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Quand l’Autre St-Jean interdit le drapeau patriote

Mercredi le 23 juin dernier, de nombreux citoyens se sont fait interdire l’entrée au parc Pélican, à Montréal, pour le spectacle de l’Autre St-Jean. Quels crimes avaient-ils commis? Étaient-ils en possession d’explosifs, de carabines, de couteaux, de cocktails molotov, de scies tronçonneuses ou d’armes nucléaires tactiques? Non. Ils arboraient un drapeau des Patriotes, symbole du désir de libération des Québécois depuis cent cinquante ans.

Un drapeau qui, pourtant, est reconnu tant par nos politiciens, qui ont même instauré une fête en l’honneur de ses créateurs, que par une municipalité comme Gatineau, qui l’a hissé bien haut à sa Maison du Citoyen. Un drapeau respectable, symbole de notre lutte pour un Québec français et libéré de ses entraves. Un symbole qu’a foulé de ses pieds la direction de C4, qui a organisé cette triste soirée.

Pierre Thibault, président de C4, avait pourtant affirmé, pour justifier cette seconde édition d’une fête nationale anglicisée: « C’est la fête du Québec, peu importe sa couleur ou sa langue ». Mais qu’est-ce que le Québec, sinon une nation française? Dans quel sorte de brouillard neigeux lui effleurant le bout du nez peut donc vivre cet individu pour ne pas comprendre qu’une fête nationale… célèbre une nation?

Il doit choisir: ou bien on fête un territoire – et qu’importe si des individus vivent ici sans s’intégrer à la majorité de la population – ou bien on fête un peuple. Et si on ne fête pas un peuple, si on ne célèbre qu’une idée d’un Québec en tant que territoire, une sorte d’abribus d’individus épars attendant un quelconque autobus vers l’éternité, comment peut-on justifier l’acceptation de toutes ses composantes tout en rejetant le drapeau qui représente les aspirations de près de 50% de la population?

En interdisant un drapeau plutôt qu’un autre sur le site de sa Saint-Jean anglicisée, Thibault donne raison à tous ses détracteurs. Lui qui se faisait le grand défenseur d’une vision édulcorée de fausse diversité culturelle, de la bonne-entente et de la nation tant que celle-ci ne veut rien dire, démontre aujourd’hui jusqu’où va sa conception de la pluralité. Fêter la St-Jean, d’accord, mais pas question qu’on y voit tel drapeau ou tel autre. Le tien est bleu et blanc, tu passes. Vert, blanc, rouge, tu ne passes pas. Noir, blanc, tu ne passes pas non plus.

Quelle sera la prochaine étape? Se fera-t-on fouiller à la recherche d’une carte de membre de la Société Saint-Jean-Baptiste, du Mouvement Montréal français ou du Parti Québécois? Jusqu’où doit-on reculer? L’année dernière, on nous enlevait notre fête francophone, cette année nos drapeaux; faudra-t-il faire un serment d’allégeance à la reine ou chanter le Ô Canada l’an prochain?

Qu’est-ce qui est pire, dites-moi? Exiger une fête nationale dans la langue de la nation en acceptant toutes ses composantes se reconnaissant dans notre langue commune ou faire la promotion d’une St-Jean faisant place à une langue étrangère et refusant l’accès à quiconque ne porte pas le bon drapeau? Qui fait preuve de tolérance, et qui refuse de considérer la diversité du peuple québécois?

C4, un problème explosif

Le problème avec cet événement est très simple: C4 est une entreprise à but lucratif. Privé, comme dans profits, intérêts, retours sur l’investissement. Même s’ils ont créé un OSBL fantoche appelé Société de développement des nouveaux événements culturels de Rosemont, une recherche rapide dans le registraire des entreprises nous permet d’y découvrir que Pierre Thibault se trouve derrière les deux organisations.

En fait, C4 a même volé la marque de commerce de l’Autre St-Jean, qui appartenait à l’Association culturelle Louis-Hébert (ACLH), un organisme à but non lucratif et qui organisait jusqu’alors la fête nationale du quartier. Comparez les deux extraits du registraire suivant: SODNEC et ACLH. L’Autre St-Jean, à l’origine, appartenait à l’ACLH, et Pierre Thibault, pour ne pas se faire accuser de privatiser ouvertement la fête, a donc créé son OSBL de façade pour obtenir des subventions et pouvoir organiser « sa » fête.

Et des subventions et de l’aide, il en a obtenues! Notamment de la part du bar Chez Baptiste, où travaille Marilyn Lacombe (la blonde de Thibault qui, selon plusieurs de mes sources, a eu énormément de difficulté à produire des factures réelles alors qu’elle gérait l’événement l’an dernier) qui, lors de la dernière campagne électorale municipale, a servi de quartier général officieux à François Croteau, aujourd’hui maire de Rosemont-La Petite-Patrie. Seriez-vous surpris d’apprendre que Croteau a accordé son appui à cette fête? Seriez-vous même étonné si je vous disais qu’il a appuyé l’OSBL de C4 en février… alors que celle-ci n’a été créée qu’en mars?

C’est d’une nébuleuse dont il s’agit. Des individus aux méthodes peu recommandables, faisant la promotion de leurs propres projets, et qui se foutent éperdument de la fête nationale des Québécois. Gratte-moi le dos, je te gratterai le tien; donne-moi de quoi garnir mon c.v. et moi je te supporterai le moment venu. Un réseau d’individus sans scrupules, prêts à tout pour mousser leurs carrières respectives et n’ayant pas le moindre problème à mépriser les Québécois venus, en toute naïveté, fêter leur fête nationale avec le drapeau représentant le mieux leur nation.

En fait, au-delà de la langue et du contrôle absolu – et abusif – des carriéristes à la tête de cette fête, il s’agit d’un exemple supplémentaire des dérives possibles lorsque nos élus se délaissent de leurs responsabilités et privatisent notre bien commun. Qu’on se le dise et qu’on le redise: la fête n’appartient pas à C4, à Pierre Thibault ou à Simon Jodoin, son sous-fifre de fouille-merde qui fait sa sale job de bras dans les médias. La fête appartient aux Québécois. C’est une possession collective.

On n’a pas davantage le droit de privatiser une fête, comme l’a permis François Croteau dans Rosemont, que de privatiser l’eau. La fête est à tout le monde, elle est vitale, elle nous transcende, elle nous rend fier, elle nous ressemble et nous rassemble. Peu importe la couleur de notre peu, notre habillement, notre âge, notre sexe, notre religion, notre drapeau, nous nous sentons interpellés par elle parce qu’elle fait partie de nous.

Et c’est cette partie de nous-mêmes qu’ont offert à C4 les élus de Rosemont. C’est ce profond respect de la diversité de notre nation, de notre ouverture aux diverses manifestations du nationalisme, aux différents drapeaux qui animent notre Histoire, qu’on souillé non seulement C4, mais ceux qui leur ont permis d’occuper l’espace public tout en se permettant de décider quel drapeau pouvait se manifester et quel drapeau devait rester cacher, bien loin dans le fond des poches de notre mémoire.

Notre fête nationale, nous la voulons inclusive. Nous désirons intégrer toutes les cultures à notre langue et à notre identité communes. C’est une foule de bleu et de blanc, mouchetée de vert-blanc-rouge et de quelques drapeaux noirs, venue écouter des artistes – même ceux n’ayant pas le français comme langue maternelle – chanter dans la langue nationale et se reconnaître en nous, qui fait la richesse de notre fête et qui représente sa réelle ouverture. Si on nous vole cette ouverture, si on nous enlève cette capacité à intégrer l’autre dans le respect de la diversité des formes de célébration de notre nation francophone, que nous reste-t-il? Ce n’est pas seulement un drapeau qu’on nous perquisitionne, c’est notre voix, celle de nos ancêtres qui sont morts pour que nous ayons, aujourd’hui, le droit de vivre dans la dignité.

Il serait peut-être temps de cesser d’offrir nos espaces publics et l’organisation de quelque chose d’aussi important que la fête nationale à un organisme privé, quand bien même se couverait-il de la fausse apparence d’un OSBL. Et si on rappelait aux François Croteau de ce monde que les Québécois rejettent toute forme de privatisation de leur Saint-Jean-Baptiste et n’acceptent pas de se faire dépouiller ni de leur identité, ni de leurs drapeaux?

Qui aurait cru qu’en 2010 le drapeau patriote serait toujours aussi dangereux pour les traîtres et les carriéristes!

À nous de démasquer ceux qui leur permettent de prospérer.

LouisPréfontaine

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Loi 101 ou financement proportionnel ?

La possibilité de plus en plus sérieuse que le Parti Québécois puisse inclure dans son programme l’application de la Loi 101 au cégep ne saurait être passée sous silence. Si le PQ allait vraiment jusqu’au bout avec cette idée, ce serait une grande victoire pour la nation québécoise. Ceci dit, il y a une autre avenue qui mériterait d’être étudiée: le financement en fonction du poids démographique des anglophones.

On ne saurait assez le répéter: l’idée d’appliquer la Loi 101 au cégep est une bonne idée, une excellente idée. On réussit, à l’aide d’une loi, à assurer ce qui va de soi dans la quasi-totalité des pays industrialisés: l’enseignement public dans la langue commune. La Loi 101 permet cela, et ce n’est pas rien. Elle nous permet d’exister. Avant son application au primaire et au secondaire, en 1977, 85% des immigrants allaient à l’école anglaise; grâce à elle, nous repoussons encore un peu notre disparition.

Malgré tout, elle possède une faiblesse intrinsèque: c’est une loi. Et, comme toute loi, elle implique des pénalités à ceux qui ne la respectent pas. En d’autres mots: elle est coercitive. Même s’il va de soi que les lois sont utiles et permettent un meilleur vivre-ensemble, elles donnent parfois l’impression d’empêcher les gens de vivre comme ils le désirent. En appliquant la Loi 101 au cégep, plutôt que de parler de l’intégration maximale des immigrants qu’elle permettrait d’accomplir, n’importe quel anglomane de service arrive à marquer des points, si faibles soient ses arguments, en rappelant que la Loi empêcherait les uns ou les autres de profiter d’un service auquel ils prétendent avoir droit. Bref, qu’importe si la loi est bénéfique et souhaitable, elle demeure une loi et à une ère de l’individualisme triomphant et du « j’existe donc je peux », n’importe quelle mesure qui « empêche » est mal vue.

Pour un financement proportionnel au poids démographique

La solution n’est ni nouvelle ni bien compliquée. Plutôt que d’avoir un réseau public anglophone bien financé dont on prive d’accès les francophones et les immigrants, il suffit d’établir un financement proportionnel au poids démographique de la population de langue maternelle anglaise.

Déjà, en 1970, le Parti Québécois le proposait dans son programme:

Le Québec entend reconnaître les droits scolaires de la minorité anglophone. Le chiffre de cette population sera déterminé par un recensement général qui aura lieu tous les cinq ans. Ce chiffre permettra d’établir la proportion du budget du ministère de l’Éducation qui doit être consacrée aux établissements scolaires anglophones, de l’école élémentaire à l’université, que ce soit pour leur création, leur maintien, leur développement ou leur budget annuel de fonctionnement.

En clair, en ce moment, les anglophones de langue maternelle forment 8,2% de la population, mais ils reçoivent près de 19% des subventions pour leurs cégeps et 27% pour leurs universités. En finançant ces institutions en fonction du nombre d’inscrits, on ne fait que perpétuer la domination séculaire de la langue anglaise sur la française. La Loi 101 agit comme un pansement sur une plaie qu’on se refuse à bien cautériser.

Chaque année où nous continuons à sur-financer les établissements anglophones est une année où les allophones et les francophones de langue maternelle viennent gonfler le nombre d’anglophones de langue d’usage.

Si on désire vraiment régler le problème, une fois pour toutes, il faut se sortir de toutes les acrobaties juridiques et législatives. Revenons à la base. Les anglophones forment 8,2% de la population; qu’on finance leurs cégeps et leurs universités à 8,2% du budget total. Et qu’on donne la balance aux institutions francophones.

Renverser la vapeur

Une telle politique, qui mettrait fin au sous-financement des institutions francophones tout en respectant le poids démographique de la minorité historique anglophone, permettrait naturellement de franciser les études supérieures. Les institutions anglophones perdraient rapidement de leur superbe en étant obligées de faire face à l’importance numérique réelle des anglophones au Québec et les établissements francophones disposeraient des moyens nécessaires afin d’assurer un enseignement de la plus haute qualité. C’est d’un renversement total de la situation dont on parle.

Ainsi, l’étudiant francophone désireux de poursuivre ses études collégiales en anglais pourrait le faire, mais son choix impliquerait qu’il choisisse un réseau anglophone plus modeste et qu’il tourne le dos à un réseau francophone mieux financé.

On passe d’une logique de coercition avec une Loi 101 qui empêche le choix à une logique rationnelle qui incite naturellement le Québécois à poursuivre ses études dans un réseau qui est financé à la hauteur de son poids démographique.

On passe du « tu ne peux pas faire cela » à « fais ce qu’il te plaît », mais dans un contexte où l’État cesse de sur-financer le réseau anglophone.

La carotte plutôt que le bâton.

Et la fin de la victimisation des « pôvres » anglophones tellement opprimés par les méchants nazis et leur LOI…

Malgré tout, si le PQ allait de l’avant avec la Loi 101 au cégep, ce serait un pas dans la bonne direction. Il s’agirait d’une victoire, mais qui ne doit pas nous faire oublier les autres luttes à mener, notamment celle pour mettre fin à une situation où le gouvernement finance des études dans une langue qui nous menace à deux ou trois fois la hauteur de la minorité traditionnelle de cette langue.

Et, de la même manière, que nous, Québécois, disposons d’un réseau scolaire moins bien financé que ne le justifie notre poids démographique.

Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente, disait Pierre Falardeau. Quarante ans après que le PQ ait pour la première fois proposé de mettre fin au sur-financement des écoles anglaises, il serait peut-être temps de remplacer les boeufs par des tracteurs mécaniques et de labourer en grand cette terre qui attend toujours la première récolte.

Tant que nous accepterons de vivre chez nous comme des citoyens de seconde classe, les autres nous traiterons comme tel.

Louis Préfontaine (son site)

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Loi 103: la dictature de l’arbitraire

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées.

Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise.

Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.

Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées.

Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.

Le courage

Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun.

Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.

Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.

Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.

La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.

En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.

Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.

Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.

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Gérard Deltell, l’ADQ et notre disparition

Colonisé. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Alors que le français recule au Québec, qu’il devient de plus en plus difficile de travailler ou de fonctionner dans la langue commune à Montréal et dans ses banlieues, que de plus en plus de commerces et d’institutions se bilinguisent et violent la Loi 101, que propose le chef de l’ADQ, Gérard Deltell? Il veut intensifier l’apprentissage de l’anglais et bilinguiser la jeunesse québécoise.

« Il faut que ce soit bilingue. Il faut que nos enfants soient bilingues. Il faut qu’on ait une génération bilingue au Québec. On ne peut plus se permettre d’attendre. Il faut le faire là » a affirmé l’ancien journaliste de TQS catapulté à la tête du parti moribond. On aurait envie de lui demander: pourquoi une telle urgence, pourquoi un tel culte du bilinguisme? Aurait-on perdu une guerre, aurait-on été soumis à un quelconque envahisseur au cours des dernières années qui nécessiterait de la part de nos enfants l’apprentissage d’une langue étrangère?

Le bilinguisme, pourtant, dans un contexte minoritaire, c’est la mort. Dans toute l’histoire de l’humanité, dites-moi, connaissez-vous un seul peuple qui, minoritaire, est devenu entièrement bilingue avec la langue majoritaire sans perdre sa propre langue? Moi, je connais le gaélique qui est disparu d’Irlande quand les Irlandais sont devenus bilingues avec la langue anglaise, et je connais le français qui est mort en Ontario avec le culte du bilinguisme qui a sournoisement détruit les reliquats d’une présence française à l’ouest de la rivière des Outaouais. C’est cela le bilinguisme: la mort de la langue faible. Car le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est bel et bien un état transitoire d’une langue vers une autre.

Ce culte du bilinguisme nous affaiblit. Il nous convainc de la nécessité d’apprendre une langue étrangère pour travailler chez nous, mais il nous occulte cette vérité que la langue étrangère ne devrait pas nous permettre le travail, mais que le travail devrait se faire dans notre langue commune. Autrement dit: alors que nos parents et grands-parents se sont battus pour que nous puissions atteindre les plus hauts échelons en français, nous nous prostituons, seuls dans notre individualité, dans une langue qui n’est pas la nôtre et nous oublions notre devoir historique d’action collective pour la protection de cet héritage linguistique.

Imposer l’anglais – ou toute autre langue étrangère – à nos enfants, c’est capituler devant un monde unidimensionnel, un monde qui refuse la pluralité des langues et des peuples. C’est aussi utiliser notre force collective – l’État – pour détruire notre cohésion sociale et encourager ce qui nous nuit déjà, c’est-à-dire l’anglicisation qui fait reculer notre langue à Montréal et dans sa région immédiate. C’est cautionner un état des choses où on demande de plus en plus la connaissance de langues étrangères pour des emplois qui ne le nécessitent pas vraiment et où la langue étrangère est placée sur un piédestal. On préfère bilinguiser chaque Québécois plutôt que d’exiger la francisation de chaque emploi. Lâcheté.

La proposition de l’ADQ est non seulement stupide, mais elle va à l’encontre des solutions qui devraient être mises en place par tout gouvernement sensibilisé aux dangers linguistiques. Plutôt que d’accroître la présence de l’anglais chez notre jeunesse, il faudrait plutôt la réduire et éliminer les cours d’anglais au primaire et au secondaire. Il faudrait rétablir la valorisation d’un bon orthographe français et de la connaissance la plus parfaite possible de notre langue. Plutôt que d’apprendre à nos jeunes à jouer de plusieurs instruments de musique, il faudrait leur apprendre à en maîtriser réellement un seul, quitte à ce que ceux-ci choisissent de s’initier à un autre dans leurs temps libres. Ce n’est pas à l’État québécois à financer des mesures qui nuisent à la cohésion sociale et qui font de l’anglais la seule et réelle langue commune de notre territoire. Le faire équivaudrait à un suicide collectif rapide et à une anglicisation conduisant directement à notre disparition.

Que l’ADQ cherche à tout prix à se faire remarquer, on le comprend. L’ancien parti de Mario Dumont survit littéralement sur le respirateur artificiel. Cependant, il ne faudrait pas oublier que derrière cet appel désespéré se cache toutes les fausses sirènes du bilinguisme qui aliénient notre peuple. S’il faut le répéter, qu’on le fasse: l’État doit être au service de la collectivité et cette collectivité qui désire survivre entend le faire en français. Conséquemment, l’État ne doit pas, sous aucun prétexte, se substituer à la volonté parentale et enseigner une langue étrangère à nos enfants. Si un parent désire que son enfant parle anglais, mandarin ou russe, qu’il lui paie un cours privé après les heures de classes: l’école doit favoriser la cohésion sociale et cette cohésion passe par le français.

Si nous reculons, si nous écoutons les vieilles démagogies adéquistes débilitantes, ce n’est pas seulement notre capacité à survivre en tant que peuple francophone qui écoperait, mais également notre compétence à décider nous-mêmes de notre propre survivance et notre faculté à intégrer les nouveaux arrivants en français, dans notre langue, la seule qui nous soit commune et qui doit être enseignée dans nos écoles.

L’autre choix porte un nom: disparition.

Louis Préfontaine

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Le spectacle de la terreur

Les terroristes ont toujours de bonnes raisons. Qu’ils se fassent exploser au milieu d’une foule, qu’ils répandent un gaz mortel dans le métro, qu’ils tuent un médecin pratiquant l’avortement ou qu’ils massacrent gratuitement une vingtaine de civils comme l’a fait Israël hier, ceux qui pratiquent la terreur se présentent toujours en victimes.

« Ils ont non seulement refusé de collaborer, ils ont délibérément attaqué nos soldats » s’est plaint le premier ministre israélien, en visite à Ottawa aujourd’hui. Avouez qu’elle est bonne. Israël attaque des bateaux en eaux internationales – des bateaux remplis de plus de 10 000 tonnes d’aide humanitaire, d’aide médicale, de vêtements, de nourriture, de fournitures scolaires; des bateaux avec des journalistes, des religieux, une ancienne lauréate du prix Nobel de la paix, un rescapé de la Shoah, des écrivains, des personnalités publiques; des bateaux dont le seul but était d’alléger les souffrances des Palestiniens de la bande de Gaza, victimes d’un blocus israélien illégal et qui rend leur existence misérable – et extermine une vingtaine de civils innocents, mais évidemment, ils l’avaient cherché. Vous imaginez, le soldat armé jusqu’aux dents, violant les lois internationales, arraisonnant un navire pour la seule raison qu’il allait à un endroit qu’Israël s’est illégalement approprié, qui débarque en pleine nuit avec tout son attirail, et qui fait face à des militants, des écrivains, des journalistes, et des pacifistes? Oh le pauvre soldat israélien!

La situation israélienne est devenu tellement risible qu’on se demande si le rire ne constitue pas la dernière façon de conserver un semblant de stabilité mentale. Il y a un an, on condamnait un Canadien d’origine rwandaise de crimes contre l’humanité pour son rôle dans le génocide de 1994. Et aujourd’hui, en 2010, on accueille Benyamin Nétanyahou, le premier ministre israélien, à bras ouverts, on se donne des accolades, on parle de fraternité, de pays alliés. Pendant que Gaza est devenu un camp de concentration à ciel ouvert, que des centaines de milliers de personnes y vivent entassés comme des cloportes sous une roche, que l’électricité n’y est qu’intermittente, que des humains y meurent faute de médicaments, nous, ici, dans ce beau grand Canada « coast to coast », accueillons le chef de l’État responsable de cette barbarie et le traitons avec les meilleurs égards.

Il n’y a vraiment pas de justice dans ce monde. Ou plutôt, sur une planète où tout s’achète et tout se vend, la justice est devenu un bien de consommation comme un autre, qu’on joue à une bourse de la misère humaine où la valeur d’un Juif doit bien valoir un zillion de fois celle d’un Palestinien. Qu’un citoyen américain ou israélien soit victime d’un crime, s’il meurt le drapeau à la main en priant Dieu ou Yahvé, et il aura droit à une cérémonie grandiose, à des représailles terribles contre ses bourreaux. Mais qu’un peuple en entier se fasse écraser le visage dans la boue depuis un demi-siècle par un pays lui ayant volé ses terres, ses maisons, ses frontières, sa dignité et qu’on fauche la vie de dizaines de héros ayant décidé de lutter concrètement contre ce lent génocide, et on aura droit aux « regrets » officiels de Stephen Harper. Pas une condamnation, pas une dénonciation. Non, non, des regrets. Oups, scusez madame, je n’avais pas vu votre pied.

S’il y avait une justice dans ce monde, ou à tout le moins dans ce pays, Benyamin Nétanyahou serait aux arrêts, prêt à subir un procès pour crime contre l’humanité. Le Canada exigerait des frappes aériennes de l’OTAN contre Israël pour faire cesser ces crimes odieux et Washington cesserait de donner plus de trois milliards de dollars d’aide militaire annuellement à l’État hébreux et se servirait de ces ressources pour rebâtir la Palestine.

Oui, s’il y avait une justice, nous serions peut-être encore un peu des humains.

En attendant, c’est le spectacle qui continue. Celui qui se joue à guichets fermés depuis la nuit des temps et qui met en scène les jeux de pouvoir de puissants pour qui la vie d’autrui ne constitue qu’une variable comme une autre dans une équation pour le pouvoir et où les pires atrocités trouvent toujours toutes sortes d’explications tordues.

Pour le bien de tous, évidemment.

Demandez ça aux morts.

Louis Préfontaine

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Les deux nationalismes

Il y a deux nationalismes dans les rues du Québec en ce moment. Celui qui s’affiche avec le fleurdelisé ou le drapeau des Patriotes et celui qui se vit en bleu-blanc-rouge, à l’image du club de hockey des Canadiens de Montréal. Le premier se célèbre à dates fixes, presque avec modestie, alors que le second est exubérant, s’affiche sur chaque voiture, se klaxonne dans les rues, se convertit en émeute, occupe toutes les tribunes. Pourquoi l’un serait-il plus important que l’autre?

On aime parler du côté rassembleur du hockey. Peu importe tes origines, tes valeurs, si tu te reconnais dans les règles du jeu et que tu connais le nom de quelques joueurs, tu fais partie du groupe. On ne te demande pas grand chose: comprends et respecte la forme du jeu, ses lois et ses principes, accepte que ses règlements fassent partie intégrante de la partie, et tu deviens membre de la grande fraternité des amateurs de hockey du Québec.

Alors, il devient possible de se promener avec des drapeaux du CH, des tatouages du CH, des coupes de cheveux à l’effigie de la « Sainte Flanelle », des serviettes du CH, des peluches du CH, des sacs à dos du CH, des chandails du CH, des manteaux du CH, des casquettes du CH, alléluia! Ça, c’est la fierté acceptable, le nationalisme propret, ce sentiment d’appartenir à une collectivité partageant les valeurs communes du sport.

À l’opposé, il semble qu’on ait peur de célébrer l’autre nationalisme, celui qui commémore d’autres règles et d’autres lois. Certains voient même dans le nationalisme quelque chose de suspect, comme si le fait d’apprécier des valeurs communes dans la vraie vie serait plus dangereux que dans le sport. Un individu habillé du CH de la tête aux pieds encouragera la discussion et sera qualifié de « vrai » partisan; un autre qui a des effigies des Patriotes ou qui s’enroule dans son drapeau sera vu comme un fanatique, un « pur et dur », bref quelqu’un de suspect.

Pourtant, le nationalisme québécois n’est-il pas tout aussi inclusif et respectable que celui du Canadien de Montréal? Au hockey, il y a les traditions, les pénalités pour rudesse, les cérémonials; on accepte quiconque comprend et accepte ces règles. Dans la société, c’est la même chose: que tu sois Noir, Blanc, Jaune ou Vert avec des picots, on ne veut pas savoir d’où tu viens, pour paraphraser Pierre Falardeau, mais où tu vas! On ne veut pas connaître ta vie, on veut savoir si tu comprends qu’un coup de bâton intentionnel en plein visage contrevient aux valeurs du hockey et que de vivre ici sans apprendre notre langue contrevient à nos règles communes. On ne veut pas être au courant de ce que tu fais dans ta chambre à coucher, on aimerait que tu saches reconnaître la longue histoire du Canadien de Montréal et son désir de victoire avec la même passion que celle de notre peuple. On ne veut pas savoir quelle langue tu parlais chez toi à l’origine; dans notre sport, il n’y a que la langue du hockey, et dans notre pays il n’y a que la langue du pays: le français.

Deux nationalismes, deux modèles d’intégration, deux façons d’inciter les nouveaux arrivants à participer à leur société d’accueil. Deux collectivités qui ont leurs règles propres, leurs codes, leurs histoires, leurs façons de vivre. Mais pourquoi s’intègre-t-on plus facilement au hockey qu’au peuple québécois?

Et s’il était plus facile pour un immigrant de s’intégrer et de respecter le Canadien de Montréal et le sport du hockey simplement parce que les règles et les attentes y sont plus claires? Et si, à l’opposé, les attentes du Québec étaient trop floues, complexes, et pas assez assumées?

Si le hockey était comme l’État multiculturaliste

Si le hockey fonctionnait comme notre État, actuellement, il chercherait tellement à plaire à tout le monde qu’il perdrait le respect de tout un et chacun. On établirait des quotas de minorités visibles dans l’équipe. À chaque pénalité, on irait devant un processus d’appel, et révision, à la Cour de ceci ou cela pour déterminer si la pénalité viole les droits individuels. On permettrait aux joueurs Sikhs d’avoir le bâton dans une main et leur poignard dans l’autre. On jouerait les hymnes nationaux des pays de chaque « membre d’une communauté » présente dans l’amphithéâtre. On accuserait les arbitres de faire du profilage racial et après qu’un gros « goon » ait disjoncté et blessé un autre joueur, une coalition contre la brutalité des arbitres se mettrait en place pour se battre contre sa suspension.

On donnerait un avantage numérique à une équipe comptant des joueurs d’autres origines à titre de discrimination positive. On poursuivrait en Cour un entraîneur pour libelle. On givrerait les baies vitrées pour empêcher les juives orthodoxes de voir des hommes faire du sport. On construirait un nouvel aréna dans le sens de la Mecque. On éliminerait les parties du samedi soir pour ne pas nuire au Juifs. On annoncerait les buts et les pénalités dans 150 langues pour ne pas faire de discrimination. On enlèverait les portraits de Maurice Richard ou Guy Lafleur afin de ne pas donner l’idée qu’il aurait pu y avoir un peuple francophone à l’origine de cette équipe. Et la liste s’allonge!

Si le hockey était à l’image de notre société, on ne pourrait plus y jouer ou l’apprécier. Il faudrait penser à chaque mot, peser le pour et le contre de chaque virgule, se sentir mal de chaque règlement et se questionner sur les impacts de chaque pénalité. De peur d’offusquer tel ou tel groupe, les règles deviendraient tellement confuses et malléables que plus personne ne voudrait s’y identifier.

C’est ce qui se produit, actuellement, avec le nationalisme québécois. On a tellement peur de brusquer les immigrants, tellement peur de se faire traiter de xénophobes parce qu’on ose se questionner sur nos capacités d’intégration qu’on ne discute plus de rien. On craint tellement de se faire accuser de poser violence à un tel ou une telle parce qu’on désire imposer notre langue dans notre pays, qu’on ne parle plus du pays. On aimerait tellement plaire à tout le monde et se faire aimer qu’on déplaît à tout le monde et qu’on nous méprise non pas pour ce qu’on impose aux autres, mais bien parce que nous sommes trop pleutres pour nous respecter.

Oser être soi-même

Et si on osait simplement… être nous-mêmes? Si on décidait, tout comme pour le hockey, qu’il est normal d’avoir des règles communes, des lois qui régissent notre nation et que ces règles, ces valeurs communes que sont le français, la laïcité, l’égalité hommes-femmes et d’autres, ne sont pas plus négociables qu’une pénalité au hockey?

Si nous avions assez confiance pour imposer ce que nous sommes et ainsi offrir des règles cohérentes, fortes, qui donneraient le goût aux immigrants de se joindre à nous comme on s’attache à une équipe gagnante?

Les drapeaux du Canadien ou du Québec ne se portent pas à l’épaule en signe de deuil ou bien cachés dans nos maisons. Ils s’affichent fièrement à la face du monde comme représentations d’idéaux qui nous unissent et de collectivités partageant des règles, des lois, et qui acceptent quiconque respectent ces règles et ces lois.

Car à force d’accommoder et de vouloir plaire à tout le monde, ce n’est plus seulement notre nationalisme et notre fierté qui disparaissent, mais nous-mêmes…

Louis Préfontaine

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Notre chien de garde a faim


Une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) démolit la plupart des mythes de la droite économique. Que ce soit le « travaillez plus » de Lucien Bouchard, l’enrichissement individuel de Pauline Marois ou le « moins d’État » de Jean Charest, toutes les élites de droite en prennent pour leur rhume. Évidemment, voilà une recherche dont vous entendrez très peu parler les éditorialistes en chef de La Presse…

Concrètement, on y confirme ce qui ne fait plus grand doute dans l’esprit des gens: les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Ce qui est nouveau, plutôt, c’est la compréhension de la façon dont se produit cet accroissement des inégalités sociales. De 1976 à 2006, l’économie québécoise a cru de 71%. Au même moment, la majorité des gains de revenu a été au 10% des gens les plus riches pendant que les 70% les plus pauvres ont vu leur assiette fiscale régresser. Tous les déciles sous le décile 8, à l’exception des ultra-pauvres, ont subi une détérioration de leurs revenus au cours de cette période.

Or, c’est précisément à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 qu’ont eu lieu les premières réformes néolibérales et le début du désengagement de l’État. Désassurance dentaire, hausse des frais de scolarité, diminution des prestations d’assurance-emploi, baisse des impôts aux compagnies et aux plus fortunés, cette période de trente ans a constitué l’âge d’or de ceux qui ont toujours affirmé – et qui affirment encore aujourd’hui, malgré les tourments économiques que leur idéologie a créés – qu’il fallait rendre la vie plus facile aux plus riches afin qu’ils contribuent à tirer la société vers le haut. Ce qu’on constate, aujourd’hui, est précisément l’inverse: les mieux-nantis se sont effectivement envolés avec l’argent, mais le reste de la société, à l’exception des plus pauvres, a perdu de son pouvoir d’achat. Il s’agit du constat d’un échec et d’un sérieux avertissement à ceux qui seraient tentés de croire, notamment, que le Parti Québécois ferait un bon choix en favorisant l’enrichissement individuel.

Au travail, esclaves!

À tous les Lucien Bouchard et autres soi-disant lucides qui affirment que nous ne travaillons pas assez, l’étude démontre également que l’appauvrissement collectif de la classe moyenne s’est produit au même moment où le nombre de semaines de travail de celle-ci augmentait de près de 16,5%! Parallèlement, les mieux-nantis ont vu leur charge de travail diminuer de près de 6%! Concrètement: en trente ans, l’économie québécois s’est embellie de plus de 71%, la classe moyenne travaille plus de 16,5% de plus, mais elle est plus pauvre, au moment même où lui casse les oreilles avec les soi-disant bénéfices de réformes économiques de droite! Vous y comprenez quelque chose?

En fait, le problème vient principalement du fait que l’État ne joue plus suffisamment son rôle de redistribution de la richesse. L’étude le note pertinemment bien: l’augmentation des revenus après impôts des déciles les moins riches n’était que de moitié de celle enregistrée pour le décile le plus riche. Les auteurs de l’étude notent:

L’impact de l’intervention de l’État est primordial. L’écart observé dans les gains distribués par le marché est plus faible lorsque nous considérons les effets des transferts et des impôts sur les revenus. Mais si l’État limite la croissance des inégalités, ses actions ne sont pas suffisamment vigoureuses pour pouvoir renverser ou simplement freiner cette augmentation.

Le budget de tous les dangers

Ce constat constitue la pire des critiques adressée au dernier budget provincial. Si l’État n’en fait pas suffisamment, depuis une trentaine d’années, pour limiter les inégalités sociales et tous les troubles qu’elles entraînent, le budget Bachand, avec son lot de mesures régressives (200$ pour la santé pour qui gagne 15 000$; 200$ pour la santé pour qui gagne 1 500 000$), ne pourra qu’aggraver la situation actuelle et permettre la continuation de la chute des revenus disponibles pour la classe moyenne et les plus démunis.

Et malheureusement, puisque le PQ de Pauline Marois semble avoir adopté la même idéologie de hausses de tarifs et de taxes alliées aux baisses d’impôts, cela ne laisse rien présager de bon pour l’avenir, advenant l’élection du Parti Québécois aux prochaines élections.

Affamer la bête

Tout ceci nous ramène insidieusement à la définition de l’économiste Paul Krugman, qui parle de la stratégie orchestrée pour affamer l’État. Comme l’explique Josée Legault:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes. C’est précisément ce qui s’est passé à Québec et à Ottawa.

Cette étude de l’IRIS, c’est le rapport de l’état de santé des citoyens qui doivent, théoriquement, se faire protéger par la « bête étatique », notre chien de garde collectif. Après des années de baisses d’impôts, de hausses de tarifs et de coupures de services, la bête est devenue tellement épuisée, affamée et rachitique qu’elle ne peut plus jouer son rôle d’assistance aux citoyens, eux qui sont maintenant de plus en plus « libres » de se retrouver isolés, à la merci des aléas du hasard, dans une jungle néolibérale leur proposant le projet de société d’avoir à se combattre les uns les autres pendant qu’une minorité de privilégiés continuent leur party.

Et si on se décidait enfin à hausser un peu leurs impôts et à les forcer, eux aussi, à participer à l’amélioration de la société?

Notre chien de garde étatique nous a sorti de la misère dans les années 60 et il nous a jamais laissé tomber depuis; ne le laissons pas crever de faim. Ce n’est pas à notre avantage collectif.

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La loi du plus faible

« Laissez donc les gens libres de faire ce qu’ils ont envie de faire « , disent-ils. À propos de la controverse sur ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les Anglofolies de Québec, le discours de ceux qui appuient l’événement anglomane se limite toujours à peu près à ceci: laissez faire le marché. Qu’importe si, dans le marché tout-puissant, c’est toujours le plus fort qui gagne. Et si nous, Québécois comptant pour moins de 2% de l’Amérique du Nord, sommes précisément dans une situation de faiblesse

En fait, ce qui impressionne avec la logique de ceux qui aimeraient qu’on cesse de réglementer ou de contrôler ce qui touche à la langue et à la culture, c’est précisément l’élasticité de leurs conceptions. Quand il est question d’une loi pour protéger la jeunesse des affres de la pédophilie, ils sont au front. Quand un criminel à cravate se fait arrêter, ils réclament un durcissement des peines. Quand un politicien s’acoquine avec des entreprises privées, ils veulent des lois anti-lobby. Quand un promoteur veut détruire des espaces verts pour construire des condos, ils réclament qu’on réglemente pour l’empêcher. Quand une espèce animale est menacée, ils exigent sa protection. Mais quand il est question de protéger la langue française et la culture québécoise, ils brillent d’une éclatante absence.

Or, s’il est normal et obligatoire de protéger notre jeunesse, de lutter contre les crimes économiques, de protéger notre faune et notre flore, s’il est compréhensible de les soustraire au libre-marché, pourquoi serait-ce différent dès lors qu’il est question de notre langue et de notre culture ? Pourquoi serait-il plus acceptable de brimer la « liberté » d’un citoyen désirant polluer un lac contenant une espèce rare de poissons que celle d’un festival recevant des millions de dollars de l’État et qui contribue, même modestement, à accélérer le recul de nos valeurs communes ?

Certains diront pourtant – et ils me l’ont affirmé plusieurs fois – que ce n’est qu’un festival. « Le français ne va pas disparaître du Québec parce qu’on invite surtout des groupes anglophones ! » déclamait à peu près un individu sur le groupe Facebook dénonçant le peu de présence francophone au festival. C’est une évidence qu’individuellement cet événement ne scellera pas davantage la fin de notre expérience francophone en Amérique du Nord qu’un déversement de cyanure dans un lac protégé ne détruirait toutes les espèces menacées. Est-ce que cela rend la chose morale pour autant ? Non. Il n’y a aucune morale qui puisse justifier l’inaction, que ce soit pour protéger un seul lac menacé ou pour promouvoir notre langue lors d’un seul événement. Une espèce en danger est en danger, que ce soit dans le lac de l’île Notre-Dame ou dans le Lac St-Jean ; une langue menacée est menacée, que ce soit à Montréal toute l’année ou à Québec pendant un festival de onze jours.

La peur de la Loi

Il semble y avoir une gêne à légiférer dès qu’il est question de culture et de langue. Comme si, collectivement, nous avions oublié la raison d’être de tels règlements ; comme si nous nous étions déconnectés de ce qui avait rendu la Loi 101, les quotas de contenu francophone à la radio et d’autres mesures nécessaires à la survie du français il y a à peine une génération.

Aujourd’hui, alors qu’on a laissé la Loi 101 se faire détruire morceau par morceau et qu’on remet parfois ouvertement en question les quotas radiophoniques, nos politiciens sont devenus de véritables pleutres du français. Ils craignent le dossier linguistique comme la peste. Ils se sont dépêchés, par exemple, de voter une résolution d’appui au Festival d’été de Québec. Plutôt que de prendre le problème de front et d’exiger l’établissement de règles garantissant que les subventions gouvernementales en matière de culture doivent assurer une présence satisfaisante du français, ils se sont avachis, unanimement, et ont décidé ainsi de récompenser l’anglomanie triomphante d’un festival n’ayant désormais de québécois que le nom de la ville, ou presque.

Alors que dans la plupart des pays il s’agit d’une normalité que de subventionner ce qui sert à renforcer et à promouvoir la culture locale et nationale, le Québec fait bande à part précisément dans un domaine où son statut de simple province le rend plus vulnérable. Concrètement : si d’autres pays sont conscients de la nécessité d’utiliser les deniers publics dans un objectif de cohésion sociale, culturelle et linguistique, comment une simple province comme le Québec pourrait-elle arriver à un tel objectif en finançant un festival où près de 60% des artistes joueront dans la langue qui la menace directement ? Pire : comment peut-on se montrer fier d’un tel à-plat-ventrisme et d’un tel refus de protéger notre plus grande richesse, le français, et de favoriser l’émergence et la réussite de groupes s’exprimant dans notre langue commune ?

On ne le dira jamais assez : le libre-marché, ce je-m’en-foutisme érigé en dogme absolu, ne peut pas assurer la survie du faible. Le français a réussi à prospérer au Québec et à intégrer les immigrants grâce à la Loi 101. Avant celle-ci, 90% des nouveaux arrivants s’intégraient en anglais. Notre culture s’est raffermie parce que des hommes courageux ont décidé de ne pas laisser la main invisible du marché décider à notre place. Notre langue est devenue langue commune et d’inclusion parce que des politiciens conscients de leur rôle historique ont décidé que, parfois, une Loi est nécessaire et que si cette Loi peut brimer une minorité de la population, elle assure la plus grande des libertés à la majorité, celle d’assurer la survie de ses valeurs fondamentales.

Nous ne sommes que 2% de l’Amérique du Nord. Si nous étions une espèce animalière, nous serions aussi protégés que peut l’être le béluga du St-Laurent ou le carcajou. Mais puisque nous sommes des Québécois, nous finançons nous-mêmes notre propre disparition et nous élisons des députés pour qu’ils applaudissent quand on méprise nos valeurs et qu’on nous impose un festival d’une telle aridité culturelle que même la beauté de la verve d’un Vigneault ne pourrait s’y enraciner.

Cette liberté de laisser-faire, ce n’est pas une liberté, mais bien le pire des marchés de dupes, où on nous couvre de fausses idoles pendant qu’on nous dépossède de nos âmes et qu’on nous propose des tas de plantes exotiques en pots pour remplacer la forêt vivace qui peuplait l’imaginaire de nos ancêtres.

Louis Préfontaine

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Faut-il boycotter le festival d’été du Québec

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L’anglomanie croissante du Festival d’été de Québec, qui a saupoudré une programmation anglophone d’une pincée de Vigneault et d’une soirée franco-québécoise comme on ajoute du sucre à n’importe quel plat indigeste, démontre à quel point cette organisation n’a rien à foutre de notre langue et de notre culture. Neuf mois après avoir versé des larmes de crocodile sur ledéménagement des Francofolies de Montréal, on offre désormais aux citoyens un ramassis de tout ce qui se fait en anglais et on lance le message aux touristes qu’à Québec, c’est dans la langue de Shakespeare que ça se passe.

Iron Maiden, Black Eyed Peas, Billy Talent, Rammstein, Dream Theater, Great Lake Swimmers, Roger Hodgson, Arcade Fire, Bedouin Soundclash et John Butler Trio (qui se produiront, en anglais, au Parc de la Francophonie, haha!) seront présents. Québec, disiez-vous? On croirait plutôt qu’il s’agit du festival d’une quelconque ville canadienne ou américaine. Au touriste anglophone qui vient ici et qui – déjà – se fait (trop) largement servir dans sa langue, on lui sert en plus sa propre musique. Que lui restera-t-il, ensuite, de son passage à Québec lorsqu’il retournera chez lui? Une carte postale aux sonorités anglaises et à la musique de fond anglaise. C’est cela le message que lance un tel festival, avec seulement huit spectacles en français sur onze jours de festival et trois scènes.

Bien sûr, les bien-pensants de la Vieille Capitale – et ils sont nombreux – rétorqueront, bien à l’abri dans leur ville ne subissant pas l’anglicisation accélérée vécue par la région métropolitaine, qu’il faudrait « s’ouvrir sur le monde » et célébrer la « diversité ».

Or, comment peut-on parler d’ouverture sur le monde quand on ne choisit qu’une seule langue pour la vivre? Comment parler de diversité quand la plupart des spectacles auront lieu dans une même langue, selon des sonorités semblables et une culture musicale commune? La diversité, c’est nous. La survie du français au Québec et notre capacité à nous créer et à appuyer une culture riche et vivante assurent notre présence dans le temps et notre contribution à l’enrichissement et à la diversité culturelle mondiale.

Présenter des groupes étrangers ou d’autres ayant fait le choix de renier leurs origines ou la culture de la société qui les accueille (c’est le cas de Arcade Fire), personne n’est contre, si cela se fait d’une manière modérée, un peu comme on accompagnerait un met local, dans un pays du Sud, avec un peu de ketchup Heinz. Mais lorsque les hamburgers remplacent le poisson exotique, lorsque les frites se substituent aux légumes du pays, ce n’est plus un met offrant une quelconque diversité qu’on se met sous la dent, mais la même bouillie graisseuse que n’importe où ailleurs sur la planète anglo-saxonne. On réduit la diversité, simplement, et on fait le choix – un choix qu’on offre désormais au touriste venant à Québec cet été – de rejeter à son tour notre propre culture.

Think big

Évidemment, organiser un festival plus respectueux du caractère francophone du Québec nécessiterait d’en réduire l’ampleur. Il y aurait probablement moins de personnes à chaque spectacle, moins de touristes, mais vaut-il mieux habiter la grosse baraque du voisin ou posséder sa propre maison plus modeste, mais plus chaleureuse?

De même, l’an dernier, le coût du laisser-passer du festival était de 35$; cette année c’est plus de 50$. Avec un festival à hauteur d’homme, il y a fort à parier que le prix serait moindre, et on pourrait probablement s’offrir davantage de spectacles gratuits.

Le problème, malheureusement, c’est cette mentalité du « think big » qui s’est emparée des organisateurs. Plus gros, toujours plus gros. Et qu’importe si on y perd son identité au passage. Qu’importe si le festival, qui devrait constituer l’image de marque de la ville, ne nous représente plus le moins du monde. Qu’importe si un tel événement pourrait aider des artistes d’ici à se faire connaître et à performer; il faut être gros, toujours plus gros.

Et à ceux qui s’offusquent, on agite la liasse de billets verts que les touristes viennent dépenser pendant le festival. Comme si l’argent constituait l’argument suprême. Comme si un festival n’était qu’un simple outil financier servant à prostituer une ville en entier pour avoir le loisir d’accueillir de gros Américains venant écouter Black Eyed Peas un soir avant de repartir le lendemain matin en rotant leur McDonald ou leur Burger King. Comme si c’était cela, la vie culturelle. Comme si la ville de Québec ne constituait qu’une entreprise devant avant tout faire des profits.

Dites-moi, combien vaut la mort du français en Amérique du Nord?

On me dira: ce n’est qu’un festival, tout comme on m’a dit, précédemment, ce n’est que leslogan d’une école, ce n’est que la ville de Laval, ce n’est qu’Alain Dubuc, ce n’est qu’unhôpital, ce n’est qu’un retard scolaire, ce n’est qu’une circulaire en anglais de The Brick, ce ne sont que de petites erreurs de l’OQLF, ce ne sont que quelques candidats anglophones de Projet Montréal, ce n’est qu’une affiche, ce n’est qu’un tribunal, ce ne sont que des Jeux Olympiques, ce ne sont que quelques cours en anglais à l’UQAM, ce n’est qu’un théâtre, ce n’est qu’un groupe Facebook bilingue, ce n’est qu’une Saint-Jean bilingue, ce ne sont que desclients ordinaires, ce n’est que de la musique au Centre Bell, ce n’est que Pascale Picard

Et un jour, insidieusement, on dira: ce n’est que le peuple québécois.

Sur le bord du précipice linguistique, ce n’est pas la longueur du pas vers le vide qui compte, mais la distance qui nous y sépare. Ce festival anglomane constitue simplement le millimètre supplémentaire nous rapprochant de l’abîme et contribuant à faire du Québec une prochaine Louisiane.

Que ceux qui sont encore fiers d’être des Québécois se lèvent et boycottent ce festival.

Louis Préfontaine

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Pelleter la neige vers l’avant

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« Wouaaaaaaaaaaaaaaah! Wouaaaaaaaaaaaaaaaah! » Les cris étaient stridents et dérangeaient la quiétude habituelle de l’épicerie. Sorte de mélange acide entre une sirène atomique et les pleurs d’un enfant qu’on égorge, les sons venaient par vagues successives et inondaient de douleur et de consternation la foule bigarrée des clients habituels hébétés assistant à ce triste spectacle. « Lâchez-moi, lâchez-moi! Wouaaaaaaaaaaaaah, vous me faites mal » gueulait la petite dame d’une cinquantaine d’années tout en se débattant comme un diable tombé dans l’eau bénite.

Au bout de quelques minutes de ce manège, et alors qu’elle commençait à essayer de frapper les employés qui la retenaient, le gérant a pris les choses en main et l’a plaqué contre un des comptoirs. Et moi, comme tous les autres, je regardais, avide, avare même, l’homme et les deux femmes tenter de retenir celle qui avait été prise à voler. Étant arrivé au milieu de la scène, je m’attendais à ce que d’autres que moi se soient offerts pour aider, mais il semblerait qu’à Tétreaultville, c’est le chacun pour soi qui compte.

Je m’offris donc pour donner un coup de main, ou plutôt un coup de bras et de bedaine, étant relativement costaud, et je passai ainsi les dix minutes suivantes à retenir une femme sur un comptoir d’épicerie, à l’empêcher de bouger et de se faire mal. Le gérant, lui, était coupé au visage et saignait; la dame lui avait arraché un morceau du front avec ses oncles. J’espérais qu’elle n’avait pas le SIDA. J’espérais que la police arriverait rapidement. J’espérais que j’arriverais à la raisonner, et que ma voix la plus douce possible pourrait la convaincre de se tenir tranquille et d’arrêter de se débattre.

Ce fut non seulement un soulagement de voir la police arriver, mais également un sentiment du devoir accompli. « Appelle un transport » a dit le policier à son collègue. « Appelez Louis-H. Lafontaine a répondu la femme ». Moi, simple citoyen, j’avais aidé, gratuitement et sans rien demander en retour, la loi à s’appliquer. J’avais aidé des employées moins fortes que moi, j’avais contribué à restaurer la paix, j’avais donné mes coordonnées à la police en m’offrant comme témoin et j’étais reparti, le torse bombé, vers d’autres aventures moins épiques. À une semaine de mon départ vers Laval, j’avais finalement eu maille à partir avec la clientèle de Louis-Hippolyte Lafontaine et moi, Louis Préfontaine, j’étais venu, j’avais vu et j’avais vaincu.

Un autre portrait

Pourtant, loin de l’héroïsme d’avoir contribué à maîtriser une femme ayant manifestement besoin de soins psychiatriques plus appropriés, une pensée s’est imposée à moi: « Comment se fait-il que cette femme soit dans la rue? » Elle était malade, vraiment. Et je dis cela parce que je n’aime pas le mot « folle ». Je la tenais, je lui parlais, et elle criait; une heure après, j’ai encore des acouphènes tellement elle a hurlé. Cette femme n’aurait pas dû être dans la rue. Qu’elle subisse des traitements à Louis-H. Lafontaine est un bon pas, mais on n’aurait sûrement pas dû la laisser sortir, même pour la journée.

Or, pourquoi tant de personnes ayant besoin de soins sont-elles ainsi envoyées dans la rue? À cause de ce que j’aurais envie d’appeler le « grand pelletage en avant » qui consiste à sauver de l’argent en renvoyant le monde des hôpitaux.  Et qu’importe où serait ce « ailleurs »: viens te faire soigner une fois par semaine, et organise-toi le reste du temps!  Dit autrement, on appelle cela désinstitutionnalisation. C’est ce genre de politique, mise de l’avant par des gouvernements souvent plus désireux de sauver de l’argent face à des gens qu’on préfère oublier, qui ont fait passer le nombre de lits, Louis-H. Lafontaine, de plus de 6000 en 1960 à près de 650 quatre décennies plus tard.

Dans les faits, je me demande si le jeu en vaut la chandelle. Imaginons, un instant. Imaginons que la femme ait été sidatique, et que le gérant du IGA Hochelaga soit maintenant séropositif. Combien est-ce que ça coûterait pour le traiter? Et si, en se débattant, elle m’avait crevé un oeil; qui aurait payé pour s’occuper de moi ensuite? Et combien coûtera la procédure d’arrestation, la mise en accusation, le passage devant le juge? Quel est ce coût, dites-moi?

Le pelletage en avant, c’est cette folie consistant à croire qu’on puisse économiser de l’argent en « coupant dans le gras » sans même s’intéresser à ce que ce gras signifie. Souvent, le « gras », c’est ce qui permet de sauver de l’argent plus tard. Le « gras », c’est un accident de moins, une agression de moins, une incarcération de moins, une visite à l’hôpital de moins. Croyez-vous que le gérant du IGA, lorsqu’il se couchera ce soir, n’aimerait pas avoir ce gras supplémentaire, alors qu’il se questionnera quant à savoir si la femme était sidatique?

Que ce soit avec la désinstitutionnalisation, avec la taxe-Charest sur la santé de 200$ ou avec le ticket-modérateur, on assiste au même pelletage vers l’avant. On gratte les fonds de tiroir sans considération pour les conséquences de ces gestes. On économise maintenant, mais on se fout de savoir si cette économie se traduira par des gens plus malades plus tard et qui coûteront encore plus cher à soigner. On ne veut pas savoir si des individus mourront faute de soin, si des commerces perdront de l’argent à cause de crises de folie ou du coeur qui auraient pu être traitées plus tôt. On ne veut rien savoir: on prend la neige, et on la lance vers l’avant. Que les prochaines générations vivent avec les conséquences!

Je ne suis qu’un simple citoyen, j’ai fait mon devoir, mais je n’aurais pas dû avoir à le faire. Cette femme n’avait pas sa place dans la rue, et si rien de grave ne s’est produit, c’est peut-être un hasard, mais quelqu’un, quelque part, subit peut-être les conséquences d’un tel pelletage vers l’avant et, sans même qu’on le sache, constitue ce gras que l’on coupe et élimine si dédaigneusement.

Louis Préfontaine


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