Archives de Catégorie: Actualité

Des loups dans la bergerie?

Une histoire tragique, assez tordue, surtout que les versions s’opposent.

Le 28 août dernier, Dimitros, âgé de huit ans, est mordu par deux solides canidés sur le terrain d’une résidence privée, à Sainte-Brigide-d’Iberville.

La mère, Vanina Provost, atteste que son fils a été mordu par des loups. Le propriétaire dément ses dires, précisant que ce sont des bergers tchécoslovaques. Le Ministère des ressources naturelles et de la faune (MRNF), de son côté, ne se prononce pas, confirme seulement que l’enclos était bien sécurisé!

Bien sécurisé? Un point douteux étant donné que les chiens-loups-bergers tchécoslovaques se sont rués sur l’enfant avec la rapidité de l’éclair. On sait maintenant que le propriétaire avait oublié de refermer une des deux portes de l’enclos sécurisé!

Madame Provost avait amené son fils avec elle parce que cette journée-là son mari ne pouvait le garder. Son amie, la maître-chien Cindy Fournier  – une amie également de la femme du propriétaire des bergers-loups – l’accompagnait. Tous les trois, l’enfant, la mère et l’amie, assistaient gentiment à la séance de nourriture des bêtes par le propriétaire et se tenaient à une vingtaine de mètres  d’elles.

C’est d’abord la femelle qui s’échappa de l’enclos. Sauta sur Dimitros et l’agrippa de ses crocs à la tête et au bras. La mère s’agrippa à son tour à son fils, tirant de toutes ses forces pour le dégager. Mais le mâle surgit par derrière et prit dans sa gueule la jambe de Dimitros, tirant de son côté. Il paraît que l’enfant criait : «Jésus, aide-moi!»

Il aura fallu l’intervention du propriétaire qui abattit à plusieurs reprises un  2 x 4 sur la tête du mâle et procéda ensuite à une manœuvre de strangulation pour qu’il lâche prise, tellement il était enragé.

L’enfant fut transporté dans la maison, le corps recouvert de sang, et le visage aussi blanc qu’un linceul. Malgré tout, les deux propriétaires insistèrent auprès de la mère pour qu’elle n’appelle pas les services d’urgence. Ils craignaient d’être troublés par les conséquences. En dernier recours, ils demandèrent à la mère de dire que l’enfant avait été mordu par un chien errant! Que voulez-vous, il y a parfois des priorités qu’on ne saisit pas!

Bon, voilà que l’enfant est finalement transporté à l’hôpital de Cowansville et soigné, puis transféré le lendemain à l’hôpital de Montréal pour Enfants, en raison d’une sévère infection à la jambe. L’enfant a échappé de justesse à l’amputation.

Tout n’est pas fini pour lui, bien sûr. Sans compter le terrible traumatisme psychologique qu’il a subi, il doit continuer à se rendre à l’hôpital à tous les deux jours pour le changement de ses pansements. Il n’est pas question pour le moment qu’il retourne à l’école, sa peur de sortir et d’être attaqué étant trop grande.

En attendant, on ne sait toujours pas s’il s’agit de loups ou de bergers tchécoslovaques! Il paraît qu’un test d’ADN pourrait le préciser. Mais, qu’est-ce qu’on attend? Qu’est-ce qu’on attend pour éclaircir la situation?

De l’avis de Mme Fournier, la maître-chien amie de la mère de la victime, il s’agit bien de loups, puisqu’elle connaît la propriétaire depuis une quinzaine d’années. Elle a même déclaré à l’émission de Denis Lévesque que les propriétaires faisaient le commerce de petits loups qu’ils vendaient sur le marché noir à 2 500 $ chacun à l’étranger.

D’après les professionnels en la matière de reconnaissance de loups et de chiens, il est très difficile de faire la distinction entre un loup ou un hybride de loup.

D’après d’autres experts, les loups n’attaquent jamais sans raison, car la peur qu’ils ont de l’homme est inscrite en eux. Quand ils attaquent, ils s’en prennent aux enfants (un rappel des enfants-bergers autrefois enregistré dans leur mémoire) ou aux femmes. Rarement aux hommes.

Selon l’auteur de Indice Zéro, qui fut responsable pendant plusieurs années d’une fourrière d’animaux, il y aurait eu dans le cas de Dimitros, contentement de la part des bêtes; ainsi ces dernières présenteraient un  risque de récidive de l’ordre de 80 %!

Mais, rassurons-nous, la justice suit son cours. Pour le moment, un constat d’infraction pour nuisance a été donné par la Municipalité de Sainte-Brigide-d’Iberville. L’amende pourrait aller de 100 $ à 1 000 $. Je vous en supplie, ne riez pas, c’est sérieux!

Il y a, de toute évidence, des intérêts personnels divers en jeu.

Les loups dans la bergerie, ce sont aussi ceux qui, si vraiment il s’agit de loups et qu’ils continuent à le nier avec une belle hypocrisie, se comportent d’une façon méprisable, dans le seul but de protéger leurs intérêts personnels.

Quel est le débat au juste?

Interdire le marché au noir? Respecter la loi? Protéger l’enfant? Savoir qui a raison?

Il est facile de s’égarer dans tous ces dédales.

Un incident s’est produit. Malencontreusement peut-être. Mais il faudrait s’assurer qu’il ne se reproduise plus!

Voilà l’essentiel.

Carolle Anne Dessureault

*NOTE – la suite de LES CERF-VOLANTS DE KABOUL aura lieu la semaine pr

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Carolle-Anne Dessureault

Printemps 1690, Batiscan!!!

.

Un canot d’écorce, venant du Nord, s’approche du rivage de la rivière Batiscan, donnant sur la Terre de Gabriel Lefebvre. Le menton appuyé sur sa fourche de bois, Gabriel  le regarde accoster. Le canot plein de ballots de fourrures tangue dangereusement lorsque l’occupant descend dans l’eau jusqu’aux genoux, pour ensuite tirer l’embarcation sur le sable. Il décharge le canot et le porte à sa cachette habituelle.

Près de lui, sur une des grosses souches qu’il n’a pu encore enlever de son champ, Gabriel ramasse son fusil et y appuie sa fourche.

–          Salut Cadotte. Tu ne devais pas aller vendre tes fourrures avant de revenir?

–          Salut Lataille. Tu ferais mieux de te préparer à recevoir des Iroquois. Ils seront ici dans « pas longtemps ».

–          Quels Iroquois?

–          Une bande que j’ai rencontré en montant. J’ai viré de bord aussitôt et ils me poursuivent depuis trois jours.

–          Ils sont combien?

–          Il en reste une dizaine. J’ai dû tuer les deux qui m’avaient rejoint hier matin.  Allez! Ramasse un ballot et allons chez moi.

–          Ta femme et ta fille sont avec Louise; viens.

Les deux hommes, chacun chargés d’environ 90 livres de pelleteries, arrivent chez Gabriel, laissent tomber leur charge près de la porte et entrent dans la maison.

–          Louise; prend le canot et rends-toi chez ton père avec Catherine et son bébé. Y’a des Iroquois qui seront ici dans une demi-heure. Je reste avec Cadotte. On va les arrêter.

–          Vous êtes seulement deux.

–          Si on en tue deux ou trois, les autres vont détaler. Vite; fais comme je te dis et attend que j’aille te chercher.

–          Faites attention à vous autres.

–          T’inquiète pas, femme. Tu me le répètes assez souvent, « on a une famille à bâtir ». File au canot vers le village!

Louise attrape un châle, l’attache sous son menton, ramasse une hache et courre jusqu’au canot, déjà orienté vers le bas de la rivière. La femme de Cadotte, son bébé dans les bras, la suit de près. Quelques minutes plus tard Gabriel voit les deux femmes avironner avec autant d’adresse que de vrais « coureur de bois ». Rassuré, de son intonation toujours calme il dit:

Viens-t’en Cadotte. On va s’installer au-dessus de l’endroit où tu as accosté. T’as des munitions?

–          J’suis bien garni; t’inquiète pas.

Gabriel décroche sa rapière d’une cheville de bois au mur et l’agrafe à sa ceinture où il passe une hachette. Il ouvre un coffre de bois ferré, près du foyer, en tire un pistolet qu’il charge et passe aussi à sa ceinture.

–          Je ne savais pas que tu avais un pistolet!

–          C’est un cadeau de Bourgchemin et tu vas l’oublier. Personne ne le sait et je veux que ça reste ainsi.

Attrapant son fusil, il pousse la porte pour laisser sortir Cadotte.

–          J’ai pas vu d’Iroquois avec une épée parmi le groupe.

Sans dire un mot Gabriel ferme la porte et retourne d’où il était venu quelques minutes plus tôt. Cadotte lui emboîte le pas sans rien ajouter. Arrivés sur la hauteur près de la rivière Gabriel murmure :

–          Tu t’installes ici et tu me laisses tirer le premier. Si celui que j’ai tiré n’est que blessé tu ne l’achèves pas. Tu serais probablement mieux de viser pour blesser au lieu de tuer. Si celui que tu vises est droitier tu tires l’épaule droite sinon, c’est la gauche.

–          Cré- moé, Lataille; si j’tire un Iroquois, y va tomber…  pour pas se relever…  jamais.

–          Comme tu veux; mais ne t’avise pas d’achever un de mes blessés. Allez; je serai derrière l’abattis que tu vois là. N’oublie pas, je tire le premier.

Gabriel, allongé près d’un tronc d’arbre renversé, charge son fusil et s’installe à son aise. Il jette un œil vers Cadotte et constate qu’il est, lui aussi, très bien posté, à l’abri. Les deux sont prêts à recevoir les Iroquois.

Ils n’ont pas à attendre très longtemps avant que Cadotte signale des branches qui bougent sans raison, au bord de la rivière. Les deux Canayens épaulent lentement leurs fusils. Un renard roux surgit brusquement des fourrés et grimpe vers les hommes embusqués. Aucun d’eux ne réagit, ils gardent les yeux fixés sur les broussailles.

Deux indiens apparaissent sur la grève sans le moindre bruit. Gabriel observe les deux Iroquois inspecter les lieux. Ceux-ci remarquent tout de suite l’entrée de la cachette du canot, là où les herbes sont quelque peu écrasées. Ils s’en approchent et trouvent tout de suite l’embarcation. L’un des deux rebrousse chemin et retourne vers sa bande qui l’attend au détour de la rivière, pendant que l’autre se cache derrière « le canot à Cadotte ».

Les deux Canayens restent de marbre. Quelques minutes plus tard, neuf indiens, peints pour la guerre, dans trois canots se pointent au tournant de la rivière. Ils avironnent doucement, sans éclaboussures, et s’approchent de l’endroit où Cadotte avait déchargé ses ballots. L’éclaireur qui connait l’endroit, indique aux autres braves où accoster. Gabriel apprécie l’expertise dans tout ce mouvement qui se fait sans le moindre bruit.

Lorsque la première embarcation touche à la grève, il laisse à l’éclaireur le temps de descendre et d’en empoigner la pointe. Voyant que l’indien est droitier, Gabriel lui loge une balle dans l’épaule droite. L’indien bascule et tombe à l’eau tête première sur une roche, sans plus bouger. Au même moment, Cadotte tue le deuxième indien, qui se préparait à débarquer, d’une balle entre les deux yeux. Celui-ci retombe dans le canot. Éclate encore un autre coup de feu, tiré par celui qui s’était caché dans les branchages. La balle vient se loger dans le tronc d’arbre à deux pouces du visage de Gabriel. Aussitôt, Lataille dégaine son pistolet, saute du haut du taillis sur la grève et se précipite là où l’indien accroupi recharge son arme. Les trois canots d’indiens refoulent promptement sur la rivière pour échapper à l’embuscade.

L’Iroquois voit Gabriel foncer sur lui, il lâche son fusil et sort son tomahawk de sa ceinture. Gabriel s’arrête à cinq pas de l’Iroquois. Apercevant le pistolet, celui-ci hésite. Les deux hommes se dévisagent. Lentement, Gabriel repasse son pistolet à sa ceinture, tire sa rapière et pique la pointe sur le sable du rivage. L’indien se redresse doucement, impassible. Le reste de la troupe tourne le coude de la rivière et poursuit sa fuite. Gabriel pointe de son doigt l’indien, blessé à l’épaule au bord de la rivière, la tête dans l’eau. Les deux hommes se comprennent. L’iroquois se dirige vers son comparse. Gabriel lui emboîte le pas et l’aide à retirer le blessé de l’eau. L’homme est inconscient et ne semble plus respirer.

Cadotte! Arrive ici; j’ai un noyé qu’il me faut ranimer. Surveille l’indien.

–          T’inquiète pas Lataille; s’il bouge y’est mort.

L’Iroquois  se retourne pour regarder Cadotte s’approcher, le fusil armé. Gabriel rengaine sa rapière, dépose son fusil, ouvre la bouche du noyé, vérifie s’il n’a pas avalé sa langue et le retourne sur le ventre. Il lui relève les bras et lui place les mains sous le visage. Ensuite, s’installant à la tête de l’Iroquois inanimé, il pousse énergiquement dans le dos du noyé et relâche, puis lui tire les coudes vers le haut. À la onzième pression, un flot d’eau jaillit de la bouche du blessé qui se met à tousser. Gabriel se relève. L’indien, jusque là attentif aux gestes de Gabriel, se penche pour s’occuper de son ami.

–          Où as-tu appris à faire ça? Lui demande Cadotte.

–          En Jamaïque, quand j’étais jeune, dans la marine.

Lataille ramasse son arme, la place au creux de son coude et attend que les deux indiens reprennent contact. L’iroquois du canot explore la gravité de la blessure de son ami. Gabriel lui fait signe de l’aider à se relever et de le suivre. Sur ce, il se retourne et se dirige vers sa maison. Cadotte, hochant la tête, lui emboîte le pas.

–          Tu as une drôle de façon de traiter tes ennemis,  Lataille.

–          Ils ne sont pas mes ennemis; du moins pas encore. Et je veux m’en faire des amis.

–          Te faire amis avec des Iroquois? Non mais ça va pas dans ta caboche? C’est impossible! Ce sont des barbares sanguinaires!

–          Ce n’est pas ce que m’a dit le vieux Desgroseillers de Trois-Rivières. De toute façon je ne suis pas intéressé à les voir apparaître ici à chaque année pour me piller. C’est ce qui va arriver si j’en tue un; sa famille voudra le venger et on n’en verra jamais la fin. Je te conseille de tenter de te faire ami avec eux toi aussi. S’ils viennent piller chez mon voisin, c’est comme s’ils venaient chez moi.

Cadotte sans répondre jette un coup d’œil derrière lui. Les deux indiens les suivent.

Un demi-heure plus tard, le blessé, assis sur les planches de la galerie, devant la cabane, a maintenant le bras en écharpe et boit un boc remplie de bière d’épinette. Mathurin Cadotte dit Poitevin garde l’œil sur lui tout en buvant sa bière. L’autre Iroquois, un peu plus loin, parle par signe avec Gabriel Lefebvre qui répond de la même façon. Tous les deux mâchouillent une tranche de viande fumée tiré d’une écuelle de bois que Gabriel avait sorti de la maison. Chacun tient un couteau, place un coin de sa tranche de viande entre les dents et le coupe près des lèvres. C’est ce à quoi servait le plus petit couteau, qui pendait au coup de Gabriel. L’indien, quant à lui, se sert de son couteau de chasse, semblable à ceux que Gabriel porte, l’un à sa ceinture et l’autre, dans un étui attaché au bas de son genou droit. À cet instant, les couteaux ne sont plus des armes, mais simplement des ustensiles; et aucun des deux hommes ne les considèrent comme arme lorsqu’ils mangent.

Il est bon de comprendre que le Canayen de cette époque, comme les « sauvages » d’ailleurs, ne vit pas dans sa cabane. Celle-ci ne lui sert qu’à dormir et à s’abriter du mauvais temps. Le Canayen vit continuellement  à l’extérieur. Souvent,  lorsqu’il fait trop chaud dans la maison, toute la famille sort pour dormir à la belle étoile. Évidemment, parfois les époux font comme les lièvres les soirs de pleine Lune… sans trop s’occuper de la Lune.

L’intérieur de la maison est le royaume incontesté de la Canayenne qui, elle aussi, ne s’y confine que pour faire la cuisine et pour dormir. La plupart du temps, la maîtresse de la « maison » travaille dehors avec son mari. Elle s’occupe du jardin et des animaux avec lui. Et lorsqu’il est absent, c’est à elle que revient toutes ces tâches. Ajoutons que la Canayenne manie la hache, la faux et la fourche tout comme son mari. De plus, elle tire du fusil avec la même virtuosité. Au printemps, la famille consacre une semaine à fabriquer du savon et des chandelles de suif pour l’année.

L’indien blessé fait entendre un « Hugh » en pointant vers la rivière. Un canot chargé de trois occupants, s’approche du rivage. Ils avaient bien vu Gabriel, Cadotte et les deux indiens, assis sur la galerie. À genou au centre du canot, Louise, parait calme. Son père François Duclos, au gouvernail, dirige le canot vers la plage de sable. Avant de toucher, Nicolas, frère de Louise, saute dans l’eau et empêche le canot de heurter le rivage. Louise débarque et se dirige vers la maison pendant que les deux hommes montent l’embarcation sur la grève.

Sans un mot, la femme se dirige vers l’indien blessé qui ne bronche pas lorsqu’elle se penche pour inspecter le pansement de l’épaule.

       -T’inquiète pas ma femme, j’ai récupéré ma balle.

       -Ça ne me surprend pas!       

Cadotte demande à Louise : -Ma femme est où?

-Ma mère l’a gardé à la maison avec la petite. Ils t’attendent ce soir. Vous coucher chez mes parents.

Elle entre dans la maison et revient avec un vieux châle et refait une meilleure écharpe sur le bras blessé. L’indien la regarde comme hypnotisé. Il est vrai que l’épouse de Gabriel est belle femme; mais c’est probablement son aplomb face à un Iroquois peinturluré qui étonne, beaucoup plus, le jeune indien.

François et Nicolas se tiennent debout près de Lefebvre.

-Tu t’es fait de nouveaux amis, garçon? Demande François Duclos.

C’est bien ce que je voudrais le beau-père. J’espère réussir.

François Duclos s’adresse à l’Iroquois dans sa langue et la conversation s’engage. Gabriel les laisse et rejoint sa femme.

-Je t’avais dit d’attendre que j’aille te chercher. Lui dit-il.

-Oui puis après? Tu n’es pas venu assez vite; c’est tout. Je dois préparer le souper pour tout ce monde-là. Allume le foyer. Nicolas! Donne un coup de main à mon mari et apporte du bois pour le feu. Après, préparez-moi une table, ce soir on mange dehors.

Elle pivote sur ses talons et retourne dans la maison.

-Moé, Gabriel, je sais pas comment tu fais pour supporter une femme aussi soumise que ma sœur, dans ta cabane. Tu aurais dû choisir une femme de caractère. Remarque Nicolas.

-C’est facile à supporter Nico; je fais ce qu’elle demande. Viens on prépare le feu. Quand tu vas manger, tu vas comprendre.

-Ça je le sais déjà; pour préparer la nourriture mes sœurs ne donnent pas leur place.

Les deux hommes s’affèrent à leur nouvelle tâche. Cadotte reste près du jeune indien blessé.

45 minutes plus tard, les hommes, assis sur des bûches autour de la table improvisée, se  concentrent à boire la soupe aux pois que Louise leur a servi, à chacun, dans des écuelles de bois. Un gros « pain de ménage », déjà entamé de moitié, trône au centre de la table appuyé sur une « tine » de beurre. Marie-Louise arrive ensuite avec une grande assiette pleine de tranches de cuissot de chevreuil qu’elle place près du pain. Elle y ajoute une grosse écuelle remplie d’une purée de citrouille dont les femmes Duclos gardent le secret. La table bien garnie, elle s’assoie entre son père et son mari.

-Et puis, père; les Iroquois vont-il nous attaquer comme aujourd’hui, à chaque année?

-Ça, ça me surprendrait. Tout dépend de ton mari. L’indien blessé est le fils du chef Loup gris qui est là, en train de tout dévorer ce qu’il y a sur la table. Il m’a raconté comment ton mari a tiré pour ne pas tuer son fils et comment il l’a ensuite ranimé de la noyade. Loup gris considère Gabriel comme « bonne médecine ». Il demande à être son frère de sang.

-« Frère de sang », ça veut dire quoi?

-Tu verras après le repas. Tu n’as rien apporté à boire?

-Dans ma maison, on boit après le repas.

-Mais là, on est dehors!

-Bon! Ça va; mais c’est parce que tu es mon père et que je t’aime.

Louise embrasse son père sur le front et retourne à la cabane.

– Pis garçon? Vas-tu accepter d’être le frère de sang de Loup gris?

-Tout dépend de ce que cela implique,  le beau-père.

-Ça implique que tu deviennes son frère, que ta famille soit sa famille et vice-versa. Si quelqu’un fait du mal à ta famille il la vengera et tu dois prendre le même engagement. Si tu as besoin de lui, il viendra et s’il a besoin de toi, tu devras y aller. Ça implique également qu’aucun Iroquois ne viendra toucher à un seul cheveu de ceux de ta famille. C’est une décision importante à prendre; mais elle te donne de grands avantages dans la situation actuelle de la colonie.

-Je suis d’accord, à la condition que je ne participe jamais à aucun raid contre des Canayens.

François Duclos donna la réponse de Gabriel à Loup gris qui ajouta une remarque.

-Loup gris accepte à la condition que jamais tu lui demandes de participer à un raid contre les Mohawks.

Gabriel approuva d’un signe de tête et les deux hommes se lèvent pour se tenir face à face. Loup gris sort son couteau de chasse et s’entaille la paume de la main gauche. Gabriel fait le même geste. Louise, debout dans l’ouverture de la porte de la cabane, reste figée et regarde l’Iroquois prendre la main blessée de son mari dans la sienne et la serrer pendant qu’un peu de sang dégouline sur le sol. L’indien met l’autre main sur l’épaule de Lataille et ce fut tout; ils étaient dorénavant « frères de sang ».

-Bon! Me v’là rendue avec un beau-frère qui porte une houppette sur la tête. Et Louise s’approche des deux hommes de son pas décidé. Elle prend les mains blessées dans chacune des siennes et regarde les plaies. « Vous avez l’air intelligent maintenant. Vous êtes blessés tous les deux. Assoyez-vous à la table, je reviens ».

Trois minutes plus tard elle arrive avec un plat rempli d’eau et deux linges propres. Elle commence par nettoyer la plaie de Loup gris qui, étonné du cran de la Canayenne, regarde Gabriel qui lui fait un air en haussant les épaules. Lorsqu’elle a pansé l’indien, elle s’occupe de son mari. L’indien lève la main en fermant et ouvrant les doigts plusieurs fois, content que le pansement tienne en place.

-Hugh!

-Dis-moi, mon homme; maintenant que ton « frère » est ici, quand penses-tu qu’il va repartir?

– J’imagine qu’il partira quand il voudra, ton neveu est blessé à l’épaule; tu ne vas sûrement pas le chasser de chez toi, femme?

-Certainement pas avant que le reste de la bande d’Iroquois ne soit revenue pour venger leurs morts. On va avoir besoin de la « famille » pour ne pas se faire scalper, je pense.

– Tu as tout compris. Tu es bien digne d’être ma femme, ma belle Louise.

-Tout ce que je demande est que tu n’oublies jamais qui tu es, Gabriel-Nicolas Lefebvre. Nous allons fonder une famille et c’est elle qui devra être digne de porter ton nom; n’oublie jamais ça en éduquant tes fils, sinon je ne te le pardonnerai jamais.

Sur ce, tournant les talons, Louise retourne dans sa maison avec son plat d’eau qu’elle déverse sur l’herbe avant d’entrer.

Gabriel reste figé sur place en regardant sa femme s’éloigner. François Duclos, assis à la table, observe son gendre en se demandant si celui-ci sait exactement quel genre de femme il a épousé. Il allume sa pipe avec un petit sourire en coin, et passe son tabac aux deux indiens qui n’avaient rien saisi de ce qui se déroulait. François paraissait très fier de sa fille.

-Eh bien le beau-frère; tu fais une drôle de face. Commences-tu à comprendre la femme que t’as marié? S’esclaffe Nicolas qui, lui aussi, charge sa pipe.

-Je commence à comprendre à quel point je suis chanceux; mais cela ne me rendra pas la vie très facile; j’ai l’impression.

-Bin non voyons, tu l’as dit plus tôt. T’as qu’à faire ce qu’elle te dit. Et Nicolas lui lance sa blague à tabac pour qu’il charge sa pipe comme les autres.

Le reste de la soirée se passe à enseigner quelques rudiments d’Iroquois à Gabriel et Nicolas. Marie-Louise s’occupe dans la maison.

Au crépuscule, le père et le fils Duclos retournent chez eux en canot avec Cadotte. Les indiens ne voulant pas dormir dans la cabane, Louise leur donne deux peaux de chevreuil pour dormir sur la galerie. Le couple Lefebvre-Duclos se réfugient dans leur lit de plume.

À suivre

André Lefebvre

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, André Lefebvre

« L’innocence des Musulmans »; un billard à mille bandes

Depuis quelques jours on tue et on meurt un peu partout dans le monde pour protester conte un film grotesque. Pas une attaque perfide ou même uns critique malveillante de l’Islam.  Juste un parodie de mauvais goût, comme le serait un soap décrivant par le menu les amours incestueuses de Jesus avec la Vierge sa mère ou la défécation en chaine sur des hosties ou des reliques du Bouddha. Même pas du bon porno : purement blasphématoire.

« L’innocence des Musulmans » n’ayant qu’une valeur de blasphème, le film est totalement dénué d’intérêt… sauf dans la mesure où il choque. Il est une provocation et rien d’autre qu’une provocation. Il faut donc se demander à quoi on joue.  Qui a intérêt à provoquer le monde musulman ?

La réponse la plus triviale c’est : « quiconque croit qu’il y a du fric a faire a produire un tel film » . Soit en misant sur le vaste auditoire que lui garantira sa valeur de scandale, soit plus subtilement en comptant qu’on payera cher pour qu’il ne soit pas mis en marché, soit, encore plus minablement, en faisant simplement en arnaquant un profit immédiat de la différence entre des sommes significatives qu’on peut lever des commanditaires en leur faisant miroiter des ventes mirobolantes et le coût minime de production d’un navet à petit budget.

L’hypothèse triviale ne peut pas être exclue, surtout au vu du passé trouble de celui qui s’en proclame le producteur, mais elle n’est évidemment pas la seule. Ce producteur juif-américain, avec de riches Juifs-Américains comme commanditaires, ne voit-on pas tout de suite le complot sioniste et une tentative pour créer une réaction antiaméricaine dans le monde à laquelle les USA ne pourront réagir que par une riposte contre les États musulmans ? Tout ce qui augmente l’antagonisme entre les USA et le monde arabe n’est-il pas à l’avantage d’Israel ? Alors oublions l’hypothèse triviale du promoteur véreux et pensons complot juif.

Ouaaais …  Mais ce « complot » semble bien facile à percer. Producteur juif, commanditaires juifs, intérêt évident pour Israel…  Israel nous a habitué à mieux. Est-ce que quelqu’un ne tente pas de faire accuser Israel, en mettant de petites miettes de  pain qui conduisent directement à la maison de Mere Grand ?  IL ne manque pas de candidats pour le faire. Ça pourrait etre l’Iran, qui a bien besoin de détourner attention. Les monarchies du Golfe et l’Arabie saoudite ou Le Pakistan, dont les rôle ne sont pas clairs depuis le 911 dont on « célèbre » l’anniversaire. On peut penser aussi complot antisioniste

Mais l’antisionisme n’est pas non plus une trouvaille bien originale. Une recrudescence de l’antiaméricanisme dans le monde musulman, ça sert essentiellement à qui ?  Aux Russes, bien sûr, qui sont dans une position assez difficile présentement en Syrie, et qui n’ont pas la puissance de s’opposer militairement aux USA, sans faire sauter toute la baraque.  Faire de chaque Musulman un allié contre l’Amérique serait pour eux un geste habile… Soyez bien sûrs qu’on y a pensé.

L’antiaméricanisme, toutefois, n’est pas hon plus d’un surprenant machiavelisme. La petite boule de billard n’aurait elle pas une trajectoire plus complexe ?  Car qu’on pense Islamistes, Israeliens ou Russes, il reste que c’est surtout aux USA que ces désordres en pays musulmans vont surtout profiter de en leur permettant de riposter en accroissant leur présence militaire au Moyen-Orient

En mettant encore une fois le blâme sur l’Amérique, a-t-on enfin un scénario satisfaisant ? Hmmm…  pas si vite !  Il ne manquera pas de doigts accusateurs pour soulever cette possibilité, somme toute assez facile, d’un montage par la CIA ou le Pentagone. Or si cette idée d’une manipulation par les USA était reprise par les médias et devenait crédible, elle aurait un impact important sur les élections de novembre aux USA… ce qui ouvre encore plus grand l’éventail des suspects…

Il ne faut jamais oublier, en effet, que pour les Américains, surtout en période d’élections chez eux,  le monde n’est qu’une extension des USA et la politique internationale une facette secondaire de leur politique domestique. Ils jouent entre eux. Nous sommes les pions… ou les boules.

Si donc toute cette provocation s’avère un complot – et soyons réalistes, il est plus probable qu’elle en soit un plutôt qu’une simple bêtise d’un quelconque quidam – les chances qu’ils s’agisse d’une manoeuvre des Républicains ou des Démocrates pour  embarrasser le parti rival sont au moins aussi probables que celles d’une intervention des Juifs, des Arabes, des Iraniens, des Russes ou que sais-je.

Les déclarations qu’on obtiendra du producteur et autres témoins dans les jours et semaines qui suivent permettront de voir à qui finalement les médias voudront faire porter le chapeau et donc a qui profite le crime. Bravo. Mais ça ne s’arrête pas la. Ensuite, on passera à la deuxième étape, qui pourra  faire apparaître comme une manipulation tout ce qui semblera avoir avoir visé à créer la première impression. Et de là à un troisième niveau, comme dans une éternelle partie de papier-caillou-ciseaux. Tout deviendra plus trouble, incertain…

Roosevelt disait qu’il m’y a pas de hasards en politique. Quand on verra dans quelle poche elle aboutit, on pourra supposer que la petite boule – qui aura rebondi sur tant de bandes – a  bien suivi le chemin voulu par celui qui l’a frappée.  Peut-être. Mais rien n’est moins sûr. Le monde est devenu bien complexe. On est dans un billard à mille bandes et on ne connaîtra peut-être jamais le fond de cette histoire. On pleurera les morts et on préparera le prochain coup.

Pierre JC Allard

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Pierre JC Allard

LETTRE À MON CHER LUCIEN

 Mon cher Lucien, tu es devenu, avec les années et les opportunités, une référence à multiples visages qui inspirent pour les uns la sagesse du « gros bon sens » et, pour d’autres, l’opportunisme « du plus rentable ». Tu n’es dépourvu ni d’intelligence, ni de culture, ni de charme pour convaincre, impressionner et rallier à tes diverses causes l’adhésion d’un grand nombre. Cela t’est d’autant plus aisé que les médias officiels t’ouvrent toutes grandes leurs portes et que les élites se font un honneur de t’avoir sur leurs principales tribunes.

J’ai été longtemps un de tes admirateurs. Je voyais en toi un homme de caractère, de détermination et j’y reconnaissais l’homme de convictions que tu étais. J’ai été de ceux qui ont fait pression pour que tu viennes rejoindre le peuple québécois dans sa longue marche vers son indépendance. Les paroles et les émotions ne te manquèrent pas pour convaincre les indécis, pour conforter les chancelants et pour avancer avec les convertis. Tu auras été un grand tribun et un grand Québécois de cette période mémorable. Tu étais devenu l’homme en qui le Peuple québécois se reconnaissait.

Aujourd’hui, 17 ans sont passés et bien des feuilles d’automne sont tombées. Notre Lucien national a perdu de son lustre et ses convictions nationalistes de la profondeur. En mai dernier, à la lecture d’un article ayant pour titre « Le vrai Lucien Bouchard », j’ai eu ce commentaire qui m’est venu comme de l’eau  surgit d’une source.

« Dommage, mon cher Lucien! Tu sais que la “crédibilité” est un bien précieux qui permet de faire beaucoup avec l’appui d’un peuple. Tu sais aussi que pour durer dans le temps il faut que celui qui en est gratifié fasse preuve de fidélité aux valeurs qui en ont été le fondement.

Ton engagement au côté du Peuple québécois, ton peuple, en a fait rêver plusieurs. Ce Peuple est toujours là, mais tu n’y es plus comme celui qui croit en lui, en sa capacité de s’assumer et de tirer tout le profit possible des immenses ressources dont il est le propriétaire et le maître.

Tu sais que ces ressources, exploitées et développées au profit de ce dernier, permettraient, entre autres, de financer des soins de santé de qualité, une éducation gratuite, accessible à tous et à toutes, des soins adaptés pour nos personnes âgées et des opportunités de travail à tous les niveaux du développement du Québec. 


Mais voilà que tes revenus de pension, comme ancien ministre fédéral et ancien Premier ministre du Québec, n’auront pas été suffisants pour entretenir ta passion pour un Québec indépendant. Des offres, sans doute, plus alléchantes t’ont transformé en négociateur de premier plan pour soutirer le maximum des richesses de ce peuple, ton peuple, aux prix les plus bas, afin d’assurer à tes nouveaux employeurs les profits les plus élevés. 


Voilà pourquoi, mon cher Lucien, ta crédibilité n’y est plus. Tu peux toujours t’adresser au peuple, c’est ton droit, mais ne viens plus raconter des histoires que tu travailles pour les intérêts du peuple québécois et que ton souhait le plus cher est son bien.

L’illusion a assez duré. Il te faut maintenant marcher à visage découvert et, comme nous disaient nos parents, t’assumer pleinement dans ce que tu es vraiment, sans le peuple. »

Ces derniers jours, tu as lancé un autre de tes ouvrages pour éclairer le peuple, mais cette fois pour lui dire, entre autres, de ne plus aller se faire massacrer à l’abattoir d’un référendum populaire. Ton argumentaire m’a tout simplement renversé. Tu interpelles les Québécois et les Québécoises en leur disant qu’ils ne peuvent se laisser entraîner dans un nouveau référendum par une minorité de 850 000 personnes (15 % de l’électorat québécois) qui le réclamerait. Là, je n’y comprends vraiment rien.

Regardons les choses bien en face et voyons ce qui est le plus démocratique.

Habituellement, la tenue d’un référendum est décidée par le gouvernement dirigé par le parti qui a fait élire le plus de députés. L’Assemblée nationale du Québec comprend en totalité 125 sièges, correspondant à autant de députés. Un gouvernement majoritaire aura au moins 63 sièges. À ce stade de l’argumentaire, nous en sommes, au mieux, à 63 députés qui ont le pouvoir de décider de la tenue d’un référendum.

Mais là ne s’arrête pas l’argumentaire. Déjà nous savons que tous les partis politiques répondent à des donateurs et que leurs chefs sont choisis de manière à ne pas faire de vague dans la société. Bien plus, certains de ces partis, comme le parti libéral et la Coalition pour l’avenir du Québec, sont sous la dépendance de pouvoirs économiques qui exercent une influence déterminante sur le choix des chefs. Ainsi, advenant leur prise du pouvoir, les grandes décisions gouvernementales seront dépendantes d’une minorité oligarchique dont le nombre est bien en deçà des 850 000 personnes réclamant la tenue d’un référendum.

Quelle est l’approche, selon toi, qui est la plus démocratique ? Celle des lobbys oligarchiques de quelques centaines ou milliers de personnes, tout au plus, ou celle des regroupements populaires de 850 000 personnes ?

Alors, je te demande, mon cher Lucien, pourquoi craindre autant l’expression démocratique qui émerge du peuple ? Pourquoi craindre autant les référendums, alors que le dernier nous fut volé. Le Non gagna par 54 288 voix sur les 5,087 009 électeurs et électrices inscrits sur la liste électorale. Une aussi mince marge aurait dû inciter le fougueux Lucien que tu sais être à tes heures de colère, pour réclamer un recomptage et exiger le contrôle de la validité des votes émis. Tu n’en fis rien et tu laissas les adversaires tirer à boulet rouge sur ton collègue, Jacques Parizeau, en compagnie duquel tu avais fait la promotion du OUI. D’ailleurs, tu conviendras avec moi que les résultats obtenus furent loin d’un massacre à l’abattoir.

En 1998, des membres du Parti québécois prirent connaissance d’un Rapport du DGE mettant en cause plus de 162 000 noms de personnes, inscrites sur la liste électorale, qui ne figuraient pas sur la liste de l’Assurance maladie du Québec.

« DGE avait déjà radié de la liste électorale permanente 56 000 noms qui y figuraient au moment du référendum de 1995. Il se préparait à en faire autant avec 106 000 autres noms de présumés électeurs qui lui paraissent suspects en ce qu’ils ne figurent pas sur la liste de la RAMQ. »

Tu sais mieux que moi que si le peuple québécois a été massacré, ce n’est pas par le référendum, mais par les tricheries, la corruption et l’usage de faux votants n’y ayant droit. Ce le fut également, et tu ne peux y échapper, par la négligence de ceux et celles qui étaient en position d’autorité pour y exiger le recomptage complet des votes et leur validité.

Lucien, nous vivons dans une société où chacun a le droit de choisir ses maîtres et son pays. Je respecte évidemment tes choix qui mettront sans nul doute tes enfants et petits enfants à l’abri des huissiers qui, autrement, pourraient se présenter pour saisir leurs biens. Tu te souviens de cette image, utilisée dans le document des « lucides » auquel tu as participé. Je ne te cacherai pas que lorsque j’avais lu cela, je m’étais dit que ce n’était pas possible que tu puisses avoir cette angoisse pour tes enfants.

Quant à moi, je crois toujours à un Québec indépendant, assez riche en matière première et en matière grise pour assurer le développement d’un pays et la croissance d’une société nouvelle, plus juste, plus solidaire, plus humaine et surtout plus indépendante et libre.

Au revoir

Oscar Fortin

Québec, le 14 septembre 2012

http://humanisme.blogspot.com

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Oscar Fortin

Un nouveau ton politique pour le Québec

.

Un curieux tournant politique au Québec

Normand Charest – chronique Valeurs de société dossier Politique

Pauline Marois politique Québec élections provincialesLe 4 septembre 2012, les citoyens ont élu un Parti québécois (PQ) très minoritaire, mais aussi la première femme en tant que premier ministre du Québec, ce dont on peut tous se réjouir.

L’espoir d’une nouvelle attitude politique ?

Cela pourrait changer l’habituelle bataille de coqs que représente la vie parlementaire, à plusieurs égards. Du moins, nous le souhaitons.

En effet, en tant que femme, Mme Marois souhaite montrer l’exemple d’une gestion féminine plus basée sur la collaboration et la recherche de consensus. Son attitude, posée et calme, lorsqu’elle s’adressait à ses partisans, le soir de la victoire (même après l’attentat qui la visait), est rassurante.

Mme Françoise David, de Québec solidaire (QS), élue pour la première fois, offre aussi une attitude remarquablement paisible et conciliante.

De son côté, M. Legault, de la Coalition Avenir Québec (CAQ), s’est engagé à agir de manière respectueuse, lors des débats à l’Assemblée nationale. Il a été le premier à s’engager sur ce point.

Des engagements politiques

Tous ces engagements envers une action politique paisible et positive font plaisir à voir. Et, sans rêver outre mesure, nous voulons bien les croire et les appuyer. Car il est temps que nous sortions du cynisme, qui a trop longtemps régné.

Ce que nous souhaitons, c’est que les élus puissent enfin consacrer toutes leurs énergies à la mission que leur a confiée les citoyens. Celle de travailler à l’amélioration de notre société, qui en a bien besoin, à tous points de vue.

Les enjeux de société sont nombreux, tout comme les dossiers prioritaires, nous le savons tous. Des questions urgentes attendent des réponses du côté de l’environnement, de la santé, de l’éducation et ainsi de suite. Et la recherche de solutions se perd souvent, comme l’eau dans le sable : d’abord dans les débats partisans, et ensuite dans la bureaucratie.

Nous sommes tous politiquement responsables

C’est pourquoi ce travail ne doit pas se limiter aux politiciens. Les citoyens ne doivent pas s’attendre à ce que ceux-ci trouvent des solutions magiques à tous leurs problèmes. Ils doivent d’abord y travailler eux-mêmes de diverses manières. Par exemple, par des actions communautaires.

Mais cela commence par le travail sur soi, qui se reflète ensuite dans notre entourage : notre famille, nos proches, nos voisins et ainsi de suite. Car notre santé intérieure influencera nos choix, choix de consommation et de mode de vie, par exemple.

La vraie liberté

Des individus éveillés ne suivront pas aveuglément les courants qu’on leur propose, autant dans la mode que dans la façon de penser. On ne pourra plus les manipuler si facilement, comme s’il s’agissait de marionnettes. C’est pourquoi le travail sur les valeurs de société commence par le travail sur soi, et sur les valeurs auxquelles on choisit librement d’adhérer.

Et voilà la vraie liberté fondamentale, que personne ne peut nous enlever, quels que soient nos choix politiques : la liberté intérieure.

Autres textes sur Politique

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Élections, économie, environnement, Raymond Viger, santé

Le nouveau totalitarisme du contrôle des appellations

.
.
.

Notre sidérante affaire débute il y a deux ans environ, quand l’actrice et chanteuse Lindsay Lohan intente une poursuite de cent millions de dollars américains contre une agence de publicité, pour l’utilisation du prénom LINDSAY dans un commercial du Super Bowl portant sur une petite bébé turbulente ayant tendance, disons, à abuser du biberon… Insistons fermement d’abord –en ouverture– sur un point. Ici, ce n’est pas mademoiselle Lohan qui déraille. C’est, plus nettement, la notion de propriété privée qui s’emballe et qui devient follement totalitaire… Il faut prudemment voir à ne pas se laisser influencer par un titre ou un sous-titre de canard racoleur et populiste. L’affirmation “The world revolves around Lindsay. [Le monde gravite autour de Lindsay]” est un commentaire d’ouverture poudre aux yeux, dans le genre de cette image bien connue du président Obama, ce bourgeois raffiné et un rien hautain, s’amenant en bras de chemise dans ses meeting populaires pour faire peuple lui-même. En ouvrant ici l’exposé de la nouvelle dans cet angle du ci-devant narcissisme de mademoiselle Lohan, un certain journalisme vous oriente sciemment la pensée. On dévie ouvertement de l’enjeu critique en cause et on manipule le propos au départ, dans la direction du petit potin sans portée. Le commentaire d’ouverture correct serait: Le prénom de Lindsay Lohan fait-il partie de la propriété intellectuelle (privée) de sa marque de commerce? La réponse reste non, mais le topo n’est plus détourné dans le style ad hominem et creux des feuilles de chou mondaines. Qui donc veut confondre ici l’entreprise qui poursuit avec l’ego de la petite vedette en cause dans la poursuite? Personne de vraiment sérieux. Pendant qu’on tape sur les doigts de mademoiselle Lohan tous en choeur, le totalitarisme privé lui, reste, en douce, bien niché dans les implicites non questionnés. Cela vient vieux à terme, ce genre de journalisme de surface. Ceci était MON ouverture sur cette question.

Traitons ladite question dans sa dimension radicalement ethnoculturelle (plutôt que superficiellement potino-anecdotique). Le problème est assez ancien. Il rejoint (sans s’y confondre) la question, toujours sensible, de l’antonomase sur marques de commerce (kodak, kleenex, et, en anglais, les verbes to hoover, to xerox, pour n’égrener que de maigres exemples qui, vieillots, ont la qualité, fort prisée vue l’ambiance, d’être sans risque). Alors, bon, les prénoms MICKEY, ELVIS et MADONNA sont-ils associés à des objets culturels spécifiques? Personnellement, je pense que oui. Par contre, cette poursuite-ci de cent millions (cela ne s’improvise pas par narcissisme individuel, une poursuite de cette amplitude) tente tout simplement le coup d’ériger LINDSAY en objet culturel similaire… À tort, je pense… mais il ne serait pas si facile de formuler un net critère démarcatif. Le problème, déjà fort emmerdant, se complique ici, en plus, d’une facette diffamatoire. On découvre, dans l’article que j’ai mis en lien, un résumé de l’argument de la poursuite. Il se lit comme suit: “They used the name Lindsay,” Ovadia said. “They’re using her name as a parody of her life. Why didn’t they use the name Susan? This is a subliminal message. Everybody’s talking about it and saying it’s Lindsay Lohan [Ils utilisent le prénom Lindsay pour parodier sa vie, a déclaré Ovadia. Pourquoi n’ont-ils pas pris le prénom Susan? C’est un message subliminal. Tout le monde en parle en disant qu’il s’agit de fait de Lindsay Lohan].” Bon, la légende urbaine du subliminal, on a compris ce que ça vaut, depuis un moment, allez. Mais ce qui m’ennuie le plus ici c’est le “Everybody’s talking about it [Tout le monde en parle]”. J’aimerais bien qu’on me cite les sources datées qui établissaient cette corrélation AVANT le buzz de cette poursuite même, qui lui, justement, désormais, impose cette susdite corrélation. En d’autre termes, bien… moquez vous de Lindsay Lohan ici et ailleurs, en rapport avec cette affaire, et vous alimentez simplement l’argumentation malhonnêtement victimisante sur laquelle se fonde justement la toute rapace poursuite en diffamation. Bonjour, le piège à con…

Cette affaire, cette flatulente énormité juridique, n’est aucunement anecdotique. Elle est bien plus qu’un fait divers. Elle a une portée qui va beaucoup plus loin que la simple trajectoire artistique ou mondaine de Lindsay Lohan. Mon tout petit rédacteur de journaux à potin qui ne veut pas voir plus loin, laisse moi maintenant t’expliquer. Tu ramènes le tout de la chose à du fricfrac interpersonnel, prouvant ici que tu n’y vois goutte. Il y a une notion que tu ne comprends pas: celle de jurisprudence. Je vais d’abord t’inviter à corréler ce débat sur la propriété commerciale du (fort répandu) prénom LINDSAY à cette poursuite-ci, agression ouverte procédant d’une dynamique similaire (sans narcissisme personnel de petite vedette à pointer du doigt, cette fois). Une entreprise privée, le Marché Saint-Pierre, poursuit une autre entreprise privé, l’éditeur d’un polar, sur la base diffamatoire: ne parle pas de moi, tu me dénigres. Une entreprise privée, l’estate de Lindsay Lohan, poursuit une autre entreprise privée, le publicitaire E-trade, sur la base diffamatoire: ne parle pas de moi, tu me dénigres. Comme le diraient ces bons ricains que, cher rédacteur de journaux à potins, tu adores et que tu prétends si bien comprendre: is there a pattern here? Dans les deux cas, une réalité publique du tout venant (un prénom, un lieu) est l’objet du délit au sein d’une poursuite en appropriation… La manœuvre juridique est identique (le reste, c’est, au pire, de l’anecdote, au mieux, de la nuance). La jurisprudence, elle aussi, est identique. Si le forban qui poursuit plante le forban qui se défend, moi, dans mon petit coin, je me prends de toute façon les tessons dans la gueule PARCE QUE LE RÉSULTAT FAIT JURISPRUDENCE. Notons au passage qu’on est finalement bien loin du narcissisme, plus proche du totalitarisme. Je pourrais, demain, ne plus avoir le droit de dire ni MARCHÉ SAINT-PIERRE (ni, la peur jurisprudente jouant: LOUVRE, TOUR EIFFEL, TOUR CN, PLACE VILLE-MARIE, CANAL RIDEAU, CANADA) ni LINDSAY (ni, la peur jurisprudente jouant: MICKEY, ELVIS, MADONNA, BRANGELINA, BARACK, YSENGRIM ou le chiffre SEPT – des 7 du Québec). Que l’objet du délit soit vague (y a pas que mademoiselle Lohan qui se prénomme Lindsay) ou clairement cerné (c’est bien du Marché Saint-Pierre qu’il s’agit dans ce polar), la constante qui se stabilise est hautement inquiétante. On peut vous accuser impunément (surtout si on a les moyens de se payer un service juridique somptuaire) de DÉNIGRER du seul  fait d’AVOIR NOMMÉ. Paniquant…

Alors maintenant, avançons encore d’un cran dans l’abus de droit du «droit». Au lieu d’une entreprise attaquant une entreprise, on a une entreprise attaquant un individu ordinaire, un simple pingouin de base sans défense. C’est le cas, tout récent tout chaud, de cette pauvre institutrice française, madame FIGARO, qui vient de se prendre sur le coin de la tête, pour son petit blogue personnel sans revenu s’adressant à ses élèves, une mise en demeure… du Figaro. Oh, oh, mais vous me direz pas, après ça, que les entreprises privées contemporaines ne sont pas littéralement atteintes d’un syndrome totalitaire. Oh, mais faites excuses, voici que je m’expose moi-même à une poursuite du Collège de Médecine pour dénigrement de la notion de syndrome… Enfin, bon, je préserve mes quelques chances de non-lieu, puisque les restaurateurs d’Italie ne sont pas (encore) parvenus à imposer une appellation contrôlée sur la notion de pizza (comme il y en a une sur les notions de bordeaux, de bourgogne, de champagne, qui ne se barouettent pas comme ça). Je m’efforce ici de vous faire un peu rire avec ceci mais, batince, je la trouve pas drôle du tout, en fait, pour dire le fond de ma pensée. Privé, privé, privé! Le privé s’empare d’objets physiques ou mentaux du tout venant et dit: “c’est à moi, taisez-vous, n’en parlez plus. Silence. Baillon.”. C’est atterrant.

Et, en plus, c’est outrageusement enrichissant. Car, en conclusion de ce petit billet fort marri (en attendant les prochains abus juridiques impudents de l’hydre entrepreneuriale sur ce front), il faut signaler que mademoiselle Lohan et son estate ont fini par abandonner leur poursuite peu après l’avoir intentée mais ce, non sans avoir tiré des revenus non précisés de l’entente hors cours s’étant conclue sans trompette (the actress made some money out of the deal – noter, encore ici, le traitement incroyablement potineux et creux, sciemment minimiseur, en fait). Bilan: dans le cloaque néo-libéral du laxisme légal contemporain, il y a toujours moyen, pour une entreprise puissante, de poursuivre, de gagner, de bâillonner, d’extorquer. Le principe fondamental est singulièrement répugnant. C’est la dictature du silence culturel imposée par les accapareurs possédants. C’est puant et cela s’étend. Je demande: qui donc mettra la bride à ce nouveau totalitarisme du contrôle des appellations? Et je signe:

PAUL (Newman’s Own me guette ici)
LAURENDEAU (ici c’est le journal Le Devoir)

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, économie, Paul Laurendeau

Les cerf-volants de Kaboul. Un seul péché : le vol!

 
 
 

 

Permettez-moi de me perdre dans les méandres du très beau film «Les cerf-volants de Kaboul» tiré du livre de l’auteur afghan Khaled Hosseini et de vous partager l’ineffable impression qu’il m’a laissée.

Au commencement, une histoire simple qui se situe à Kaboul en Afghanistan, une amitié entre deux enfants du même âge, d’à peu près dix ans, au début des années ’70.

Il y a Hassan, le Hazara, au cœur pur comme un diamant, qui dit à son seul ami Amir, le Pachtoun, pour qui il voue une vénération sans bornes, que «pour lui il courrait des milliers de fois.».

 Les deux garçons passaient leurs moments libres à déambuler dans les rues animées de Kaboul, à voir des western américains principalement par John Wayne et Charles Bronson, à manger des friandises, et à jouer des tours aux vieilles personnes qui paraissaient sans danger de représailles.

Les deux enfants vivaient dans le même environnement, Amir, dans la maison de son père, homme d’affaires important et prospère de la ville, et Hassan, le fils du domestique de la maison, dans une cabane à côté de luxueuse demeure aux quinze pièces. En réalité, ils ne le savaient pas, mais les deux garçons étaient frères de lait, nés du même père, à une année d’intervalle. Ils avaient appris à faire leurs premiers pas sur la même pelouse, avaient été allaités par la même nourrice.

Frères de lait, mais vivant sur deux planètes différentes, parce que Hassan était analphabète et le resterait parce qu’on refusait cette catégorie sociale à l’école. Il n’était pas du même niveau. Si Hassan n’avait pas la beauté et l’éducation d’Amir, avait du courage. C’était lui qui défendait Amir. Quand Amir allait à l’école, c’était Hassan qui préparait son petit-déjeuner, qui rangeait ses vêtements, écoutait ses complaintes.

Le père d’Amir avait de l’affection pour Hassan. Souvent il disait à son cousin qu’il le trouvait brave, beaucoup plus que son fils Amir. Ce dernier entendait ces mots car il écoutait souvent aux portes. Il souffrait de la froideur de son père. Malgré lui il était jaloux de l’amour que son père portait à Hassan.

Un jour, alors qu’ils se promenaient dans des ruelles sombres, ils furent cernés par la bande d’Assef – un grand adolescent méchant de quinze ans qui ne pensait qu’à frapper, et ne sortait jamais sans ses acolytes. Assef menaça Amir de le frapper s’il ne reniait pas Hassan qui n’était qu’un foutu d’Hazara, tout juste bon à torcher les autres. Ce n’est pas qu’Amir vouait une grande fidélité à Hassan, il trouvait injuste c’est vrai qu’on le traite aussi mal, mais en même temps il avait honte d’être perçu comme son ami. Il n’était pas son ami, pensait-il, car Hassan était son domestique! Mais il n’osait le dire tout haut afin de ne pas blesser Hassan, et il savait que son père ne l’aurait pas toléré.

Assef continuait à invectiver les deux enfants des pires insultes. Il considérait qu’Amir et son père  déshonoraient l’Afghanistan en accueillant des Hazaras. C’était indigne et méritait une sévère punition.

Tout à coup, Hassan se baissa et se redressa rapidement. Assef et les autres marquèrent leur surprise en le voyant tenir un lance-pierre, l’élastique tiré au maximum, qui n’attendait que d’être relâché pour catapulter directement sur Assef le caillou de la taille d’une noix. Hassan ne sortait jamais sans son lance-pierre et il le maniait avec une grande dextérité.

Assef ricana et fit remarquer à Hassan qu’il toisait avec mépris qu’ils étaient trois contre deux.

–       Vous avez raison, agha, dit courtoisement Hassan. Sauf que, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué vous non plus, c’est moi qui tiens le lance-pierre. Si vous bougez, on vous nommera Assef le Borgne à la place d’Assef le Mangeur d’oreilles. C’est votre œil gauche que je vise.

Assef n’eut pas d’autre choix que de reculer, mais il lui jura qu’un jour il le regretterait amèrement.

Cet incident fit très peur aux deux garçons.

Souvent, Amir qui aimait la littérature et rêvait d’écrire des histoires, lisait à Hassan les passages d’un livre que celui-ci écoutait avec le plus grand intérêt. Jusqu’au jour où il lui lut une histoire qu’il avait lui-même écrite. Quand Hassan le sut, loin d’être envieux, il le félicita et le regarda avec une admiration encore plus grande. Amir se mirait dans ses yeux, et ne pouvait s’empêcher de se sentir plus fort et beau. Lorsque Hassan, cependant, osa lui suggérer un changement dans son scénario, il se rembrunit, car il se disait qu’il n’y comprenait absolument rien, lui qui ne savait même pas lire.

La jalousie et la frustration couvaient dans le cœur d’Amir de plus en plus souvent. Jusqu’au jour fatidique où avait lieu la fête des cerfs-volants, célèbre dans le pays. Amir se présenta à la joute, et demanda l’assistance d’Hassan. Les gens de la ville assistaient à cette fête, les uns assis sur leurs terrasses, devant la porte de leur maison, les autres entassés dans une aire d’observation.

Amir l’emporta, et se sentit très fier de lui. Hassan était aussi heureux que lui. Comme ils étaient sur le chemin du retour à la maison, très joyeux, anticipant le repas qui leur serait servi et pour Amir la joie de recevoir les félicitations de son père,  le cerf-volant qu’Amir tenait dans sa main s’échappa et s’envola à travers les dédales des ruelles. Hassan tout de suite se mit à courir de toutes ses jambes. Au détour d’une ruelle, il fut pris par Assef et sa bande qui sautèrent sur lui et le traînèrent dans un coin sombre. Assef exigea qu’il lui remette le cerf-volant mais Hassan refusa, parce que c’était, disait-il, le prix d’Amir.

Amir qui s’approchait entendit ces mots et en eut le cœur bouleversé. Figé sur place, se demandant comment il pourrait l’aider, il vit ce qu’Assef et ses amis firent à Hassan : ils le violèrent à plusieurs reprises, crachèrent sur lui, et le traitèrent de tous les noms.

Quand Assef et sa bande se retirèrent, Amir n’alla pas voir Hassan. Il resta caché sous un escalier. Mais il le vit marchant péniblement, la tête baissée, tenant solidement le cerf-volant dans sa main.

À partir de ce jour-là, plus jamais les deux enfants ne jouèrent ensemble. Hassan continuait à remplir ses tâches, mais n’avait pas l’air bien. Il gardait la tête baissée. Amir se mit à le détester, à se sentir très mal devant lui.

Un jour, en revenant de l’école, il demanda à son père qui se préparait un whisky s’il était un pécheur car selon les enseignements du mollah, il était en train de commettre un péché.

Son père le regarda très sérieusement et consentit à l’éclairer.

–       Je vais te parler d’homme à homme, mon fils. Tu penses être à la hauteur?

Le fils acquiesça.

–       Peu importe ce que prétendent le mollah et tous ces barbus, il n’existe qu’un seul et unique péché : le vol. Tous les autres en sont une variation.

1) lorsqu’on tue un homme, on vole une vie. On vole le droit de sa femme à un mari, on prive ses enfants de leur père.

2) lorsqu’on raconte un mensonge, on dépossède quelqu’un de son droit à la vérité.

3) lorsqu’on triche, on vole le droit d’un autre à l’équité.

–       Un homme qui s’empare de ce qui ne lui appartient pas, termina le père, que ce soit une vie ou du pain, n’est pas un homme intègre.  Et si Dieu existe, alors j’espère qu’il a mieux à faire que de s’occuper de savoir si je mange du porc ou si je bois de l’alcool.

Ce qu’Amir comprit, c’est que le vol était impardonnable.

Comme il ne savait comment se délivrer de sa jalousie et de sa culpabilité envers Hassan, il créa un scénario qui ferait passer ce dernier comme un voleur. Ainsi, son père cesserait de l’aimer et peut-être même de le préférer à lui.

Il s’organisa pour cacher sous le matelas d’Hassan la montre en or qu’il avait reçue en cadeau à son anniversaire. Puis, il alla voir son père et lui dit qu’il avait perdu sa montre. Son père lui conseilla de bien regarder dans sa chambre. Amir revint voir son père et lui dit qu’il soupçonnait Hassan. Son père le regarda étrangement, très longuement, mais pour la forme, accéda à son soupçon et devant le père adoptif d’Hassan, demanda qu’on fouille sous le matelas. La montre était là.

Mais le père d’Amir s’empressa de dire à Hassan qu’il lui pardonnait, ce qui épouvanta encore plus Amir. Néanmoins, Hassan et son père décidèrent de partir au Pakistan, ne pouvant plus tolérer cette situation.

Cette histoire allait rester comme une écharde dans le cœur d’Amir, et longtemps plus tard, alors que son père et lui se réfugieraient en Californie pour fuir le pays envahi par les Communistes, il comprendrait que dans son attitude même résidait la semence des troubles qui déchireraient son pays pendant des années.

LA SUITE LA SEMAINE PROCHAINE

Carolle Anne Dessureault

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Carolle-Anne Dessureault

UN ÉTÉ À DAMAS : LA CONJURATION DU « PRINTEMPS ARABE »

 

 

La civilisation arabe   

Analyser le mouvement historique qui bouleverse depuis deux ans cette civilisation millénaire, c’est comme d’étudier un organisme vivant – complexe – aux organes innombrables et aux fonctions multiples, inter reliées et interdépendantes. Une crise de croissance d’aussi grande ampleur ne peut être la résultante d’un seul facteur, d’un seul vecteur, ni ne peut provoquer une simple éviction immunitaire. Les variables qui orientent le « Printemps arabe »  sont nombreuses et les conséquences multiples.

Qu’en est-il au juste de ces révoltes – « révolutions » – et insurrections dévoyées qui ont secoué les pays arabes des régions du Maghreb et du Machrek entre les années 2010 et 2012 ?

Le « Printemps arabe » ne s’est pas transformé en « Hiver salafiste » par mimétisme ou par atavisme. Aux imposantes forces sociales – classes sociales – actives  au sein des différentes sociétés nationales – ethniques – religieuses – tribales – néocoloniales peuplant ce sous-continent tout un processus de maturation, d’adaptation, de réaction et de récupération pour maintenir en place, sous une façade caméléon, la structure sociale antique-tétanisée, correspondant au développement des forces productives capitalistes sous sujétion néocoloniales et aux rapports sociaux dégénérés qui perdurent dans ces différents pays sous-développés-dominés soumis aux puissances impérialistes (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne, Russie, Chine).

Comme l’écrit cyniquement un agent secret français, porte-faix en partie responsable de cet état de fait : « Il fallait tout de même être naïf pour croire que, dans des pays soumis depuis un demi-siècle à des dictatures qui avaient éliminé toute forme d’opposition libérale et pluraliste, la démocratie et la liberté (sic) allaient jaillir comme le génie de la lampe par la seule vertu d’un Internet auquel n’a accès qu’une infime minorité de privilégiés de ces sociétés. » (1).

Mais le « Printemps arabe » était-il une quête de démocratie électoraliste bourgeoise – une poursuite du crétinisme parlementaire ? De l’immolation désespérée d’un étudiant à Sidi Bouzid (17.12.2010) à la guerre mercenaire d’invasion de l’OTAN contre Damas et Alep (15.07.2012), l’organisme social appelé « Civilisation arabe » a été gros d’une révolution que les pétro-monarchies théocratiques du Golfe, assistées par leurs complices opportunistes, socialistes et chrétiens-démocrates, et autres intégristes fascistes turques, jordaniens, israéliens, libanais; sous la houlette de leurs puissances impérialistes de tutelle, sont parvenues à contrer pour forcer l’accouchement d’un bébé mort-né – contraint de « voter pour choisir son potiche » – exterminant de ce fait – pensaient-elles ces puissances de tutelles – tout espoir de libération économique, politique et sociologique véritable des sociétés arabes.

Les puissances impérialistes de tutelle se trompaient cependant, car le mouvement social arabe (subsumant toutes disputes ethno-religieuses et claniques) trouve sa source directement dans les conditions économiques misérables des peuples de ces pays exsangues où se côtoient la misère dégradante, la famine humiliante, le bidonville crasseux, l’analphabétisme déprimant, le chômage endémique, le désœuvrement dépravant, le patriarcat rétrograde, l’impossibilité même pour les nouvelles générations de simplement s’accoupler pour se perpétuer biologiquement et sociologiquement.

Quand un peuple n’a plus rien à perdre  

La source profonde de toutes ces révoltes arabes réside dans le désespoir qui porte tout naturellement la jeunesse puis le peuple tout entier à s’indigner, protester, quémander  d’abord, puis à la fin exiger, non pas un bulletin de vote comme Hilary Clinton l’a insidieusement susurré, mais du pain, de l’eau, un logement et un avenir à partager et à doter ses enfants.

Les contradictions insolubles et inéluctables du développement impérialiste mondial n’offrent aucun espoir aux prolétariats des pays dominants où la société de consommation des Trente Glorieuses commence à ressembler à un spectre évanescent – il n’y a que les «bobos» pour ne pas avoir remarqué que la crise économique récurrente  détruit les fondements même de leur prospérité déclinante. Comment le développement capitaliste anarchique pourrait-il offrir un avenir aux prolétaires et aux travailleurs des pays arabes dominés-néo-colonisés ? Les révoltes arabes marquent la résurgence de ces mouvements de fond profonds qui bouleversent le monde impérialiste présent, tous continents confondus. Il est fort compréhensible que le maillon « arabe » faible de la chaîne d’oppression et de gouvernance impérialiste mondiale secoue le joug en avance.

N’ayez crainte cependant, en Europe, en Amérique, en Chine, en Inde et en Afrique les relais révolutionnaires s’accumulent et de grands cataclysmes sociaux se préparent. Regardez ce monde décadent trembler sur ses bases, terrifiant les possédants qui songent par instant à une guerre d’épuration raciale afin de trancher leurs différends, se repartager les marchés, les ressources minières, la biomasse, l’énergie et surtout les sources de plus-value pour davantage de profits et la reproduction élargie de leur  système d’exploitation décadent.

Les révolutionnaires véritables seront-ils assez perspicaces et empressés pour préparer adéquatement leur « Printemps mondial » ? Saurons-nous anticiper le prochain épisode inéluctable de cette saga larvée afin de l’aider à survenir et à  désintégrer ces sociétés paralysées ? Si nous faisons défaut d’orientation et d’organisation, nous nous condamnons à réécrire ce qui a déjà été écrit, convenu, vécu et perdu. La révolution empêchera leur guerre mondiale ou leur guerre universelle entraînera la révolution, c’est la seule solution.

Revendications légitimes insatisfaites

Les revendications légitimes de tous les peuples arabes et de toutes les minorités ethno-religieuses régionales, dans tout le sous-continent s’étendant du Maroc à l’Iran en passant par le Bahreïn, le Yémen, l’Égypte, le Liban, la Palestine occupée et la Syrie sont pourtant identiques : du pain, de l’eau, des logements, du travail, l’éducation des enfants, des soins pour les grands-parents et des conditions de vie humaines sans vilaines guerres « humanitaires » meurtrières. Bref, la satisfaction des conditions sociales de reproduction élargie de l’espèce humaine, ce que le système impérialiste moribond ne peut plus assurer et qu’il met en péril d’un point de vue simplement biologique et écologique. Les prolétaires  arabes et leurs alliés, ainsi que les prolétaires du monde entier et leurs alliés, doivent éradiquer l’impérialisme et la classe capitaliste monopoliste s’ils souhaitent simplement survivre comme espèce.

La réponse des potentats arabes locaux a été partout la même : réprimer, matraquer, blesser, emprisonner, torturer et tuer sans vergogne, parfois, comme en Syrie, au motif avéré que l’opposition n’est qu’un ramassis de mercenaires assassins, criminels de guerre et terroristes soutenus par l’OTAN et exfiltrés de certains pays de  « démocratures » (dictatures sorties des urnes par la magie des pétrodollars qataris et saoudiens). La voilà leur démocratie compradore adoubée par leurs maîtres dégénérés.

L’effroyable guerre de Syrie

La guerre de Syrie marque pourtant un tournant terrifiant. Depuis l’effondrement du social-impérialisme-soviétique en 1989, c’est la première guerre d’agression d’un peuple où les deux blocs impérialistes dominants s’affrontent indirectement pour le contrôle hégémonique d’un territoire déterminé et pour se jauger avant de se mesurer directement. Pour la première fois la Russie et ses alliés, l’Iran et l’Alliance de Shanghai tiennent tête à l’OTAN, aux américano-européens et à leurs sous-fifres du Golfe persique et du reliquat Ottoman.

Du résultat de cet affrontement inter-impérialiste dépend la suite des guerres d’agressions néocoloniales impérialistes. L’Iran et le Pakistan seront-ils les suivants, ou l’OTAN devra-t-elle revoir ses plans pour le réaménagement du Grand Moyen-Orient ? Cette question sera tranchée à Damas d’ici la fin de l’été (2).  Ce que l’analyste Georges Stanechy a ainsi décrit : « Mis en perspective géopolitique, les vetos Russe et Chinois, contre l’invasion de la Syrie par les forces occidentales, n’ont donc rien à voir avec le maintien d’une base navale ou d’un marché quelconque pour leur commerce extérieur. C’est un coup de semonce à l’encontre d’une utopie géopolitique que la nomenklatura de l’Empire (Étatsunien NDLR), imbibée de mégalomanie, se refuse à entendre. » (3).

En tous lieux sur la terre arabe, incluant les zones ethnico-religieuses minoritaires et la terre palestinienne occupée-colonisée (l’appartenance religieuse étant dans ces pays sous-industrialisés et économiquement atrophiés un facteur identitaire retardataire), les puissances impérialistes mondiales ont joué leur va-tout déterminant au milieu de la tourmente, imposant ici un changement de la garde (Égypte-Tunisie-Yémen) ; requérant là des aménagements constitutionnels « démocratiques bourgeois démagogiques » ; montant parfois le chapiteau de la mascarade électorale propre à rasséréner les guignols-des-« in-faux » occidentaux ; s’en remettant souvent aux partis politiques intégristes salafistes-wahhabites-Frères musulmans – qui furent si longtemps gardés en réserve de la dictature républicaine – derniers remparts pour mâter la légitime vindicte populaire et ouvrière.

Washington, Paris, Berlin, Londres, Moscou et Pékin savent bien qu’il sera toujours possible de mettre fin à ces foucades électorales si jamais la situation se corsait; ou de faire reprendre ad nauseam le vote aux insoumis; ou alors qu’il sera toujours temps de rappeler l’armée aux commandes – cet État dans l’État, ce  contre-pouvoir omnipotent – dans cette arabesque de néo-colonies spoliées.

Gauchistes et opportunistes pataugent dans le marécage électoral

Malencontreusement, le passé et le présent de ces insurrections populaires larvées ont été écrits dans le sang versé par les forces révolutionnaires authentiques, qui partout dans ces pays de guerre ont été, par les années passées, systématiquement et soigneusement exterminées – éradiquées. Les groupuscules opportunistes, les malfrats révisionnistes et les pseudos socialistes ayant survécu aux razzias fascistes se sont récemment précipités vers les urnes, heureux d’embrasser ces autels de conspiration ouverts à leurs supplications serviles : « Nous obtiendrons bien quelques strapontins d’arrière banc législatifs », gémissent-ils tous en chœur trouvant là réconfort à poursuivre leur collaboration de classe dans l’indignité et la servilité consacrée.

Les tâches qui s’imposent

La tâche des véritables révolutionnaires arabes qui souhaitent changer l’ordre social existant et sortir définitivement leur classe sociale, leur peuple et leur nation de l’oppression néocoloniale impériale qui écrase ouvriers, paysans, étudiants, artisans, employés, fonctionnaires et leurs frères, est pourtant toute tracée.

Il leur faut patiemment et clandestinement reconstruire la solution de remplacement révolutionnaire qui s’est tapie sous le manteau de l’écheveau complexe des rapports inter-ethnico-religieux. L’ouvrier arabe, palestinien, druze, alaouite, chrétien, copte, sunnite et chiite est d’abord {par sa praxis économique – comme instrument de la machine de production capitaliste – par son activité communautaire journalière – comme résident de son quartier de pauvreté – par sa pratique sociale quotidienne – comme aliéné} un prolétaire exploité qui n’a que ses chaînes à perdre et tout un monde à conquérir. La liberté sociale de classe, désaliénée, n’est pas un slogan ou une marque de commerce et elle ne sera jamais l’aboutissement des urnes et des isoloirs; c’est un objectif collectif  radical que le prolétariat arabe devra conquérir par la lutte insurrectionnelle de classe.

Sans un parti révolutionnaire clandestin muni d’une conscience prolétaire et d’une science militaire dirigeant vigoureusement l’armée des enragés de ces pays arabes  avancés (du point de vue de la praxis révolutionnaire du moins), alors ces peuples, ces ouvriers, sont condamnés à réécrire toujours semblable l’histoire de leurs espoirs asphyxiés (4). Le prolétariat arabe plus avancé a le devoir de se poser en modèle révolutionnaire pour les prolétariats grecs, espagnols, italiens, britanniques, turcs, israéliens, français et américains.

______________________

(1)   Alain Chouet. 08.0.2012. Syrie: « Je m’interroge sur l’attitudes des occidentaux. L’éventuel départ d’Assad ne changerait strictement rien à la réalité des rapports de pouvoir et de force dans le pays ». Invité de l’Association Régionale Nice Côte d’Azur de l’IHEDN (AR29) Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE (France).

(2)   Robert Bibeau. La Russie lâcherait-elle la Syrie ? 29.12.2011.  http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-russie-lacherait-elle-la-syrie-107056

(3)   Georges Stanechy. Nucléaire iranien : Prétexte et préméditation. 14.08.2012. http://www.legrandsoir.info/nucleaire-iranien-pretexte-premeditation.html

(4)   Robert Bibeau. Le « Printemps arabe » bilan d’un avortement. 28.05.2012.  http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31087

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Robert Bibeau