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Le Conseil de presse du Québec est affaibli

En lisant le dernier bulletin électronique de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (InfoFPJQ), j’apprends que l’Association québécoise des télédiffuseurs et radiodiffuseurs (AQTR) quitte le Conseil de presse du Québec. Financièrement, cela représente une grosse somme d’argent en moins pour le CPQ. Sa représentativitéa aussi sera grandement amoindrie. L’AQTR représente d’importants groupes de presse privés ( TVA, Astral, Corus, Radio Nord, RDS et TQS). La nouvelle a été reprise par Le Devoir. Je ne fais pas le lien parce qu’il faut payer pour lire l’article.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le CPQ est le chien de garde de la liberté de presse et du droit du public à l’information. Or, en ce moment, l’une et l’autre sont sérieusement menacées par la convergence. Les groupes de presse privés sont de moins en moins autonomes au sein des corporations qui contrôlent la presse électronique, avec comme résultat que l’information doit de plus en plus servir les intérêts privés avant de servir l’intérêt public.

En somme, alors que jadis ce sont les partis politiques qui contrôlaient la presse, aujourd’hui ce sont ceux qui contrôlent les partis politiques en décidant de l’agenda public qui vont prendre le dessus.

Au-delà des sous que va perdre le CPQ, toute la question de la convergence (un autre nom pour signifier «rentabiliser les investissements») est l’enjeu majeur derrière cette décision des diffuseurs privés qui préfèrent les codes du Conseil canadien des normes de la radiodiffusion. Or, souligne la FPJQ dans son bulletin, «parmi ces codes, il y a le Code d’indépendance journalistique entériné par le CRTC pour contrôler la convergence de la presse, code auquel [elle] s’était déjà opposée.»

La spécificité du Québec (beaucoup plus petit «marché», donc risque beaucoup plus élevé d’atteinte à la liberté de presse et au droit du public à l’information parce que les grandes corporations n’ont pas à craindre une concurrence les obligeant à les respecter) exige une beaucoup plus grande vigilence de la part d’un organisme tel le CPQ?

L’AQTR s’en contrecri…

Que fait madame la ministre?

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Éducation pour tous : rêver l’inaccessible rêve

L’UNESCO sonne encore un fois l’alarme, dans son dernier rapport sur les progrès de l’éducation pour tous, à propos du faible niveau de scolarité dans de nombreux pays. Encore une fois, et sans doute encore plus en cette période de crise économique mondiale, l’alarme risque de sonner dans le vide. Certes il y a eu progrès, mais c’est le progrès d’une tortue avançant au ralenti, et tout indique qu’un recul n’est pas impossible.

Une des grandes erreurs en matière d’apprentissage est de croire que la tête est la partie du corps à laquelle il faut d’abord s’adresser. Or, la tête n’est pas disponible tant que le ventre n’a pas été contenté. Concentrez-vous sur ce que vous allez lire : un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre de malnutrition. Si vous avez lu sans difficulté, il y a de fortes chances que votre enfant ne soit pas dans ce lot des mal nourris.

La qualité de l’alimentation est une difficulté de taille dans la capacité qu’ont les enfants fréquentant l’école de faire des progrès scolaires. Mais même si on pouvait étendre partout dans le monde la très belle initiative du Club des petits déjeuners, un autre obstacle tout aussi énorme devrait encore être franchi : celui de l’équité pour tous les enfants.

L’UNESCO constate dans son rapport que l’équité est loin d’être une réalité :

Dans plusieurs pays des éléments de base comme l’électricité, les sièges et les manuels, demeurent rares.

Le nombre d’élèves par enseignant est plus élevé dans les pays pauvres et on constate même des pénuries marquées d’enseignants en Asie du Sud et de l’Ouest et en Afrique subsaharienne.

La faible qualité de l’enseignement pour de trop nombreux enfants. Les meilleurs enseignants ne sont pas dans les quartiers urbains ou les régions rure pauvres, là où on aurait besoin de leurs talents.

Les filles sont toujours les plus touchées par la non scolarité.

Ce qui précède tient en bonne partie à une très grande disparité dans les dépenses d’éducation. L’Amérique du Nord et l’Europe occidentale engagent plus de 55 % des dépenses mondiales d’éducation pour 10 % de la population âgée de 5 à 25 ans.

Même dans ces régions riches du monde il y a des écarts entre les plus pauvres et les autres élèves. Imaginez dans les régions pauvres du monde…

Certes, il y a un travail énorme à accomplir dans plusieurs pays pour améliorer la situation à la fois en amont (formation des enseignants, amélioration des manuels scolaires et de tout ce qui contribue à un meilleur enseignement, y compris l’alimentation des enfants et la qualité des lieux d’enseignement) et en aval (évaluation des impacts des mesures mises en place pour parvenir à une meilleure scolarité avec comme objectif que chaque être humain puisse aller jusqu’au bout de ses possibilités).

Tout ce travail sera cependant considérablement ralenti tant que la recommandation suivante de l’UNESCO demeurera lettre morte : que les donateurs s’engagent en faveur de l’équité dans l’aide à l’éducation.

Trop d’enfants reçoivent une éducation de qualité si médiocre qu’ils quittent l’école dépourvus des compétences de base en matière d’alphabétisme et de numératie. Enfin, des disparités profondes et persistantes fondées sur la richesse, le sexe, le lieu de résidence, l’appartenance ethnique et autres marqueurs du désavantage constituent un obstacle majeur aux progrès dans le domaine éducatif. Si les gouvernements du monde prennent au sérieux l’éducation pour tous, il faut qu’ils pensent plus sérieusement à lutter contre l’inégalité.

Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO.

Avec la santé, l’éducation est une des clés du développement des pays les plus pauvres. Le dernier rapport annuel de l’UNESCO sur les progrès de l’éducation dans le monde démontre que cette clé est encore inaccessible dans de trop nombreuses régions du monde.

Vaincre l’inégalité : l’importance de la gouvernance. Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous 2009. (Résumé du rapport en français et rapport intégral en anglais.)

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Bonne fin d’année Québec !

Billets plus léger aujourd’hui, après ceux beaucoup plus lourds des derniers jours. C’est même un billet très «esprit de clocher» qu’on me pardonnera, je l’espère. En plus, c’est une reprise d’un billet paru le 31 décembre sur blogueurcitoyen.com. Allez, voici la suite…

Il est rare qu’on se souhaite une bonne fin d’année. Mais l’année 2008 aura été si exceptionnelle à Québec qu’elle vaut bien cette petite dérogation aux us et coutumes. Certes, tout comme l’historien Gaston Deschênes, j’aurais aimé que l’on ne subisse pas l’assaut en règle d’Ottawa sur les Fêtes du 400e et je suis très déçu du peu d’intérêt que l’on a porté à l’histoire, en particulier à celle de ces centaines de milliers d’ouvrières et ouvriers qui ont vécu avec les moyens du bord dans la Basse-Ville et les autres quartiers ouvriers. Ils ont été et demeurent les grands oubliés d’une Ville où la Haute a eu le haut du pavé.

Mais bon. On ne va pas pour autant chicaner les artisans du 400e. Je pense en particulier à Robert Lepage qui a fait une oeuvre exceptionnelle, tellement que les spectateurs en redemandaient. Québec a besoin de cette folie artistique. J’y habite depuis 1976, j’y ai donc vu plusieurs spectacles sur les Plaines, plusieurs aussi lors du Festival d’été, bien d’autres événements artistiques, mais je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi génial. Chapeau!

Je voudrais aussi lever mon chapeau à un autre homme qui a pris des décisions cruciales dont nous profitons tous aujourd’hui : monsieur Jean-Paul L’Allier. On l’a accusé de bien des maux, il est temps aujourd’hui de lui demander pardon. Cet homme a fait un bien énorme à Québec et nous en ressentirons les effets pendant encore plusieurs décennies.

Il ne faut pas oublier non plus ceux qui ont été, dans l’ombre, les artisans de toutes ces transformations. Je n’en nommerai qu’un : monsieur Serge Filion. Pour avoir la chance de le cotoyer depuis quelques mois, je peux témoigner de son coté visionnaire et de sa grande générosité.

Serge Filion a l’habitude de poser une question que nous devons tous nous poser aujourd’hui, alors que s’écoulent les dernières heures du 400e : «fermez les yeux et imaginez Québec dans trente ans, dans quarante ans. Qu’est-ce que vous voyez?»

Il ajoutait, à l’intention des élus : «si vous ne voyez rien, c’est que vous êtes dangereux».

Québec s’est embellie considérablement depuis les années 1960. Elle doit poursuivre sur son air d’aller. Il faut, dans les prochaines années, s’atteler à la tâche d’en faire une Ville où le vélo et la marche à pied, les transports en commun non polluants aussi, auront remplacé l’automobile comme réflexe premier de déplacement. Il faut voir apparaître des quartiers verts, non pas dans une lointaine banlieue de plus en plus éloignée, mais dans tous ces espaces urbains autour des quartiers mal utilisés présentement.

Mais au-delà de cet espoir que Québec fera le choix d’un aménagement à l’échelle humaine, mon plus grand rêve pour les quarante prochaines années est acoustique : que le bruit s’efface peu à peu de notre environnement sonore au point de cesser cette agression constante dont nous sommes victimes malheureusement sans trop nous en rendre compte.

Québec la silencieuse ! Voilà le slogan que je vous laisse en guise de conclusion, non sans oublier de remercier toutes celles et ceux qui auront publié ajourd’hui un billet sur leur blogue ou sur d’autres plateformes de diffusion citoyenne.

Parce que la nouveauté des prochaines années, c’est que la parole publique n’est plus réservée à une minorité. Elle s’exprime de plus en plus. Vous en voulez un échantillon : lacapitaleblogue.com

Addendum : les billets sur la fin du 400e de Québec sont tous regroupés sur 400ans400blogues.com. Allez les lire. Ça vaut vraiment le détour.

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Lysiane Gagnon se trompe : la parité n’est pas de la condescendance

Je ne sais pas quelle mouche a piqué Lysiane Gagnon à quelques jours de Noël, mais j’ai lu avec stupéfaction son billet sur la parité dans le conseil des ministres du gouvernement du Québec. Jean Charest ne va pas laisser un très bon souvenir lorsqu’il se décidera enfin à quitter le poste de premier ministre, mais au moins sachons lui reconnaître le mérite d’avoir établi une règle  incontournable : désormais il y aura autant de femmes que d’hommes ministres au Québec. Point.

Non, madame Gagnon, la parité entre les femmes et les hommes dans le conseil des ministres n’est pas de la condescendance. Cette parité est la reconnaissance d’un fait qui aurait dû l’être depuis fort longtemps : les vrais changements commencent par la tête. Fini le discours voulant que les femmes fassent petit à petit leur place là où se prennent les décisions politiques. Désormais, le message est clair : la place est là et elle leur  est réservée.  On en attend autant à tous les paliers de gouvernement.

Le Québec a fait beaucoup de progrès en peu de temps au point où deux notions sont devenues aussi naturelles que celle de liberté : parité et équité. Certes le chemin est encore long à parcourir, mais la route est toute tracée. Partout, dans toutes les sphères de la société québécoise, les femmes ont droit à une représentativité égale à celle des hommes et à un salaire égal pour un emploi équivalent.

On se souviendra du tollé de protestations soulevé par la velléité du gouvernement Harper de jouer dans l’équité salariale de la fonction publique fédérale. Ses intentions n’étaient pas nobles, loin de là. Ici au Québec, la Loi de l’équité salariale entre dans son adolescence, ayant été promulguée en 1996. Il aura fallu une longue lutte des mouvements féministes et des syndicats pour obtenir l’adoption de cette pièce législative fondamentale.

Plus personne, aujourd’hui, n’ose remettre en question l’équité salariale, pas même le patronat même si le coût plaît moins aux hommes d’affaires et aux gestionnaires des corporations. Oui elle a un coût l’équité salariale, messieurs les patrons : c’est celui de la dignité. Et ce coût, la société québécoise tarde encore à l’assumer pleinement.

Dans le cas du conseil des ministres, quelques hommes ont été privés de limousines et madame Gagnon s’en offusque !

Jean Charest avait créé une surprise en 2007. Il récidive. Désormais – pour reprendre ce mot célèbre de Paul Sauvé qui succéda brièvement à Maurice Duplessis en 1959 – les partis politiques vont devoir présenter un plus grand nombre de candidatures féminines et trouver des comtés sûrs pour les plus ministrables d’entre elles.

Ils l’ont fait dans le passé pour plusieurs hommes, ils pourront bien le faire pour les femmes dont le niveau de compétence plaira à Lysiane Gagnon.

Non ?

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Une consultation budgétaire fédérale cousue de fil blanc

Le ministre fédéral des finances s’est entouré d’un conseil consultatif sur l’économie qui ne risque pas de remettre en question le contrôle de l’économie canadienne par les grandes corporations. La récente crise politique qui a précipité le départ de Stéphane Dion et semble vouloir prolonger le séjour des conservateurs au pouvoir ne débouchera finalement pas sur une vision économique renouvelée. Comme le dit l’expression, ce sera «business as usual».

Le mal est déjà fait. Jim Flaherty a versé des milliards de dollars dans le renflouement du système financier canadien. Nous entrons dans une ère de déficit budgétaire qui va s’étendre sur plusieurs années et s’avérer le prétexte idéal pour réduire les versements de fonds fédéraux vers les provinces. Celles-ci n’auront, à leur tour, pas d’autres choix que de réduire leurs dépenses publiques.

Qui va s’offrir pour prendre le relais? Les mêmes grandes entreprises qui conseillent si généreusement notre ministre des finances. Desmarais, Irving et les autres ne serons certes pas rémunéré pour conseiller Flaherty, mais ils n’en tireront pas moins d’intéressant bénéfices pour leurs entreprises respectives le temps venu.

Un de ces «éminents canadiens» qui ont accepté  de prodiguer bénévolement des conseils au gouvernement connait bien la méthode conservatrice à l’américaine pour forcer une réduction des dépenses publiques : faire d’énormes déficits. Il s’agit de James A. Pattison, l’unique propriétaire de Jim Pattison Group, la troisième plus importante société privée canadienne. Pattison a siégé sur la Ronald Reagan Presidential Foundation.

La fronde parlementaire des libéraux, néo-démocrates et bloquistes a fait échoué la tentative des conservateurs d’imposer un énoncé économique qui reflétait leur véritable jeu: s’en prendre aux droits des travailleurs syndiqués. Les signaux qu’envoie en ce moment Flaherty sont faciles à décoder : ce n’est que partie remise.

Certes, les conservateurs vont devoir y aller mollo et retarder leurs mesures les plus controversées. Ils n’en auront pas moins fait des choix budgétaires qui vont leur permettre de revenir à la charge dans un an ou deux quand le mal sera fait.

Cette grande manœuvre budgétaire va se faire avec la bénédiction des milieux des affaires, la seule qui compte vraiment pour les conservateurs qui n’ont que faire de l’opinion économique des autres composantes de la société canadienne.

La coalition des affairistes aura gagné.

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Émois journalistiques

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a décidé que désormais, il fallait adhérer à son code de déontologie pour pouvoir en devenir membre. Jusque-là, ça va. Il aurait même fallu que cette exigence soit impérative depuis bien longtemps. Le problème, c’est que cette louable initiative cache un malaise profond, une sorte de guerre des boutons version Web. D’un côté, la bande est formée de journalistes, de l’autre elle regroupe des blogueurs. But de la bataille : le contrôle du «droit du public à l’information». Pas de quartier. On ne rigole pas avec quelque chose d’aussi sérieux.

Toute cette dérape entre journalistes et blogueurs autour de la question du droit du public à l’information s’appelle avoir la tête dans le sable. Le vrai problème est ailleurs pour les journalistes, mais on préfère discourir sur le terrible danger que représente la présence de blogueurs aux conférences de presse.

Pendant ce temps, le poids médias des libéraux dans la dernière campagne électorale a été nettement au-dessus de ce que devrait être une couverture équilibrée qui sert réellement l’intérêt public.

Le problème fondamental de la FPJQ est de vouloir compter ses poussins sans s’apercevoir que le renard est dans le poulailler, et de s’en prendre aux vilains petits canetons qui eux, sont en dehors du dit poulailler. Pour ma part, je me préoccupe beaucoup plus du sort du journalisme dans un contexte où le marketing a nettement pris de dessus sur les choix éditoriaux que du fait que quelques blogueurs qui en ont le temps se pointent à quatre ou cinq conférences de presse par année.

Comment se fait-il que ça soit si compliqué d’avoir des journalistes aux conférences de presse des syndicats, des groupes communautaires, des organismes soutenant le bénévolat?

Comment se fait-il qu’un parti qui présente des candidats dans pratiquement tous les comtés et réussit même à en faire élire un ait une couverture de presse nettement plus faible que celle des autres?

Comment se fait-il que les éditorialistes d’un média aient tous la même ligne de pensée alors que l’intérêt public exigerait une ouverture à des points de vue différents dans la composition même de l’équipe éditoriale?

Elle est ou la déontologie de la FPJQ quand il s’agit de défendre, justement, le droit du public à l’information?

Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de s’en prendre à quelques blogueurs invités dans les conférences de presse (combien au juste? Un, deux, trois?) en brandissant un code de déontologie que de reconnaître que la profession de journalisme est sérieusement malade comme l’a si bien expliqué le grand journaliste Jean-Claude Guillebaud http://tinyurl.com/5r5unl (découvert lors d’une visite sur le blogue de Michel Dumais).

Si des blogueurs [pas tous, loin de là] veulent «faire de l’information», c’est peut-être parce qu’ils sont en manque d’information, justement. La couverture média de la dernière campagne électorale n’a pas seulement été disproportionnée; elle a aussi été d’une pauvreté décourageante.

Aux États-Unis, Obama a compris que ce ne sont pas les médias de masse (mainstream medias) qui allaient lui permettre de s’adresser aux électeurs. La «clip» domine tellement ces médias qu’il n’y a plus moyen d’y soulever des débats le moindrement sérieux. L’organisation d’Obama a plutôt bâti tout un système qui lui aura permis de rejoindre directement des millions d’électeurs en les interpellant sur ce qui les faisait vibrer.

On peut s’en réjouir, puisque c’est un président proposant des changements positifs qui a été élu, mais on doit aussi s’en inquiéter puisque le cinquième pouvoir est de moins en moins pertinent.

Pour revenir au Québec, je ne sais pas ce que nous réserve l’avenir, mais ce n’est certainement pas en se battant les uns contre les autres pour le monopole de l’information dite sérieuse que l’on va améliorer la situation. Pourquoi ne pas plutôt faire alliance et obtenir que la norme entre journalistes, blogueurs, population en général, devienne le dialogue que permettent les technologies actuelles.

Je sais bien que les journalistes haïssent se faire couper l’herbe sous le pied par un blogueur qui sort l’information même si elle n’a pas été validée selon les règles de l’art. Mais ce n’est pas en brandissant le code de déontologie qu’ils vont régler le problème. Peut-être devraient-ils reconnaître une bonne fois pour toutes que le monde de l’information a changé et continue de changer en profondeur et tenter d’expérimenter de nouvelles façons de faire du journalisme, un peu comme le font ceux qui animent MediaShift aux États-Unis.

Allez, on la signe la paix des braves avant de perdre tous nos boutons.

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Mon vote pour un Québec riche de ses solidarités

Il faut beaucoup de courage politique pour défendre une vision politique solidaire au Québec. Depuis quelques années, avant même l’appel célèbre de Lucien Bouchard à la lucidité, les progressistes sont accusés de nuire à l’avancement du Québec. Pourtant, le programme politique de Québec solidaire, le seul parti de gauche qui aspire à gouverner le Québec, est loin de proposer un statu quo économique et social. C’est juste que la direction qu’il veut imprimer à notre économie et à notre société est issue d’une vision différente de ce qu’est le progrès. Cette vision me rejoint dans mes valeurs et mes convictions les plus profondes.

Ce sera la seconde fois que j’aurai voté Québec solidaire. La première fois, ce qui avait déclenché mon changement d’allégeance – j’avais toujours jusque-là voté pour le Parti Québécois au sein duquel j’avais même brièvement milité en 1975-76 – c’est une vidéo dans laquelle Laure Waridell expliquait pourquoi elle votait solidaire : pour son programme qui lie les dimensions sociales, économiques et écologiques en matière de protection de l’environnement.

J’étais et je demeure convaincu que l’individualisme est une des causes majeures de la dégradation environnementale, avec l’appât du gain.

Je ne dis pas que le fait de vouloir ce qu’il y a de mieux pour soi, ni même que vouloir s’enrichir, sont les nouveaux péchés capitaux d’une civilisation courant à sa perte. J’affirme cependant que ces valeurs ont pris une importance démesurée, au point d’imposer des choix de société destructeurs.

Il faut que le balancier parte au plus vite dans une autre direction, celle de choix plus solidaires faits en tenant compte de leur impact sur l’environnement et sur la société.

Comme l’a si bien écrit Normand Baillargeon (Petit cours d’autodéfense intellectuelle) sur son blogue, «je vais voter sans me boucher le nez».

Comme lui également, je rêve qu’une ou un, deux, ou trois même, candidats et candidates de Québec solidaire soient élus lundi prochain. Une voix plurielle importante du Québec se ferait entendre au sein même de l’Assemblée nationale.

Certains reprocheront à Québec solidaire son caractère composite qui tente de rallier autant la gauche que l’extrême gauche? J’avoue éprouver moi aussi un certain malaise face à cette façon différente de rassembler des citoyennes et des citoyens de tendances et même d’organisations politiques diverses autour d’un certain nombre de propositions citoyennes.

Cette approche pourra-t-elle mener Québec solidaire jusqu’au pouvoir? C’est de cette interrogation qu’est né mon doute.

Au moins l’approche a le mérite de donner à ses membres le contrôle sur ce que propose leur parti. Un style de leadership à la Mario Dumont y est impossible.

Si je vote Québec solidaire, ce n’est pas seulement parce que son programme politique est de loin le plus susceptible de faire réellement progresser le Québec au sens noble du terme, mais c’est aussi parce que je mise sur la maturation politique de ce parti.

Par là, j’entends l’acceptation que le fait de se donner une ou un chef de parti n’est pas forcément renier sa volonté de faire reposer ses choix sur une forte démocratie participative.

Certes, nous avons grandement besoin de la participation politique citoyenne à la prise de décision pour sortir de la crise sociale et environnementale que nous traversons et à côté de laquelle la crise économique actuelle n’est rien.

Mais nous avons aussi grandement besoin de leadership. Cela nous fait même cruellement défaut.

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