Archives de Catégorie: Jean-Pierre Bonhomme

La gauche chrétienne et nous

 
 

 

Le Québec a jadis été, avec le moyen des communautés religieuses, un lieu de solidarité avec les pauvres du monde. Il y avait des religieux, femmes et hommes, partout dans les pays dits du Tiers Monde pour évangéliser, pour aider. J’en ai moi-même vu, dans le fond de la Colombie (celle d’Amérique du sud), par exemple. De jeunes femmes québécoises étaient là – toutes seules – au secours des noirs (quasiment tout nus) qui avaient fui dans la brousse ce colonialisme prédateur du siècle passé. Elles étaient les seules, guidées par leur foi chrétienne, à se solidariser  avec cette misère noire comme on dit, avec les plus pauvres de la Terre» et à vivre avec eux.

C’est dans cet esprit, ce contexte en quelque sorte que les propagateurs de la «théologie de la Libération» se sont réunis la semaine dernière à la Maison Bellarmin de la rue Jarry (le siège de la «compagnie» jésuite). Il y avait là beaucoup de laïques et de religieux non identifiés par le costume, désireux de faire le point sur cette action de solidarité qui ne semble pas morte. Le tout sous-tendu par un dossier sur le sujet paru dans le numéro de novembre de la revue Relations.

On ne nous a pas dit, lors de cette rencontre, que la théologie de la libération a le vent dans les voiles partout dans le monde; d’autant que, dans des remarques en a parte, on nous a signalé que bien des évêques conservateurs d’aujourd’hui ont remplacé bien des prédécesseurs progressistes. Cela est assez connu. Ce qui l’est moins c’est que, dixit le texte liminaire, la remémorisation  subversive de l’Évangile continue son œuvre d’espérance… C’est à voir et à souhaiter si l’on songe que les forces de l’argent on bien d’autres idées en tête.

J’apprends moi-même, dans un article de Yves Carrier, un théologien, que le mouvement (  radical ) de la théologie de la libération, engagé il y a 40 ans, «trouve en partie sa source dans le travail des missionnaires québécois». L’auteur nomme ainsi  plusieurs clercs d’ici, notamment Mgr Gérard Cambron, du diocèse d’Amazonie. Celui-ci «a eu une influence déterminante dans la naissance et la propagation du grand mouvement des communautés ecclésiales de base, fers de lance de la résistance à la dictature et composantes importantes de nombreux mouvements sociaux à travers le continent…» ( l’Amérique du Sud bien entendu). Et on dira après que les Québécois sont et ont été enfermés sur eux-mêmes!

Ceci dit le dossier sur la théologie de la Libération avec sa coloration québécoise, identifie le sujet de la libération comme une affaire plus ou moins «latine», c’est-à-dire  d’Amérique «du sud». Or il me paraît que cette distanciation du Québec par rapport à la latinité est inopportune. En effet, au fond des choses, le français est une langue tout aussi latine que l’espagnol; et puis il y a, outre le Québec, un autre pays latin en Amérique du Nord et c’est le Mexique avec ses 100 millions d’habitants. .. Qui dira, par ailleurs, que le sujet de la libération ne s’applique pas à la situation de la vallée du Saint-Laurent? Pour ma part j’ai vu, au Mexique et ailleurs «en latinité», une forme d’humanisme qui n’est pas loin de dépasser en qualité celui d’ici. J’ai bien l’impression que les Québécois pourraient bien «se libérer» eux aussi de certaines formes de pauvreté aussi extrêmes que bien d’autres ailleurs dans le monde; la pauvreté culturelle n’est-elle pas aussi réelle et aussi destructrice qu’une autre? Ceux qui en doutent seraient bien avisés d’aller voir le film La Laurentie. Ils y verront jusque dans quelles noirceurs a plongé la culture locale et qui se trouvent cachées dans les interstices de nos comportements petits-bourgeois… Les auteurs du film, perspicaces, ont bien souligné les effrayants vides qui caractérisent les rapports humains d’une masse de population désoeuvrée; un vide qui conduit à la révolte suicidaire. Qui dira qu’il n’y a pas là matière à «libération» et qu’il n’y aurait pas lieu d’envoyer en ces lieux, autant qu’en Afrique, quelques missionnaires progressistes pour régler ca?

Le dossier de Relations nous montre, justement, que, pour ce qui nous concerne il y aurait lieu d’engager l’action chrétienne dans une autre sorte de théologie libératrice. Celle-ci se nomme, dit le théologien Guy Côté, le Groupe de théologie contextuelle (fondé en 1986). Ce groupe, dit-il, «veut mettre l’analyse socio-théologique au service de l’action militante». Il s’associe à ceux qui cherchent à partager «un même refus de l’injustice et de la violence qu’imposent les politiques néolibérales, le mépris du bien commun et le saccage de l’environnement». Cette théologie veut prendre acte du contexte de la Laurentie; oui mais, à prime abord, elle ne me paraît pas très différente de la théologie de libération dite «latine» et dont les actions d’ici ne constituent qu’un courant.

Par les temps qui courent ici, chez nous, alors que les mouvements politiques, penchent tous – ou presque – à la droite du dieu Mamon, il me semble rafraîchissant que des forces plus humanistes abordent la question de la libération du Québec dans ce qu’elle a de plus paralysant.

18 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

Le manifeste d’espoir de Mme David

 
 

La présidente du parti Québec solidaire, Mme Françoise David vient de publier un petit livre, une sorte de manifeste (De colère et d’espoir) qu’il est bon d’étudier et de méditer. C’est le texte d’une personne libre qui donne avec clarté et détermination sa pensée au sujet des choix que le Québec doit faire pour vivre ou, comme certains le pensent, pour ‘survivre’. Car l’avenir de ce peuple québécois est loin d’être assuré : sa proportion diminue par rapport à la population canadienne (il ne compte plus que pour 22 p. cent des citoyens);  la langue et la culture en tout cas ne paraissent  pas faire de grands bonds en avant et les coutumes politiques ne sont pas emballantes (pour le moment du moins).

Il faut méditer le texte car il se pourrait bien que Mme David (qui n’est pas encore élue) et son unique coresponsable  (récemment élu député, lui, à l’assemblée nationale du Québec, ce bouillant Amir Kahdir) pourraient bien prendre le pouvoir.  Mais oui! Si l’on songe que les Québécois ont quasiment pris le pouvoir (d’opposition) au gouvernement fédéral, il y a juste un petit moment, par le moyen d’un parti de gauche canadien anglais (le NPD) on peut croire que tout est possible maintenant. Le changement pour le changement n’est-ce pas?

Le parti de Mme David est effectivement de gauche comme on dit; et de gauche radicale, ce qui a son côté rafraichissant : pensons au flot de paroles creuses qui inonde le paysage politique québécois pas les temps qui courent; aux tergiversations paralysantes de notre temps! Mme David ne passe pas par quatre chemins : ‘le Québec, dit-elle en commentant la question des fameuses écoles dites ‘passerelles’ (vers l’anglais) doit vivre pleinement et s’épanouir jusqu’à se donner un pays’. Son parti, en somme, est ‘de plusieurs couleurs’ il est ‘féministe, de la justice sociale, écologiste et souverainiste’.  Je précise ici que les mots indépendance nationale et république ne sont pas utilisés dans le manifeste, mais passons. Il faudra préciser!

Quant à moi, qui suis un extrémiste du centre, il se peut que je ne sois pas le meilleur juge d’une politique radicale. Toutefois on me permettra quelques réflexions en toute bonhomie. D’abord Mme David, si elle est élue, rendra de grands services au Québec, que celui-ci devienne ‘souverain’ ou pas. En effet, c’est la première fois dans toute l’histoire du Québec qu’un personnage politique aborde la question de la BEAUTÉ. ‘C’est si important, dit-elle, d’avoir accès à la beauté, si inspirant… Ici au Québec, précise-t-elle, accordons nous l’importance qu’ils méritent à l’architecture, à la conservation du patrimoine, aux paysages? Je me désole de l’enlaidissement que nous acceptons tacitement chaque fois que des centres commerciaux, de plus en plus imposants, s’installent à l’entrée de nos villes. Tous pareils, tous laids’. Bravo! Il faut comprendre, ici, que Québec solidaire donnerait de l’importance au planning urbain… ce qui ne serait pas un luxe.

Par ailleurs, Mme David se passionne pour la culture québécoise.  C’est évident dans toutes les lignes et entre toutes les lignes. Il s’agit d’un nationalisme (reconnu) mais ‘inclusif’. L’ouverture de Mme David à la différence, aux différences est sans réserve. Elle accepte l’’interculturalisme (pour se différencier du multiculturalisme) comme un ‘choix québécois’ . Le Québec que j’aime, dit-elle, ‘a peu à voir avec le bon vieux nationalisme de Duplessis’.

Il s’ensuit que l’ouverture à l’autre est sans réserve. La politique d’immigration de la dernière décennie, selon laquelle 50,000 immigrants sont admis par année est pour elle parfaitement acceptable car les ‘personnes immigrantes’ ne forment que 11 p. cent de la population du Québec. Ce serait moins qu’ailleurs notamment en Australie et aux États-Unis. Il me semble que cela est discutable. Car les immigrants ne viennent pas au Québec; ils viennent à Montréal! Et nous savons qu’à Montréal la moitié de ces immigrants parlent anglais à la maison – la moitié des Montréalais, du reste, parle anglais à la maison! Des spécialistes de la démographi e estiment que 50,000 immigrants à Montréal c’est le double du seuil au-delà duquel il devient impossible d’intégrer les communautés. Mais passons, ce problème difficile pourra peut-être se résoudre avec le temps. Il n’en comporte pas moins ici une contradiction : un Montréal anglais ne rendrait-il pas l’objectif ‘de se donner un pays’ impossible à réaliser? Mme David estime, néanmoins, qu’une politique linguistique cohérente pour franciser les milieux de travail’ aiderait les choses… probablement.

Hormis cette question fondamentale les propositions de Mme David emballeront les citoyens qui n’ont pas peur du changement. Pourrions-nous,  ainsi, ’revoir les mécanismes de rémunération des médecins payés majoritairement à l’acte’? Ne pourrions- nous pas investir massivement – pour les vieux – ‘dans la construction de logements adaptés, dans des centres communautaires’. Ne pourrions- nous  pas ‘ramener au secteur public les enfants de la classe moyenne’ et cesser de subventionner – graduellement – les écoles privées? Et le reste….

Au total le manifeste de Mme David est une bouffée de bons sens et d’idéaux louables objectifs dont les québécois ont bien besoin par les temps de leur morne politique. Je ne suis pas d’accord avec elle quand elle nous dit que les ‘collectivités locales’ (les municipalités) devraient obtenir des responsabilités qu’elles ‘assumeraient mieux qu’un État centralisé’.  Cela pourrait s’avérer en certains domaines restreints, mais pour ce qui concerne l’aménagement territorial et l’architecture c’est l’État central qui devra agir. Mais ceci pourrait se régler par des  accommodements, comme on dit, et les portes de la vie ne sont certes pas fermées.

Jean-Pierre Bonhomme

8 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

Esther et nos amis puritains

 
 


 
Pour nous, Québécois, les voisins de Nouvelle-Angleterre ont toujours été un peu mystérieux et distants. Il y a de quoi! Pendant tout le siècle qui a précédé la chute de Québec et de la Nouvelle-France, les relations entre les deux communautés ont été à l’image de celles des patries-mères : guerrières. Mais ce furent des guerres particulières teintées d’intransigeances religieuses, de spoliations faites aux autochtones et de grands malheurs personnels…et collectifs.

Les relents de ces longs combats ne peuvent tous être disparus par le fait de la soumission imposée aux français des vallées du Saint-Laurent et du Mississipi. Il reste des méfiances et des réserves de part et d’autre. J’ai pour ma part vu personnellement comment les French and Indian wars ont laissé des traces de peurs dans l’esprit des habitants du Maine et du Massachussets
.
Mais je me suis fait des amis parmi les protecteurs du patrimoine de Deerfield (Mass.) et de la belle culture ambiante du Massachussets. Je parle de Deerfield car c’est en ce village que mes ancêtres «canadiens» et français et leurs alliés indiens ont effectué un raid spectaculaire, en ce glacial mois de février de 1704. La colonie d’ici répliquait, en quelque sorte aux sorties anglo-iroquoise comme celle de Lachine, raids qui menaçaient l’existence même de la Nouvelle-France.

L’américain John Demos dans son livre ‘An Unredeemed Captive’ raconte comment la fillette Eunice Williams se trouvant parmi la centaine de prisonniers ramenés de Deerfield à Montréal (en raquettes!) s’est intégrée à la Nouvelle-France et à ses ravisseurs abénakis et français. Le choix de Eunice de se marier à un Indien et de rester en Nouvelle-France, était vraiment scandaleux car la fille d’un pasteur puritain devenait catholique! C’était comme si la fille du président Obama devenait, aujourd’hui, membre d’Al Qaeda!

Ces douloureux souvenirs, ici comme là-bas, sont assez bien connus; ils font partie du mythe du Pasteur puritain Williams, le père d’Eunice, lui-même captif à Québec. Ce qui l’est moins c’est l’ autre aventure, celle d’Esther Wheelwright, – une fillette elle aussi – qui a été capturée dans un raid semblable, mais dans le Maine (à Wells) cette fois et presqu’au même moment. Cette aventure- là est racontée dans un livre qui vient de paraître en anglais dans le monde anglo-saxon et qui fait son petit effet en Nouvelle-Angleterre.

Le livre, écrit par une descendante d’Esther, Julie Wheelwright, une britannique, raconte une histoire presqu’invraisemblable : la jeune captive Esther a vécu chez ses ravisseurs les Abénakis, puis chez le gouverneur Vaudreuil à Québec et est devenue, avec le temps… Mère supérieure des Ursulines à Québec!! Et cela avant, pendant et après la conquête par les armées britanniques! Ce n’est pas banal.

Si j’aborde ces sujets c’est que cet ouvrage bien documenté sur Esther Wheelwright me semble marquer un changement dans la mentalité des citoyens de la Nouvelle-Angleterre. Par conséquent, me dis-je, le gouvernement du Québec devrait en prendre acte et se faire plus présent à Boston et à Portland. Une réconciliation me paraît ainsi s’amorcer entre les collectivités anglaise et française du nord-est américain…

En effet le rapt de la fillette Esther et son récit historique ne font plus de la Nouvelle-France, aux yeux de l’auteur et de l’opinion en Nouvelle-Angleterre me semble-t-il, un bastion démoniaque où tous les péchés de la Terre ont été commis; ils ne font plus des puritains les uniques victimes des méchants papistes que nous sommes ici dans la vallée laurentienne. Les guerres passées n’auraient donc plus été engagées entre bons et méchants, comme nos voisins l’ont cru longtemps mais entre peuples dont le destin civilisateur emprunte des chemins différents; ce qui est plus rassurant.

La lecture de ces récits établit certes quelques faits de base qu’il est bon de ramener à conscience. D’abord les projections du mal sur les voisins français et sur la «sauvagerie» de leurs alliés autochtones, comme je l’ai souligné sont en train de disparaître. L’auteur d’Esther, notamment, montre que la communauté quasi cloîtrée des Ursulines – toujours active dans la capitale – est l’un des facteurs civilisateurs qui caractérisent l’existence de la Nouvelle-France.

Mme Wheelwright ne cache pas qu’il y eut des violences et des souffrances de part et d’autre, mais elle n’identifie pas la souffrance aux seuls confins de la Nouvelle-Angleterre. Elle va même jusqu’à reconnaître qu’avant leur départ d’Angleterre les puritains de Wells – le lieu précis du raid – avaient un petit caractère casse-pied et que leur religion était plus ou moins intégriste. Les Anglais, autrement dit, n’étaient pas fâchés de les voir partir! Aussi on peut lire entre les lignes que les rapports de nos ancêtres français avec les Abénakis et les Algonquins avaient un caractère un peu plus amène que celui des Puritains avec leurs propres voisins autochtones…

La lecture du récit d’Esther, enfin, est importante car j’y décèle une empathie eu égard aux terribles difficultés que les religieuses ursulines ont dû affronter pour ne pas disparaître comme communauté française et comme communauté tout court. Il a fallu des prodiges de diplomatie et de résilience pour survivre. En tout cas, les personnes qui croient à la munificence des conquérants et à la «bonté» des occupants d’alors trouveront des arguments dans ce livre pour changer d’idées.

L’auteur ne va pas jusqu’à reconnaître l’importance de la communauté civile et laique française d’aujourd’hui dans son propos; et ce n’est pas son affaire. Mais, devant cette ouverture psychologique qui pointe, entre voisins, il nous semble que le gouvernement du Québec, qui possède une sorte de consulat à Boston, pourrait se faire bien présent et visible là et à Portland Maine pour saisir l’occasion d’un beau rapprochement entre égaux.

Poster un commentaire

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

Le PQ et les belles idées d’antan

 
 

 
La première fois que le Parti québécois a participé à une élection, ce fut le 29 avril 1970; soit il y a 41 ans. Or, juste à la veille de cette élection – où le parti n’a fait élire que 7 députés – cette formation politique a publié un petit livre-clef sur le devenir national québécois. Ce fascicule s’appelait  ‘La solution – Le programme du Parti québécois’.  Sur la page couverture, on voyait la photo du fondateur, René Lévesque et au verso celle d’un (jeune) Jacques Parizeau. On connait l’ultime tragédie nationale vécue par ces illustres personnages… passons!

L’important, ici, c’est de lire ce que M. Lévesque proposait du point de vue social tout autant que national et de nous demander si notre collectivité n’aurait pas pu agir plus prestement, plus judicieusement, même si le projet d’autodétermination n’a pas abouti.

Le petit livre dont nous parlons et que j’ai devant moi depuis 40 ans a été  écrit par l’ancien premier ministre lui-même, de sa propre main. Cela transpire dans toutes les pages. C’était le projet d’une évolution sociale emballante et mobilisatrice. Certains des objectifs ont été atteints, notamment dans le domaine du syndicalisme, mais dans bien d’autres notre collectivité a passé tout à côté.

Ces constats sont importants, car la Fondation du Parti québécois tiendra bientôt, soit le 4 novembre, à la Grande bibliothèque, un colloque sur la vie même de M. René Lévesque. Et puis, n’est-il pas pertinent de nous demander ce que nous aurions pu faire collectivement tout en attendant l’affranchissement idéal ?  N’y a-t-il pas un lien à faire, ici, avec ces fameuses collusions qui nous troublent tant?

Pour ma part, j’estime que le principal oubli social, le principal échec québécois touche le domaine de l’aménagement territorial et de l’habitation. M. Lévesque proposait, promettait une transformation radicale du développement urbain que bien des contribuables ont oublié de noter : soit la MUNICIPALISATION DES SOLS URBAINS.  Textuellement voici ce qu’il disait :

«Pour corriger ce triste tableau (celui de la négligence criminelle (sic) dans le domaine de l’habitat) une des manières de voir qu’il faut changer au plus tôt c’est celui qui considère le sol urbain comme un objet de spéculation. Il faut en faire un bien commun, si l’on tient vraiment au succès d’une politique sociale en matière d’habitation et d’urbanisme. Aussi les pouvoirs publics devront-ils procéder à la nationalisation progressive du sol en périmètre urbain »

Or il n’y a pas eu de telle nationalisation progressive. Pas plus que nous n’avons donné de l’importance à cette autre idée (page 33) de donner priorité à un Office du Plan territorial «directement rattaché au bureau du premier ministre». Cet Office aurait créé «un plan de développement global pour la société québécoise». Je ne sais pas si le premier ministre actuel –qui vit à part dans une municipalité séparée – s’intéresse à un pareil Office, mais si l’on en juge par les résultats il ne doit pas y consacrer beaucoup de temps.

Le Québec est aujourd’hui parsemé de «monster houses» posées n’importe où sans le moindre égard à un quelconque Plan. Et puis, s’il y avait un Office du plan véritable, est-ce que l’UQAM aurait été autorisée à construire cet autre monstre (non achevé) d’habitat dans l’îlot dit «voyageur» ? L’UQAM, en tout cas, cette institution-clef de notre patrimoine culturel francais, n’aurait pas été engagée dans cette catastrophique aventure qui déprécie le quartier dit latin et le tout-Montréal!

René Lévesque, lui, n’a pas voulu ou pu réaliser son projet de rétablissement, de restauration urbain. Il a même été obligé, par la pression des banlieues, certes, d’éliminer le péage sur les ponts afin de conserver un comté ou deux dans la bande péquiste! C’est bien triste tout ca. Car le Québec, dans le domaine urbain ne peut se proposer comme exemplaire aux yeux des autres pays. Il vit en conséquence une période de gaspillage d’énergie et de mauvais goût. Le colloque du 4 novembre nous dira-t-il si notre collectivité ne pourrait pas une bonne fois  faire revivre ces belles idées collectives ?

***

( Dans un article touchant la revue Relations, la semaine dernière, j’ai voulu signaler l’importance de bien prendre en compte l’aspect national de la vie québécoise.  Dans ce contexte, j’ai cité une phrase du rédacteur en chef, M. Jean-Louis Ravet. Or, je n’ai pas cité cette phrase tout au long et cela a pu laisser l’impression que M. Ravet n’a pas cette preoccupation. Ce que je regrette. Du reste l’interêt de M. Ravet pour la question nationale, on me le signale, a bien été exprimé dans des articles des numeros 668 et 740 de Relations.)

Jean-Pierre Bonhomme

3 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

DES EXTRÊME-DROITES ET DES NATIONS


Je lis la revue Relations, celle des Jésuites, depuis l’âge de 18 ans. C’est-à-dire depuis une soixantaine d’années. Cela me donne une certaine perspective sur cette aventure bien québécoise de la pensée. Je vois, aujourd’hui, que la saveur jésuite – pas étrangère à la qualité de l’intellect – est quasi disparue; le Québec, d’évidence, n’est pas un très bon terreau pour la Compagnie de Jésus.

Dans le dernier numéro, celui de septembre, par exemple, on ne voit qu’une seule signature suivie de ces deux lettres caractéristiques «s.j.» et c’est celle d’un prêtre latino-américain. On me permettra d’être un peu nostalgique de ces temps où l’esprit des jeunes religieux d’ici formé à la dure s’exprimait de facon éclatante et claire. Je n’étais pas toujours d’accord avec eux, mais il me fallait de bons arguments pour oser contester.

Aujourd’hui, la rédaction s’est laicisée et féminisée. La direction compte trois femmes et un homme, celui-ci, M. Jean-Claude Ravet, est rédacteur en chef. C’est le nouvel ordre des choses. Les hommes d’ici, au fond, ont apparemment moins de choses à dire et le disent moins souvent.

Je ne me plains pas. Car le porte-voix Relations poursuit, grosso modo, les mêmes objectifs qu’avant. La chose sociale, sous tous ses aspects, est prise en compte, décortiquée et évaluée à vaux l’eau, comme ce dossier de ce mois sur l’engagement de la jeunesse… Cet engagement pour la chose sociale, celui du moment présent, se trouve en quelque sorte dans le prolongement de celui qui dominait lorsque j’étudiais le latin au Collège Sainte-Marie; c’est-à-dire au moment où il ne manquait pas de grands esprits jésuites en rhétorique ou en philosophie; tout comme en éléments latins du reste!

Et c’est ainsi que Relations prenait le parti social de promouvoir le syndicalisme tout autant que le christianisme; les deux étant du pareil au même. Je sentais, toutefois, que le corps professoral, comme la revue Relations elle-même, défendaient du même coup la nation québécoise en son essence (on disait canadienne-francaise à l’époque). Pour eux l’existence collective était tout aussi réelle que l’individuelle et que les injustices à combattre étaient tout aussi collectives qu’individuelles autant nationale que sociales.

Je me demande si, par les temps qui courent, il y a cette même ardeur, chez les élites qui scribouillent, à défendre (collectivement) le petit contre le fort? Le petit, culturellement, en Amérique du Nord, c’est principalement le peuple québécois, qui ne compte pratiquement pas d’alliés sur le plan international; lui qui se trouve laissé à lui-même et dont la culture est constamment grignotée au point où elle tend à disparaître par dilution.

Dans son éditorial de septembre, le rédacteur en chef, M. Ravet, s’en prend au péril – bien réel – que représente la poussée vers la droite à travers le monde, une vague qui apporte ses frissonnements jusqu’au Canada anglais et parfois au Québec. Il s’élève contre «un certain appel (nationaliste et généralisé) à la vertu comme à une innocence ou à une pureté perdue» et ceci aurait sa racine dans «la peur de l’étranger et l’obsession sécuritaire».

Il faut se demander, ici, s’il n’y a pas une distinction à faire. Ne faut-il pas établir que certaines situations nationales, comme celle du Québec, doivent être corrigées, protégées, au motif de la justice sociale et que cela n’a rien à voir avec l’extrême droite? Si je dis, par exemple, comme je le crois, que le seuil d’immigration, au Québec, devrait être réduit de moitié – pour diverses raisons – comme cela a été proposé récemment par des experts, est-ce que je dois être classé parmi les fascistes?

Je suis certain que je ne pense pas ces choses par «peur de l’étranger». Je les pense parce que la culture francaise d’ici aurait pu – est-ce possible encore? – avoir un effet calmant par rapport à la violence américaine. Un effet civilisateur peut être…! C’est parce que je veux «conserver» ma culture dans ce qu’elle a de meilleur : il y a des seuils d’immigration au-delà desquels les sociétés d’accueil meurent. Moi je veux vivre individuellement et collectivement. Il me semble que ces choses là devraient être dites et écrites plus souvent – au moins en filigrane – sans qu’il y ait autour de cela des odeurs d’extrémisme.

Jean-Pierre Bonhomme

7 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

Vive le hockey libre 11

Il y a un an, exactement, je publiais, ici, un article relatif à la question du hockey québécois (ce qui en reste)… En ce début de saison nouvelle, nous constatons que le problème identitaire des Québécois souligné par ce sport dit ‘national’ est exacerbé. Un capitaliste veut donner à la capitale une équipe de hockey ‘québécoise’ (avec l’argent de la nation) pour faire concurrence à l’équipe de métropole devenue carrément anglaise.

Je crois que ces gestes vont réussir à diviser les Québécois entre eux et tuer ainsi toute velléité d’affranchissement. Les Québécois vont sombrer dorénavant dans des rivalités factices et destructrices; les symboles ont une importance vitale… Étant donné que l’important n’est pas ce qu’on dit, mais le nombre de fois qu’on le répète, je crois de mon devoir de le redire ici tel quel; c’est l’équipe de hockey Canadian d’aujourd’hui qu’il faut franciser en utilisant les moyens de l’opinion et de l’État. Voici!

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde de la rondelle québécoise et montréalaise. Un important député de notre Assemblée nationale, Pierre Curzi, nous le signalait clairement et calmement il y a deux ou trois semaines : l’équipe de hockey de Montréal, avançait-il sur cette glace mince, pose problème parce qu’elle ne reflète pas l’identité québécoise. Il y a là, selon lui, un «problème identitaire». C’était une manière polie, presque universitaire – de dire que l’équipe, nommée «canadien» ne représente pas la population où elle évolue et qui la paye.

C’est pourtant une évidence. Jusqu’à tout récemment l’équipe «canadien» (cela voulait dire jadis canadien-francais) – la seule de la ligue principale sur le territoire national – était le symbole sportif fort des Québécois. La direction et la propriété du Club étaient anglaises, c’est vrai, mais il y avait assez de joueurs québécois pour que la population puisse avoir l’illusion de se trouver chez elle, de «s’identifier» à «son» équipe.

Maintenant les Québécois ne peuvent même plus se faire d’illusion. L’équipe «canadien» est devenue complètement «canadian». Il n’y a pratiquement plus de joueurs du pays d’ici dans cette formation; ils viennent d’un peu partout au Canada anglais et dans le reste de l’Amérique. Il n’y a qu’un pas à faire pour extrapoler; cela signifie que les propriétaires ont choisi, consciemment ou non, de faire de Montréal une ville «canadian» plutôt que québécoise.

Et si on leur pose la question ils répondent que les Québécois ne sont intéressés qu’à «gagner» un point c’est tout. Comme si des joueurs québécois – qu’on trouve dispersés un peu partout en Amérique – ne pouvaient pas «gagner». C’est comme si l’équipe de foot du Mexique ne comptait pas de Mexicains et qu’on insistait pour que ceux-ci trouvent cela «normal». Il y a un mot pour cela : c’est du colonialisme; un point c’est tout!

Il est vrai que la population de Montréal – en son centre – est portée sur l’anglais; les immigrants s’y mettent à loisir; il est aussi vrai que les familles françaises de Montréal vivent plus près de Terrebonne et de Repentigny que de la Place d’Armes, mais, tout compte fait, le Grand Montréal reste majoritairement français; pourvu que ca dure! Et la métropole est encore québécoise.

Notre Assemblée nationale nous a donc mis la puce à l’oreille… Que faire? Il faudrait commencer par prendre conscience du fait et s’en indigner. Les Québécois n’ont pas l’indignation facile, il est vrai… mais tout de même! il n’y a pas lieu de se féliciter de cette sorte de déconfiture.

Lors de la première partie du Canadian, cette année, le gardien de but Carey Price s’est fait copieusement huer; on a dit que cette déconvenue est due au fait que le joueur n’a pas bien performé. Peut-être bien. Mais n’est-ce pas aussi, au fond, que ce joueur, originaire de la Colombie britannique, n’est pas de chez nous? N’était-il pas devenu le symbole d’un ailleurs auquel il est devenu impossible de s’identifier? Moi je pense que oui.

Et que font les journalistes dits «sportifs», ceux de La Presse notamment? Ils se portent au secours de M. Price par des entourloupettes magiques, sans même mentionner qu’il y a un problème fondamental en l’instance; sans mentionner le débat ouvert par nos députés. Ces journalistes sont-ils si désincarnés qu’ils ne peuvent percevoir la nécessité pour un peuple de savoir se représenter, de prendre sa place dans l’univers ludique comme dans les autres?

Pour ma part je désire que les Québécois ne se divisent pas les uns contre les autres. Ils sont déjà assez fragilement pourvus comme ils le sont maintenant. Un club de hockey «canadian» de Montréal contre un club de hockey plus francais à Québec ce ne serait pas bon pour notre nation; cela briserait son âme en deux!

L’équipe de hockey «canadian» devrait appartenir à une société sans but lucratif et alors elle deviendrait vraiment canadienne et québécoise. Actuellement ce club de hockey ne me représente pas; ce n’est pas «mon» équipe.

Jean-Pierre Bonhomme

3 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

Asphyxie

Jean-Pierre Bonhomme

La semaine dernière le réseau TV5 a présenté une émission sur la
contamination de notre Terre. Le bilan n’a pas été rigolo, loin de
la. La terre entière est attaquée dangereusement par les poisons
désherbants et l’eau de nos estuaires, celui de la Seine pour
commencer, ressemble a celle des égoûts. Mais le pire, selon les
commentateurs c’est le nuage de particules fines qui enveloppe nos
villes, nos grandes villes – Paris en premier lieu!

Ces particules fines, soyons précis, sont celles qui attaquent les
cellules de nos propres corps; et celles-ci, les particules, ne sont
pas éliminées par les nouveaux systèmes de nettoyage des pots
d’échappement des voitures particulières et des camions : ce sont
elles que les citadins respirent allègrement sans trop les voir et qui
sont présumées causer divers cancers pénibles. Autrement dit
l’humanité est en train de s’asphyxier par la contamination des
moteurs a combustion. Ce n’est pas moi qui le dit! Les commentateurs
et les experts soutiennent qu’il y a un lien entre ces facons
actuelles de vivre et les graves maladies dont les cancers.

Devant ces faits nous pouvons comprendre que bien de nos concitoyens
soient désespérés et nous pouvons nous demander si la société n’est
pas en train de s’en aller sur le mur de son extinction. La fin
serait-elle proche? D’autant que les systèmes politiques sont loin
d’être des modèles de clarté, de transparence et de liberté. Votre
serviteur a pour sa part été souvent atteint par ces épisodes de
déprime environnementales, lui qui portait un regard constant sur les
contaminations par les poisons chimiques et les déséquilibres
physiques.

La politique, celle qui nous représente par les temps qui courent, au
Canada comme ailleurs dans le monde et particulièrement au Québec ne
paraît pas beaucoup venir a notre secours. D’abord, et ceci est
d’importance capitale,la politique s’intéresse peu au réaménagement
urbain et a la relation que l’urbain et son habitat doit entretenir
avec les personnes. Pourtant, tout est la. Organiser la ville pour que
la dépendance a l’automobile diminue ou disparaisse, voila qui est
radical et essentiel. Et puis, tout de suite après : cultiver la terre
sans trop de chimie!

Pourquoi cela? Parce que l’automobile est sacralisée par les temps qui
courent; elle est plus importante que tout le reste de l’activité
humaine, y compris la beauté de l’habitat des personnes. Motif de
désespoir?

Oui mais n’y a-t-il pas quelques petits rayons d’espoir a travers tout
cela qui pourraient annoncer des temps plus amènes, plus ordonnés?
J’en vois un, pour ma part dans l’action que prend la jeunesse arabe
pour se donner la liberté d’agir. Celle-ci pourrait ainsi a ne pas
vivre que pour les revenus du pétrole et donner a sa créativité une
autre direction….

Surtout si l’on considère que les réserves de pétrole ne sont pas
inépuisables. Parions qu’il pourrait y avoir la des motifs d’espérer
que les autocrates disparaissent… Quoi qu’il en soit nous pouvons
attendre un peu pour voir si la vie, la comme ailleurs, ne reprendra
pas le dessus avec un esprit nouveau.

Il est possible, aussi, que les États, les gouvernements, soient
bientôt obligés, par la force de l’opinion et les contraintes
physiques de revoir le design urbain pour le bien de l’humanité. La
Chine, embourbée qu’elle est dans sa bulle immobilière capitaliste
devra revoir ses attitudes et cesser d’imiter l’Amérique du nord pour
ce qui concerne l’aménagement urbain.

C’est du reste commencé. Elle accorde maintenant des fonds pour la
création de villes écologiques moins dépendantes sur la voiture
particulière; gestes que les États-Unis n’ont eux-mêmes pas commencé a
poser. Ceux-ci y arriveront bien un jour, eux qui consomment a s’en
étouffer.

La Thailande, elle, est moins développée; les piétons y sont agressés
violemment par un urbanisme débridé. Je m’y suis rendu récemment et
j’ai pu voir que ce n’est pas la un modèle communautaire. Le capital
et sa corruption frappent l’observateur comme un coup de poing; le
désordre urbain y est frappant, justement. La ville est quadrillée
d’autoroutes sur pilotis. Et mon hôtel, justement, jouxtait une de ces
désolantes infrastructures. Or de ma fenêtre, un jour, je les ai vus
les espoirs.

Les chemises rouges, par centaines de milliers, ont défilé – toute la
journée – sur cette dite autoroute en vociférant. Cette foule,
décidée, combattait quelque chose. Elle combattait le désordre urbain
et l’indifférence des autorités. Elle en avait marre et elle venait
changer les choses. Elle réclamait, entre les lignes, d’être libérée
des convoitises des élites du pays. A mon avis ces gestes vont porter
fruit et l’Asie ne s’en trouvera que mieux.

La vie, donc, peut permettre quelques espoirs. Et puisque Pâques s’en
vient, écoutons Luc lui qui cite les paroles de Jésus. ‘Il faut que le
Fils de l’homme soit livré aux criminels; qu’il soit crucifié, et que,
le troisième jour, il se relève’.

Oui il est possible que notre civilisation soit trop souvent livrée a
des personnages douteux et sans vision. Mais la possibilité des
renaissances est probablement encore possible. Personnellement je
voudrais bien voir la renaissance de la ville afin que celle-ci cesse
de rendre les citadins malades des particules fine, et que la beauté
finisse par l’emporter sur le désordre.

27 Commentaires

Classé dans Actualité, environnement, Jean-Pierre Bonhomme

Faire bloc et vivre collectivement

Commençons par mettre la table politique. Le Canada s’apprête à choisir un nouveau gouvernement. Ce sera le quatrième en une courte période de temps. Et disons-le, c’est un peu – beaucoup – à cause du Bloc québécois, lequel, par sa forte présence au Parlement a    empêché le gouvernement actuel d’avoir une majorité absolue; sans lui il n’y aurait pas l’actuelle campagne électorale. Ce fait – fondamental – n’est pas très exprimé, par les temps chauds actuels; c’est un tabou.

Oui, mais comme les Anglais le disent, «The only way out is through». Il faut voir le problème politique actuel en face. Les Québécois ne règleront rien en passant à côté des vraies choses; et la «vraie chose» du jour, qui devra surgir, c’est que le peuple québécois s’est fait imposer une constitution de force, sans sa participation, sans sa signature par le Canada anglais. Autrement dit il n’existe pratiquement et symboliquement pas beaucoup!

L’enjeu de l’élection actuelle, dans ces circonstances, est d’importance capitale pour la nation québécoise. Selon votre serviteur il est vraisemblable – probable même – que le Canada anglais va se donner un autre gouvernement conservateur. N’oublions jamais que l’opinion publique, au Canada anglais – surtout celle de souche britannique – est fondamentalement conservatrice. C’est elle qui veut vivre dans un régime symboliquement monarchiste; c’est elle qui a refusé le régime républicain de ses voisins au sud; c’est elle qui est ultra nationaliste. C’est au Canada anglais, renforcé par une immigration massive que le statu quo symbolique est le plus collé au ras du sol. Et il faut respecter cela. C’est à chacun de décider de son sort social.

Le problème c’est que la nation québécoise – il parait que l’on a le droit d’utiliser ce terme – a une autre façon de voir les choses. Elle est moins monarchiste, d’abord; elle est plus social démocrate ensuite et il lui reste un peu d’esprit français – avec les qualités et les défauts qui vont avec ce titre.

Jusqu’à ce jour la présence d’une forte députation québécoise au parlement fédéral donnait à notre nation un certain pouvoir de négociation lorsqu’il s’agissait des principaux enjeux nationaux. Or il faut se rappeler qu’à cause de certaines politiques dangereuses,  la part relative du Québec est en baisse constante au Canada depuis 1971. Elle était de 28 p. cent en 1971 et elle est tombé à 23 p. cent en 2009. La baisse est constante et inexorable. Et c’est pourquoi le nombre de sièges du Québec, au Parlement, a été réduit. Et c’est pourquoi, vues les entourloupettes des élections, il se pourrait bien que le Québec perde son pouvoir de négociation; qu’il n’ait plus sa capacité d’intervenir collectivement pour se protéger, qu’il n’ait plus assez de votes pour infléchir les politiques.

Malheureusement les commentateurs des grands journaux estiment qu’il n’y a pas, là,  de grave problème national pour la nation. Pour eux, du reste, il n’y a jamais de problème. L’immigration ne peut plus être intégré? Celle-ci passe culturellement à l’anglais? Pas de problème! Montréal devient anglaise? «Ya rien là»!

Il me parait évident que le Canada anglais voit venir ce tournant de notre déconfiture historique.  Le statut de minorité ethnique «comme une autre» pour définir les Québec ferait son affaire! Le premier ministre du Canada, du reste ne se sent plus obligé d’acheter les votes du Québec en déversant des millions pour les rêves d’arénas des maires!

Mais cette affaire n’a pas que des conséquences locales. Elle a de l’intérêt sur le plan international. La présence d’une nation française bien identifiée en Amérique du Nord donne une couleur au continent tout autant que le Mexique enrichit ce même continent par sa présence espagnole. L’uniformité culturelle a moins bon goût que la diversité.

Quoi qu’il en soit il me paraît évident qu’une disparition ou un affaiblissement du bloc de députés québécois au parlement fédéral sera le signe d’un affaissement de la culture franco-québécoise en Amérique. Ce groupe est en quelque sorte le miroir d’une collectivité certes, mais il est aussi un mur protecteur. Il permet au Parlement de Québec de songer à prendre les mesures vitales qui s’imposent pour stopper la pente glissante sur laquelle la démographie québécoise est engagée.

Je sais que ces opinions semblent radicales. Mais elles sont radicales au sens d’aller à la racine des choses. Pour passer à travers, comme on dit, il faut voir la réalité en face et prendre les moyens qu’il faut pour vivre.

49 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

De l’instruction et des classes sociales

Jean-Pierre Bonhomme

Image Flickr par Nagrom Lane

Le Québec se distinguait de l’Amérique du Nord – sauf le Mexique – jusqu’ici, par sa façon de gérer la distribution de l’instruction au niveau universitaire. Notre État avait la volonté, au moins apparente, de donner un certain accès relativement facile à toutes les classes sociales vers les facultés, les professions; il s’arrangeait pour maintenir le prix des admissions à des niveaux plus bas que ceux de l’Amérique anglaise.

Cela ne faisait pas du Québec un paradis égalitaire mais, psychologiquement, au moins, cela avait un petit air de solidarité non négligeable. Cela sauvait la face de la social-démocratie!

Or en augmentant considérablement les droits d’accès à l’enseignement supérieur, comme on dit, le gouvernement, cette semaine, s’est éloigné de ce cadre; il s’est rapproché de la mentalité canadian et il s’est éloigné de l’esprit francais où l’accès à l’université est quasi gratuit. C’est l’esprit de classe, au moins symboliquement,  qui l’a donc emporté sur l’esprit égalitaire, l’esprit républicain. Le gouvernement du Québec répondait ainsi aux désirs des diverses chambres de commerce, lesquelles voient dans la connaissance un moyen de faire de l’argent et, surtout, un moyen de maintenir les privilèges de ceux qui ont la belle qualité de bien jouer du coude.  On fera donc payer les moins nantis pour aider les petits futés à s’en tirer à bon compte.

Sans compter que les classes dites moyennes seront invitées à se joindre aux grands possédants pour se prémunir contre la pauvreté qui point le nez au coin de la rue.

Mais il y a moyen – un devoir aussi – d’aller voir ce qui se cache derrière cette attitude.

Selon mon point de vue, celui d’un ex universitaire (droit), qui a vu comment les étudiants moins nantis étaient traités par le gouvernement Duplessis, c’est la classe possédante, ici, qui cherche à protéger son groupe.

Il s’agit d’une attitude. L’instruction universitaire quasi gratuite permet à l’État de bien contrôler les admissions. N’entre pas qui veut dans une université française. D’abord il faut bien connaitre la langue – la géographie aussi – ce qui n’est pas toujours le cas ici et avoir une pensée organisée. C’est ca l’égalitarisme; pas l’appartenance à une classe ni l’apparence d’appartenir à une classe.

 

 

 

 

Les grandes universités américaines et britanniques sont en quelque sorte des clubs privés pour les possédants. Des clubs auxquels l’université «québécoise» McGill se rattache, elle qui va puiser $30,000 par année dans les poches de certains étudiants de niveau supérieur!

Il en résulte que la distribution des connaissances – de la culture certes – est réservée à une classe qui ne montre pas une grande volonté de se solidariser des masses populaires. Celles-ci, du reste, incultes qu’elles sont malgré elles, commencent à ne pas trouver cela très drôle et se révoltent en se réfugiant dans d’étranges partis politiques de faible teneur en nuances.

Le Québec n’est pas à l’abri de ces clivages dangereux. Les citoyens de la Haute ville, dans notre capitale, se sont ils vraiment solidarisés – personnellement – de ceux de la Basse ville? Ne se sont-ils pas réfugiés dans leurs savoirs et n’ont-ils pas négligé de répandre les connaissances? Et  n’est-ce pas cette négligence qui produit ce qu’on appelle la radio-poubelle et ses dérives? N’est-pas là une révolte contre l’égoïsme? N’y a-t-il pas trop d’analphabètes, au Québec? Il y en a plus qu’en Scandinavie, en tout cas, où les riches sont vraiment taxés et où, justement il n’y a pratiquement pas de pauvres.

On voit ce que le clivage des classes produit en Haïti. Une classe nantie sur la côte, en haut, parle un excellent français et laisse les autres, en bas, à leur ignorance et à leur créole. Une recette pour la désorganisation sociale!  Faut-il que nous descendions sur cette pente?

Quoi qu’il en soit, si j’avais été premier ministre, ce contre quoi je demande à Dieu de protéger la société, j’aurais légèrement diminué le prix des admissions à toutes les universités; j’aurais augmenté les taxes – pas trop (pour faire plaisir aux commerçants) – des gens «d’en haut» et j’aurais resserré les conditions d’admission aux facultés (pour avoir de meilleurs architectes, de meilleurs enseignants et de meilleurs philosophes). C’est un peu idéaliste tout ca. Mais il n’empêche qu’on se sent mieux à Copenhague qu’à Détroit; à Paris qu’à Miami si l’on veut apprendre des choses.

 

12 Commentaires

Classé dans Actualité, Jean-Pierre Bonhomme

De la capacité de s’indigner

Jean-Pierre Bonhomme

Image Flickr par

Je me suis laissé dire, en quelque 50 ans de journalisme, que les Québécois n’ont pas l’indignation facile. Ils acceptent beaucoup de choses désagréables sans rechigner, en bon enfant qu’ils sont, et ils «laissent faire» un peu plus souvent qu’à leur tour. Si un promoteur construit un immeuble qui dépare tout le centre-ville, par exemple, ou  toutes les berges du fleuve, qu’à cela ne tienne, car après tout cela sera bon pour la fiscalité et les revenus municipaux!

La semaine dernière je me suis indigné de ce que, dans l’état actuel des choses, des promoteurs se permettent, avec la permission de l’État, de construire des systèmes de production de l’électricité ou de gaz directement à la vue des citadins et des villageois.

Cela devais-je faire valoir ruine la vie des habitants en dévalorisant les paysages. La protection des  paysages, au Québec, est une composante de l’environnement à laquelle la société ne porte pas une attention disons…constante! Pourtant les beaux paysages, hormis cette nécessaire paix de l’âme des occupants, sont la condition sine qua non d’une réussite du tourisme et des revenus qui s’ensuivent…

Certains ont pensé, bien légèrement, que votre serviteur est ainsi en faveur de toutes les contaminations, pourvu que celles-ci soient faites hors de la vue des citoyens. Quel raccourci, quelle insulte!

Depuis quatre décennies au moins les meilleurs aménagistes auxquels j’essaie de me rattacher, proposent que l’État installe les industries polluantes dans des enclos, dans des parcs industriels à distance raisonnable des lieux habités, où ces mêmes industries bénéficieraient de services de décontamination de l’air, de l’eau et du sol communs. Cela prétendent-ils coûterait moins cher à la communauté et protégerait les paysages du même coup.

N’est-il pas vrai, du reste, que bien des villes et villages du territoire québécois ont été gâchés par des industriels qui installent leurs entreprises à l’ombre des clochers?

L’intention des producteurs du gaz de shale, et des constructeurs des moulins à vent gigantesques d’installer leurs équipements sous les fenêtres des villageois, dans les limites municipales, n’est pas acceptable. En dix ans de rédaction d’articles sur la protection de l’environnement je me suis aperçu que toute la question de la qualité de la vie des citoyens est plus importante que l’accommodement des installations industrielles. La tranquillité de l’âme des Québécois, dans les lieux où ils vivent précède tout le reste. La politesse, dit-on justement, est un préalable à la vertu; la protection des paysages est un préalable au bonheur citoyen.

Quoi qu’il en soit je m’indigne de ce que notre gouvernement (du Québec) ait songé, dans le cas du gaz de shale et des éoliennes,  à permette à des entrepreneurs, avec la complicité de certains élus municipaux, de ruiner les paysages des commettants, de ruiner leur vie en somme, pour de simples promesses lucratives.

Je ne crois pas, pour ma part, que le Québec ait besoin de gaz de shale pour survivre en Amérique du Nord. Mais si tant est que la société ait une opinion contraire, je me rangerais pourvu que les installations soient placées dans des lieux où ils seraient hors de la capacité de nuire. Ces colonnes de perçage, tout comme les éoliennes seraient mieux placés dans des parcs industriels, justement, ou hors des périmètres habitables; leurs déjections ou leurs contraintes de bruit seraient ainsi mieux contrôlées.

Je m’indigne par ailleurs du fait que les lois permettent au ministère de Ressources naturelles de donner l’usage, l’usufruit du sous-sol national à des promoteurs. La propriété du sous-sol, surtout en milieu urbain, devrait rester entre les mains de l’État et leur location devrait être accordée parcimonieusement. Les dégâts causés à l’environnement par l’industrie minière ne sont-ils pas suffisamment visibles?

C’est le ministère de l’environnement, justement, qui devrait donner les permis d’exploitation, pas le ministère des Ressources où les fonctionnaires ne sont habitués à ne voir que la rentabilité fiscale de leurs gestes; car la protection des humains et des paysages passe avant l’argent et les convoitises.

Selon ma facon de voir les choses le bon aménagement territorial – bien mettre les choses à leur place – une activité que nos gouvernements successifs n’ont pas pratiqué avec sagesse, rend plus heureux et rapporte plus en définitive, que le chaos et la laideur. J’ai l’air, avec ce propos, de trop me répéter. J’ai su, par contre, en ces années d’observation, que l’important n’est pas ce que l’on dit, c’est le nombre de fois qu’on le répète.

Pour ma part je considère qu’en ces derniers mois, les choses ont été dites de cent manières. Un proverbe chinois dit toutefois, qu’un sage va devant la foule, s’exprime franchement, ouvertement et que si son propos n’est pas entendu il se retire sur ses terres.  La Terre n’est en effet pas toujours prête à entendre les meilleures raisons.

1 commentaire

Classé dans Jean-Pierre Bonhomme