Serge-André Guay

Le 31e Salon du livre de Montréal

sera tout de «papier» et traditionnel, antique !


Dans son document PDF intitulé «Thème» et destiné aux médias, l’organisation du Salon du livre de Montréal n’annonce aucune activité pour le grand public au sujet du nouveau monde du livre sur Internet. Ce sera donc un salon réservé au livre papier, et ce, malgré le développement fulgurant du livre électronique, de l’édition numérique, de l’Internet littéraire,…, bref de la nouvelle économie du livre. La couverture de presse accordée par les grands médias à l’annonce confirme cette absence du futur du livre à l’édition 2008 du salon du livre de Montréal:

 

L’amour au coeur du livre, Radio-Canada

Le fondement d’une société, Le journal de Montréal

Mireille Deyglun présidera le Salon du livre de Montréal…, Presse Canadienne

Un 31e Salon du livre marqué par l’amour…, La Presse

 

Comment le deuxième plus important salon du livre francophone à travers le monde après celui de Paris peut-il ainsi passer sous silence voire résister au nouveau monde du livre ? Et pourquoi les médias québécois ne dénoncent-ils pas ce fait troublant ? La réponse est fort simple : le Québec est encore au Moyen-Âge de l’ère numérique dans le domaine littéraire.

Ailleurs dans le monde, les organisateurs des grands événements littéraires, y compris des salons du livre, et les médias traitent régulièrement du développement du nouveau monde du livre et, par conséquent, y participent activement. Au Québec, les médias sont presque muets. «Presque» parce qu’ici et là et à de rares occasions, nos médias donnent un écho à voix basse aux nouvelles d’ailleurs sur le nouveau monde du livre. Nos médias préfèrent parler de ce qui se passe ailleurs plutôt que de ce qui se déroule sous leurs yeux dans leur propre patelin.

Par exemple, le lecteur avisé trouvera quelques articles québécois originaux au sujet du fameux livre électronique de la librairie en ligne Amazon mais sans jamais demander quand cet appareil portatif de lecture sera disponible au Québec ou, pis encore, sans jamais mentionner qu’il n’est pas disponible au Québec. Il en va de même avec un autre livre électronique, celui de Sony, objet de quelques articles québécois originaux. Mais ici encore, on ne dit pas pourquoi le Reader de Sony est disponible partout au Canada sauf au Québec. Aucun journaliste québécois a creusé la question. Nos médias regardent ce qui se passe ailleurs en omettant généralement tout angle de couverture nationale.

Les exceptions regorgent souvent de préjugés face à ce nouveau monde du livre. Par exemple, dans son article «Place au papiel !», le journaliste Paul Cauchon du quotidien montréalais Le Devoir, édition du samedi 08 et du dimanche 09 novembre 2008, on peut lire :

 

«Certains experts prévoient que le papier électronique déferlera massivement d’ici 10 ans     

On vit une époque paradoxale. Ainsi, même si plusieurs prédisent la mort du papier journal, mercredi dernier on s’arrachait les quotidiens américains au lendemain de la victoire de Barack Obama.

De même, on entend dire que le livre est en perte de vitesse, mais le Salon du livre de Montréal fera encore courir les foules la fin de semaine prochaine, et à Montréal la Grande Bibliothèque est un énorme succès.»

 

Source : Le Devoir

 

 

 

 

 

Par définition, une prédiction concerne l’avenir et non pas le présent. Les ventes d’exemplaires papier des quotidiens américains au lendemain de la victoire de Barach Obama ne peuvent pas servir de comparaison à ce qui se passera dans dix ans avec le papier électronique, pas plus que ce qui se passait il y a dix ans fut une référence fiable pour prédire ce qui se passe aujourd’hui. Ce n’est pas sérieux !

Il en va de même avec la fréquentation du salon du livre de Montréal et de la Grande Bibliothèque. Le livre électronique et le livre numérique n’y sont pas présents ! Le paradoxe, c’est de tenter une comparaison de l’avenir de l’un sur l’absence de l’autre.

L’année dernière, la salon du livre de Paris consacrait tout un volet au livre à l’ère du numérique sous le thème «Lectures de dem@in», un nouveau secteur occupant «500 m² articulé autour d’un parcours initiatique constitué de 4 pôles, 4 étapes de découvertes numériques» : «- Les E-book et l’encre électronique – Les supports nomades (PSP, PDA, mobiles, blogs..) – Le savoir (les bibliothèques numériques, le projet Gallica, cartable électronique…) – La numérisation». Ce nouveau secteur demeure au programme pour l’édition 2009 du salon du livre de Paris Lire ] Lire ] [ Lire ] [ Vidéo ].

Tant et aussi longtemps que l’univers numérique du livre ne sera pas partie prenante du salon du livre de Montréal, on ne peut pas dire que sa popularité actuelle ne laisse en rien présager l’émergence du papier électronique, du livre électronique,…, à moins de percevoir la société québécoise comme étant si sclérosée que le papier électronique n’a pas d’avenir ici. Et c’est peut-être vrai !

Le journaliste du quotidien Le Devoir écrit : «Le journal subira probablement de grandes mutations lorsqu’il découvrira qu’il peut proposer du contenu multimédia sur du «papiel».» Mais c’est déjà fait ! C’est le cas en France avec le quotidien Les Échos et la firmeOrange. Pourquoi le journaliste écrit-il au futur («découvrira») alors que c’est déjà une réalité ? Voilà le genre d’information aveugle à laquelle les Québécois ont trop souvent droit lorsqu’il est question du papier électronique voire de l’ensemble de l’univers numérique.

Et puis il y a cette maudite prédiction à l’effet que le papier va disparaître au profit du numérique («même si plusieurs prédisent la mort du papier journal») qui revient sans cesse dans la presse québécoise comme si elle en avait été marquée au fer rouge. Cette prédiction n’a plus lieu de nos jours. C’est une vieille prédiction faite alors que le papier électronique n’existait même pas ! On peut la classer avec les prédictions de Nostradamus. Prière de tourner la page, de se tenir à jour. Est-ce si difficile pour nos journalistes québécois ?

Les Québécois sont très mal informés par leurs médias au sujet du nouveau monde du livre.

Revenons au salon du livre «papier» de Montréal. Si vous naviguez sur le site Internet de l’événement, section «Professionnels du livre», sous-section «Journée des professionnels du livre», vous découvrirez que Bruno Rives, un français spécialiste du papier électronique, animera un atelier de 60 minutes sous le thème «Édition numérique et monde du livre : entrevoir l’avenir.», une activité «destiné aux professionnels du monde du livre», autrement dit, à laquelle la population n’est pas invitée. Pourquoi ?

Ce sera la troisième conférence de Bruno Rives au Québec. Monsieur Rives est le fondateur de la société française TEBALDO, un observatoire avancé des tendances et usages des nouvelles technologies et spécialiste des nouveaux médias et de l’encre électronique, au Québec, toutes réservées à des professionnels. Sa première en sol québécois fut donnée aux membres de l’Association nationale du livre et la deuxième aux professionnels de la publicité et du marketing dans le cadre d’une Journée Infopresse. J’ai assisté à cette dernière et j’ai parlé à monsieur Rives à la fin de sa conférence. Il m’a personnellement confessé qu’il n’était pas très livres numériques et livres électroniques et que c’était davantage l’affaire de Lorenzo Soccavo, un autre français, celui-là propectiviste de l’édition et auteur de «Gutenberg 2.0 le futur du livre».

La différence entre les deux professionnels est très simple : Bruno Rives s’intéresse aux applications de l’encre électronique, ce qui comprend le livre électronique (l’appareil portable de lecture) tandis qui Lorenzo Soccavo se concentre dans «l’accompagnement des maisons d’édition, des directions de publications et des directions de la communication des grandes entreprises et des start-up dans leurs stratégies prospectives de développement… Veille stratégique… Scénarios d’usages… Marketing anticipation…». Les deux hommes sont compétents dans leur domaine respectif. Il va s’en dire que le second est beaucoup plus proche du monde du livre que le premier.

Autre activité du salon du livre de Montréal à laquelle n’est pas conviée la population : une table ronde sous le thème «Les revues culturelles à l’heure du numérique». Et il ne faut pas rêver car il ne sera pas question des revues culturelles en ligne sur Internet mais uniquement de la numérisation des revues culturelles papier : «Cette rencontre porte notamment sur les tendances et les enjeux techniques de la numérisation des revues, les modes de diffusion et de commercialisation, les acteurs actuels, ainsi que les aspects juridiques de la diffusion des revues sur Internet». Il s’agit d’une tendance lourde au Québec. On parle tout d’abord et avant tout du passage de l’industrie traditionnelle du livre du papier au numérique en vue d’une diffusion sur le Web. On ne parle pas de ce qui existe uniquement sur Internet, par exemple, de l’édition en ligne.

Pourquoi ? Parce qu’on juge que seule l’industrie traditionnelle du livre peut offrir un contenu de qualité ! On croit qu’un livre publié sur Internet n’est pas un livre de qualité s’il n’est pas passé entre les mains d’un éditeur traditionnel. Sur Internet, dit-on en coulisse, n’importe qui publie n’importe quoi. En fait, c’est une tactique de l’industrie traditionnelle du livre pour s’approprier toute aide gouvernementale destinée à la diffusion sur Internet. Les éditeurs traditionnels ne veulent absolument pas partager leur monopole de l’édition subventionnée. Et leur meilleur moyen est de convaincre les gouvernements qu’ils sont les seuls à pouvoir assurer une édition de qualité. Et ils y sont parvenus sans trop de peine et de misère compte tenu de l’ignorance des fonctionnaires québécois dans le domaine de l’édition en ligne sur Internet [ Lire ] et du manque de courage des politiciens [ Lire ].

Il en faut du courage pour modifier la «Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre» afin qu’elle reconnaisse les éditeurs en ligne sur Internet comme de vrais éditeurs [ Lire ] face au monopole des éditeurs agréés.

Et du courage, il en faut aussi pour écrire lorsqu’on sait qu’on a moins de 10% des chances d’être publié. Le salon du livre «papier» de Montréal nous offre moins de 10% des écrits de nos écrivains professionnels, de nos auteurs et de nous nouveaux auteurs. Moins de 10% qui seront pilonnés d’ici quelques mois à quelques exceptions près. L’édition en ligne sur Internet réduit voire élimine le pilonnage et offre à tous une chance d’être publiés, sous forme numérique et/ou sous forme papier grâce à l’impression à la demande.

L’édition en ligne sur Internet, c’est la démocratisation de l’accès à l’édition pour les auteurs et le libre choix pour les lecteurs. Malheureusement, le salon du livre de Montréal demeure tout de papier et traditionnel, antique et vieux jeu, bref, loin de la nouvelle réalité du livre. Il y a quelques années la Fondation littéraire Fleur de Lys a demandé au salon du livre de Montréal d’être accepté comme éditeur exposant mais elle a essuyé un refus parce que la direction du salon ne reconnaissait pas les éditeurs en ligne comme de vrais éditeurs. Ce fut une véritable insulte pour nos auteurs.


Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

9 réponses à “Serge-André Guay

  1. Il y a longtemps que j’attends le lecteur et le livre électronique au Québec. Chez Sony, on m’a dit en juillet dernier que le problème était l’impossibilité de l’offrir en français (sous-entendu: la loi 101 nous empêche de le vendre en anglais au Québec). Vous avez bien lu ! Pourtant, on le vend en France: mais peut-être peut-il, curieusement, afficher les fontes françaises de l’autre côté de l’Atlantique et pas de ce côté-ci. Allez comprendre.

    Je vais finir par acheter un lecteur quelconque directement des États-Unis et bouquiner dans les maisons d’édition étrangères. Je suis certain de ne pas être le seul dans ce cas, puisque le vendeur de Sony qui m’avait dit ne pas avoir le lecteur Sony en juillet dernier a ajouté qu’il pouvait m’en faire venir un de Toronto comme il venait de le faire pour une cliente. Oups. Ne le dites pas à la ministre de la Culture. Elle pourrait bien…

  2. Grâce à la Librairie Monet et le Consulat général de France à Montréal le Salon du livre de Montréal ne sera pas tout à fait uniquement de «papier». En effet, nous apprenons à la lecture du programme du Salon du livre de Montréal distribué par le quotidien montréalais La Presse, que La librairie Monet organise, en partenariat avec le Consulat général de France à Montréal, une table ronde sur les enjeux de l’édition numérique et du livre électronique. Ce débat aura lieu à la Grande Place du Salon du livre le samedi 22 novembre à 17 heures. Titre: Livre électronique et édition numérique: entrevoir l’avenir.

    Seront présents autour de cette table-ronde:

    – Monsieur François Bon, auteur et fondateur du site Le tiers-livre et du projet publie.net

    – Monsieur Hervé Fischer, professeur associé et directeur-fondateur de l’Observatoire international des nouveaux médias à l’UQÀM

    – Monsieur Jean-Claude Guédon, professeur titulaire au département de littérature comparée de l’UdeM

    – Monsieur Bruno Rives, directeur d’un observatoire avancé des tendances et usages des nouveaux médias et de l’encre électronique, fondateur de http://www.tebaldo.com et auteur du livre Aldo Manuzio, passions et secrets d’un vénitien de génie disponible également en version électronique.

    Animation: Benoît Melançon, professeur au Département d’études françaises de l’Université de Montréal. Il est aussi directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal.

    *Notons que quelques livres électroniques seront en démonstration au kiosque de la Librairie Monet (#669) pendant toute la durée du Salon du livre.

    Il tout de même curieux que l’événement ne soit pas encore rapporté par les médias ou encore souligné de façon exceptionnelle sur le site du Salon du livre de Montréal.

    Serge-André Guay, président éditeur
    Fondation lilltéraire Fleur de Lys
    http://manuscritdepot.com/index.html

  3. Lettre ouverte de Serge-André Guay à Monsieur Hervé Fisher

    Influence négative sur l’avenir du livre au Québec

  4. Garamond

    Je ne peux m’empêcher de sourire quand je lis que monsieur Fisher prédit la mort de Kindle, qui vient de sortir une 2e version et que Amazon déclare avoir vendu 250,000 exemplaires de la première version.
    De toutes façons, la majorité des auteurs, de nos jours, se servent de l’ordinateur pour écrire ; leurs œuvres sont donc en format numérique (et parfaitement lisibles) avant d’être en version «papier» !

  5. PIERROT ROCHETTE
    CREATEUR D’ART NUMERIQUE

    LA REVOLUTION IPAD ANNONCE LA REVOLUTION DE L’AUTEUR-ROI

    ici Pierrot, du colloque epaper world
    bravo pour votre magnifique page web

    je voulais vous partager une réflexion
    sur l’écosystème numérique

    1) chaque membre de production de la chaine numerique risque de devenir a tour de role un sous-traitant de qualite pour le projet soit d’un auteur, soit d’un auditeur, soit d’un réseauteur international. Pour moi c’est en ce sens que l’éditeur ESS (ECONOMIE Sedentaire solide) va etre remplacé par l’éditeur ENN (editeur nomade numerique).

    2) j’ajouterai deux sections sur mon blog http://www.reveursequitables.com dont les deux oeuvres d’art numerique constituent deux approches suivant l’évolution du numerique (Monsieur 2.7 K, l’age d’or de la decouverte) et le journal-courriels du dernier homme libre (l’age d’or du courriel)

    3) la derniere oeuvre de ma trilogie s’intitulera BOOK BLOG et sera écrite en directe sur un blog avec commentaires ou je serai virale sur facebook et twitter sans qu’on ne puisse jamais me parler personnellement, sauf par comemntaire entre les chapitres…. le tout étant accompagne par un BOOK CAM, soit une camera web qui tous les matins a 6h.30 am jusqu’a 7h permettra au lecteur d’assister a une discussion de créativite entre mon partenaire master web Michel Woodard et moi le master art numerique.. le tout sera suivi d’une publication papier ou le MAKING OF servira a donner une valeur ajoutée à la marque REVEURSEQUITABLES.COM de facon à ce que je puisse me passer de tous les acteurs de la chaine de production numerique, vendant mes oeuvres à $1.00 chaque, cherchant plutot 100,000 personnes qui paieront pour l’ensemble de mes oeuvres dans un panier (ex: mes 3 ebook, mes 19 emissions de t.v. deja canees sur le work progress du pays oeuvre d’art, mes 105 chansons …

    Puis une fois mon ier million fait, j’écrirai un livre sur le design du modele d’affaire pour l’auteur numerique roi par son contenu, parce que selon moi, le createur, qu’importe son domaine d’expression a droit au meme privilege que Picasso qui n’a jamais demande a ce qu’un editeur formate au dessus de son epaule pendant qu’il peint…

    Puis une fois ces deux millions en poche, je donnerai tout et repartirai vagabonder la beaute du monde

    Pierrot
    ermite des routes

    http://www.reveursequitables.com

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