! Au lieu de faire patte de velours, voici  le vieux matou qui engage une lutte à finir avec les étudiants, sans doute le seul segment de la population qui semble avoir encore un peu d’intérêt pour les pirouettes du cirque politique !  Pourquoi  cette approche qui semble suicidaire ?  Pourquoi, surtout, avoir mené cette lutte de façon si ostensiblement provocatrice ?

L’explication  que favorisent la plupart des gens  est que cette provocation, qui a créé la violence et le chaos, n’a eu d’autre but  que de donner au PLQ, tant discrédité et si mal-aimé,  le rôle du défenseur de l’Ordre qui le fera aimer…. et réélire.  Prenez ce pion que vous ne pouvez pas ne pas voir… Mais peut-on sérieusement croire qu’un piège aussi grossier suffirait à redonner au Gouvernement Charest l’amour du peuple… ?  Peut-on croire que le vieux matou tenterait ce « coup du berger » ?

N’y croyez pas un instant. Voyez plutôt qu’il est évident que le gouvernement libéral n’a pas du tout à se faire aimer pour être réélu … Et donc ne le fera pas.  Voyez que, paradoxalement, c’est au contraire quand on le déteste le plus  passionnément que le Parti Libéral peut jouir de la position électorale la plus favorable .  Si on le déteste LÀ OÙ ÇA COMPTE, bien sûr.   Ca compte dans les circonscriptions où le vote francophone est dominant.

Là où la minorité anglophone a la balance du pouvoir, en effet, le PLQ est gagnant par défaut. C’est son fief  traditionnel… et on remarquera que la crise étudiante n’a pas touché significativement la minorité anglophone. Charest y est plus que jamais en pays conquis.

L’arithmétique d’une victoire du PLQ aux prochaines élections repose donc essentiellement sur un partage équilibré des circonscriptions à dominante francophone entre la CAQ de Legault et le PQ de Marois, sans oublier que, dans une triangulaire, ce partage égal du vote entre CAQ et PQ augmente le nombre des comtés où ce sont les Anglophones qui peuvent devenir dominants !

Rien ne peut mieux « equilibrer » les soutiens à la CAQ et au PQ qu’une haine profonde pour Jean Charest.  À défaut de se faire aimer – ce qui serait bien malaisé –  Charest peut se faire haïr, s’excluant de facto de la triangulaire et permettant ainsi à la CAQ de battre le PQ dans une majorité des circonscriptions francophones. VOYEZ OÙ GAGNAIT L’ADQ !  Là peut gagner la CAQ.

Que se passe-t-il, en effet, si Charest se rend exécrable ?  Un nombre suffisant des Libéraux  – que rien ne pourrait rendre majoritaires – peuvent aller vers la CAQ pour que ce dernier monte dans les sondages et devienne une alternative crédible.  Quand elle est crédible dans les sondages – on l’a vu il y a quelques mois – la CAQ grimpe en flèche et arrache de grands lambeaux de l’électorat è Madame Marois, dont on  ne trahit pas ici de secret en soulignant qu’elle ne suscite pas un enthousiasme populaire délirant.

Il suffit donc à Charest de se faire détester des Francophones, – ce dont il s’acquitte fort bien – et, la clientèle anglophone lui restant totalement acquise, il peut tirer profit d’un split entre CAQ et PQ pour sortir en tête au décompte des circonscriptions.  Prenez ma Reine…. puis vous êtes mat.

N’y a-t-il pas un risque d’emballement ? Supposons que TROP de votes aillent vers Legault ?   D’abord, quand on contrôle les médias et donc les sondages comme les contrôlent  Gesca et Quebecor, un déplacement  bien manipulé du vote du PQ vers la CAQ apparaît sans danger. Mais, supposons néanmoins une bavure… La soupape de sécurité est là.  Il serait facile pour le PLQ de réajuster alors la situation, en prenant quelques mesures  de total aplaventrisme envers la minorité anglophone ou le gouvernement fédéral.

Ces mesures – les plus honteuses le mieux – suffiraient à renvoyer ce qu’il faudrait de nationalistes inquiets vers le PQ, ramenant le soutien de la CAQ sagement en-dessous de celui du Parti Liberal et gardant ce dernier en tête.   Une mesure facile et suffisante,  mais  pourquoi viser si peu ? Avec un peu de travail on aura peut être le temps de faire beaucoup mieux. …

En arrosant la zizanie qui ne manquera pas de naître entre les étudiants et un PQ qui trahit maintenant le Carré Rouge par pur électoralisme, on pourra peut-être faire en sorte que – advenant ce besoin de créer un reflux nationaliste pour contrer Legault – on puisse faire passer les électeurs  les plus férocement anti-Charest directement du CAQ à Québec Solidaire, en sautant l’étapisme mou du PQ de Madame Marois.  If suffit qu’on deteste assez Jean Charest. Si un ou l’autre des leaders étudiants se retrouve en campagne électorale bras dessus, bras dessous avec les deux chefs de QS pour former un triumvirat,  vous saurez qu’ON y aura pensé….

La beauté de cette stratégie de diviser le vote francophone entre CAQ et PQ  – tout en moussant une progression de QS qui à court terme est sans danger pour le Systeme – c’est qu’en aucun moment Charest n’a à se rendre sympathique,  à justifier ses actions passées, à s’engager pour l’avenir ou à quémander des votes, toutes choses qu’il ferait mal. Il n’a qu’à être lui-même, à distribuer des embûches là où elles feront le plus de mal à ses adversaires les plus menaçants … et  à jouer son rôle de politicien astucieux. Ce qu’il fera bien.

Ce faisant, il pourra entrer dans l’Histoire comme encore plus retors que Bourassa, comme le  vainqueur d’une corrida à plusieurs, où il n’aura eu qu’à rendre le peuple fou de rage et à esquiver les charges de la grosse bête. ¡Ole toro!

Et je ne vois même pas une façon efficace et réaliste de contrer cette stratégie….

Pierre JC Allard

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Le secret du juge Delisle

 
 

 

Ce que je vais vous raconter ici est une pure fiction. Une spéculation.  Je ne connais pas le secret du Juge Delisle et je ne sais même pas s’il a un secret. J’ai pensé à écrire ce texte en lisant la chronique de Yves Boisvert, dans La Presse du vendredi 15.

J’ai hésité à l’écrire.  J’y pensais depuis longtemps, mais réserve durant un processus judiciaire en marche, puis, quand ce processus est arrivé à terme, une certaine pudeur, vis-à-vis ceux qui sont personnellement concernés. Ils ont  droit à ce que tous et chacun ne prennent pas prétexte de leur malheur pour pondre des lignes agate à se faire de la pub, en prétendant qu’ils ont trouvé quelque chose.

Puis, j’ai senti chez Boisvert, un chroniqueur que je respecte, le même malaise que je ressens depuis le début de cette affaire : le Juge Delisle n’a pas un profil d’assassin.  Boisvert est perplexe et je pense que j’ai le droit de l’être aussi. Je pense même que le devoir de réserve et la pudeur ne tiennent pas, si l’on croit qu’on peut dire un mot pour faire avancer la justice..  Alors j’ai choisi de dire ce qui me trotte dans la tête.  Ce n’est pas une révélation… mais c’est un scénario qui expliquerait bien des choses.

Imaginez …

…   Tout ne va pas bien pour le couple Delisle.  Elle est malade, handicapée, souffrante et ça ne peut aller que de mal en pis.   Il est vieux, la vie et ses défis sont derrière lui,  il n’y a plus de joie pour lui dans les quelques années qui lui reste.  Il y a cette affection qu’il partage avec une autre femme, mais, à son âge c’est un sentiment qui n’en mène large que parce que la vie est bien étroite. On ne tue pas à 77 ans pour rejoindre une maîtresse. Je le sais : j’ai 77 ans. La vie n’est pas drôle pour le couple Delisle.

Quand il n’y a plus de joie, la hargne s’installe. L’impatience vient pas vagues. On la regrette, on s’excuse, on recommence…  On voudrait que ça finisse.  Celle qui souffre dans sa chair, surtout, voudrait que ça finisse. Elle parle de suicide.  Elle lui en parle. Un peu pour le culpabiliser… Mais l’idée fait son chemin. Car il  n’y a pas d’autre issue et elle le sait. Nous le savons tous, mais quand on est cloué a une chaise on a plus de temps pour y penser. Pour apprivoiser l’idée de simplement en finir…

Elle lui en parle et il culpabilise. Il se sent coupable de même  penser qu’il pourrait se sentir soulagé  si elle prenait la décision d’en finir.  Lui la tuer ?  Ridicule. Impensable. Ce serait la contradiction totale de tous ses principes et de toute sa vie.  En bonne logique il sait bien que la mort est la seule issue, pour lui comme pour elle, comme pour tout le monde, mais ce n’est pas son affaire. On lui a appris jeune, dans les années « 30 et « 40, que c’est Dieu qui s’en occupait.  Mais en bonne lucidité, il doit bien s’admettre que, si elle partait la première, elle n’y perdrait rien , mais que ses dernières années à lui seraient moins pénibles.  Cette idée de son suicide à elle peut devenir un non-dit entre eux.  Un non-dit bien lourd.

Supposez maintenant un matin plus triste que les autres. Une acrimonie d’autant plus blessante qu’elle est retenue, polie et donc insupportable, puisqu’elle ne donnera jamais lieu a des excuses, à un rapprochement… C’est la désaffection définitive. Supposez que Nicole Rainvile, épouse Délisle, décide que c’est le bout de la  route. Imaginez un dialogue que je me sentirais inconvenant de vouloir inventer, mais  dont le sens peut être bien clair. ..

 » Moi, Nicole, ta femme je veux mourir. Tout de suite. J’ai la ferme volonté, mais ma main n’a pas cette fermeté. Je n’ai pas physiquement la force de mon projet. J’ai besoin de toi. Ne me laisse pas tomber, ne me refuse pas ton aide.  Je ne te demande pas de me tuer – je sais que tu ne le pourrais pas – mais seulement de guder ma main, d’affermir mon geste… »

Et le Juge Delisle, qui n’est pas un assassin,  peut bien cependant accepter de rendre ce service… Sa main sur celle de Nicole, l’arme à l’envers – qui est la position la plus confortable – et sa main a elle bien sur le canon, solidement, car ce n’est pas lui, mais elle qui va tirer. Son doigt a lui sur son doigt à elle,  mais c’est bien son doigt a elle sur la gachette…

En son âme et conscience, le Juge Delisle n’a pas tué sa femme. Elle s’est suicidée.   En toute bonne conscience il ne se sent pas tenu de donner les détails aux policiers. Ce sont des détails intimes, personnels, un secret entre elle et lui. Parce que le Juge Delisle ne veut pas dire son secret, il va « simplifier » les faits, faisant le pari que sa réputation  pesera plus lourd que les petits détails qui n’ont pas de sens…

Mais ce n’est pas le travail de la police d’aller au fond de la bonne conscience, seulement de voir des faits, de trouver des incohérences… Or, sans les petits détails qu’il a omis, il y en a. Il devient soupçonné, accusé…  Parlera-t-il des détails ? De sa main à lui sur sa main à elle… ?

Comme il a cette moralité rigide  venue des années « 3o et « 40,  il est piégé  car il ne voudra jamais  avouer un  premier mensonge d’omission.  Rigidité, amour propre,… dire la vérité lui devient insupportable, impossible…  Un parjure lui serait encore plus odieux et, plutôt que de mentir sous serment, il va choisir  de ne pas témoigner, ce qui pour les jurés va apparaître comme un aveu.

Il s’ensuit la CONDAMNATION à laquelle il n’a pas cru et qui lui apparaît infiniment injuste. Le résultat ?  Le reste de sa vie en prison.  Une assistance à suicide, avec toutes les circonstances aggravantes qu’on pourrait y trouver, ne lui vaudrait sans doute que d’être confiné à domicile pour quelque temps.

Chacun, selon ses propres principes, a le  droit de trouver où il veut son estime de soi et celui de payer le prix qu’il veut pour la conserver. Chacun a aussi le droit de réévaluer ses principes.

Tout ça, bien sûr, n’est qu’une fiction en forme d’hypothèse…. ou l’inverse.

Pierre JC Allard

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Quand Pierre Foglia roule tout croche

 
 

 

Le jeudi 7 mai dernier, Pierre Foglia a pris la moitié de sa chronique pour nous parler de la folie, s’en gardant l’autre pour dire un mot des fraises de jadis et du Michel Therrien de maintenant, mettre une petite taloche à Patrick Roy – ah la nostalgie … – et envoyer un crochet assassin à un quidam anonyme qui s’inquiète pour la démocratie. Un assemblage bien équilibré. Pas du grand Foglia, mais du prêt à boire bien correct. Alors on trinque….

Mais attention! Il y quelque chose d’imbuvable qui est tombé dans cette carafe et qui pourrait nous donner un sacré mal de tête. Genre « âne de Buridan », car quand, parlant de folie, Foglia nous dit qu’il est d’accord avec les jurés qui ont acquitté Turcotte, on est surpris: on ne sait plus pour qui il roule.

D’une part, il roule vent debout, face à la colère populaire qui veut la peau de Turcotte et c’est une sacrée côte à monter. Rien de surprenant à le trouver là ; il ne s’est pas fait connaître à pédaler en descente et s’est plutôt bâti la réputation de pouvor faire tourner le vent. D’autre part, acquiesçant au jugement dans l’affaire Turcotte, il roule aussi pour le système, ce qui est plus étonnant

Oh, il ne dit pas que Turcotte était ou n’était pas responsable; il dit simplement qu’il est d’accord avec le fait que les jurés s’en soient remis à l’avis des psychiatres. Si on ne peut plus se fier à l’opinion de ceux qui disent connaître, où allons nous… Dans le doute, il vaut mieux prendre la courbe dans la roue du mec devant, n’est-ce pas ?

Raisonnable, mais si Pierre Foglia, qui est un peu devenu l’expression la plus audible dans les médias du bon sens et de la MORALE populaires, convainc une partie significative de la population d’accepter sans discussion le verdict de non responsabilité criminelle qui a été porté sur Turcotte, aura-t-il fait œuvre pie ?

N’aura-t-il pas fait douter la population de son propre jugement, la rendant ainsi un peu plus jocrisse, un peu plus docile, manipulable ? Quand on voit que, de guerres pour rien en crises financières pour rire, le monde depuis cinquante ans va de mal en pis, ne peut-on pas se demander s’il faut rester « raisonnable » … ou s’il ne faudrait pas encourager chacun à penser un peu plus par lui-même ?

Le système d’éducation enseigne mal, le système de santé ne suit plus du tout, la Caisse de dépôt a perdu 30 milliards de dollars, la corruption a infiltré toute la gouvernance… Bravo les experts. Mais ne serait-ce pas le devoir d’un Pierre Foglia, de véhiculer le message inquiétant, mais salutaire qu’il faut désormais vérifier de ses propres yeux que la piscine est remplie avant de plonger ?

Doit-on, dans cette affaire Turcotte, pour que justice soit faite, s’en remettre aveuglement à ces « psychanalystes » dont toute la démarche ne repose que sur un échafaudage de spéculations, qui constituant la plus contestable des sciences dites « soft » ? Or, au-delà de ses pilules, un psychiatre n’est qu’un analyste. Il ne peut prévoir avec certitude ce que fera Turcotte. Le laisser croire est une dangereuse fumisterie.

Foglia le sait très bien, qui nous donne d’ailleurs la sentence du tueur de la petite Bianca Leduc (3 ans), en exemple d’une justice qui est devenue folle. Il y a d’autres exemples de cette folie de la justice. Voyez ceci, et aussi ceci et cela…. Foglia sait très bien que le système judiciaire est inepte et il le dit… mais il dissuade la population de protester contre le verdict dans l’affaire Turcotte. Pourquoi ?

Stratégie du possible ? Tout le poids du corps et un coup de pédale à gauche, idem à droite… et le cycliste grimpe la côte ? Astuce peut-être, mais, pour le spectateur, le type sur sa bécane roule tout croche. Il faudrait expliquer. Pour le lecteur lambda, dont Foglia est le maître à penser au quotidien, il faudrait que notre Maillot jaune des chroniqueurs moralistes explique où il s’en va quand il roule tout croche, sinon il va créer des « dissonances cognitives » – (merci Freud, Lacan et aux autres saltimbanques) – chez notre population qui ne demande qu’à l’écouter.

Foglia l’explique déjà dans son article du 7 juin, quand il écrit « Déclarer fou quelqu’un n’est pas l’acquitter, c’est seulement reconnaître qu’il est déjà dans une prison ». Mais est-ce suffisant ? Il y a ici un non-dit, une ellipse, une anacoluthe (merci aux grammairiens ☺ ). Il faudrait être plus clair.

Si un psychiatre prétend que Turcotte était fou quand il a tué ses enfants, c’est une supposition qui semble tenir du bon sens. Le psychiatre n’en sait rien, mais bah ! …, l’assassin est fou, « il est déjà dans sa prison ». On peut vivre avec ça. Mais si ce même psychiatre ou un autre vient dire ensuite que Turcotte n’est plus fou et doit être libéré, alors, ça ne va plus. On ne peut pas vivre avec ça, car c’est l’acquitter de facto ou le gracier… et au grand péril de la population

Quand le Docteur Dominique Bourget vient affirmer que Turcotte ne récidivera pas, parce que les circonstances qui l’ont poussé au meurtre n’existent plus, elle dit une énorme bêtise. Elle « scotomise » (ne veut pas voir) que tous les cocus ne tuent pas leurs enfants et que, si Turcotte l’a fait, c’est qu’aux circonstances externes s’ajoutaient des circonstances « internes », créant en lui une propension à devenir un meurtrier, dans des circonstances où d’autres ne le seraient pas devenus. OR CETTE PROPENSION EST TOUJOURS LÀ.

C’est cette propension, que les psys de tous acabits ne comprennent pas et dont ils ne peuvent donc pas prévoir les conséquences, qui impose que Turcotte ne soit JAMAIS remis en liberté.

En ne le voyant pas, par stupidité ou par vénalité – payée pour ne pas le voir – le Docteur Bourget s’est rendue indigne d’exercer sa « profession ». Quant aux autres psy-farceurs, aussi longtemps qu’ils divertissent on peut sans doute les laisser courir ; mais il faudrait voir de plus près à ce qu’ils ne causent pas trop de dommages et au besoin faire revoir chacun de leurs dossiers par un astrologue, un cartomancien et un sorcier africain, avant d’en tirer des conclusions qui peuvent être fatales, comme celle de laisser Turcotte errer libre sur les mêmes trottoirs que le monde ordinaire

Pierre JC Allard

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Éducation: la reine des vaches sacrées 3/3

 
 

On m’a virtuellement « entarté » – vitriolé serait plus proche de la vérité ! – dans quelques courriels cette semaine, ce qui m’a fait bien plaisir. Grande gratification, car j’ai eu  un signe que quelques-uns avaient lu mes bouquins, et avec assez d’intérêt pour protester quand j’ai parlé d’abattre cette vache sacrée qu’est l’éducation. C’est que, depuis des décennies, l’éducation n’a pas eu de plus fervent promoteur que moi. J’étais à l’OCDE dans les années 1960, quand Denison, Schultz et d’autres révélaient que RIEN ne contribuait plus rentablement au développement que l’éducation, et j’ai été au premier rang des convertis.  J’ai été convaincu et c’est le principal message que j’ai porté durant toute ma carrière…  Alors on me morigène un peu sur ma « trahison »… Ce petit texte devrait éclaircir ce malentendu.

***

  Quand je dis qu’il faut en finir avec l’éducation, je ne suggère pas d’arrêter la diffusion des connaissances ni leur acquisition. Je dis trois (3) choses :

1) Je dis d’abord qu’il faut mettre fin à la confusion, tout à fait sciemment créée par ceux qui en profitent, entre l’éducation/formation professionnelle qui permet directement de produire des biens et des services pour lesquels il existe une demande … et l’éducation culturelle qui permet le développement personnel de l’individu.  La première est une CONDITION nécessaire de l’enrichissement de la société et est un INVESTISSEMENT.  La seconde est une CONSÉQUENCE de cet enrichissement et est une DÉPENSE.

La première est une priorité, car c’est par elle que passe le défi de remettre tout le monde au travail et de revenir à une société de collaboration tendant vers l’interdépendance et donc plus d’égalité, plutôt que de plonger plus avant dans une société d’exploitation où l’assistanat occupe de plus en plus de place, avec à terme des effets terribles dont je ne veux même pas discuter ici. La seconde n’est pas anodine non plus: elle est peut-être le seul aboutissement de l’aventure humaine; mais elle est néanmoins un plaisir, et qu’on ne peut s offrir que si on l’a mérité.

Une politique d’éducation et son financement doivent donc reposer sur la fin de cette confusion

2)  Je dis aussi qu’il faut distinguer clairement entre « enseignement » et « apprentissage ».   Ce qui est enseigné est sans autre intérêt qu’administratif; ce qui importe, ce qui est vraiment éducation, c’est ce qui est appris. De là découle la nécessaire prise en compte des autres médias qui transmettent de l’information. Une information qui peut-être connaissance formelle, mais aussi interprétation des connaissances, interaction entre elles et parfois la présentation d’hypothèses ouvertes venant remplacer le corpus unique actuel, supposé  vecteur d’une globale et immuable réalité.

Ce qui est enseigné doit l’être par modules, ceux-ci constituant une maquette recouvrant ce que l’on sait qui est su et pouvant faire chacun l’objet d’un contrôle strict.  C’est ce contrôle qui est à la base  de la compétence professionnelle formelle que l’on peut reconnaître à l’apprenant, et donc de tout système efficace de placement, de prévisions des besoins en main-d’œuvre, d’évolution des programmes et éventuellement d’un régime acceptable de revenu garanti.

Ce qui est « appris », au contraire de ce qui est enseigné, procède de tout le vécu de chacun.  On apprend  par le biais d’un quasi-enseignement plus ou moins formel, par des lectures discrétionnaires, par le simple contact avec les choses et les événements, ou par les rapports établis avec les autres, auquel cas on peut parler d’« interformation »

Une compétence qui n’est pas enseignée peut néanmoins être apprise.  Elle peut avoir une valeur professionnelle et c’est la responsabilité de l’État de veiller à la vérification des acquis pour s’assurer que quiconque a une telle compétence ne sera pas privé de l’utiliser du seul fait qu’il n’a  pas suivi la voie ritualiste d’un système d’enseignement. Pour cette raison, entre autres, seul l’État doit conférer des diplômes et donc être en charge de tout le volet docimologique  du système éducationnel.

3) Je dis, enfin, qu’il faut donc pratiquement faire table rase de la structure actuelle de l’éducation pour permettre  à tous d’en acquérir davantage – aussi bien professionnelle que culturelle – en rendant plus efficace et moins onéreuse la diffusion du savoir.   Cela exige qu’on tire parti de toutes les méthodes modernes pour donner accès à la connaissance et à la compétence.   Cela exige, prioritairement, qu’on remplace, dans toute la mesure  du possible, l’enseignement par l’apprentissage autodidactique  et que, même quand un enseignement est requis ou au moins semble utile, on remplace l’approche magistrale qui est à sa face même grossière et aujourd’hui désuète, par  des procédés tuteuraux divers qui tiennent compte de la spécificité des apprenants.

Cette nouvelle approche remet évidemment en cause la mission des profs, lesquels  doivent devenir des guides dans l’univers des connaissances et donc cesser de se prétendre la source ou les seuls dépositaires de celles-ci, ce qui, au rythme où la science grandit, est une prétention ridicule.  Elle remet donc en cause leur nombre et leur formation et signifiera souvent leur réaffectation, ce qui ne sera possible que si on pose au départ deux principes : a) tout enseignant a droit au maintien de son revenu et de son plan de carrière en termes de revenus ; b) aucun enseignant n’a droit au maintien de son poste de travail ni des tâches spécifiques constituantes de ce poste.  Ajoutons qu’une large partie des connaissances professionnelles sera transmise par des professionnels ayant reçu une brève formation pédagogique plutôt que par des pédagogues de carrières

Pour dispenser l’éducation, on cherchera à utiliser les lieux physiques présentement affectés à cette fin, mais on les modifiera, au rythme ou les ressources financières le permettront, pour les adapter aux nouveaux schèmes pédagogiques d’éducation à distance, d’autodidaxie, de tuteurât, d’interformation et de formation dans le milieu du travail.

Les premiers changements doivent toucher les volets professionnels spécifiques, mais  le tronc commun de l’éducation, incluant sa composante culturelle doit aussi changer. Il doit d’abord être enseigné autrement, mais il faudra bien aussi que l’on s’interroge sur le contenu même de cette « culture » que l’on souhaite transmettre. Je ne veux pas m’écarter trop ici du thème de cet article qui est d’abattre la vache sacrée – de mettre fin au système d’éducation que nous avons – mais ceux qui sont curieux de l’avenir peuvent lire les articles de cette section du site Nouvelle Société.

Pierre JC Allard

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Education: la reine des vaches sacrées (2/3)


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La volonté populaire est-elle bien que 15,5 milliards de dollars soient dépensés chaque année au Québec pour l’éducation ?… Probablement.  Mais La volonté populaire n’est-elle pas une peu… disons, désinformée ?

Au départ – lire, ecrire, compter, savoir résoudre un problème et autres compétences de base, c’est une même formation pour tous. Puisque tout le monde doit en profiter également, il est normal que tout le monde absorbe le coût de ce tronc commun de préliminaires. C’est ce qui se passe quand l’État offre gratuitement une formation générale. Souvenez-vous, cependant, que « gratuit » ne veut pas dire que cette formation de prérequis et des préliminaires ne coûte rien ; seulement que  vous et moi et  tout le monde la paye au prorata de sa contribution fiscale.

La sagesse conventionnelle, aujourd’hui, est qu’il est bon pour une société de donner autant de cette formation générale que ses moyens le lui permettent. Mais il y a éducation… et éducation. Il y a une éducation professionnelle qui sert à  produire des biens et des services.  Tout  le monde, dans une société, devrait collaborer à la production des biens et services: c’est ce qu’on appelle travailler. ..

Pour le faire efficacement, dans une société technique, il faut une formation dite PROFESSIONNELLE . On veut plus d’éducation professionnelle, c’est la clef de l’abondance.  On se dit que ça fera des travailleurs avec une base professionnelle polyvalente et que ça pourra toujours servir …. Alors on en ajoute

Mais il y a un piège.  Plus une société est complexe, plus il y a de connaissance professionnelles spécifiques à acquérir qui doivent être complémentaires. Si on met ces connaissances spécifiques au tronc commun, celui-ci s’allonge – ce qui coûte plus cher – et s’alourdit, ce qui entraîne plus d’échecs et d’abandons. IL EST NEFASTE D’AJOUTER AU TRONC COMMUN DES CONNAISSANCES QUI NE SERONT PAS UTILES A UNE TRES VASTE MAJORITÉ DES APPRENANTS.

Il saute aux yeux qu’il faut plus de formation pour satisfaire les besoins d’une société en évolution technique accélérée, mais ce n’est pas au tronc commun professionnel qu’il faut en ajouter ; c’est aux paliers des diverses options, qui doivent être  de plus en plus finement ramifiées si on veut que puisse être transmise la masse des connaissances qui doit l’être.  Est-ce à dire que l’éducation générale doive s’arrêter là où se termine le tronc commun des connaissances professionnelles utiles ?

Nenni…  Car depuis le Rapport Robbins en Grande Bretagne, il y a près de 50 ans, on a compris qu’il y avait une demande sociale pour l’éducation indépendante de l’activité de production à laquelle elle donne accès. Cette demande peut être satisfaite par l’éducation que nous avons dite « CULTURELLE ».  Cette éducation culturelle, qui est essentiellement pour le plaisir de l’individu, peut néanmoins avoir un impact social positif si elle est dispensée au palier de l’éducation de tronc commun, en permettant un nivellement des schemes de développement personnels générateur d’un sentiment d’appartenance et donc de cohésion identitaire.

Va donc pour la formation culturelle de masse, mais il faut aussi dire à la population puritaine qui boude son plaisir que cette formation est indispensable…  L’est-elle vraiment ?   À défaut de transmettre des connaissances spécifiques utiles, peut-on transmettre une métacompétence qui permettrait d »acquérir les autres ? Un art d’apprendre qui serait une source de pouvoir ?

« La connaissance est le pouvoir », disait déjà Hobbes.  Une connaissance scientifique ou technique qui permet un contrôle de la nature est bien utile, mais en quoi une formation « culturelle » apporte-elle du pouvoir ?  C’est que, dans une société complexe d’interdépendance et de complémentarité, il est parfois moins important de connaître et contrôler les lois de la nature ou les techniques que les  « règles du jeu » qui régissent la production (Économie) et les rapports sociaux (Politique) …

Or, ces règles qui nous font une société ne sont pas « naturelles », mais humaines et semblent donc bien arbitraires. Le rapport entre savoir et pouvoir, au palier de leur contrôle, n’a pas la rigidité ni la  rigueur de cause à effet d’un plan de travail à son exécution…   Elles intègrent des hypothèses sur le comportement humain; les disciplines « professionnelle» qui veulent nous les expliquer sont donc contestées.

Mais ce n’est pas parce que ces règles ne sont pas  parfaitement connues qu’elles n’existent pas…  L’éducation dite « culturelle » a pour but premier de nous donner  cette connaissance – qui est devenu le plus important des apprentissages – en s’appuyant non pas sur des disciplines « soft » – contestables – mais sur un non-dit transcendant – la culture –  qui en laisserait supposer la maîtrise.

La culture est pour une bonne part discrétionnaire dans sa forme. Elle rend chacun différent, identifie l’individu et détermine ses appartenances, lesquelles lui font un destin.  La culture, sous ces diverses formes, devient ainsi un discriminant au sens strict.  Que cette qualité protéenne  ait, sous tous ses voiles, la faculté  d’aider à contrôler les « règles du jeu » n’est pas évident, mais n’est pas absurde non plus: c’est l’hypothèse de la « tête bien faite ».  Le rapport de cause à effet entre une formation culturelle et une aptitude à contrôler les « règles du jeu » n’a pas la rigueur de celui d’une analyse de tâches à l’acquisition d’une compétence, mais, tout comme la formation professionnelle, l’éducation dite culturelle peut conférer un pouvoir.

Un pouvoir et, surtout, une aura de pouvoir qui impose le respect. En effet, au-delà de son efficacité factuelle qui reste sujette à caution pour permettre un meilleur contrôle des jeux économiques et politiques, la culture a son aura dont l’impact est indubitable qui résulte du consensus quant à cette efficacité. Ceux qui ont été adoubés, ayant reçu la culture comme on reçoit la grâce, jouissent d’un préjugé favorable.

Ceux qui profitent de ce respect  en tirent le pouvoir de faire en sorte qu’il ne s’estompe pas, mais grandisse.  On a donc ici un de ces feedbacks positifs dont on ne sait jamais trop comment sortir…

Tout a commencé par une stratégie inopportune, il y a deux générations, au temps du rapport Robbins, quand les bons pasteurs de l’éducation qui avaient les bons diplômes au départ se sont servi du préjugé favorable à l’éducation pour faire de celle-ci un passage obligé vers n’importe quoi.

Dans un premier temps, on a mis en marche une machine infernale, faisant augmenter constamment les exigences académiques pour TOUTE activité professionnelle, indépendamment des exigences réelles de ses tâches constituantes. On voulait une promotions sociale, mais c’était une évolution perverse, puisque, si l’exigence professionnelle demeure inchangée, ce n’est que le volet culturel de chaque formation qui peut augmenter…  Il est clair que, s’il faut un bac pour le faire et une maîtrise pour coiffer, ce n’est pas demain qu’on rasera grato !

On voulait que l’individu se réalise à tout prix par l’éducation; en fait, on a biaisé l’équilibre du pouvoir en faveur de ceux qui n’ont pas la compétence de produire ou d’offrir des services que veut vraiment la société, mais seulement l’habileté de se coller au processus de production pour en tirer prétexte à un revenu. Ils sont donc devenus de en plus nombreux à traire la vache et de moins en moins nombreux à la nourrir.

C’est dans ce contexte et cet esprit, d’une éducation qui n’a pas à apporter autre chose qu’une satisfaction à l’individu, qu’on a dû affronter la conséquence inéluctable  de l’industrialisation puis de l’automation de la production des biens qui a été de rendre superflue une part croissante  de la main-d’œuvre.

La solution aurait été de donner plus d’une formation professionnelle ciblée permettant offrir les services haut de gamme  pour lesquels il existait une intarissable demande.  En augmentant le nombre de ces professionnels dont la compétence était requise, on aurait satisfait un vrai besoin et l’on aurait pu réduire peu à peu l’écart entre leur rémunération et celle des autres travailleurs, ce qui est la SEULE façon d’améliorer à terme la qualité de vie de tous.

Mais la plus grande partie de l’éducation offerte n’ayant plus de liens directs avec  la production de quoi que ce soit, on n’a pas résisté à la réticence corporatiste de ceux qui contrôlent les professions en grande demande, médecins, ingénieurs, etc et voulaient qu’on en limite les effectifs.  On a choisi la solution de facilité de former des « logues ».   Ainsi sont nées dans la société des confréries de « logues » à préfixes innombrables, souvent sceptiques les unes envers les autres, mais s’accordant un respect mutuel devant les péquenots sans « culture ».

Ces confréries ont formé ainsi un bloc solide pour que se développe indéfiniment une éducation « culturelle », engendrant des « logues» dont le seul plan de carrière, pour beaucoup, ne peut être que d’en former d’autres ….  L’éducation est devenue ainsi une « génisse gestante sacrée »… que demain on ne pourra même plus traire, tout occupée qu’elle sera à allaiter la super vache sacrée que sera éducation future dont elle aura mis bas.

La semaine prochaine :  «  Pour en finir avec l’éducation : comment abattre une vache sacrée, sans lui faire mal ni en avoir du chagrin… »

Pierre JC Allard

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Education : La grande vache sacrée

 
 

 
La crise étudiante au Québec, prenant sa source dans une augmentation brutale annoncée des frais de scolarité, a donné lieu à des protestations, puis à des désordres auxquels un gouvernement discrédité par la gabégie et la corruption a trouvé avantageux de réagir de façon musclé pour mettre de son côté la masse de ceux pour qui tout ce qui semble menacer la paix sociale est anathème.  Il en est sorti une autre menace, sur les droits et liberté, celle-là, créant le dilemme d’une crise sociale quelle que soit la direction que l’on prendra.

Dans l’ombre de cette crise sociale, la question initiale des droits de scolarité est devenue quasi marginale, ce qui est bien dommage. Dommage, parce que, ne parlant plus des frais de scolarité, on ne parlera plus du coût de l’éducation  15,5 miliards  cette année  – et on s’empressera d’occulter une question ENORME à laquelle il serait pourtant crucial d’apporter une réponse, si on veut que notre société se développe de façon raisonnable et cohérente : que vaut vraiment cette éducation qui nous coûte si cher.

On peut se demander : en avons-nous pour notre argent et les sommes sont-elles bien distribuées ? C’est la question qui sert de socle à l’argumentaire des étudiants pour contester la hausse des frais qu’on veut leur imputer et on comprend que l’on veuille retarder l’échéance d’en parler. Pourtant, ce n’est là que la pénultième question. Celle qui n’est taboue que parce qu’elle défend l’accès à la dernière, la question qui tue, même si personne n’en parle : que vaut VRAIMENT cette éducation ?

Que vaut-elle dans le sens bien concret de nous apporter les biens et les services que nous voulons ?  Quand on accepte de remettre en question le préjugé que toute éducation est bonne et qu’il n’y en a jamais assez, on constate d’abord que, une fois transmises les valeurs de base morales et traditionnelles qui sont le ciment de notre société, mais dont c’est essentiellement la famille qui est le vecteur, l’éducation que l’on attend de notre Ministère de l’éducation – celle qui nous coûte 15,5 milliards – est de deux types.

Une formation PROFESSIONNELLE, qui prépare le citoyen à jouer un rôle utile dans le système de production des biens et services, pour satisfaire les besoins et les désirs des consommateurs. Il faut joindre, en amont à cette formation professionnelle, tout ce qui lui sert de prérequis, comme lire, écrire et compter. Il faut y ajouter en aval, tous les modules spécifiques – la plupart du temps fournis par des entreprises – qui permettent de faire le pont entre les techniques générales qui peuvent faire l’objet de programmes  d’apprentissages formels et les idiosyncrasies de chaque employeur pour en arriver à un produit ou service bien concret.

Toute cette formation professionnelle a une valeur qui se mesure à son apport direct ou indirect à la satisfaction des désirs des citoyens, ce qui, dans une société de marché comme la nôtre, se confond avec la demande des consommateurs. Cet apport est mesurable. Bien sûr, il y a des hypothèses à poser, des prévisions et des projections à faire et l’on peut se tromper, mais, en principe il est possible, voire théoriquement trivial, de mettre un chiffre sur la valeur de chaque élément de cette formation.

Le deuxième type de formation, celle qu’on peut dire CULTURELLE, sert essentiellement au developpement de l’individu et indirectement seulement à satisfaire une demande de la société. Une demande changeante, dont la priorité peut varier beaucoup durant ce qu’on pourait appeler la  « durée d’utilisation » de cette connaissance, entre le moment où elle est acquise et celui où elle est totalement désuète. Les hypothèses et les prévisions concernant la formation culturelle ne permettent pas de déterminer avec une bonne fiabilité la valeur de ses éléments.

Quand on se demande ce que « VAUT » l’éducation, il faut se demander, considérant le prix de revient de chaque élément de connaissance transmise, si, consulté, le citoyen lambda payeur de taxes serait bien d’accord pour que son gouvernement en assume le coût en son nom. Un gouvernement démocratique devrait s’efforcer de prendre les décisions qu’il croit honnêtement conformes à la volonté des citoyens.

Si la réponse est oui, pour une écrasante majorité de la population, va pour que ces éléments de formation soient gratuits. Si la réponse est non, toutefois, l’option de la gratuité devrait être exclue.  Si elle ne l’est pas, il faut se demander si quelques corporatismes plus ou moins avoués  – ou quelques vieilles habitudes devenue néfastes – ne sont pas à biaiser la décision de l’État en la matière… Et il faut agir en conséquence.

Se demander si l’étudiant ou l’État doit payer un élément de l’éducation  n’a tout son sens que si on se demande d’abord si la volonté populaire est bien que ces 15,5 milliards soient dépensés pour l’éducation… et pas pour autre chose. Or cette question est loin d’être évidente Nous en parlerons la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

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